Arrêtons-nous un moment ici, où ses dernières joies finissent, et
demandons à nos lecteurs s'ils ont trouvé ailleurs ces ouvertures sur
l'âme humaine qui laissent mieux voir au fond d'un coeur. Et quel
coeur! et quelle admirable imagination! et quelle beauté dans la
simplicité des événements, toujours les mêmes! et quelle variété dans
la monotonie!
Mais est-ce que l'événement, quelque semblable qu'il soit à lui-même,
est jamais monotone?
Est-ce que l'eau du fleuve pur, qui coule la même en se renouvelant
toujours, ennuie jamais l'oeil qui la voit couler en reflétant les
scènes de son rivage?
La monotonie n'est pas dans la nature, elle est un nom; l'âme douée
d'une vie éternelle donne la vie à tout ce qui l'impressionne; sa
candeur n'est pas le néant, sa candeur est sa sincérité; plus elle
s'observe, plus elle se peint elle-même; plus elle se passionne et
plus elle nous intéresse.
Allons encore quelques pas dans cette belle vie, et voyons-la finir
comme elle a commencé: dans la douce candeur de la douleur confiante,
comme dans la naïve joie de la fleur qui vient d'éclore pour jouir,
aimer, souffrir, et embaumer ce qui la foule aux pieds sans la
cueillir et sans la voir.