Le château du Cayla était de père en fils possédé et habité par la
famille de M. de Guérin, dont la jeune femme était née dans le bourg
de Cahuzac. Mademoiselle de Cahuzac, d'une maison assez riche pour le
pays, avait apporté en dot à M. de Guérin quelques petites terres, et,
après la mort de ses grands-parents, une assez grande maison meublée
dans la petite ville de Cahuzac. Cette alliance donnait aux Guérin une
aisance et une parenté plus larges dans le rayon du Cayla.
Le château du Cayla se composait d'une cour, autrefois pavée, et dont
les eaux des écuries avaient défoncé les larges dalles. Les fumiers
des chevaux, des vaches et des moutons, entassés immémorialement aux
portes, tapissaient les murailles de ces bâtiments, et servaient
partout de clôture.
Les cuisines ouvraient, par un perron élevé de quelques marches, sur
ce vaste cloaque; quelques sureaux et quelques houx, dont la forte
racine ne craint pas le sol des bergeries, croissaient dans les angles
des murs.
Les portes, ou les barrières à claire-voie, étaient sans cesse
ouvertes, et permettaient nuit et jour aux passants de monter les
degrés de pierre pour venir demander le morceau de pain, le coup d'eau
à puiser au seau suspendu derrière la porte, et aux paysans du hameau
d'Andillac de vivre pour ainsi dire en commun avec les habitants de la
maison.