A quoi rêve le père Martin, tout en tirant l’alène, tout en frappant du
marteau? C’est une chose étrange: il veut quitter l’échoppe. Il songe à
la quitter.
De la place, les passants qui le regardent trouvent l’échoppe jolie, car
la porte vitrée, aussi large que la boutique, est encadrée de verdure,
et, là-dedans, sous les vitres, au milieu de son cadre de fleurs, le
père Martin a l’air d’un portrait vivant, d’un fameux portrait, ma foi!
d’un de ces portraits de maître où le peintre a mis tant d’expression,
tant de réalité, qu’on y devine toute la vie du personnage, ses
habitudes d’esprit, sa pensée, toute sa vie, toute.
Toujours le même, comme un portrait peint, le père Martin vieillit en
tirant l’alène. De temps en temps, à intervalles réguliers, il relève le
nez, jette un coup d’œil sur la place où la fontaine coule, où les
hommes marchent, où les souliers s’usent. «Bonjour père Martin!»
«Bonjour, bonjour!» On passe, on s’éloigne... on repassera.