27e Ascension. _18 novembre_.--Le _général Uhrich_ (3,000 mèt.
cub.). Aéronaute: Lemoine, marin.--Passagers: Thomas, propriétaire de
pigeons et deux autres voyageurs.
Dépêches: 80 kil. Pigeons: 34.
Départ: gare du Nord, 11h. 15 soir.
Arrivée: Luzarches (Seine-et-Oise), 8h. matin.
Cette première ascension nocturne a été vraiment dramatique; elle a
vivement impressionné les Parisiens, comme l'attestent les quelques lignes
suivantes, que nous empruntons au _Gaulois_ paru le lendemain du départ de
l'aérostat:
«Ceux qui n'ont pas assisté à ce premier départ de nuit ne sauraient
se figurer ce qu'il y a à la fois de triste, d'émouvant, de beau et de
vraiment grand dans ce spectacle que le blocus de Paris nous a valu hier
soir.
«Nous étions là une centaine: des privilégiés; car on n'ébruite plus
les départs des ballons-poste comme auparavant. L'ennemi, régulièrement
informé quelques heures à l'avance, envoyait depuis quelque temps sur nos
ballons des fusées incendiaires qui exposaient les aéronautes aux plus
graves dangers. Aussi maintenant part-on mystérieusement, la nuit, et
cette nuit et ce mystère ajoutent singulièrement aux émotions du départ.
«Au milieu d'une vaste cour se trouve le ballon à peu près gonflé.
«Un ballon énorme en taffetas jaune; les lanternes à réflecteur des
locomotives l'éclairent étrangement; on le dirait transparent. Des ombres
immenses courent le long du filet. Tout autour, on fait silence. Seul le
sifflet aigu de M. Dartois, donnant le signal des manoeuvres, se fait
entendre à des intervalles réguliers.
«A dix heures et demie, un aide de camp arrive essoufflé.
«--Une dépêche du gouverneur!
«La dépêche est précieusement mise de côté. La nacelle est fixée. On
entend le sifflet de la... pardon! le «_lâchez tout!_» et lentement,
majestueusement, le ballon s'élève, c'est-à-dire s'évanouit dans les
ténèbres. A peine a-t-il dépassé le toit de la gare, déjà nous l'avons
perdu de vue. Cette masse s'est fondue dans les brouillards[12]!»
[Note 12: Le _Gaulois_, 18 novembre 1870.]
Le voyage exécuté par cet aérostat est des plus curieux. Les voyageurs
sont restés 10 heures en ballon pour tomber seulement à quelques lieues de
Paris. Ils croient avoir traversé Paris plusieurs fois pendant la nuit,
ce qui est possible en admettant la présence dans l'air de courants
contraires superposés à différentes altitudes.