A quoi rêve le père Martin? A quitter l’échoppe. Il en a assez. Il se
sent vieillir. Et c’est précisément parce qu’il a assez, de l’échoppe,
qu’il y reste, qu’il n’en bouge pas, qu’on l’y voit au travail si tôt,
le matin, et si tard le soir, frappant du marteau! Martin travaille pour
ne plus travailler. Il a ses projets, Martin. Il économise. Pan, pan!
Toute une vie, il besognera, pour avoir, à la fin, quelques jours sans
travail, les derniers, jours heureux où il changera de logis! où il ne
dira plus: «_Entrez! entrez, nous allons voir ça!_» ou bien: «_C’est six
francs sans marchander!_» ou bien: «Bonjour, bonjour!» à tous les
rouliers qui passent! Alors, il aura un jardin, un jardin à lui, qu’il
arrosera, qu’il bêchera, devant une maisonnette à lui, qu’il fera bâtir.
Il a choisi déjà, dans sa pensée, l’emplacement de sa maisonnette; elle
sera à l’un des bouts du village, un peu loin de la grand’route où les
hommes marchent, où les souliers s’usent. Il en a assez, le père Martin,
de tirer l’alène et de frapper du marteau.