M. Dupuy de Lôme a pour but de construire un aérostat de forme allongée,
muni d'un système d'hélice, mis en mouvement par des hommes. L'inventeur
n'a la prétention de remonter un courant aérien que s'il a une faible
intensité; si le vent est fort, il pourra faire dévier l'appareil, à
droite ou à gauche de la direction du courant aérien. Si le vent souffle
par exemple du nord vers le sud; le ballon de M. Dupuy de Lôme ne pourra
pas se remorquer contre le vent et monter au nord; mais il lui sera
possible de se diriger vers l'est ou l'ouest. Si l'expérience confirmait
les espérances de l'inventeur, on voit que le résultat obtenu aurait déjà
une importance de premier ordre.
M. Dupuy de Lôme adopte pour la forme du ballon une forme oblongue,
«celle d'une surface de révolution engendrée par une courbe spéciale se
rapprochant d'un arc de cercle de 7 mètres de flèche, et tournant autour
de sa corde de 42 mètres de longueur. Cette corde constitue l'axe
horizontal du ballon dont la longueur est réduite à 40 mètres, en
substituant, pour la solidité de la construction, une petite surface
sphérique à la pointe des extrémités.
«Le volume est ainsi de 3,860 mètres cubes, et la maîtresse section
verticale de 154 mètres carrés.
«La résistance à la déformation sous l'action du vent, provenant de la
vitesse propre à l'aérostat, s'obtient par le maintien dans son intérieur
d'une tension de gaz sans cesse un peu supérieure (de 3 à 4 dix-millièmes
d'atmosphère) à celle de l'air ambiant. Pour s'opposer, d'autre part, à la
déformation sous la traction des suspentes (indépendamment de l'effet de
la pression intérieure des gaz), la nacelle est d'une forme allongée et
d'une construction rigide. Pour maintenir le ballon sans cesse gonflé
en présence des déperditions de gaz sur lesquelles il faut compter, ou
lorsque l'aéronaute en fera échapper volontairement pour opérer une
descente partielle ou totale, il sera introduit de l'air atmosphérique
dans un petit ballon logé à cet effet dans l'intérieur du grand, et
remplissant ainsi une fonction ayant quelque analogie avec la vessie
natatoire des poissons.»
La nacelle de l'aérostat est munie d'une hélice de 8 mètres de diamètre
en arc horizontal. C'est l'appareil propulseur; il est situé à 17 mètres
environ au-dessous du grand axe de l'aérostat. Pour imprimer au ballon une
vitesse de deux lieues à l'heure, il suffit de transmettre à l'hélice un
travail total de 30 kilogrammètres.
«En présence de cette petite puissance motrice, dit M. Dupuy de Lôme, il
m'a paru avantageux de ne pas recourir à une machine à feu quelconque,
et d'employer simplement la force des hommes. Quatre hommes peuvent sans
fatigue soutenir, _pendant une heure_, en agissant sur une manivelle,
ce travail de 30 kilogrammètres, qui n'exige de chacun d'eux que 7
kilogrammètres, 5. Avec une relève de deux hommes, chacun d'eux pourra
travailler une heure, se reposer une demi-heure, et ainsi de suite,
pendant les dix heures du voyage, qui sont une des conditions de cette
étude.»
L'aérostat allongé de M. Dupuy de Lôme est muni d'un gouvernail, fixé
à l'arrière de la nacelle. L'appareil pourra s'orienter. Le ballon est
rempli de gaz de l'éclairage. Il va sans dire que l'excès de force
ascensionnelle est calculé pour compenser les poids à enlever, ballon,
moteur, manoeuvres, etc. «Un appareil de ce genre, ajoute l'inventeur, ne
permettra d'avancer, vent debout, ou de suivre par rapport à cette surface
toutes les directions désirées, que quand le vent n'aura qu'une vitesse
au-dessous de 8 kilomètres. Cela ne sera sans doute pas très-fréquent,
car cette vitesse n'est que celle d'un vent qualifié _brise légère_. Quoi
qu'il en soit, cet aérostat ayant une vitesse propre de 8 kilomètres à
l'heure, lorsqu'il sera emporté par un vent plus rapide, aura la faculté
de suivre à volonté toute route comprise dans un angle résultant de la
composante des deux vitesses. Chacun peut se rendre compte d'ailleurs que,
d'une manière générale, la direction à donner à l'aérostat, par rapport à
celle du vent, pour obtenir comme résultante des deux vitesses et des deux
directions le _maximum d'écart possible_, fait avec la direction du vent
un angle un peu plus ouvert que l'angle droit.»
Tel est le projet présenté par M. Dupuy de Lôme, et pour l'exécution
duquel le gouvernement a alloué une somme de 40,000 francs. Ce plan offre
l'inconvénient de ne pas présenter le caractère de la nouveauté. Il
est difficile de voir en quoi il diffère sensiblement du système de M.
Giffard. Mais M. Dupuy de Lôme ne connaissait pas les travaux de cet
ingénieur. Il a chargé M. Yon, le constructeur des ballons captifs à
vapeur, de fabriquer le nouvel appareil. Les travaux ont été commencés,
ils ont traîné en longueur; la guerre s'est terminée, la Commune a passé
sur Paris, ils ne sont pas encore achevés. Nous faisons des voeux sincères
pour que M. Dupuy de Lôme mette à exécution son projet intéressant, et
qu'une expérience soit faite prochainement dans de bonnes conditions
atmosphériques.