noble poète qui ait jamais vécu, je me suis à peine laissé le temps de
vous en citer un court spécimen. Je l'appelle, et le regarde comme le
plus noble des poètes, non parce que les impressions qu'il produit sont
toujours les plus profondes--non parce que l'émotion poétique qu'il
excite est toujours la plus intense,--mais parce qu'il est toujours le
plus éthéré--en d'autres termes, le plus élevé et le plus pur. Il n'y a
pas de poète qui soit si peu de la terre, si peu terrestre. Ce que je
vais vous lire est emprunté à son dernier long poème: _La princesse_.
Des larmes, d'indolentes larmes, (je ne sais ce qu'elles veulent dire,)
Des larmes du fond de quelque divin désespoir
Jaillissent dans le coeur, et montent aux yeux,
En regardant les heureux champs d'automne,
Et en pensant aux jours qui ne sont plus.
Frais comme le premier rayon éclairant la voile,
Qui ramène nos amis de l'autre hémisphère,
Tristes comme le dernier rayon rougissant celle
Qui sombre avec tout ce que nous aimons sous l'horizon;
Aussi tristes, aussi frais sont les jours qui ne sont plus.
Ah! tristes et étranges comme dans les sombres aurores d'été
Le premier cri des oiseaux éveillés à demi,
Pour des oreilles mourantes, quand sous des yeux mourants
La croisée lentement en s'illuminant se dessine;
Aussi tristes, aussi étranges, sont les jours qui ne sont plus,
Aussi chers que des baisers remémorés après la mort,
Aussi doux que ceux qu'imagine une pensée sans espoir
Sur des lèvres réservées à d'autres; profonds comme l'amour,
Profonds comme le premier amour, enténébrés de tous les regrets,
O mort dans la vie! tels sont les jours qui ne sont plus.
En essayant ainsi de vous exposer, quoique d'une façon bien rapide et
bien imparfaite, ma conception du principe poétique, je ne me suis
proposé que de vous suggérer cette réflexion: c'est que, si ce principe
est strictement et simplement l'aspiration de l'âme humaine vers la
beauté surnaturelle, sa manifestation doit toujours se trouver dans une
émotion qui élève l'âme, tout à fait indépendante de la passion qui
enivre le coeur, et de la vérité qui satisfait la raison. Pour ce qui
regarde la passion, hélas! elle tend plutôt à dégrader qu'à élever
l'âme. L'Amour, au contraire,--l'Amour,--le vrai, le divin Éros--la
Vénus Uranienne si différente de la Vénus Dionéenne--est sans contredit
le plus pur et le plus vrai de tous les thèmes poétiques. Quant à la
Vérité, si par l'acquisition d'une vérité particulière nous arrivons
à percevoir de l'harmonie où nous n'en voyions pas auparavant, nous
éprouvons alors en même temps le véritable effet poétique; mais cet
effet ne doit s'attribuer qu'à l'harmonie seule, et nullement à la
vérité qui n'a servi qu'à faire éclater cette harmonie.
Nous pouvons cependant nous faire plus directement une idée distincte de
ce qu'est la véritable poésie, en considérant quelques-uns des simples
éléments qui produisent dans le poète lui-même le véritable effet
poétique. Il reconnaît l'ambroisie qui nourrit son âme dans les orbes
brillants qui étincellent dans le Ciel, dans les volutes de la fleur,
dans les bouquets formés par d'humbles arbustes, dans l'ondoiement des
champs de blé, dans l'obliquement des grands arbres vers le levant, dans
les bleus lointains des montagnes, dans le groupement des nuages, dans
le tintement des ruisseaux qui se dérobent à demi, le miroitement des
rivières d'argent, dans le repos des lacs isolés, dans les profondeurs
des sources solitaires où se mirent les étoiles. Il la reconnaît dans
les chants des oiseaux, dans la harpe d'Eole, dans le soupir du vent
nocturne, dans la voix lugubre de la forêt, dans la vague qui se plaint
au rivage, dans la fraîche haleine des bois, dans le parfum de la
violette, dans la voluptueuse senteur de l'hyacinthe, dans l'odeur
suggestive qui lui vient le soir d'îles éloignées non découvertes, sur
des océans sombres, illimités, inexplorés. Il la reconnaît dans toutes
les nobles pensées, dans toutes les aspirations qui ne sont pas de la
terre, dans toutes les saintes impulsions, dans toutes les actions
chevaleresques, généreuses, et supposant le sacrifice de soi-même. Il
la sent dans la beauté de la femme, dans la grâce de sa démarche, dans
l'éclat de ses yeux, dans la mélodie de sa voix, dans son doux sourire,
dans son soupir, dans l'harmonie du frémissement de sa robe. Il la
sent profondément dans ses attraits enveloppants, dans ses brûlants
enthousiasmes, dans ses gracieuses charités, dans ses douces et pieuses
patiences; mais par dessus tout, oui, par dessus tout, il l'adore à
genoux, dans la fidélité, dans la pureté, dans la force, dans la suprême
et divine majesté de son _amour_.
Permettez-moi d'achever, en vous lisant encore un petit poème, un poème
d'un caractère bien différent de ceux que je vous ai cités. Il est de
Motherwell[79], et est intitulé le _Chant du Cavalier_.
Avec nos idées modernes et tout à fait rationnelles sur l'absurdité
et l'impiété de la guerre, nous ne sommes pas précisément dans l'état
d'esprit le mieux fait pour sympathiser avec les sentiments de ce
poème et par conséquent pour en apprécier la réelle excellence. Pour y
arriver, il faut nous identifier nous-mêmes en imagination avec l'âme du
vieux cavalier.
Un coursier! Un coursier! d'une vitesse sans égale!
Une épée d'un métal acéré!
Pour de nobles coeurs tout le reste est peu de chose--
Sur terre tout le reste n'est rien.
Les hennissements du fier cheval de guerre,
Le roulement du tambour,
L'éclat perçant de la trompette,
Sont des bruits qui viennent du ciel;
Et puis! le tonnerre des chevaliers serrés qui se précipitent
En même temps que grandit leur cri de guerre,
Peut faire descendre du ciel un ange étincelant,
Et réveiller un démon de l'enfer.
Montez donc! montez donc, nobles braves, montez tous,
Hâtez-vous de revêtir vos cimiers;
Courriers de la mort, Gloire et Honneur, appelez-nous
Au champ de guerre une fois encore.
D'aigres larmes ne rempliront pas nos yeux,
Quand la poignée de notre épée sera dans notre main;
Nous partirons le coeur entier, sans un soupir
Pour la plus belle du pays.
Laissons l'amoureux jouer du chalumeau, et le poltron
Se lamenter et pleurnicher;
Notre affaire à nous, c'est de combattre en hommes,
Et de mourir en héros!
QUELQUES SECRETS
DE LA PRISON DU MAGAZINE
L'absence d'une Loi internationale des droits d'auteur, en mettant
presque les auteurs dans l'impossibilité d'obtenir de leurs éditeurs et
libraires la rémunération de leurs labeurs littéraires, a eu pour effet
de forcer un grand nombre de nos meilleurs écrivains de se mettre au
service des Revues et des Magazines; ceux-ci, avec une persévérance qui
leur donne quelque crédit, semblent faire un certain cas de l'excellent
vieux dicton, que même dans l'ingrat champ des Lettres, tout travail
mérite son salaire. En vertu de quel revêche instinct de l'honnête et du
convenable, ces journaux ont-ils eu le courage de persister dans leurs
habitudes payantes, au nez même de l'opposition des Foster et des
Léonard Scott, qui pour huit dollars vous fournissent à l'année quatre
périodiques anglais, c'est là un point qu'il nous est bien difficile de
résoudre, et dont nous ne voyons pas de plus raisonnable explication que
dans la persistance de l'_esprit de patrie_. Que des Magazines puissent
vivre dans ces conditions, et non seulement vivre, mais prospérer, et
non seulement prospérer, mais encore arriver à débourser de l'argent
pour payer des articles originaux, ce sont là des faits qui ne peuvent
s'expliquer que par la supposition fantastique, mais précieuse, qu'il
reste encore quelque part dans les cendres une étincelle qui n'est pas
tout à fait éteinte du feu de l'amour pour les lettres et les hommes de
lettres qui animait autrefois l'esprit américain.
Il serait indécent (c'est peut-être là leur idée) de laisser nos pauvres
diables d'auteurs mourir de faim, pendant que nous nous engraissons,
littérairement parlant, des excellentes choses que, sans rougir, nous
prenons dans la poche de toute l'Europe; il ne serait pas tout à fait
_comme il faut_ de laisser se commettre une pareille atrocité; voilà
pourquoi nous avons des Magazines, et un certain public qui s'abonne à
ces Magazines (par pure pitié); voilà pourquoi nous avons des éditeurs
de Magazines cumulant quelquefois le double titre d'éditeurs et de
propriétaires--des éditeurs, dis-je, qui, moyennant certaines conditions
de bonne conduite, de poufs à l'occasion, et d'une décente servilité, se
font un point de conscience d'encourager le pauvre diable d'auteur avec
un dollar ou deux, plus ou moins, selon qu'il se comporte décemment, et
s'abstient de la vilaine habitude de relever le nez.
Nous espérons, cependant, n'être pas assez prévenu où assez vindicatif
pour insinuer que ce qui, de leur part (des éditeurs de Magazines)
semble si peu libéral, soit en réalité une illibéralité qui doive être
mise à leur charge. De fait, il saute aux yeux que ce que nous avons dit
est précisément l'inverse d'une pareille accusation. Ces éditeurs paient
_quelque chose_--les autres ne paient rien du tout. Il y a là évidemment
une certaine différence,--quoiqu'un mathématicien pût prétendre que la
différence est infinitésimale. Mais enfin ces éditeurs et propriétaires
de Magazines _paient_ (il n'y a pas à dire), et pour votre pauvre diable
d'auteur les plus minimes faveurs méritent la reconnaissance. Non, le
manque de libéralité est du côté du public infatué de ses démagogues, du
côté du public qui souffre que ses délégués, les oints de son choix (ou
peut-être les maudits[80]) insultent à son sens commun, (à lui public),
en faisant dans nos Chambres nationales des discours où ils prouvent
qu'il est beau et commode de voler l'Europe littéraire sur les grands
chemins, et qu'il n'y a pas de plus grossière absurdité que de prétendre
qu'un homme a quelque droit et quelque titre à sa propre cervelle ou à
la matière sans consistance qu'il en file, comme une maudite chenille
qu'il est. Si ces matières aussi fragiles que le fil de la vierge ont
besoin de protection, c'est que nous avons les mains pleines et de vers
à soie et de _morus multicaulis_[81].
Mais si nous ne pouvons pas, dans ces circonstances, reprocher aux
éditeurs de Magazines un manque absolu de libéralité (puisqu'ils
paient), il y a un point particulier, au sujet duquel nous avons
d'excellentes raisons de les accuser. Pourquoi (puisqu'ils doivent
payer) ne paient-ils pas de bonne grâce et tout de suite? Si nous étions
en ce moment de mauvaise humeur, nous pourrions raconter une histoire
qui ferait dresser les cheveux sur la tête de Shylock.
Un jeune auteur, aux prises avec le désespoir lui-même sous la forme
du spectre de la pauvreté, n'ayant dans sa misère aucun
soulagement--n'ayant à attendre aucune sympathie de la part du vulgaire,
qui ne comprend pas ses besoins, et prétendrait ne pas les comprendre,
quand même il les concevrait parfaitement--ce jeune auteur est poliment
prié de composer un article, pour lequel il sera «gentiment payé.» Dans
le ravissement, il néglige peut-être pendant tout un mois le seul emploi
qui le fait vivre, et après avoir crevé de faim pendant ce mois, (lui
et sa famille) il arrive enfin au bout du mois de supplice et de son
article, et l'expédie (en ne laissant point ignorer son pressant besoin)
à l'_éditeur_ bouffi, et au _propriétaire_ au nez puissant qui a
condescendu à l'honorer (lui le pauvre diable) de son patronage. Un mois
(de crevaison encore) et pas de réponse. Un second mois, rien encore.
Deux autres mois--toujours rien. Une seconde lettre, insinuant
modestement que peut-être l'article n'est pas arrivé à
destination--toujours point de réponse. Six mois écoulés, l'auteur se
présente en personne au bureau de l'éditeur et propriétaire. «Revenez
une autre fois.» Le pauvre diable s'en va, et ne manque pas de revenir.
«Revenez encore»--il s'entend dire ce: revenez encore, pendant trois ou
quatre mois. La patience à bout, il redemande l'article.--Non, il ne
peut pas l'avoir (il était vraiment trop bon, pour qu'on pût le faire
passer si légèrement)--«il est sous presse,» et «des articles de ce
caractère ne se paient (c'est notre règle) que six mois après la
publication. Revenez six mois après l'affaire faite, et votre
argent sera tout prêt--car nous avons des hommes d'affaire
expéditifs--nous-mêmes.» Là dessus le pauvre diable s'en va satisfait,
et se dit qu'en somme «l'éditeur et propriétaire est un galant homme,
et qu'il n'a rien de mieux à faire, (lui, le pauvre diable), que
d'attendre. L'on pourrait supposer qu'en effet il eût attendu ... si
la mort l'avait voulu. Il meurt de faim, et par la bonne fortune de sa
mort, le gras éditeur et propriétaire s'engraisse encore de la valeur
de vingt-cinq dollars, si habilement sauvés, pour être généreusement
dépensés en canards-cendrés et en champagne.
Nous espérons que le lecteur, en parcourant cet article, se gardera
de deux choses: la première, de croire que nous l'écrivons sous
l'inspiration de notre propre expérience, car nous n'ajoutons foi
qu'au récit des souffrances actuelles,--la seconde, de faire quelque
application personnelle de nos remarques à quelque éditeur actuellement
vivant, puisqu'il est parfaitement reconnu qu'ils sont tous aussi
remarquables par leur générosité et leur urbanité, que par leur façon de
comprendre et d'apprécier le génie.
FIN
TABLE DES MATIÈRES
INTRODUCTION
LE DUC DE L'OMELETTE
LE MILLE ET DEUXIÈME CONTE DE SCHÉHERAZADE
MELLONTA TAUTA
COMMENT S'ÉCRIT UN ARTICLE A LA BLACKWOOD
LA FILOUTERIE CONSIDÉRÉE COMME SCIENCE EXACTE
L'HOMME D'AFFAIRES
L'ENSEVELISSEMENT PRÉMATURÉ
BON-BON
LA CRYPTOGRAPHIE
DU PRINCIPE POÉTIQUE
QUELQUES SECRETS DE LA PRISON DU MAGAZINE
NOTES
[1] L'acteur Montfleury. L'auteur du _Parnasse réformé_ le fait ainsi
parler dans l'Enfer: «L'homme donc qui voudrait savoir ce dont je suis
mort, qu'il ne demande pas si ce fut de fièvre ou de podagre ou d'autre
chose, mais qu'il entende que ce fut de l'_Andromaque_.» (J.
Guéret, 1668.) Montfleury jouait le rôle d'Oreste dans la tragédie
d'_Andromaque_ lorsqu'il tomba malade et mourut en quelques jours.
[2] Les mots écrits en italiques se trouvent en français dans le texte
de Poe.
[3] Les coralites.
[4] «Une des plus remarquables curiosités du Texas est en effet une
forêt pétrifiée, près de la source de la rivière Pasigno. Elle se
compose de quelques centaines d'arbres, parfaitement droits, tous
changés en pierre. Quelques-uns, qui commencent à pousser, ne sont qu'en
partie pétrifiés. C'est là un fait frappant pour les naturalistes,
et qui doit les amener à modifier leur théorie de la pétrification.»
_Kennedy_.
L'existence de ce fait, d'abord contestée, a été depuis confirmée par la
découverte d'une forêt complètement pétrifiée près de la source de la
rivière Chayenne ou Chienne qui sort des Montagnes Noires de la chaîne
des Rocs.
Il y a peu de spectacles, sur la surface du globe, plus remarquables,
soit au point de vue de la science géologique, soit au point de vue du
pittoresque, que celui de la forêt pétrifiée près du Caire. Le voyageur,
après avoir passé devant les tombes des califes et franchi les portes de
la ville, se dirige vers le sud, presque en angle droit avec la route
qui traverse le désert pour aller à Suez, et, après avoir fait quelque
dix milles dans une vallée basse et stérile, couverte de sable, de
gravier, et de coquilles marines, aussi fraîches que si la marée venait
de se retirer la veille, traverse une longue ligne de collines de sable,
qui courent pendant quelque temps dans une direction parallèle à son
chemin. La scène qui se présente alors à ses yeux offre un caractère
inconcevable d'étrangeté et de désolation. C'est une masse de tronçons
d'arbres, tous pétrifiés, qui sonnent comme du fer fondu sous le talon
de son cheval, et qui semblent s'étendre à des milles et des milles
autour de lui sous la forme d'une forêt abattue et morte. Le bois a une
teinte brun foncé, mais conserve parfaitement sa forme; ces tronçons
ont de un à quinze pieds de long, et de un demi-pied à trois pieds
d'épaisseur; ils paraissent si rapprochés les uns des autres, qu'un âne
égyptien peut à peine passer à travers; et ils sont si naturels, qu'en
Ecosse ou en Irlande, on pourrait prendre cet endroit pour quelque
énorme fondrière desséchée, où les arbres exhumés et gisants pourrissent
au soleil. Les racines et les branches de beaucoup de ces arbres sont
intactes, et dans quelques-uns on peut facilement reconnaître les
vermoulures sous l'écorce. Les plus délicates veines de l'aubier, les
plus fins détails du coeur du bois y sont dans leur entière perfection,
et défient les plus fortes lentilles. La masse est si complètement
silicifiée, qu'elle peut rayer le verre et recevoir le poli le plus
achevé.--_Asiatic Magazine_.
[5] La caverne Mammoth du Kentucky.
[6] En Islande, 1783.
[7] «Pendant l'éruption de l'Hécla en 1766, des nuages de cendres
produisirent une telle obscurité, qu'à Glaumba, à plus de cinquante
lieues de la montagne, on ne pouvait trouver son chemin qu'à tâtons.
Lors de l'éruption du Vésuve en 1794, à Caserta, à quatre lieues de
distance, il fallut recourir à la lumière des torches. Le 1er mai 1812,
un nuage de cendres et de sable, venant d'un volcan de l'île Saint-
Vincent, couvrit toute l'étendue des Barbades, en répandant une telle
obscurité qu'en plein midi et en plein air, on ne pouvait distinguer les
arbres ou autres objets rapprochés, pas même un mouchoir blanc placé à
la distance de six pouces de l'oeil.»--_Murray_, p. 215, _Phil. édit._
[8] En 1790, dans le Caraccas, pendant un tremblement de terre, une
certaine étendue de terrain granitique s'engouffra, et laissa à sa place
un lac de 800 mètres de diamètre, et de 90 à 100 pieds de profondeur. Ce
terrain était une partie de la forêt d'Aripao, et les arbres restèrent
verts sous l'eau pendant plusieurs mois--_Murray_, p. 221.
[9] Le plus dur acier manufacturé peut, sous l'action d'un chalumeau,
se réduire à une poudre impalpable, capable de flotter dans l'air
atmosphérique.
[10] La région du Niger. Voir le _Colonial Magazine de Simmond_.
[11] Le _Formicaleo_. On peut appliquer le terme de monstre aux petits
êtres anormaux aussi bien qu'aux grands, les épithètes telles que celle
de _vaste_ étant purement comparatives. La caverne du Formicaleo est
_vaste_ en comparaison de celle de la fourmi rouge ordinaire. Un grain
de sable est aussi un _roc_.
[12] L'_Epidendron, flos aeris_, de la famille des Orchidées, n'a que
l'extrémité de ses racines attachée à un arbre ou à un autre objet d'où
il ne tire aucune nourriture; il ne vit que d'air.
[13] Les _Parasites_, telles que la prodigieuse _Rafflesia Arnaldii_.
[14] Schouw parle d'une espèce de plantes qui croissent sur les animaux
vivants--les _Plantae Epizoae_. A cette classe appartiennent quelques
_Fuci_ et quelques _Algues_.
M. J.B. Williams de Salem, Mass. a présenté à l'Institut national un
insecte de la Nouvelle Zélande, qu'il décrit ainsi: «Le _Hotte_, une
chenille ou ver bien caractérisé, se trouve à la racine de l'arbre
_Rata_, avec une plante qui lui pousse sur la tête. Ce très singulier et
très extraordinaire insecte traverse les arbres _Rata_ et _Perriri_: il
y entre par le sommet, s'y creuse un chemin en rongeant, et perce le
tronc de l'arbre jusqu'à ce qu'il atteigne la racine; il sort alors de
la racine et meurt, ou reste endormi, et la plante pousse sur sa tête;
son corps reste intact et est d'une substance plus dure que pendant sa
vie. Les indigènes tirent de cet insecte une couleur pour le tatouage.»
[15] Dans les mines et les cavernes naturelles on trouve une espèce de
_fungus_ cryptogame, qui projette une intense phosphorescence.
[16] L'orchis, la scabieuse, et la valisnérie.
[17] «La corolle de cette fleur (_l'aristolochia clematitis_), qui est
tubulaire, mais qui se termine en haut en membre ligulé, se gonfle à sa
base en forme globulaire. La partie tubulaire est revêtue intérieurement
de poils raides, pointant en bas. La partie globulaire contient le
pistil, uniquement composé d'un germen et d'un stigma, et les étamines
qui l'entourent. Mais les étamines, étant plus courtes que le germen
même, ne peuvent décharger le pollen de manière à le jeter sur le
stigma, la fleur restant toujours droite jusqu'après l'imprégnation.
Et ainsi, sans quelque secours spécial et étranger, le pollen doit
nécessairement tomber dans le fond de la fleur. Or, le secours donné
dans ce cas par la nature est celui du _Tiputa Pennicornis_, un petit
insecte, qui, entrant dans le tube de la corolle en quête de miel,
descend jusqu'au fond, et y farfouille jusqu'à ce qu'il soit tout
couvert de pollen. Mais comme il n'a pas la force de remonter à cause de
la position des poils qui convergent vers le fond comme les fils d'une
souricière, dans l'impatience qu'il éprouve de se voir prisonnier, il
va et vient en tous sens, essayant tous les coins, jusqu'à ce qu'enfin,
traversant plusieurs fois le stigma, il le couvre d'une quantité de
pollen suffisante pour l'en imprégner; après quoi la fleur commence
bientôt à s'incliner, et les poils à se retirer contre les parois du
tube, laissant ainsi un passage à la retraite de l'insecte.» _Rev. P.
Keith: Système de botanique physiologique._
[18] Les abeilles,--depuis qu'il y a des abeilles--ont construit leurs
cellules dans les mêmes proportions, avec le même nombre de côtés et
la même inclinaison de ces côtés. Or il a été démontré (et ce problème
implique les plus profonds principes des mathématiques) que les
proportions, le nombre de ces côtés, les angles qu'ils forment sont
ceux-là mêmes qui sont précisément les plus propres à leur donner le
plus de place compatible avec la plus grande solidité de construction.
Pendant la dernière partie du dernier siècle, les mathématiciens
soulevèrent la question «de déterminer la meilleure forme à donner aux
ailes d'un moulin à vent en tenant compte de leur distance variable des
points de l'axe tournant et aussi des centres de révolution.» C'est là
un problème excessivement compliqué; en d'autres termes, il s'agissait
de trouver la meilleure disposition possible par rapport à une infinité
de distances différentes et à une infinité de points pris sur l'arbre
de couche. Il y eut mille tentatives insignifiantes de la part des plus
illustres mathématiciens pour répondre à la question; et lorsque enfin
la vraie solution fut découverte, on s'avisa que les ailes de l'oiseau
avaient résolu le problème avec une absolue précision du jour où le
premier oiseau avait traversé les airs.
[19] J'ai observé entre Frankfort et le territoire d'Indiana un vol de
pigeons d'un mille au moins de largeur; il mit quatre heures à passer;
ce qui, à raison d'un mille par minute, donne une longueur de 240
milles; et, en supposant trois pigeons par mètre carré, donne
2,230,272,000 pigeons.--_Voyage au Canada et aux Etats-Unis par le
lieutenant F. Hall._
[20] «La terre est portée par une vache bleue, ayant quatre cents
cornes.» _Le Coran de Sale._
[21] Les _Entozoa_ ou vers intestinaux ont été souvent observés dans les
muscles et la substance cérébrale de l'homme.--Voir la _Physiologie de
Wyatt_, p. 143.
[22] Sur le grand railway de l'Ouest, entre Londres et Exeter, on
atteint une vitesse de 71 milles à l'heure. Un train pesant 90 tonnes
fit le trajet de Paddington à Didcot (53 milles) en 51 minutes.
[23] L'_Eccolabéion_.
[24] L'Automate joueur d'échecs de Maelzel.--Poë a décrit en détail cet
automate dans un Essai traduit par Baudelaire.
[25] La machine à calculer de Babbage.
[26] Chabert, et depuis lui une centaine d'autres.
[27] L'électrotype.
[28] Wollaston fit avec du platine pour le champ d'un télescope un fil
ayant un quatre-vingt-dix millième de pouce d'épaisseur. On ne pouvait
le voir qu'à l'aide du microscope.
[29] Newton a démontré que la rétine, sous l'influence du rayon violet
du spectre solaire, vibrait 900,000,000 de fois en une seconde.
[30] La pile voltaïque.
[31] Le télégraphe électrique transmet instantanément la pensée au moins
à quelque distance que ce soit sur la terre.