Le printemps est tout à fait revenu. La pauvre fille s'en réjouit
comme le brin d'herbe, sans savoir pourquoi, si ce n'est que la
lumière est pure, et le vent tiède.
Lisez:
«J'ai failli avoir un chagrin aujourd'hui. Comme j'entrais dans ma
chambre, je vis mon petit linot sous la griffe de la chatte. Je l'ai
sauvé en effrayant la chatte qui a lâché prise. L'oiseau n'a eu que
peur, puis il s'est trouvé si content qu'il s'est mis à chanter de
toutes ses forces, comme pour me remercier et m'assurer que la frayeur
ne lui avait pas ôté la voix.
«Un bouvier qui passe dans le chemin des Cordes chante aussi, menant
sa charrette, mais un air si insouciant, si mou, que j'aime mieux le
gazouillement du linot.
«Quand je suis seule ici, je me plais à écouter ce qui remue au
dehors, j'ouvre l'oreille à tout bruit: un chant de poule, les
branches tombant, un bourdonnement de mouche, quoi que ce soit
m'intéresse et me donne à penser. Que de fois je me prends à
considérer, à suivre des yeux de tout petits insectes que j'aperçois
dans les feuillets d'un livre, ou sur les briques, ou sur la table! Je
ne sais pas leur nom, mais nous sommes en connaissance comme des
passants qui se considèrent le long du chemin. Nous nous perdons de
vue, puis nous nous rencontrons par hasard, et la rencontre me fait
plaisir; mais les petites bêtes me fuient, car elles ont peur de moi,
quoique je ne leur aie jamais fait mal. C'est qu'apparemment je suis
bien effrayante pour elles.
«En serait-il de même au paradis? Il n'est pas dit qu'Ève y fit jamais
peur à rien. Ce n'est qu'après le péché que la frayeur s'est mise
entre les créatures.
«Il faut que j'écrive à Philibert.»