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«Par intervalles, Cosette bégayait une parole. Son âme tremblait à ses
lèvres comme une goutte de rosée à une fleur.
«Peu à peu ils se parlèrent. L'épanchement succéda au silence, qui est
la plénitude. La nuit était sereine et splendide au-dessus de leur
tête. Ces deux êtres, purs comme des esprits, se dirent tout, leurs
songes, leurs ivresses, leurs extases, leurs chimères, leurs
défaillances, comme ils s'étaient adorés de loin, comme ils s'étaient
souhaités, leur désespoir quand ils avaient cessé de s'apercevoir. Ils
se confièrent dans une intimité idéale, que rien déjà ne pouvait plus
accroître, ce qu'ils avaient de plus caché et de plus mystérieux. Ils
se racontèrent, avec une foi candide dans leurs illusions, tout ce que
l'amour, la jeunesse et ce reste d'enfance qu'ils avaient, leur
mettaient dans la pensée. Ces deux coeurs se versèrent l'un dans
l'autre, de sorte qu'au bout d'une heure c'était le jeune homme qui
avait l'âme de la jeune fille et la jeune fille qui avait l'âme du
jeune homme. Ils se pénétrèrent, ils s'enchantèrent, ils
s'éblouirent.