Il y a une littérature extérieure et publique, il y a une littérature
intérieure et privée. Celle-là est aussi supérieure à l'autre que
l'âme est au-dessus du corps. C'est d'elle que nous continuons de
vous entretenir aujourd'hui en feuilletant jusqu'à la fin cette
correspondance et ce journal intime de cet ange terrestre qu'on
appelait Eugénie de Guérin, ce saint Augustin des femmes, seulement un
saint Augustin sans péché, dont les larmes ne furent point de
l'expiation, mais des effusions du coeur, effusions tantôt
d'enthousiasme pour Dieu, tantôt de pitié pour ses créatures, tantôt
d'admiration pour la nature, et qui ne vécut comme la fleur de l'herbe
des champs que pour verser sa douce odeur sous les pieds de son père,
de son frère et de ses amis.