XLVII.

Le 1er décembre.

«Je pense à la tombe qui s'ouvre ce matin à Gaillac pour engloutir ces

restes humains jusqu'à ce que Dieu les ravive. C'est notre sort à

tous, il faut être jeté en terre et pourrir dans les sillons de la

mort avant d'arriver à la floraison; mais, alors, que nous serons

heureux de vivre et même d'avoir vécu! L'immortalité nous fera sentir

le prix de la vie et tout ce que nous devons à Dieu pour nous avoir

tirés du néant.

«C'est un bienfait auquel nous ne pensons guère et dont nous jouissons

sans presque nous en soucier, car la vie souvent ne fait aucun

plaisir. Mais qu'importe pour le chrétien? À travers larmes ou fêtes,

il marche toujours vers le ciel; son but est là, ce qu'il rencontre

ne peut guère l'en détourner. Crois-tu que, si je courais vers toi,

une fleur sur mon chemin ou une épine au pied m'arrêtassent?

«Me voici au soir d'une journée remplie de mille pensées et choses

diverses dont je me rends compte au coin du feu de ma chambre, à la

clarté d'une petite lampe, ma seule compagne de nuit.

«Sans le malheur arrivé à Gaillac, j'aurais Mimi à côté de moi, et

nous causerions, et je lui dirais, à elle, ce que je dis mal ici à ce

confident muet.»

Le 2 décembre.

«Rien d'intéressant, que la venue d'un petit chien qui doit remplacer

Lion au troupeau. Il est beau et fort caressant, je l'aime; et je lui

cherche un nom. Ce serait Polydore, en souvenir du chien de La

Chênaie; mais, pour un chien de berger, c'est un nom de luxe: mieux

vaut Bataille, pour le combattant du troupeau.

«L'air est doux ce matin, les oiseaux chantent comme au printemps, et

un peu de soleil visite ma chambrette. Je l'aime ainsi et m'y plais

comme aux plus beaux endroits du monde, toute solitaire qu'elle est.

C'est que j'en fais ce que je veux, un salon, une église, une

académie. J'y suis quand je veux avec Lamartine, Chateaubriand,

Fénelon: une foule d'esprits m'entoure; ensuite ce sont des saints,

sainte Thérèse, saint Louis, patron de mon amie Louise, et une petite

image de l'Annonciation où je contemple un doux mystère et les plus

pures créatures de Dieu, l'ange et la Vierge. Voilà de quoi me plaire

ici et murer ma porte à tout ce qui se voit ailleurs.»...

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Cours familier de Littérature - Volume 15 · 第 166 / 229 题