«Il avait plu la veille, et même un peu le matin. Mais en juin les
ondées ne comptent pas. C'est à peine si l'on s'aperçoit, une heure
après un orage, que cette belle journée blonde a pleuré. La terre en
été est aussi vite sèche que la joue d'un enfant.
«À cet instant du solstice, la lumière du plein midi est, pour ainsi
dire, poignante. Elle prend tout. Elle s'applique et se superpose à la
terre avec une sorte de succion. On dirait que le soleil a soif. Une
averse est un verre d'eau; une pluie est tout de suite bue. Le matin
tout ruisselait, l'après-midi tout poudroie.
«Rien n'est admirable comme une verdure débarbouillée par la pluie et
essuyée par le rayon; c'est de la fraîcheur chaude. Les jardins et les
prairies, ayant de l'eau dans leurs racines et du soleil dans leurs
fleurs, deviennent des cassolettes d'encens et fument de tous leurs
parfums à la fois. Tout rit, chante et s'offre. On se sent doucement
ivre. Le printemps est un paradis provisoire; le soleil aide à faire
patienter l'homme.