Quoique je considère en toute sincérité Alfred Tennyson comme le plus

noble poète qui ait jamais vécu, je me suis à peine laissé le temps de

vous en citer un court spécimen. Je l'appelle, et le regarde comme le

plus noble des poètes, non parce que les impressions qu'il produit sont

toujours les plus profondes--non parce que l'émotion poétique qu'il

excite est toujours la plus intense,--mais parce qu'il est toujours le

plus éthéré--en d'autres termes, le plus élevé et le plus pur. Il n'y a

pas de poète qui soit si peu de la terre, si peu terrestre. Ce que je

vais vous lire est emprunté à son dernier long poème: _La princesse_.

Des larmes, d'indolentes larmes, (je ne sais ce qu'elles veulent dire,)

Des larmes du fond de quelque divin désespoir

Jaillissent dans le coeur, et montent aux yeux,

En regardant les heureux champs d'automne,

Et en pensant aux jours qui ne sont plus.

Frais comme le premier rayon éclairant la voile,

Qui ramène nos amis de l'autre hémisphère,

Tristes comme le dernier rayon rougissant celle

Qui sombre avec tout ce que nous aimons sous l'horizon;

Aussi tristes, aussi frais sont les jours qui ne sont plus.

Ah! tristes et étranges comme dans les sombres aurores d'été

Le premier cri des oiseaux éveillés à demi,

Pour des oreilles mourantes, quand sous des yeux mourants

La croisée lentement en s'illuminant se dessine;

Aussi tristes, aussi étranges, sont les jours qui ne sont plus,

Aussi chers que des baisers remémorés après la mort,

Aussi doux que ceux qu'imagine une pensée sans espoir

Sur des lèvres réservées à d'autres; profonds comme l'amour,

Profonds comme le premier amour, enténébrés de tous les regrets,

O mort dans la vie! tels sont les jours qui ne sont plus.

En essayant ainsi de vous exposer, quoique d'une façon bien rapide et

bien imparfaite, ma conception du principe poétique, je ne me suis

proposé que de vous suggérer cette réflexion: c'est que, si ce principe

est strictement et simplement l'aspiration de l'âme humaine vers la

beauté surnaturelle, sa manifestation doit toujours se trouver dans une

émotion qui élève l'âme, tout à fait indépendante de la passion qui

enivre le coeur, et de la vérité qui satisfait la raison. Pour ce qui

regarde la passion, hélas! elle tend plutôt à dégrader qu'à élever

l'âme. L'Amour, au contraire,--l'Amour,--le vrai, le divin Éros--la

Vénus Uranienne si différente de la Vénus Dionéenne--est sans contredit

le plus pur et le plus vrai de tous les thèmes poétiques. Quant à la

Vérité, si par l'acquisition d'une vérité particulière nous arrivons

à percevoir de l'harmonie où nous n'en voyions pas auparavant, nous

éprouvons alors en même temps le véritable effet poétique; mais cet

effet ne doit s'attribuer qu'à l'harmonie seule, et nullement à la

vérité qui n'a servi qu'à faire éclater cette harmonie.

Nous pouvons cependant nous faire plus directement une idée distincte de

ce qu'est la véritable poésie, en considérant quelques-uns des simples

éléments qui produisent dans le poète lui-même le véritable effet

poétique. Il reconnaît l'ambroisie qui nourrit son âme dans les orbes

brillants qui étincellent dans le Ciel, dans les volutes de la fleur,

dans les bouquets formés par d'humbles arbustes, dans l'ondoiement des

champs de blé, dans l'obliquement des grands arbres vers le levant, dans

les bleus lointains des montagnes, dans le groupement des nuages, dans

le tintement des ruisseaux qui se dérobent à demi, le miroitement des

rivières d'argent, dans le repos des lacs isolés, dans les profondeurs

des sources solitaires où se mirent les étoiles. Il la reconnaît dans

les chants des oiseaux, dans la harpe d'Eole, dans le soupir du vent

nocturne, dans la voix lugubre de la forêt, dans la vague qui se plaint

au rivage, dans la fraîche haleine des bois, dans le parfum de la

violette, dans la voluptueuse senteur de l'hyacinthe, dans l'odeur

suggestive qui lui vient le soir d'îles éloignées non découvertes, sur

des océans sombres, illimités, inexplorés. Il la reconnaît dans toutes

les nobles pensées, dans toutes les aspirations qui ne sont pas de la

terre, dans toutes les saintes impulsions, dans toutes les actions

chevaleresques, généreuses, et supposant le sacrifice de soi-même. Il

la sent dans la beauté de la femme, dans la grâce de sa démarche, dans

l'éclat de ses yeux, dans la mélodie de sa voix, dans son doux sourire,

dans son soupir, dans l'harmonie du frémissement de sa robe. Il la

sent profondément dans ses attraits enveloppants, dans ses brûlants

enthousiasmes, dans ses gracieuses charités, dans ses douces et pieuses

patiences; mais par dessus tout, oui, par dessus tout, il l'adore à

genoux, dans la fidélité, dans la pureté, dans la force, dans la suprême

et divine majesté de son _amour_.

Permettez-moi d'achever, en vous lisant encore un petit poème, un poème

d'un caractère bien différent de ceux que je vous ai cités. Il est de

Motherwell[79], et est intitulé le _Chant du Cavalier_.

Avec nos idées modernes et tout à fait rationnelles sur l'absurdité

et l'impiété de la guerre, nous ne sommes pas précisément dans l'état

d'esprit le mieux fait pour sympathiser avec les sentiments de ce

poème et par conséquent pour en apprécier la réelle excellence. Pour y

arriver, il faut nous identifier nous-mêmes en imagination avec l'âme du

vieux cavalier.

Un coursier! Un coursier! d'une vitesse sans égale!

Une épée d'un métal acéré!

Pour de nobles coeurs tout le reste est peu de chose--

Sur terre tout le reste n'est rien.

Les hennissements du fier cheval de guerre,

Le roulement du tambour,

L'éclat perçant de la trompette,

Sont des bruits qui viennent du ciel;

Et puis! le tonnerre des chevaliers serrés qui se précipitent

En même temps que grandit leur cri de guerre,

Peut faire descendre du ciel un ange étincelant,

Et réveiller un démon de l'enfer.

Montez donc! montez donc, nobles braves, montez tous,

Hâtez-vous de revêtir vos cimiers;

Courriers de la mort, Gloire et Honneur, appelez-nous

Au champ de guerre une fois encore.

D'aigres larmes ne rempliront pas nos yeux,

Quand la poignée de notre épée sera dans notre main;

Nous partirons le coeur entier, sans un soupir

Pour la plus belle du pays.

Laissons l'amoureux jouer du chalumeau, et le poltron

Se lamenter et pleurnicher;

Notre affaire à nous, c'est de combattre en hommes,

Et de mourir en héros!

QUELQUES SECRETS

DE LA PRISON DU MAGAZINE

L'absence d'une Loi internationale des droits d'auteur, en mettant

presque les auteurs dans l'impossibilité d'obtenir de leurs éditeurs et

libraires la rémunération de leurs labeurs littéraires, a eu pour effet

de forcer un grand nombre de nos meilleurs écrivains de se mettre au

service des Revues et des Magazines; ceux-ci, avec une persévérance qui

leur donne quelque crédit, semblent faire un certain cas de l'excellent

vieux dicton, que même dans l'ingrat champ des Lettres, tout travail

mérite son salaire. En vertu de quel revêche instinct de l'honnête et du

convenable, ces journaux ont-ils eu le courage de persister dans leurs

habitudes payantes, au nez même de l'opposition des Foster et des

Léonard Scott, qui pour huit dollars vous fournissent à l'année quatre

périodiques anglais, c'est là un point qu'il nous est bien difficile de

résoudre, et dont nous ne voyons pas de plus raisonnable explication que

dans la persistance de l'_esprit de patrie_. Que des Magazines puissent

vivre dans ces conditions, et non seulement vivre, mais prospérer, et

non seulement prospérer, mais encore arriver à débourser de l'argent

pour payer des articles originaux, ce sont là des faits qui ne peuvent

s'expliquer que par la supposition fantastique, mais précieuse, qu'il

reste encore quelque part dans les cendres une étincelle qui n'est pas

tout à fait éteinte du feu de l'amour pour les lettres et les hommes de

lettres qui animait autrefois l'esprit américain.

Il serait indécent (c'est peut-être là leur idée) de laisser nos pauvres

diables d'auteurs mourir de faim, pendant que nous nous engraissons,

littérairement parlant, des excellentes choses que, sans rougir, nous

prenons dans la poche de toute l'Europe; il ne serait pas tout à fait

_comme il faut_ de laisser se commettre une pareille atrocité; voilà

pourquoi nous avons des Magazines, et un certain public qui s'abonne à

ces Magazines (par pure pitié); voilà pourquoi nous avons des éditeurs

de Magazines cumulant quelquefois le double titre d'éditeurs et de

propriétaires--des éditeurs, dis-je, qui, moyennant certaines conditions

de bonne conduite, de poufs à l'occasion, et d'une décente servilité, se

font un point de conscience d'encourager le pauvre diable d'auteur avec

un dollar ou deux, plus ou moins, selon qu'il se comporte décemment, et

s'abstient de la vilaine habitude de relever le nez.

Nous espérons, cependant, n'être pas assez prévenu où assez vindicatif

pour insinuer que ce qui, de leur part (des éditeurs de Magazines)

semble si peu libéral, soit en réalité une illibéralité qui doive être

mise à leur charge. De fait, il saute aux yeux que ce que nous avons dit

est précisément l'inverse d'une pareille accusation. Ces éditeurs paient

_quelque chose_--les autres ne paient rien du tout. Il y a là évidemment

une certaine différence,--quoiqu'un mathématicien pût prétendre que la

différence est infinitésimale. Mais enfin ces éditeurs et propriétaires

de Magazines _paient_ (il n'y a pas à dire), et pour votre pauvre diable

d'auteur les plus minimes faveurs méritent la reconnaissance. Non, le

manque de libéralité est du côté du public infatué de ses démagogues, du

côté du public qui souffre que ses délégués, les oints de son choix (ou

peut-être les maudits[80]) insultent à son sens commun, (à lui public),

en faisant dans nos Chambres nationales des discours où ils prouvent

qu'il est beau et commode de voler l'Europe littéraire sur les grands

chemins, et qu'il n'y a pas de plus grossière absurdité que de prétendre

qu'un homme a quelque droit et quelque titre à sa propre cervelle ou à

la matière sans consistance qu'il en file, comme une maudite chenille

qu'il est. Si ces matières aussi fragiles que le fil de la vierge ont

besoin de protection, c'est que nous avons les mains pleines et de vers

à soie et de _morus multicaulis_[81].

Mais si nous ne pouvons pas, dans ces circonstances, reprocher aux

éditeurs de Magazines un manque absolu de libéralité (puisqu'ils

paient), il y a un point particulier, au sujet duquel nous avons

d'excellentes raisons de les accuser. Pourquoi (puisqu'ils doivent

payer) ne paient-ils pas de bonne grâce et tout de suite? Si nous étions

en ce moment de mauvaise humeur, nous pourrions raconter une histoire

qui ferait dresser les cheveux sur la tête de Shylock.

Un jeune auteur, aux prises avec le désespoir lui-même sous la forme

du spectre de la pauvreté, n'ayant dans sa misère aucun

soulagement--n'ayant à attendre aucune sympathie de la part du vulgaire,

qui ne comprend pas ses besoins, et prétendrait ne pas les comprendre,

quand même il les concevrait parfaitement--ce jeune auteur est poliment

prié de composer un article, pour lequel il sera «gentiment payé.» Dans

le ravissement, il néglige peut-être pendant tout un mois le seul emploi

qui le fait vivre, et après avoir crevé de faim pendant ce mois, (lui

et sa famille) il arrive enfin au bout du mois de supplice et de son

article, et l'expédie (en ne laissant point ignorer son pressant besoin)

à l'_éditeur_ bouffi, et au _propriétaire_ au nez puissant qui a

condescendu à l'honorer (lui le pauvre diable) de son patronage. Un mois

(de crevaison encore) et pas de réponse. Un second mois, rien encore.

Deux autres mois--toujours rien. Une seconde lettre, insinuant

modestement que peut-être l'article n'est pas arrivé à

destination--toujours point de réponse. Six mois écoulés, l'auteur se

présente en personne au bureau de l'éditeur et propriétaire. «Revenez

une autre fois.» Le pauvre diable s'en va, et ne manque pas de revenir.

«Revenez encore»--il s'entend dire ce: revenez encore, pendant trois ou

quatre mois. La patience à bout, il redemande l'article.--Non, il ne

peut pas l'avoir (il était vraiment trop bon, pour qu'on pût le faire

passer si légèrement)--«il est sous presse,» et «des articles de ce

caractère ne se paient (c'est notre règle) que six mois après la

publication. Revenez six mois après l'affaire faite, et votre

argent sera tout prêt--car nous avons des hommes d'affaire

expéditifs--nous-mêmes.» Là dessus le pauvre diable s'en va satisfait,

et se dit qu'en somme «l'éditeur et propriétaire est un galant homme,

et qu'il n'a rien de mieux à faire, (lui, le pauvre diable), que

d'attendre. L'on pourrait supposer qu'en effet il eût attendu ... si

la mort l'avait voulu. Il meurt de faim, et par la bonne fortune de sa

mort, le gras éditeur et propriétaire s'engraisse encore de la valeur

de vingt-cinq dollars, si habilement sauvés, pour être généreusement

dépensés en canards-cendrés et en champagne.

Nous espérons que le lecteur, en parcourant cet article, se gardera

de deux choses: la première, de croire que nous l'écrivons sous

l'inspiration de notre propre expérience, car nous n'ajoutons foi

qu'au récit des souffrances actuelles,--la seconde, de faire quelque

application personnelle de nos remarques à quelque éditeur actuellement

vivant, puisqu'il est parfaitement reconnu qu'ils sont tous aussi

remarquables par leur générosité et leur urbanité, que par leur façon de

comprendre et d'apprécier le génie.

FIN

TABLE DES MATIÈRES

INTRODUCTION

LE DUC DE L'OMELETTE

LE MILLE ET DEUXIÈME CONTE DE SCHÉHERAZADE

MELLONTA TAUTA

COMMENT S'ÉCRIT UN ARTICLE A LA BLACKWOOD

LA FILOUTERIE CONSIDÉRÉE COMME SCIENCE EXACTE

L'HOMME D'AFFAIRES

L'ENSEVELISSEMENT PRÉMATURÉ

BON-BON

LA CRYPTOGRAPHIE

DU PRINCIPE POÉTIQUE

QUELQUES SECRETS DE LA PRISON DU MAGAZINE

NOTES

[1] L'acteur Montfleury. L'auteur du _Parnasse réformé_ le fait ainsi

parler dans l'Enfer: «L'homme donc qui voudrait savoir ce dont je suis

mort, qu'il ne demande pas si ce fut de fièvre ou de podagre ou d'autre

chose, mais qu'il entende que ce fut de l'_Andromaque_.» (J.

Guéret, 1668.) Montfleury jouait le rôle d'Oreste dans la tragédie

d'_Andromaque_ lorsqu'il tomba malade et mourut en quelques jours.

[2] Les mots écrits en italiques se trouvent en français dans le texte

de Poe.

[3] Les coralites.

[4] «Une des plus remarquables curiosités du Texas est en effet une

forêt pétrifiée, près de la source de la rivière Pasigno. Elle se

compose de quelques centaines d'arbres, parfaitement droits, tous

changés en pierre. Quelques-uns, qui commencent à pousser, ne sont qu'en

partie pétrifiés. C'est là un fait frappant pour les naturalistes,

et qui doit les amener à modifier leur théorie de la pétrification.»

_Kennedy_.

L'existence de ce fait, d'abord contestée, a été depuis confirmée par la

découverte d'une forêt complètement pétrifiée près de la source de la

rivière Chayenne ou Chienne qui sort des Montagnes Noires de la chaîne

des Rocs.

Il y a peu de spectacles, sur la surface du globe, plus remarquables,

soit au point de vue de la science géologique, soit au point de vue du

pittoresque, que celui de la forêt pétrifiée près du Caire. Le voyageur,

après avoir passé devant les tombes des califes et franchi les portes de

la ville, se dirige vers le sud, presque en angle droit avec la route

qui traverse le désert pour aller à Suez, et, après avoir fait quelque

dix milles dans une vallée basse et stérile, couverte de sable, de

gravier, et de coquilles marines, aussi fraîches que si la marée venait

de se retirer la veille, traverse une longue ligne de collines de sable,

qui courent pendant quelque temps dans une direction parallèle à son

chemin. La scène qui se présente alors à ses yeux offre un caractère

inconcevable d'étrangeté et de désolation. C'est une masse de tronçons

d'arbres, tous pétrifiés, qui sonnent comme du fer fondu sous le talon

de son cheval, et qui semblent s'étendre à des milles et des milles

autour de lui sous la forme d'une forêt abattue et morte. Le bois a une

teinte brun foncé, mais conserve parfaitement sa forme; ces tronçons

ont de un à quinze pieds de long, et de un demi-pied à trois pieds

d'épaisseur; ils paraissent si rapprochés les uns des autres, qu'un âne

égyptien peut à peine passer à travers; et ils sont si naturels, qu'en

Ecosse ou en Irlande, on pourrait prendre cet endroit pour quelque

énorme fondrière desséchée, où les arbres exhumés et gisants pourrissent

au soleil. Les racines et les branches de beaucoup de ces arbres sont

intactes, et dans quelques-uns on peut facilement reconnaître les

vermoulures sous l'écorce. Les plus délicates veines de l'aubier, les

plus fins détails du coeur du bois y sont dans leur entière perfection,

et défient les plus fortes lentilles. La masse est si complètement

silicifiée, qu'elle peut rayer le verre et recevoir le poli le plus

achevé.--_Asiatic Magazine_.

[5] La caverne Mammoth du Kentucky.

[6] En Islande, 1783.

[7] «Pendant l'éruption de l'Hécla en 1766, des nuages de cendres

produisirent une telle obscurité, qu'à Glaumba, à plus de cinquante

lieues de la montagne, on ne pouvait trouver son chemin qu'à tâtons.

Lors de l'éruption du Vésuve en 1794, à Caserta, à quatre lieues de

distance, il fallut recourir à la lumière des torches. Le 1er mai 1812,

un nuage de cendres et de sable, venant d'un volcan de l'île Saint-

Vincent, couvrit toute l'étendue des Barbades, en répandant une telle

obscurité qu'en plein midi et en plein air, on ne pouvait distinguer les

arbres ou autres objets rapprochés, pas même un mouchoir blanc placé à

la distance de six pouces de l'oeil.»--_Murray_, p. 215, _Phil. édit._

[8] En 1790, dans le Caraccas, pendant un tremblement de terre, une

certaine étendue de terrain granitique s'engouffra, et laissa à sa place

un lac de 800 mètres de diamètre, et de 90 à 100 pieds de profondeur. Ce

terrain était une partie de la forêt d'Aripao, et les arbres restèrent

verts sous l'eau pendant plusieurs mois--_Murray_, p. 221.

[9] Le plus dur acier manufacturé peut, sous l'action d'un chalumeau,

se réduire à une poudre impalpable, capable de flotter dans l'air

atmosphérique.

[10] La région du Niger. Voir le _Colonial Magazine de Simmond_.

[11] Le _Formicaleo_. On peut appliquer le terme de monstre aux petits

êtres anormaux aussi bien qu'aux grands, les épithètes telles que celle

de _vaste_ étant purement comparatives. La caverne du Formicaleo est

_vaste_ en comparaison de celle de la fourmi rouge ordinaire. Un grain

de sable est aussi un _roc_.

[12] L'_Epidendron, flos aeris_, de la famille des Orchidées, n'a que

l'extrémité de ses racines attachée à un arbre ou à un autre objet d'où

il ne tire aucune nourriture; il ne vit que d'air.

[13] Les _Parasites_, telles que la prodigieuse _Rafflesia Arnaldii_.

[14] Schouw parle d'une espèce de plantes qui croissent sur les animaux

vivants--les _Plantae Epizoae_. A cette classe appartiennent quelques

_Fuci_ et quelques _Algues_.

M. J.B. Williams de Salem, Mass. a présenté à l'Institut national un

insecte de la Nouvelle Zélande, qu'il décrit ainsi: «Le _Hotte_, une

chenille ou ver bien caractérisé, se trouve à la racine de l'arbre

_Rata_, avec une plante qui lui pousse sur la tête. Ce très singulier et

très extraordinaire insecte traverse les arbres _Rata_ et _Perriri_: il

y entre par le sommet, s'y creuse un chemin en rongeant, et perce le

tronc de l'arbre jusqu'à ce qu'il atteigne la racine; il sort alors de

la racine et meurt, ou reste endormi, et la plante pousse sur sa tête;

son corps reste intact et est d'une substance plus dure que pendant sa

vie. Les indigènes tirent de cet insecte une couleur pour le tatouage.»

[15] Dans les mines et les cavernes naturelles on trouve une espèce de

_fungus_ cryptogame, qui projette une intense phosphorescence.

[16] L'orchis, la scabieuse, et la valisnérie.

[17] «La corolle de cette fleur (_l'aristolochia clematitis_), qui est

tubulaire, mais qui se termine en haut en membre ligulé, se gonfle à sa

base en forme globulaire. La partie tubulaire est revêtue intérieurement

de poils raides, pointant en bas. La partie globulaire contient le

pistil, uniquement composé d'un germen et d'un stigma, et les étamines

qui l'entourent. Mais les étamines, étant plus courtes que le germen

même, ne peuvent décharger le pollen de manière à le jeter sur le

stigma, la fleur restant toujours droite jusqu'après l'imprégnation.

Et ainsi, sans quelque secours spécial et étranger, le pollen doit

nécessairement tomber dans le fond de la fleur. Or, le secours donné

dans ce cas par la nature est celui du _Tiputa Pennicornis_, un petit

insecte, qui, entrant dans le tube de la corolle en quête de miel,

descend jusqu'au fond, et y farfouille jusqu'à ce qu'il soit tout

couvert de pollen. Mais comme il n'a pas la force de remonter à cause de

la position des poils qui convergent vers le fond comme les fils d'une

souricière, dans l'impatience qu'il éprouve de se voir prisonnier, il

va et vient en tous sens, essayant tous les coins, jusqu'à ce qu'enfin,

traversant plusieurs fois le stigma, il le couvre d'une quantité de

pollen suffisante pour l'en imprégner; après quoi la fleur commence

bientôt à s'incliner, et les poils à se retirer contre les parois du

tube, laissant ainsi un passage à la retraite de l'insecte.» _Rev. P.

Keith: Système de botanique physiologique._

[18] Les abeilles,--depuis qu'il y a des abeilles--ont construit leurs

cellules dans les mêmes proportions, avec le même nombre de côtés et

la même inclinaison de ces côtés. Or il a été démontré (et ce problème

implique les plus profonds principes des mathématiques) que les

proportions, le nombre de ces côtés, les angles qu'ils forment sont

ceux-là mêmes qui sont précisément les plus propres à leur donner le

plus de place compatible avec la plus grande solidité de construction.

Pendant la dernière partie du dernier siècle, les mathématiciens

soulevèrent la question «de déterminer la meilleure forme à donner aux

ailes d'un moulin à vent en tenant compte de leur distance variable des

points de l'axe tournant et aussi des centres de révolution.» C'est là

un problème excessivement compliqué; en d'autres termes, il s'agissait

de trouver la meilleure disposition possible par rapport à une infinité

de distances différentes et à une infinité de points pris sur l'arbre

de couche. Il y eut mille tentatives insignifiantes de la part des plus

illustres mathématiciens pour répondre à la question; et lorsque enfin

la vraie solution fut découverte, on s'avisa que les ailes de l'oiseau

avaient résolu le problème avec une absolue précision du jour où le

premier oiseau avait traversé les airs.

[19] J'ai observé entre Frankfort et le territoire d'Indiana un vol de

pigeons d'un mille au moins de largeur; il mit quatre heures à passer;

ce qui, à raison d'un mille par minute, donne une longueur de 240

milles; et, en supposant trois pigeons par mètre carré, donne

2,230,272,000 pigeons.--_Voyage au Canada et aux Etats-Unis par le

lieutenant F. Hall._

[20] «La terre est portée par une vache bleue, ayant quatre cents

cornes.» _Le Coran de Sale._

[21] Les _Entozoa_ ou vers intestinaux ont été souvent observés dans les

muscles et la substance cérébrale de l'homme.--Voir la _Physiologie de

Wyatt_, p. 143.

[22] Sur le grand railway de l'Ouest, entre Londres et Exeter, on

atteint une vitesse de 71 milles à l'heure. Un train pesant 90 tonnes

fit le trajet de Paddington à Didcot (53 milles) en 51 minutes.

[23] L'_Eccolabéion_.

[24] L'Automate joueur d'échecs de Maelzel.--Poë a décrit en détail cet

automate dans un Essai traduit par Baudelaire.

[25] La machine à calculer de Babbage.

[26] Chabert, et depuis lui une centaine d'autres.

[27] L'électrotype.

[28] Wollaston fit avec du platine pour le champ d'un télescope un fil

ayant un quatre-vingt-dix millième de pouce d'épaisseur. On ne pouvait

le voir qu'à l'aide du microscope.

[29] Newton a démontré que la rétine, sous l'influence du rayon violet

du spectre solaire, vibrait 900,000,000 de fois en une seconde.

[30] La pile voltaïque.

[31] Le télégraphe électrique transmet instantanément la pensée au moins

à quelque distance que ce soit sur la terre.

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