III.

Mais, d'abord, étudions la scène où cette âme d'élite fut jetée en

naissant, et le site obscur qui servit de cadre à sa courte vie.

Dans cette région de la vieille France située entre le midi et

l'ouest, derrière le Périgord, près de la Charente, non loin de

l'Océan, s'étend un pays d'habitudes, de traditions, de pauvres

cultures, de familles incrustées comme le grès dans la terre, nobles

par consentement commun, parce que le château n'est que la première

masure du village, et que tout le monde y vient, comme chez soi,

chercher ce qui lui manque: bonne amitié, vieilles idées, semailles,

aliments, soins, outils, conseils, médicaments. Là s'élève le château

du Cayla, capitale d'un domaine de deux ou trois mille livres de

rente.

C'est l'opulence de la contrée; cela suffit pour vivre dans l'aisance

relative, en y surajoutant le produit en nature du petit jardin, du

champ réservé, de la vigne, du moulin, du verger en pente, qui donnent

le blé de l'année, les pommes de terre, le maïs, les châtaignes

conservées, les noix cassées par les maîtres et les serviteurs pendant

les veillées d'hiver, sur la table solide de la cuisine; le vin, les

légumes, les fruits, cueillis par la servante et les enfants, et

soigneusement encaissés et visités dans le fruitier; tout ce qui est

strictement nécessaire, en un mot, pour vivre largement et pour donner

libéralement aux malades, aux infirmes, aux pauvres du village, aux

mendiants errants et réguliers des villages voisins.

Cours familier de Littérature - Volume 15 · 第 122 / 229 题