Il est impossible ici de rien citer, il faut tout lire, ou plutôt
s'abandonner à ces accès de verve historique, épique, tragique, qu'il
plaît à l'auteur de se donner à propos de Waterloo, et le suivre bon
gré mal gré à travers les péripéties de ces innombrables peintures de
combat.
Depuis Jules Romain dans les batailles de Constantin, jusqu'à Lebrun
dans les batailles d'Alexandre, aucun peintre de batailles n'égale ici
le poëte des batailles de Napoléon. Les batailles d'Achille, dans
Homère, n'ont pas plus de verve. C'est le triomphe de la langue
française menée au feu: infanterie, cavalerie, artillerie, incendie,
assauts, carnage, tout roule, tout avance, tout recule, tout
tourbillonne, tout s'abat, comme dans ces trombes terrestres où les
nuées, entrechoquées par des vents contraires, finissent par vomir la
grêle qui couche à terre les maisons, et qui emporte avec les feuilles
les membres des arbres. On sort de cette lecture ivre et anéanti comme
un enfant qui s'essouffle à suivre un géant. C'est superbe! Mais
qu'est-ce que ce cadre mesquin pour ce tableau? Qu'est-ce que ce
forçat et cette grisette à côté de ce pan du monde qui s'écroule? Ni
plan, ni convenances, ni proportions, dans ce hors-d'oeuvre qui
emporte le roman tout entier, comme un coup de canon emporte la
bourre.
Et puis, il faut le dire, tout cela finit par un paradoxe de goût qui
fait faire une moue de répugnance à cette saleté de style, comme si
l'on avait marché sur une immondice! L'idée souffre le paradoxe, le
goût ne le souffre pas. Pourquoi? Parce que tout homme trouve en lui
le discernement prompt et sûr qui fait admettre ou rejeter une pensée
fausse, surtout en matière sociale, et que tout homme porte en lui le
goût qui fait discerner le propre et le sale dans la langue comme dans
la nature. Les mots ont leur odeur; or voici comment Victor Hugo,
trompé lui-même par son enthousiasme pour le neuf, s'égare jusqu'à
prendre l'ignoble pour le sublime.