IV

Il y a, sur la place, une fontaine.

Du milieu d’un bassin rond s’élève une colonnette qui porte une vasque

d’où l’eau, par quatre becs, tombe, tombe dans l’eau du bassin, sans

cesse, avec un bruit gai, mais toujours gai, sans variation, sans

changement, gai d’une gaieté sans âme, que rien n’émeut; si monotone

dans sa gaieté qu’on s’attriste à songer que rien ne peut le faire

changer, que rien ne peut émouvoir aucune chose, ni le départ des morts

qui, sous le drap noir, traversent la place de mon village pour aller au

cimetière, ni l’arrivée des nouveau-nés qu’on va baptiser à l’église.

C’est une horloge aussi, la fontaine aux quatre becs; elle semble

indiquer les quatre saisons; elle désigne le nord, le midi, le couchant

et le levant. Elle bruit sans fin, comme bruissent les feuilles, comme

les grenouilles et les cigales, comme les chants de l’église, comme le

balancier, comme le marteau du père Martin... Pan, pan! Les souliers

s’usent, les hommes marchent. La besogne, qui toujours avance, n’est

jamais finie.

V

Le père Martin a une femme, une femme de bon conseil, une brave femme

qui économise. Le père Martin, le dimanche même, travaille, sans souci

du curé: «Si je ne travaillais pas, monsieur le curé, je me griserais

peut-être le dimanche!» On ne l’a jamais vu gris, le père Martin. Il

boit de l’eau. Il économise, toujours; et sa femme, qui l’aime, est

contente. Elle ne l’a jamais vu gris.

L'Été à l'ombre · 第 110 / 135 题