XXVI.

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«Cosette, en reculant, rencontra un arbre et s'y adossa. Sans cet

arbre, elle fût tombée.

«Alors elle entendit sa voix, cette voix qu'elle n'avait vraiment

jamais entendue, qui s'élevait à peine au-dessus du frémissement des

feuilles et qui murmurait:

«--Pardonnez-moi, je suis là. J'ai le coeur gonflé, je ne pouvais pas

vivre comme j'étais, je suis venu. Avez-vous lu ce que j'avais mis là,

sur ce banc? me reconnaissez-vous un peu? n'ayez pas peur de moi.

Voilà du temps déjà, vous rappelez-vous le jour où vous m'avez

regardé? c'était dans le Luxembourg, près du Gladiateur. Et le jour où

vous avez passé devant moi? c'était le 16 juin et le 2 juillet. Il va

y avoir un an. Depuis bien longtemps je ne vous ai plus vue. J'ai

demandé à la loueuse de chaises, elle m'a dit qu'elle ne vous voyait

plus. Vous demeuriez rue de l'Ouest, au troisième sur le devant, dans

une maison neuve; vous voyez que je sais! Je vous suivais, moi.

Qu'est-ce que j'avais à faire? Et puis vous avez disparu. J'ai cru

vous voir passer une fois que je lisais les journaux sous les arcades

de l'Odéon. J'ai couru. Mais non. C'était une personne qui avait un

chapeau comme vous. La nuit, je viens ici. Ne craignez pas, personne

ne me voit. Je viens regarder vos fenêtres de près. Je marche bien

doucement pour que vous n'entendiez pas, car vous auriez peut-être

peur. L'autre soir j'étais derrière vous, vous vous êtes retournée, je

me suis enfui. Une fois je vous ai entendue chanter. J'étais heureux.

Est-ce que cela vous fait quelque chose que je vous entende chanter à

travers le volet? cela ne peut rien vous faire. Non, n'est-ce pas?

Voyez-vous, vous êtes mon ange, laissez-moi venir un peu; je crois que

je vais mourir. Si vous saviez! je vous adore, moi! Pardonnez-moi, je

vous parle, je ne sais pas ce que je vous dis, je vous fâche

peut-être, est-ce que je vous fâche?

«--Ô ma mère! dit-elle.

«Et elle s'affaissa sur elle-même comme si elle se mourait.

«Il la prit, elle tombait, il la prit dans ses bras, il la serra

étroitement sans avoir conscience de ce qu'il faisait. Il la soutenait

tout chancelant. Il était comme s'il avait la tête pleine de fumée;

des éclairs lui passaient entre les cils; ses idées s'évanouissaient;

il lui semblait qu'il accomplissait un acte religieux et qu'il

commettait une profanation. Du reste, il n'avait pas le moindre désir

de cette femme ravissante dont il sentait la forme contre sa poitrine.

Il était éperdu d'amour.

«Elle lui prit la main et la posa sur son coeur.

«Il sentit le papier qui y était, il balbutia:

«--Vous m'aimez donc?

«Elle répondit d'une voix si basse que ce n'était plus qu'un souffle

qu'on entendait à peine:

«--Tais-toi! tu le sais!

«Et elle cacha sa tête rouge dans le sein du jeune homme superbe et

enivré.

«Il tomba sur le banc, elle près de lui. Ils n'avaient plus de

paroles. Les étoiles commençaient à rayonner. Comment se fit-il que

leurs lèvres se rencontrèrent? Comment se fait-il que l'oiseau chante,

que la neige fonde, que la rose s'ouvre, que mai s'épanouisse, que

l'aube blanchisse derrière les arbres noirs au sommet frissonnant des

collines?

«Un baiser, et ce fut tout.

«Tous deux tressaillirent, et ils se regardèrent dans l'ombre avec des

yeux éclatants.

«Ils ne sentaient ni la nuit fraîche, ni la pierre froide, ni la terre

humide, ni l'herbe mouillée; ils se regardaient et ils avaient le

coeur plein de pensées. Ils s'étaient pris les mains sans savoir.

«Elle ne lui demandait pas, elle n'y songeait pas même, par où il

était entré et comment il avait pénétré dans le jardin. Cela lui

paraissait si simple qu'il fût là!

Cours familier de Littérature - Volume 15 · 第 68 / 229 题