Le jour même du départ du _Céleste_, Eugène Godard lançait, au boulevard
d'Italie, un petit ballon libre muni de sacs de lettres qui devaient
tomber successivement durant le voyage, au moyen d'un système automatique
très-simple. Ce début ne fut pas heureux. Le ballonneau tomba près des
remparts au milieu d'un retranchement prussien.
L'accident ne tarda pas à être connu à Paris, mais il fut singulièrement
exagéré; quelques journaux racontèrent que les Allemands avaient fait la
capture d'un ballon monté, le 30 septembre. Cet aérostat ne pouvait être
que le _Céleste_. La nouvelle parvint aux oreilles de mes amis qu'elle
émut d'autant plus vivement que mes pigeons sont arrivés à Paris ayant
perdu leurs dépêches. Heureusement, mon frère Albert avait pu suivre mon
ballon pendant plus d'une heure, il affirma que je devais être sauvé.
Mon ami de Fonvielle, dans la _Liberté_, eut l'obligeance de donner
d'excellentes raisons sur l'improbabilité de ma capture. Il disait vrai.
On renonça aux ballons libres, et il fut décidé que les dépêches de la
poste ne seraient plus confiées qu'à des aéronautes.