VIII

Ils s’expliquèrent.

Les yeux baissés, plus pâle que jamais, triste infiniment, Yvonne lui

dit:

--Il faut que tu me sauves... Je ne peux plus rester au pays; ce n’est

plus possible! Que deviendrais-je dans quelque temps?... Je suis

perdue... Quand j’ai compris cela, je me suis sauvée... j’ai laissé une

lettre à mon père...--Comprends-tu?... tu ne comprends pas?... Si, tu me

comprends!

Elle releva ses yeux bleus, les planta droit dans ceux de Jacques avec

une expression neutre où il ne vit que la profondeur confuse d’une âme

qui se voile. Cette pudeur du regard cachant le fond de leur secret, lui

fit brusquement tout comprendre...

--Oh! Yvonne!

Yvonne se sentait devenir mère... et voilà ce que Jacques avait

compris...

Elle cacha sa tête dans la poitrine du bien-aimé et pleura longtemps. Il

but ses larmes, se mit à genoux devant elle, lui demanda pardon mille

fois en sanglotant, et lui annonça qu’avant un mois elle serait sa

femme.

Il parlait dévotement, à genoux devant elle... Avec sa robe sombre au

grand tablier noir, elle avait l’air, oui, d’une sœur de charité.

De sa main très fine, diaphane comme son visage, elle caressait

lentement les beaux cheveux noirs, courts mais épais, du bien-aimé de

son âme. Et lui, tout à coup, pris de ferveur, saisit les deux pieds

adorés dans ses deux mains, et avec un respect d’époux jeune,

fort,--joyeux au fond et fier,--il les baisa éperdument.

L'Été à l'ombre · 第 13 / 135 题