Jacques Kardec aida l’amiral à faire les honneurs de la soirée aux
Espagnols.
--Est-il heureux, ce Kardec! De la graine d’amiral, celui-là!...
--Ça n’est pas un débrouillard, lui!
--Non, mais il a de la chance.
--Quel bon et brave officier!
On dansait, le bal tourbillonnait. Kardec,--descendu un moment, pour
être bien seul, dans l’entrepont où étaient couchés les hommes, dont les
hamacs, alignés à perte de vue dans l’ombre, vibraient sur leurs cordes
aux secousses de la danse,--lisait, à la lueur d’un fanal que lui tenait
un matelot, ce petit billet plié soigneusement,--qu’il ne se rappelait
pas avoir laissé tomber... Il venait de s’en inquiéter tout d’un coup.
L’ayant lu, il le replia avec lenteur, et le mit sur sa poitrine dans la
poche intérieure de son habit qu’il reboutonna réglementairement.
Cela fait, Kardec pâlit tout à coup; il étendit les deux bras et
s’accrocha des deux mains aux épaules de l’homme qui tenait la lanterne.
Elle vacilla. Il sembla à Kardec que le bateau, après un coup de tangage
épouvantable, s’enfonçait brusquement dans la mer ouverte sous lui, à
l’infini...
--Cap’taine! cria l’homme. Cap’taine!
--Eh bien! quoi? répondit Kardec d’un air affreusement tranquille.
Il demanda à l’homme si rien n’était dérangé dans sa toilette et remonta
sur le pont.