«Le 6 décembre, MM. Versoven, Delort et E. Robert s'étaient engagés à
expédier par eau, au moyen de sphères dont ils étaient les inventeurs,
les lettres ordinaires ou photo-micrographiques qui pourraient leur être
confiées dans les départements pour être transmises à Paris. Il leur était
accordé 1 fr. par lettre close, du poids de 4 grammes; 0 fr. 25 c. par
dépêche-lettre photographique, et 0 fr, 05 c. par dépêche réponse aux
cartes-poste. Les lettres ordinaires transportées par ces messieurs
devaient être affranchies par timbres-poste, conformément au tarif
en vigueur; il était convenu que les dépêches officielles seraient
transportées gratuitement.
«Toutes les lettres devaient être concentrées au bureau de poste de
Moulins (Allier). MM. Delort et Robert partirent le 7 décembre par le
ballon le _Denis Papin_.
«Une modification fut faite à cette convention par M. Steenackers, dans sa
dépêche par pigeon du 25 décembre, c'est-à-dire dix-neuf jours après: elle
portait l'affranchissement de la lettre à 1 fr. pour le poids maximum de 4
grammes; la taxe à 40 c. par lettre déposée au bureau de Moulins, et à 40
c. par lettre reçue au bureau de Paris.
«Les journaux ont récemment parlé de cette poste fluviale; les boules de
zinc de 25 centimètres de diamètre étaient garnies d'ailettes et jetées
dans la Seine ou dans ses affluents: là elles naviguaient entre deux eaux.
Les lettres de province sont arrivées au nombre de huit cents par la voie
de Moulins, après l'armistice; mais pendant l'investissement, c'est-à-dire
précisément pendant la période où elles étaient si fiévreusement attendues
et plus d'un mois durant, la pêche aux filets n'a rien produit.
«Il est probable que les barrages ont arrêté le transport, si les boules
ont été jetées avant l'armistice, ou que les Allemands n'ont laissé passer
les sphères à hélices de MM. Vorsoven et Cie qu'à partir de la conclusion
de l'armistice, toute surveillance ayant cessé dès lors.
«Un autre système fort ingénieux avait été présenté également par M.
Baylard, commis à l'Hôtel-de-Ville et expéditionnaire du Gouvernement. A
une extrême économie, ce système joignait une grande simplicité et une
grande facilité d'exécution. Au prix de quinze centimes on pouvait obtenir
une centaine de petites boules de verre soufflées, creuses et terminées à
la base par un petit orifice où s'introduisait la dépêche, et qu'on
jetait ensuite dans l'eau. Ces boules d'un petit diamètre figuraient si
merveilleusement les bulles d'eau naturelles, qu'il devenait impossible de
les distinguer, quand on les remuait dans un bassin et qu'on cherchait à
les saisir. Prenant à cause de leur transparence le reflet même de l'eau
dans laquelle elles plongent, mobiles et légères, glissant avec la plus
grande facilité le long des roseaux, des tiges, des plantes et des bords
de la rivière qui pourraient leur servir d'obstacles, franchissant
aisément, sans se rompre, les petits ressauts des barrages, échappant par
leur petite dimension aux grosses mailles des filets prussiens et aux
mains des pêcheurs ennemis, ces petites boules messagères étaient appelées
à rendre de grands services à la défense pour le transport des dépêches
micrographiques. M. Rebou emporta un grand nombre de ces globules en
ballon et l'idée était en pleine voie d'exécution, lorsque les glaces
vinrent empêcher le développement de cet ingénieux mode de transport.
«Vers la même époque, M. le directeur des Postes écoutait les propositions
de M. Delente qui, le 14 janvier, s'engageait à se rendre en province et
à faire parvenir à Paris, à l'aide d'un bateau sous-marin dont il est
l'inventeur, des correspondances privées ou autres.
«Le ballon-poste le _Vaucanson_ enleva M. Delente, muni d'un permis
de parcours général sur tous les chemins de fer, et de lettres qui
l'accréditaient auprès de la délégation dans les départements, avec
laquelle il avait à s'entendre pour les conditions de rémunération.
L'investissement a pris également fin avant que M. Delente ait réussi à
faire arriver des lettres dans Paris[14].»
[Note 14: _Journal Officiel_, mars 1871.]