On reparlait toujours de la statue d’Antoine.
--Oh, ça, par exemple, c’est un chef-d’œuvre! Le chef-d’œuvre même de la
génération!
--Cette statue, eh bien, tu dois la connaître, toi?
--Oui par le sonnet de Lereître.
--Moi par la symphonie d’Andolin!
--On l’a donc mise en sonnet, sa statue?...
--Et en musique, comme tu vois.
--Mauvaise musique et pauvre sonnet!
--Ils n’ont pas atteint le sculpteur, c’est clair. Comment veux-tu
qu’avec des mots et des sons on rende la ligne précise, l’exact contour
d’une statue?
--Une statue... mais si mouvementée!
--C’est égal, rien ne vaut l’œuvre.
--Demandons à Antoine d’entrer chez lui un soir.
--Un sanctuaire, son atelier! Il ne voudra pas.
--Allons chez vous, Antoine, faire un punch, dans votre atelier?... Aux
lueurs bizarres du punch, ça sera curieux à voir, l’effet de votre
statue.
--Jamais, jeunes gens, ma statue ne sera vue avant l’heure. Un
sanctuaire, mon atelier! Personne n’y pénètre que moi.
--Et la poussière?
--J’ai un balai.
--M’est avis tout de même qu’il y aura mis plus d’un jour, à faire son
coureur illustre!