«La France est de la même qualité de peuple que la Grèce et l'Italie.
Elle est athénienne par le beau et romaine par le grand. En outre elle
est bonne. Elle se donne. Elle est plus souvent que les autres peuples
en humeur de dévouement et de sacrifice. Seulement cette humeur la
prend et la quitte. Et c'est là le grand péril pour ceux qui courent
quand elle ne veut que marcher, ou qui marchent quand elle veut
s'arrêter. La France a ses rechutes de matérialisme, et, à de certains
instants, les idées qui obstruent ce cerveau sublime n'ont plus rien
qui rappelle la grandeur française et sont de la dimension d'un
Missouri ou d'une Caroline du Sud. Qu'y faire? La géante joue la
naine; l'immense France a ses fantaisies de petitesse. Voilà tout.
«À cela rien à dire. Les peuples comme les astres ont le droit
d'éclipse. Et tout est bien, pourvu que la lumière revienne et que
l'éclipse ne dégénère pas en nuit. Aube et résurrection sont
synonymes. La réapparition de la lumière est identique à la
persistance du moi.
«Constatons ces faits avec calme. La mort sur la barricade, ou la
tombe dans l'exil, c'est pour le dévouement un en-cas acceptable. Le
vrai nom de dévouement, c'est désintéressement. Que les abandonnés se
laissent abandonner, que les exilés se laissent exiler, et
bornons-nous à supplier les grands peuples de ne pas reculer trop
loin, quand ils reculent. Il ne faut pas, sous prétexte de retour à la
raison, aller trop avant dans la descente.
«La matière existe, la minute existe, les intérêts existent, le ventre
existe; mais il ne faut pas que le ventre soit la seule sagesse. La
vie momentanée a son droit, nous l'admettons, mais la vie permanente a
le sien. Hélas! être monté, cela n'empêche pas de tomber. On voit
ceci dans l'histoire plus souvent qu'on ne voudrait: une nation est
illustre; elle goûte à l'idéal, puis elle mord dans la fange, et elle
trouve cela bon; et si on lui demande d'où vient qu'elle abandonne
Socrate pour Falstaff, elle répond: C'est que j'aime les hommes
d'État.
«Un mot encore avant de rentrer dans la mêlée.