IX

Yvonne était donc arrivée chez Kardec en son absence. A la loueuse du

garni, elle avait dit simplement:

--Je suis sa sœur; il faudra deux chambres.

--J’ai une locataire qui heureusement part demain, mademoiselle. Quant à

la chambre de Monsieur Kardec, la voici, mais l’après-midi, il emporte

sa clef.

Et sans aucune impatience, la douce Yvonne s’était assise sur sa malle,

comme une bonne, devant la porte fermée... Elle n’avait pas dîné. Elle

était restée là, bien tranquille, depuis quatre heures du soir. Très

fatiguée (elle avait voyagé un jour et une nuit), elle avait même fini

par s’assoupir. Des gens qui montaient, qui descendaient, entrevoyaient

dans l’ombre cette figure pâle, énigmatique, assise comme un sphinx,

avec son air endormi, devant la porte que barrait sa malle plate, forme

vague de cercueil... On eût dit une figure de marbre, blanche et noire,

assise sur un sarcophage. Et au-dessus de sa tête, chatoyait un petit

carré de papier blanc--la carte de visite de Kardec--le nom, comme une

épitaphe:

JACQUES KARDEC

LIEUTENANT DE VAISSEAU

X

Il fit du thé. Elle ne put manger. La joie lui ôtait l’appétit...

--Tu comprends! te voir, ça suffit... je vis!

Elle songea à tout, tira un matelas du lit de Jacques, le mit sur le

canapé avec des couvertures. Il coucherait là, lui. Elle, fatiguée du

voyage, dans le lit. Cela semblerait tout simple à la propriétaire. Le

lendemain elle aurait sa chambre... Comme ils allaient vivre heureux!...

L'Été à l'ombre · 第 14 / 135 题