Et, assis côte à côte, de nouveau ils s’étreignirent... C’en était
fait... Elle était bien sa femme, sa vraie femme... Au point du jour,
vers six heures, tandis que très lasse, à demi-morte, Yvonne dormait
gracieusement, un bras pendant un peu hors du lit, son visage plus pâle
que de coutume tourné vers Jacques instinctivement (malgré la pesanteur
de son sommeil), lui, attablé devant la fenêtre, écrivait à sa mère:
«Pardonnez-moi de vous tant contrarier, ma mère... Ne me désespérez pas
plus longtemps. Yvonne est ma femme et le sera. Elle est ici... Ne me
forcez pas, je vous en supplie, à m’expliquer davantage, mais croyez que
j’agis en homme d’honneur.»
Mme Kardec se fit faire des sommations respectueuses... Jacques était
désespéré--mais il était honnête homme--et tout fut bientôt prêt pour
ses noces tristes. Le premier janvier approchait.
Ils fêtèrent la Noël ensemble. Yvonne était logée sur le même palier et
les deux chambres communiquaient. Tous les matins Yvonne faisait
elle-même le ménage. La propriétaire était ravie... «Une perle, cette
sœur de M. Kardec... je ne plains pas celui qui l’épousera!...» Ils
attendaient,--pour tout avouer,--le jour des noces. A Toulon, seuls les
chefs de Jacques étaient informés, comme il l’avait fallu.
Il approchait, le grand jour. Les bans étaient publiés, et ni la
propriétaire, ni les gens du voisinage ne se doutaient encore de rien;
on ne passe pas tous les jours devant la mairie. Kardec demeurait à
l’autre bout de la ville, sur la place St-Roch... Ils se cachaient. Le
bonheur doit se cacher, parce qu’il attire son contraire... Soyons
prudents!