Le 17, elle entend siffler dans la vallée au milieu du jour.
«J'écoute le berger qui siffle dans le vallon. C'est l'expression la
plus gaie qui puisse passer sur les lèvres de l'homme. Ce sifflement
marque un sans-souci, un bien-être, un _je suis content_ qui fait
plaisir. Ces pauvres gens! il leur faut bien quelque chose: ils ont la
gaieté.
«Deux petits enfants font aussi en chantant leur fagot de branches
parmi les moutons. Ils s'interrompent de temps en temps pour rire ou
pour jouer, car tout cela leur échappe. J'aimerais à les voir faire et
à écouter le merle qui chante dans la haie du ruisseau; mais je veux
lire.
«C'est Massillon que je lis depuis que nous sommes en carême. J'admire
son discours de vendredi _sur la Prière_, qui est vraiment un
cantique.»
Le 18 mars.
«Le berger m'a annoncé ce matin l'arrivée des bergeronnettes. Une a
suivi le troupeau toute la journée: c'est de bon augure, nous aurons
bientôt des fleurs. On croit aussi que ces oiseaux portent bonheur aux
troupeaux. Les bergers les vénèrent comme une sorte de génie et se
gardent d'en tuer aucune. Si ce malheur arrivait, le plus beau mouton
du troupeau périrait.
«Je voudrais que cette naïve crédulité préservât de même tant d'autres
petits oiseaux que nos paysans font périr inhumainement.