Elle quitte cette douce contemplation pour une peine utile. Écoutez:
«En allant à Cahuzac, j'ai voulu voir une pauvre femme malade qui
demeure au-delà de la Vère. C'est la femme de la complainte du
_Rosier_ que je t'ai contée, je crois. Mon Dieu, quelle misère! En
entrant, j'ai vu un grabat d'où s'est levée une tête de mort ou à peu
près. Cependant elle m'a connue. J'ai voulu m'approcher pour lui
parler, et j'ai vu de l'eau, une bourbe auprès de ce lit, des ordures
délayées par la pluie qui tombe de ce pauvre toit, et par une fontaine
qui filtre sous ce pauvre lit. C'était une infection, une misère, des
haillons pourris, des poux: vivre là! pauvre créature! Elle était sans
feu, sans pain, sans eau pour boire, couchée sur du chanvre et des
pommes de terre qu'elle tenait là pour les préserver de la gelée. Une
femme, qui nous suivait, l'a délogée du fumier, une autre a apporté
des fagots; nous avons fait du feu, nous l'avons assise sur un
_sélou_, et, comme j'étais fatiguée, je me suis mise auprès d'elle sur
le fagot qui restait. Je lui parlais du bon Dieu; rien n'est plus aisé
que d'être entendu des pauvres, des malheureux, des délaissés du
monde, quand on leur parle du ciel. C'est que leur coeur n'a rien qui
les empêche d'entendre. Aussi, qu'il est aisé de les consoler, de les
résigner à la mort! L'ineffable paix de leur âme fait envie. Notre
malade est _heureuse_, et rien n'est plus étonnant que de trouver le
bonheur chez une telle créature, dans une pareille demeure. C'est pire
cent fois qu'une étable à cochon. Je ne vis pas où poser mon châle
sans le salir, et, comme il m'embarrassait sur les épaules, je le
jetai sur les branches d'un saule qui se trouve devant la porte.»