XII.

«Il avait plu la veille, et même un peu le matin. Mais en juin les

ondées ne comptent pas. C'est à peine si l'on s'aperçoit, une heure

après un orage, que cette belle journée blonde a pleuré. La terre en

été est aussi vite sèche que la joue d'un enfant.

«À cet instant du solstice, la lumière du plein midi est, pour ainsi

dire, poignante. Elle prend tout. Elle s'applique et se superpose à la

terre avec une sorte de succion. On dirait que le soleil a soif. Une

averse est un verre d'eau; une pluie est tout de suite bue. Le matin

tout ruisselait, l'après-midi tout poudroie.

«Rien n'est admirable comme une verdure débarbouillée par la pluie et

essuyée par le rayon; c'est de la fraîcheur chaude. Les jardins et les

prairies, ayant de l'eau dans leurs racines et du soleil dans leurs

fleurs, deviennent des cassolettes d'encens et fument de tous leurs

parfums à la fois. Tout rit, chante et s'offre. On se sent doucement

ivre. Le printemps est un paradis provisoire; le soleil aide à faire

patienter l'homme.

Cours familier de Littérature - Volume 15 · 第 93 / 229 题