XVII.

«Rien n'est petit en effet; quiconque est sujet aux pénétrations

profondes de la nature le sait. Bien qu'aucune satisfaction absolue ne

soit donnée à la philosophie, pas plus de circonscrire la cause que de

limiter l'effet, le contemplateur tombe dans des extases sans fond à

cause de toutes ces décompositions de forces aboutissant à l'unité.

«Tout travaille à tout.

«L'algèbre s'applique aux nuages; l'irradiation de l'astre profite à

la rose; aucun penseur n'oserait dire que le parfum de l'aubépine est

inutile aux constellations. Qui donc peut calculer le trajet d'une

molécule? que savons-nous si des créations de mondes ne sont point

déterminées par des chutes de grains de sable? qui donc connaît les

flux et les reflux de l'infiniment grand et de l'infiniment petit, le

retentissement des causes dans les précipices de l'être, et les

avalanches de la création?

«Un ciron importe; le petit est grand, le grand est petit; tout est en

équilibre dans la nécessité; effrayante vision pour l'esprit. Il y a

entre les êtres et les choses des relations de prodige; dans cet

inépuisable ensemble, de soleil à puceron, on ne se méprise pas; on a

besoin les uns des autres. La lumière n'emporte pas dans l'azur les

parfums terrestres sans savoir ce qu'elle en fait; la nuit fait des

distributions d'essence stellaire aux fleurs endormies. Tous les

oiseaux qui volent ont à la patte le fil de l'infini. La germination

se complique de l'éclosion d'un météore, du coup de bec de

l'hirondelle brisant l'oeuf, et elle mène de front la naissance d'un

ver de terre et l'avènement de Socrate. Où finit le télescope, le

microscope commence. Lequel des deux a la vue plus grande? Choisissez.

«Une moisissure est une pléiade de fleurs; une nébuleuse est une

fourmilière d'étoiles. Même promiscuité, et plus inouïe encore, des

choses de l'intelligence et des faits de la substance. Les éléments

et les principes se mêlent, se combinent, s'épousent, se multiplient

les uns par les autres, au point de faire aboutir le monde matériel et

le monde moral à la même clarté. Le phénomène est en perpétuel repli

sur lui-même. Dans les vastes échanges cosmiques, la vie universelle

va et vient en quantités inconnues, roulant tout dans l'invisible

mystère des effluves, employant tout, ne perdant pas un rêve de pas un

sommeil, semant un animalcule ici, émiettant un astre là, oscillant et

serpentant, faisant de la lumière une force et de la pensée un

élément, disséminée et indivisible, dissolvant tout, excepté ce point

géométrique, le moi; ramenant tout à l'âme atome; épanouissant tout en

Dieu; enchevêtrant, depuis la plus haute jusqu'à la plus basse, toutes

les activités dans l'obscurité d'un mécanisme vertigineux, rattachant

le vol d'un insecte au mouvement de la terre, subordonnant, qui sait?

ne fût-ce que par l'identité de la loi, l'évolution de la comète dans

le firmament au tournoiement de l'infusoire dans la goutte d'eau.

Machine faite d'esprit. Engrenage énorme dont le premier moteur est

le moucheron et dont la dernière roue est le zodiaque.»

Cours familier de Littérature - Volume 15 · 第 59 / 229 题