Mais, d'abord, étudions la scène où cette âme d'élite fut jetée en
naissant, et le site obscur qui servit de cadre à sa courte vie.
Dans cette région de la vieille France située entre le midi et
l'ouest, derrière le Périgord, près de la Charente, non loin de
l'Océan, s'étend un pays d'habitudes, de traditions, de pauvres
cultures, de familles incrustées comme le grès dans la terre, nobles
par consentement commun, parce que le château n'est que la première
masure du village, et que tout le monde y vient, comme chez soi,
chercher ce qui lui manque: bonne amitié, vieilles idées, semailles,
aliments, soins, outils, conseils, médicaments. Là s'élève le château
du Cayla, capitale d'un domaine de deux ou trois mille livres de
rente.
C'est l'opulence de la contrée; cela suffit pour vivre dans l'aisance
relative, en y surajoutant le produit en nature du petit jardin, du
champ réservé, de la vigne, du moulin, du verger en pente, qui donnent
le blé de l'année, les pommes de terre, le maïs, les châtaignes
conservées, les noix cassées par les maîtres et les serviteurs pendant
les veillées d'hiver, sur la table solide de la cuisine; le vin, les
légumes, les fruits, cueillis par la servante et les enfants, et
soigneusement encaissés et visités dans le fruitier; tout ce qui est
strictement nécessaire, en un mot, pour vivre largement et pour donner
libéralement aux malades, aux infirmes, aux pauvres du village, aux
mendiants errants et réguliers des villages voisins.