Le 28, sa soeur retrouvée, elle va avec elle à l'église du village
faire ses dévotions.
«Avant le jour, écrit-elle, j'avais les doigts dans les cendres,
cherchant du feu pour allumer la chandelle. Je n'en trouvais pas et
allais retrouver mon lit, lorsqu'un petit charbon que j'ai rencontré
du bout du doigt m'a fait voir du feu: voilà ma lampe allumée.
«Vite la toilette, la prière, et nous voilà avec Mimi dans le chemin
de Cahuzac. Ce pauvre chemin, je l'ai fait longtemps seule, et que
j'étais aise de le faire à quatre pieds aujourd'hui! Le temps n'était
pas beau.»
Puis une réflexion naïve et digne de Tibulle ou de Virgile.
Suave mari magno...
«Oh! qu'il est doux, lorsque la pluie à petit bruit tombe des cieux,
d'être au coin de son feu, à tenir des pincettes, à faire des
bluettes! C'était mon passe-temps tout à l'heure; je l'aime fort: les
bluettes sont si jolies! ce sont les fleurs de cheminée.
«Vraiment il se passe de charmantes choses sur la cendre, et, quand je
ne suis pas occupée, je m'amuse à voir la fantasmagorie du foyer. Ce
sont mille petites figures de braise qui vont, qui viennent,
grandissent, changent, disparaissent, tantôt anges, démons cornus,
enfants, vieilles, papillons, chiens, moineaux: on voit de tout sous
les tisons.
«Je me souviens d'une figure portant un air de souffrance céleste qui
me peignait une âme en purgatoire. J'en fus frappée, et aurais voulu
avoir un peintre auprès de moi. Jamais vision plus parfaite.
«Remarque les tisons, et tu conviendras qu'il y a de belles choses, et
qu'à moins d'être aveugle, on ne peut pas s'ennuyer auprès du feu.
Écoute surtout ce petit sifflement qui sort parfois de dessous la
braise comme une voix qui chante. Rien n'est plus doux et plus pur, on
dirait que c'est quelque tout petit esprit de feu qui chante.
«Voilà, mon ami, mes soirées et leurs agréments; ajoute le sommeil,
qui n'est pas le moindre.»
Quelle mélancolie dans ce dernier mot d'appel au sommeil, qui comble
tous les vides et qui calme toutes les douleurs!