Quand Paris fut complètement bloqué par les Prussiens, que les
communications furent interrompues de toutes parts, bien des gens se
dirent: «Pourquoi n'a-t-on pas jeté un câble électrique au fond de la
Seine? Ce simple fil eût permis d'ouvrir une correspondance occulte!»
Comment n'aurait-on pas songé à ce projet si simple? Ce câble a été en
effet posé dans la basse Seine, mais la chute d'un pont le brisa quelques
jours après. Toutes les tentatives faites pour l'utiliser furent vaines.
On ne put relier les deux bouts de cette unique artère qui aurait permis
au grand organisme qu'on nomme la France, d'entendre les battements de son
coeur qu'on nomme Paris!
Quelque temps après cet irréparable accident, on fit un nouvel essai du
même genre. Depuis longtemps un câble placé sur la route de Fontainebleau,
se raccordait avec les fils aériens du chemin de fer. Il fallait pour
utiliser ce fil électrique, faire une tranchée sur la route en avant de
Juvisy, et souder un fil mince au câble. M. Lemercier de Janvelle, chargé
de cette mission périlleuse, partit dans le ballon _le Ferdinand Flocon_,
le 4 novembre; mais sous les yeux de l'ennemi, il ne put accomplir la
liaison des fils. Il la tenta cependant à trois reprises différentes,
dans les circonstances les plus difficiles. M. de Janvelle, assisté de M.
Forivon, capitaine des francs-tireurs, osa pénétrer jusqu'au milieu des
lignes ennemies. La nuit, il réparait les fils aériens coupés par les
Prussiens, en les unissant par de petits fils isolés très-minces, placés
contre terre. Quand on passait là on voyait les poteaux brisés, les fils
visiblement cassés. On ne soupçonnait pas qu'ils étaient réunis par des
conducteurs presque invisibles. Mais il fallait pour réussir complètement
recommencer l'oeuvre de réparation sur d'autres points. Malgré leur
audace, leur habileté, MM. de Janvelle et Forivon n'ont pu mener à bonne
fin l'entreprise si ingénieuse qu'ils avaient si bien commencée.