XXIX.

Le printemps est tout à fait revenu. La pauvre fille s'en réjouit

comme le brin d'herbe, sans savoir pourquoi, si ce n'est que la

lumière est pure, et le vent tiède.

Lisez:

«J'ai failli avoir un chagrin aujourd'hui. Comme j'entrais dans ma

chambre, je vis mon petit linot sous la griffe de la chatte. Je l'ai

sauvé en effrayant la chatte qui a lâché prise. L'oiseau n'a eu que

peur, puis il s'est trouvé si content qu'il s'est mis à chanter de

toutes ses forces, comme pour me remercier et m'assurer que la frayeur

ne lui avait pas ôté la voix.

«Un bouvier qui passe dans le chemin des Cordes chante aussi, menant

sa charrette, mais un air si insouciant, si mou, que j'aime mieux le

gazouillement du linot.

«Quand je suis seule ici, je me plais à écouter ce qui remue au

dehors, j'ouvre l'oreille à tout bruit: un chant de poule, les

branches tombant, un bourdonnement de mouche, quoi que ce soit

m'intéresse et me donne à penser. Que de fois je me prends à

considérer, à suivre des yeux de tout petits insectes que j'aperçois

dans les feuillets d'un livre, ou sur les briques, ou sur la table! Je

ne sais pas leur nom, mais nous sommes en connaissance comme des

passants qui se considèrent le long du chemin. Nous nous perdons de

vue, puis nous nous rencontrons par hasard, et la rencontre me fait

plaisir; mais les petites bêtes me fuient, car elles ont peur de moi,

quoique je ne leur aie jamais fait mal. C'est qu'apparemment je suis

bien effrayante pour elles.

«En serait-il de même au paradis? Il n'est pas dit qu'Ève y fit jamais

peur à rien. Ce n'est qu'après le péché que la frayeur s'est mise

entre les créatures.

«Il faut que j'écrive à Philibert.»

Cours familier de Littérature - Volume 15 · 第 148 / 229 题