Ils s’expliquèrent.
Les yeux baissés, plus pâle que jamais, triste infiniment, Yvonne lui
dit:
--Il faut que tu me sauves... Je ne peux plus rester au pays; ce n’est
plus possible! Que deviendrais-je dans quelque temps?... Je suis
perdue... Quand j’ai compris cela, je me suis sauvée... j’ai laissé une
lettre à mon père...--Comprends-tu?... tu ne comprends pas?... Si, tu me
comprends!
Elle releva ses yeux bleus, les planta droit dans ceux de Jacques avec
une expression neutre où il ne vit que la profondeur confuse d’une âme
qui se voile. Cette pudeur du regard cachant le fond de leur secret, lui
fit brusquement tout comprendre...
--Oh! Yvonne!
Yvonne se sentait devenir mère... et voilà ce que Jacques avait
compris...
Elle cacha sa tête dans la poitrine du bien-aimé et pleura longtemps. Il
but ses larmes, se mit à genoux devant elle, lui demanda pardon mille
fois en sanglotant, et lui annonça qu’avant un mois elle serait sa
femme.
Il parlait dévotement, à genoux devant elle... Avec sa robe sombre au
grand tablier noir, elle avait l’air, oui, d’une sœur de charité.
De sa main très fine, diaphane comme son visage, elle caressait
lentement les beaux cheveux noirs, courts mais épais, du bien-aimé de
son âme. Et lui, tout à coup, pris de ferveur, saisit les deux pieds
adorés dans ses deux mains, et avec un respect d’époux jeune,
fort,--joyeux au fond et fier,--il les baisa éperdument.