II

La rose qui, hier matin, était fleurie sur son rosier de mai, Dieu

lui-même ne la refera point. Elle fut, et c’est assez. Adieu, ma rose!

Bouche baisée, cœur flétri, amours passées, adieu printemps, jeunesse,

adieu... Cours après l’eau courante! Elle a passé comme l’heure. Ah!

quel joli visage elle avait, mon amoureuse, au temps d’autrefois, et

comme gentiment elle le mirait dans l’eau, dans l’eau courante.

Elle a passé, l’eau qui court, prompte comme l’heure, et j’ai toujours

cru--ma pauvre amoureuse--qu’au fil de l’eau avait couru notre jeunesse,

emportée avec la rose que nos doigts, feuille par feuille, y jetaient,

parmi les rires, les beaux rires de vingt ans.

L'Été à l'ombre · 第 86 / 135 题