Plus tard, ces clôtures furent quelquefois exécutées en bois. Les XVe et

XVIe siècles en élevèrent de fort riches. La clôture du choeur de la

cathédrale de Chartres fut presque entièrement exécutée au commencement

du XVIe siècle, et c'est une des plus remarquables. Mutilée par le

Chapitre pendant le dernier siècle, pour garnir le choeur à l'intérieur

de la plus lourde décoration qui se puisse imaginer, la face extérieure

seule est conservée. Elle représente, comme à la cathédrale de Paris,

l'histoire de Jésus-Christ divisée par travées, dans lesquelles sont

sculptées des scènes ronde-bosse. Cette clôture est en pierre, exécutée

avec une finesse et une richesse de détails prodigieuses. À Amiens, on

voit encore, derrière les belles stalles du commencement du XVIe siècle,

une clôture en pierres peintes, de la même époque, représentant du côté

sud l'histoire de saint Firmin, et du côté nord l'histoire de saint

Jean-Baptiste. Cette clôture, d'un assez mauvais style, est cependant

fort curieuse à cause de la quantité de costumes que l'on y trouve,

costumes qui sont fidèlement copiés sur ceux du temps auquel

appartiennent ces sculptures. Il n'est personne qui ne connaisse la

belle clôture du choeur de la cathédrale d' Alby, qui date des premières

années du XVIe siècle (voy. JUBÉ). Les XVIIe et XVIIIe siècles virent

détruire dans nos cathédrales la plupart de ces clôtures en pierre, au

moins autour des sanctuaires; elles furent remplacées par des grilles

plus ou moins riches, enlevées à la fin du dernier siècle. De sorte

qu'aujourd'hui ces sanctuaires sont clos d'une manière peu convenable

par des boiseries sans valeur ou des grilles d'un aspect misérable.

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Illustration: Fig. 2 bis.]

[Illustration; Fig. 3.]

[Illustration: Fig. 4.]

[Illustration: Fig. 5.]

[Illustration: Fig. 6.]

[Illustration: Fig. 7.]

[Note 268: _Histoire et Antiq. de la ville de Paris._ T. 1,

p. 85.]

[Note 269: Le _Roman du Renart_, vers 5725 et suiv.]

[Note 270: _Hist. Franc._, lib. VIII.]

[Note 271: Le _Roman du Renart_, vers 4943 et suiv.]

[Note 272: _Antiq. de Paris_, p. 67.]

[Note 273: Frodoard, chap. XIX.]

[Note 274: _Plans d'abbayes_, Bib. Sainte-Geneviève.]

[Note 275: Chap. XIII.]

[Note 276: Voy. ARCHITECTURE MONASTIQUE, fig. 1.]

[Note 277: Il est souvent question de sanctuaires à doubles

clôtures dans les églises des premiers temps du moyen âge;

Galbert, dans la _Vie de Charles le Bon_, écrite en 1130,

chap. IV, s'exprime ainsi: «Dans le premier sanctuaire,

Baudoin, chapelain et prêtre, et Robert, clerc du comte, se

tenaient cachés auprès de l'autel;... dans le second

sanctuaire s'étaient réfugiés Oger, clerc, et Frumold le

jeune, syndic,... et avec eux Arnoul... Oger et Arnoul

s'étaient couverts d'un tapis, et Frumold s'était fait une

cache sous des faisceaux de branches... Alors les serviteurs

qui avaient été introduits dans le sanctuaire, cherchant et

retournant tous les rideaux, les manteaux, les livres, les

tapis et les branches que les moines avaient coutume

d'apporter tous les ans au dimanche des Rameaux...»]

[Note 278: Voy. Corrozet, Du Breul, et la _Description de

Notre-Dame de Paris_ par MM. de Guilhermy et Viollet-le-Duc.

Bance, 1856.]

CLOU, s. m. Tige de fer pointue garnie d'une tête, destinée à fixer des

ferrures sur le bois ou à maintenir ensemble certaines pièces de

charpente ou de menuiserie. L'antiquité grecque et romaine employa

souvent les clous comme motif de décoration des barrières de bois, et

principalement des portes. Il n'est pas un architecte qui ne connaisse

les clous de la porte en bronze du Panthéon à Rome, ceux des portes en

bronze de Saint-Jean de Latran. Ces clous sont munis de têtes richement

ciselées qui en font des objets d'art d'une grande valeur. Cette

habitude fut suivie pendant le moyen âge, et il nous reste un grand

nombre de ventaux de portes de cette époque dont les ferrures ou les

plaques de bronze sont retenues au bois par des clous dont les têtes

sont d'un travail remarquable. Lors même que ces petites pièces de forge

sont simples comme forme, elles conservent toujours la trace d'une

fabrication soignée. Nous avons entre les mains quelques clous provenant

des ventaux vermoulus de la grande porte de l'église abbatiale de

Vézelay qui, au point de vue de la fabrication, sont d'un grand intérêt,

et sont évidemment une tradition antique. Ils se composent (1)[279]

d'une tête en forme de capsule hémisphérique, munie dans sa concavité

d'une longue pointe. Cette tête, très-mince, et sa tige sont en fer; une

seconde capsule A en cuivre jaune, de l'épaisseur d'une carte à jouer,

enveloppe exactement la tête de fer de manière à présenter, à

l'extérieur, l'apparence d'une demi-sphère en bronze. Ces clous, que

nous croyons appartenir au XIe siècle, sont bien forgés, et la capsule

de bronze parfaitement ajustée sur la tête du clou. Un point de soudure

retient celle-ci sur le fer. Nous pensons que l'on enfonçait d'abord le

clou dans le bois et que l'on appliquait ensuite la capsule de bronze,

car on ne remarque sur celle-ci aucune de ces traces que les coups de

marteau y eussent laissées. Quelquefois ces revêtements de cuivre sur

les têtes de clous en fer sont fondus et ciselés, représentant

habituellement des mufles d'animaux. La belle porte revêtue de lames de

bronze qui existe encore du côté méridional de la cathédrale d'Augsbourg

(porte dont la plupart des panneaux appartiennent à une époque fort

ancienne, VIIe ou VIIIe siècle), et qui fut remontée au XIIe, présente

une série de clous appartenant à cette dernière époque, dont les têtes

figurent des masques humains en bronze (2). Ces traditions antiques se

perdirent vers la fin du XIIe siècle, et depuis lors les clous simples

ou ornés ne furent plus que des pièces de forge en fer. Il existe encore

sur les ventaux de portes du XIIe siècle un grand nombre de clous dont

la tête est forgée en pointe de diamant, et dont la tige, divisée en

deux pointes, est rivée sur les traverses, ainsi que l'indique la fig.

3. C'était un moyen sûr et puissant de serrer les planches des huis

contre les membrures qui les portaient, car alors on ne connaissait

point les écrous taraudés, les vis et les boulons. Quelquefois les têtes

de clous sont forgées en forme de graines ou de pistils de fleurs, ainsi

que l'indiquent les fig. 4 et 4 bis[280], refendues et à facettes

(5)[281], coniques (6 et 6 bis)[282]. Bientôt on reconnut que quand les

clous étaient enfoncés directement dans le bois, pour relier des huis,

et qu'ils ne portaient pas sur des bandes de fer, telles que pentures,

équerres, etc., la tête enfoncée à coups de marteau éraillait le bois ou

ne le joignait pas exactement; on posa entre cette tête et le bois une

rondelle de fer battu légèrement modelée, le creux posé du côté du bois

afin de faire ressort et de joindre ainsi exactement les têtes de clous

aux planches, comme on place aujourd'hui des rondelles sous les écrous

des boulons. Seulement les serruriers du moyen âge donnaient à ces

rondelles des formes variées; plus barbares apparemment que ceux de

notre temps, ils ne pensaient pas qu'une nécessité de métier dût exclure

l'art comme une superfluité inutile. À dater du XIIIe siècle, les

exemples de clous munis de rondelles sont si fréquents et si variés, que

nous ne pouvons que choisir quelques-uns des plus remarquables. Ces

rondelles sont composées d'une petite plaque de fer battu très-mince,

percée au milieu d'un trou juste assez grand pour laisser passer la tige

du clou, dont le collet vient forcer la rondelle à s'appliquer sur le

bois. Celle-ci ayant presque toujours sa concavité du côté du bois, il

en résulte qu'en frappant sur la tête du clou pour l'enfoncer, on fait

pénétrer les extrémités de la rondelle dans les fibres du bois, de

manière à ne pas présenter sur la surface des planches des aspérités ou

saillies de nature à écorcher les mains ou à arrêter la poussière.

La fig. 7 donne plusieurs exemples de ces clous à rondelles: le clou A

provient de la porte méridionale de l'église de Schelestadt, XIIe

siècle; le clou B, en notre possession, provient d'une porte de

Carcassonne, XIIIe siècle; le clou C, d'une porte de Rouen; le clou D,

d'une porte de l'église de Flavigny (Côte-d'Or). On alla plus loin; on

mit bientôt deux rondelles l'une sur l'autre, dont les formes, en se

contrariant, présentaient des dessins plus variés et d'un modelé plus

apparent. C'est surtout à dater du XVe siècle que cette méthode fut

employée. Nous possédons deux clous de cette époque munis de doubles

rondelles qui sont de véritables chefs-d'oeuvre; ils proviennent de

démolitions[283]. L'un d'eux présente deux rondelles superposées dont la

forme est inscrite chacune dans un carré (8). Ces rondelles sont

découpées et modelées au moyen d'un procédé bien simple. Des coups de

poinçon sous les feuilles leur ont donné le galbe reproduit dans notre

dessin. La tête du clou est finement forgée et retouchée au burin.

L'autre clou (9), d'une époque plus récente, possède deux rondelles

inscrites chacune dans un triangle. Ici le forgeron a mis plus d'art

dans le modelé des feuilles, et, de plus, il les a retouchées au burin.

La tête du clou est refendue à chaud et burinée.

Les clous qui maintiennent les serrures, les entrées ou les marteaux de

porte, ont souvent leurs têtes forgées en forme de figurines

très-délicatement travaillées. Nous donnons (10) un de ces clous, qui

date du XIIIe ou du XIVe siècle, et qui provient d'une église de

Basse-Bretagne[284]. Quelquefois les têtes de ces clous de serrures sont

en forme d'écussons armoyés, ou représentent des muffles d'animaux (voy.

SERRURERIE).

La renaissance conserva ces habitudes d'art industriel dans les moindres

détails de la construction; elles ne se perdirent que vers le milieu du

XVIIe siècle. Cependant on trouve encore, en province surtout, la trace

de ces traditions du moyen âge dans la serrurerie du dernier siècle.

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Illustration: Fig. 3.]

[Illustration: Fig. 4.]

[Illustration: Fig. 4 bis.]

[Illustration: Fig. 5.]

[Illustration: Fig. 6.]

[Illustration: Fig. 6 bis.]

[Illustration: Fig. 7A.]

[Illustration: Fig. 7B.]

[Illustration: Fig. 7C.]

[Illustration: Fig. 7D.]

[Illustration: Fig. 8.]

[Illustration: Fig. 9.]

[Illustration: Fig. 10.]

[Note 279: Cette figure est de la grandeur de l'original.]

[Note 280: De la porte de la chapelle de Saint-Venceslas, à

Prague (XIIIe siècle); de la cathédrale de Laon (XIIIe

siècle).]

[Note 281: De la porte de Saint-Eusèbe d'Auxerre (XIIIe

siècle).]

[Note 282: Des portes de la façade de Notre-Dame de Paris

(commencement du XIIIe siècle), de la cathédrale de Laon

(XIIIe siècle).]

[Note 283: Ces clous nous ont été donnés par

M. Roiché, serrurier-forgeron à Vézelay; la gravure les

montre grandeur d'exécution.]

[Note 284: Nous devons ce dessin à l'obligeance de M.

Gaucherel.]

COLLATÉRAL, s. m. S'emploie pour désigner les ailes, les nefs latérales

ou bas-côtés des églises (voy. CATHÉDRALE, ÉGLISE).

COLLÉGE, s. m. Établissement destiné à l'enseignement des lettres, des

arts et des sciences, élevé par suite d'une fondation particulière.

Sauval nous donne de curieux détails sur l'origine de ces établissements

dans la ville de Paris[285]. Nous indiquons, dans l'article sur

l'ARCHITECTURE MONASTIQUE, quelques-unes des raisons qui déterminèrent

les riches abbayes à fonder des colléges dans Paris ou dans d'autres

villes populeuses et puissantes. Les cathédrales (voy. CATHÉDRALE,

CLOÎTRE) possédaient, la plupart, sous l'ombre de leurs clochers, des

écoles, dont quelques-unes devinrent célèbres. Jusqu'au XIIe siècle,

l'enseignement ne sortit pas de l'enceinte des cloîtres des abbayes ou

des églises épiscopales; mais, à cette époque déjà, il se répandit au

dehors. Abailard fut un des premiers qui enseignât la dialectique, la

théologie et la philosophie, en dehors des écoles alors seules

reconnues; son succès fut immense: après avoir battu ses adversaires, il

vit le nombre de ses élèves s'accroître sans cesse autour de sa chaire,

jusqu'au moment où le pape Innocent II, confirmant le jugement du

concile de Sens qui condamnait la doctrine d'Abailard, lui interdit

l'enseignement. Il n'entre pas dans le cadre de notre _Dictionnaire_ de

traiter les questions qui alors divisaient le monde enseignant; il nous

suffira d'indiquer ici le mouvement extraordinaire des esprits vers les

études philosophiques, mouvement qui, malgré les persécutions dont

Abailard fut l'objet, comme le sont tous les professeurs qui prétendent

quitter les voies de la routine, entraîna bientôt les prélats, les

abbayes et même les particuliers, à fonder, à Paris principalement, un

grand nombre d'établissements moitié religieux, moitié laïques, qui

s'ouvrirent à la jeunesse avide de savoir. Sous Louis VII, les écoles du

cloître Notre-Dame ne pouvant contenir le nombre des étudiants qui

venaient s'y presser, le chapitre de la cathédrale de Paris souffrit que

les écoliers passassent la rivière et s'établissent autour de

Saint-Julien-le-Pauvre. Ce fut là que Guillaume de Champeaux, le maître

et bientôt après l'adversaire malheureux d'Abailard, vint enseigner. De

Saint-Julien, l'école des humanistes et des philosophes fut transférée à

Saint-Victor. «Depuis, dit Sauval, le nombre des écoliers de dehors

étant venu à s'augmenter, les écoles des Quatre-Nations furent bâties à

la rue du Fouare; ensuite on fonda le collége des Bons-Enfants, celui de

Saint-Nicolas-du-Louvre, et le collége Sainte-Catherine-du-Val des

écoliers. Il fut permis même, en 1244, d'enseigner les sciences partout

où l'on voudroit, et dans les maisons que les régents trouveroient les

plus commodes. Mais afin que pas un d'eux ne dépossédât son compagnon de

celle qu'il avoit louée, Innocent IV fit des défenses expresses

là-dessus, par deux bulles consécutives, l'une donnée à Lyon le deux des

nones de mars, l'an deuxième de son pontificat; l'autre, sept ans après,

datée de Péronne le troisième des calendes de juin, avec commandement au

chancelier de l'Université de faire taxer le louage des maisons où ils

demeuroient. Dans tout ce temps-là, et même jusqu'au règne de saint

Louis, il n'y eut point à Paris de colléges, bien que nous apprenions de

Rigord en la vie de Philippe-Auguste, et même de l'_Architremius de

Joannes Hantivillensis_, qu'en 1183 on y comptoit plus de dix mille

écoliers; et nonobstant cela, il est constant qu'ils n'avoient point de

quartier affecté, et se trouvoient dispersés de côté et d'autre dans la

ville, de même que les écoles et les régents; personne encore ne s'étant

avisé de fonder des colléges ou hospices. Je me sers du mot _hospice_,

non sans raison; car les colléges qu'on vint à bâtir d'abord n'étoient

simplement que pour loger et nourrir de pauvres étudiants. Que si depuis

on y a fait tant d'écoles, ce n'a été que longtemps après, et pour

perfectionner ce que les fondateurs, en quelque façon, n'avoient

qu'ébauché.»

Sous le règne de saint Louis cependant furent fondés et rentés les

colléges de Calvi, de Prémontré, de Cluny et des Trésoriers. «Mais,

ajoute Sauval, comme depuis ce temps-là, tant les rois que les reines,

les princes, les évêques, outre beaucoup de personnes riches et

charitables, en firent d'autres presque à l'envi, insensiblement il s'en

forma un corps, dont l'union fut cause que ce grand quartier où ils se

trouvèrent prit le nom d'Université... Or par ce moyen des colléges tout

le quartier devint si plein d'écoliers, que quelquefois ils ont forcé,

tant le Parlement que ceux de Paris, et les rois eux-mêmes, à leur

accorder ce qu'ils demandoient, quoique la chose fût injuste. Et de fait

leur nombre étoit si grand, que, dans Juvénal des Ursins, il se voit

qu'en 1409 le recteur alla en procession à Saint-Denis en France pour

l'assoupissement des troubles, et, lui n'étant qu'aux Mathurins

(Saint-Jacques), les écoliers néanmoins du premier rang, et qui

marchoient à la tête des autres, entroient déjà dans Saint-Denis.»

Dès le XIIIe siècle, Paris était devenu la ville des lettres, des arts

et des sciences en Europe. Les élèves y affluaient de l'Angleterre, de

l'Allemagne et de l'Italie[286]. Les écoliers, réunis d'abord dans des

maisons que louaient des recteurs ou que donnaient des particuliers,

purent bientôt s'assembler dans des établissements construits pour les

contenir. En 1252, saint Louis institue le collége de la Sorbonne.

Robert de Sorbone fonde le collége de Calvi. En 1246, les Bernardins,

moines de l'ordre de Cîteaux, érigent les écoles des Bernardins. En

1255, l'abbé de Prémontré achète neuf maisons de la rue des Étuves afin

de bâtir à leur place un collége pour les religieux. En 1269, Ives de

Vergé, abbé de Cluny, fonde un collége au-dessus de la rue de la

Sorbonne pour les religieux de son ordre. Devant la porte de

l'Hôtel-Dieu, sur le parvis Notre-Dame, existait une maison où étaient

logés dix-huit pauvres écoliers. Cette fondation fut transférée devant

le collége de Cluny. En 1269, Guillaume de Saona, trésorier de l'église

de Notre-Dame de Rouen, fonde un collége dans la rue de la Harpe pour

vingt-quatre écoliers. En 1280, Raoul de Harcourt, chanoine de l'église

Notre-Dame de Paris, fonde un autre collége rue de la Harpe. En 1289,

Jean Cholet, évêque de Beauvais, laisse par testament 6,000 livres pour

fournir aux frais de la guerre d'Arragon; mais Gérard de Saint-Just et

Évrard de Nointel, ses exécuteurs testamentaires, convertissent ce legs

en achat de quelques maisons près de l'église Saint-Étienne-des-Grès,

lesquelles ils érigent en collége. En 1302, le cardinal J. le Moine

établit un collége sur des terrains situés entre la rue Saint-Victor et

la Seine. En 1304, Jeanne, femme de Philippe le Bel, fonde le collége de

Navarre; c'était un des plus beaux colléges de Paris. En 1308, Guillaume

Bonnet, évêque de Bayeux, bâtit le Collége de Bayeux. En 1313, Gui de

Laon et Raoul de Preelles, secrétaire de Philippe le Bel, établissent un

collége au bas du mont Saint-Hilaire pour les pauvres étudiants de Laon

et de Soissons. En 1314, Gilles Aiscelin, archevêque de Rouen, achète,

proche l'église de Sainte-Geneviève, un terrain sur lequel il bâtit le

collége appelé depuis de Montaigu. En 1317, Bernard de Forges,

archevêque de Narbonne, fonde le collége de Narbonne. En 1322, Geoffroi

du Plessis, notaire du pape Jean XXII et secrétaire de Philippe le Long,

affecte son hôtel, situé rue Saint-Jacques, à l'établissement d'un

collége. Vers 1325, Jeanne de Bourgogne, reine de France, fonde le

collége de Bourgogne. En 1332, Nicolas le Candrelier, abbé de

Saint-Vaast, fonde le collége d'Arras pour de pauvres étudiants de

l'Artois. André Chini, Florentin, évêque d'Arras, élève un collége en

faveur des écoliers italiens. En 1332, onze boursiers sont institués

dans ce collége par trois seigneurs italiens. En 1333, Étienne de

Bourgueil, archevêque de Tours, fait édifier le collége de Tours. En

1336, Gui de Harcourt, évêque de Lizieux, laisse par testament une somme

suffisante pour louer une maison propre à entretenir vingt-quatre

écoliers. En 1334, Jean Huban, conseiller du roi, fonde le collége de

l'Ave-Maria. En 1341, Pierre Bertrand, cardinal, évêque d'Autun, érige,

rue Saint-André-des-Arcs, le collége d'Autun. En 1343, Jean Mignon,

conseiller du roi, achète plusieurs maisons tenant à l'ancien hôtel de

Vendôme qu'il destine à l'érection d'un collége. En 1348, les trois

évêques de Langres, de Laon et de Cambrai, laissent par testament la

somme nécessaire à la fondation du collége de Cambrai. En 1342,

Guillaume de Chanac, évêque de Paris, institue un collége en l'honneur

de saint Michel pour les pauvres étudiants du Limousin, son pays. En

1353, Pierre de Boucourt, chevalier, fonde le collége de Boucourt et de

Tournay. En la même année, Jean de Justice, chanoine de l'église

Notre-Dame de Paris, achète plusieurs maisons rue de la Harpe pour y

établir le collége de Justice. En 1359, Étienne de Boissé laisse

quelques maisons, situées derrière l'église Saint-André-des-Arcs, pour

être converties en collége.

Vers la même époque, un autre collége est érigé derrière les

Mathurins-Saint-Jacques par Maistre Gervais, médecin de Charles V. En

1365, le cardinal Jean de Dormans, évêque de Beauvais, chancelier de

France, élève le collége dit de Dormans. En 1380, Michel de Dainville,

chanoine archidiacre de Noyon, conseiller du roi Charles V, fonde le

collége de Dainville. La même année, le collége de Cornouailles est

fondé par Galeran Nicolas. En 1391, Pierre de Fortet, chanoine de

Notre-Dame de Paris, ordonne qu'un collége soit érigé sur ses biens. En

1400, le collége de Treguier est établi par Guillaume Coëtman, chantre

de l'église de Treguier. Ajoutons à cette longue liste de fondations

celles des colléges de Reims, de Coquerel, de la Marche, de Sées, de la

Merci, du Mans, de Sainte-Barbe, des Jésuites et des Grassins, élevés

pendant les XVe et XVIe siècles.

La ville de Paris possédait, en dehors de ces établissements, plusieurs

écoles publiques: l'école des Quatre-Nations, rue du Fouare, citée par

Pétrarque. En 1109, Guillaume de Champeaux avait fondé une école rue

Saint-Victor. En 1182, il existait plusieurs écoles pour les Juifs. En

1187, il y avait à Saint-Thomas-du-Louvre une école pour cent soixante

pauvres prêtres. En 1208, Étienne Belot et sa femme donnent un arpent de

terre, près le cimetière Saint-Honorat, pour établir le collége des

Bons-Enfants. En 1415 est bâtie l'École de droit. En 1472, l'École de

médecine est construite rue de la Bucherie. L'École des beaux-arts

n'existait pas alors; les arts plastiques et l'architecture

s'enseignaient dans le sein des corporations qui avaient leurs

traditions et leur enseignement. De tous ces colléges, plusieurs, à la

fin du dernier siècle, conservaient encore quelques-uns de leurs anciens

bâtiments. De nos jours, nous avons encore vu, à la place qu'occupe

aujourd'hui la bibliothèque Sainte-Genevière, le collége de Montaigu,

qui présentait quelques traces de ses dispositions primitives.

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 3 - (C suite) · 第 37 / 40 段