cloîtres romans n'offrent que peu de variétés, et ce que nous en avons
donné suffit pour se faire une idée passablement complète de ces sortes
de constructions. Il n'en est pas de même des cloîtres élevés pendant la
période gothique, surtout au moment où cet art commence à se développer.
Le programme d'un cloître était, pour les architectes du XIIIe siècle,
un thème précieux dont ils devaient tirer un grand parti. L'orientation,
la disposition d'un cloître relativement à ses annexes, les besoins
particuliers à telle communauté, la nature des matériaux, la nécessité
de clore telle partie, de laisser l'autre ouverte, les écoulements d'eau
pluviale, les moyens de recueillir ces eaux dans des citernes, tout cela
devait exciter et excitait le génie inventif des architectes de cette
époque. Il nous serait difficile, au milieu de tant de ruines
regrettables (car ces dépendances de nos églises ont été presque partout
transformées, dévastées ou même démolies), de ne rien omettre;
toutefois, nous essayerons du moins de faire connaître les modifications
successives apportées dans ces constructions et de présenter les
exemples les plus complets et les plus remarquables que le temps et la
main des hommes n'ont pas détruits. Les cloîtres encore debout,
abandonnés, sans usage aujourd'hui, construits la plupart
très-légèrement, tendent tous les jours à disparaître, et notre travail
pourra perpétuer pour l'étude des oeuvres dont il ne restera bientôt
plus trace[259].
Nous avons vu déjà qu'à Laon les constructeurs avaient vitré les
ouvertures supérieures prises sous les formerets des voûtes du cloître
et avaient laissé les arcatures inférieures libres, comme les anciennes
galeries romanes. Mais à Laon, bien que ce cloître soit déjà gothique
par ses voûtes, la claire-voie inférieure est complétement distincte de
la rose vitrée, comme dans les cloîtres de transition, tels que ceux de
Fontenay et de Fontfroide. Cette disposition ne fut pas longtemps
conservée; bientôt tout l'espace compris entre les formerets, les piles
et le bahut, fut rempli par des meneaux; mais ces meneaux ne furent pas
entièrement vitrés comme ceux des fenêtres des collatéraux d'une église.
On se contenta d'abord de vitrer les compartiments supérieurs et de
laisser à jour les intervalles entre les colonnettes. Il existe un
cloître de ce genre, d'une disposition charmante, sur le flanc sud de
l'église collégiale de Sémur-en-Auxois. Il est fort petit, puisque
chacun de ses côtés ne contient que deux travée.
En voici le plan entier (25), à l'échelle de 0,005 millimètres pour
mètre. Profitant avec une intelligence rare des poussées égales qui,
dans les angles, agissent en sens contraire et se neutralisent par
conséquent, l'architecte, au lieu de donner à ces angles, comme dans les
cloîtres romans, une épaisseur considérable, en a fait une pile composée
de six colonnettes réunies et prises dans un seul morceau de pierre.
Cette jolie disposition donne une légèreté extraordinaire à ce cloître,
tout en lui conservant une parfaite solidité. Les seuls points
résistants de la construction sont les quatre contre-forts plantés sur
le milieu de chacune des faces de la galerie et les divisant en deux
travées. Un puits est creusé au milieu du petit préau.
La fig. 26 présente la coupe et l'élévation d'une travée du cloître de
Sémur, ainsi qu'un détail du plan des piles en A. Les intervalles entre
les colonnettes n'étaient pas vitrés, tandis que les compartiments des
meneaux au-dessus de l'arcature l'étaient[260]. On obtenait ainsi, pour
éclairer les galeries, beaucoup plus de jour que dans les cloîtres
romans, et la pluie ni le vent ne pouvaient gêner les personnes qui
circulaient sous les galeries. Les roses et découpures des meneaux
vitrés formaient comme des écrans transparents opposés au vent et au
soleil. La sculpture des chapiteaux est fort belle, large, abondante, et
les matériaux des piles de grande dimension, suivant le mode
bourguignon. Ce cloître est du temps de l'église et dut être bâti entre
les années 1230 et 1240.
Cependant il arrivait souvent, au XIIIe siècle, que les travées des
cloîtres voûtés étaient garnies de meneaux sans vitraux, qui n'étaient
alors que des claires-voies de pierre destinées à briser l'effort du
vent et à garantir les personnes qui passaient dans les galeries contre
la vivacité de l'air ou des rayons du soleil. Nos églises du nord
possédaient beaucoup de cloîtres de ce genre vitrés partiellement ou
complétement à claires-voies. La cathédrale de Noyon, le long de la nef,
au nord, conserve encore la galerie occidentale de son cloître du XIIIe
siècle, sur laquelle s'ouvre une belle salle capitulaire dont les piles
d'entrée sont richement décorées de sculptures, d'ornements et de
statues d'évêques (voy. SALLE CAPITULAIRE). Ce cloître, ainsi que ses
dépendances, était autrefois crénelé du côté extérieur, afin de pouvoir,
au besoin, se défendre contre un coup de main. La construction des
galeries est large, simple, bien conçue et bien exécutée.
Voici (27) le plan et (28) l'élévation extérieure d'une des travées du
cloître de la cathédrale de Noyon. La claire-voie est complétement à
jour, sans verrières, et son archivolte sert de formeret aux voûtes en
arcs d'ogives; du côté du mur, les arcs portent sur des culs-de-lampe
sculptés, afin de ne pas gêner la circulation par la saillie de piles
engagées. Aujourd'hui, la construction est dérasée au niveau A (fig.
28); les gargouilles, pinacles, larmiers et balustrades qui couronnaient
certainement la belle corniche feuillue n'existent plus. Nous donnons en
B une coupe sur l'axe de la travée, qui fait voir l'extrême simplicité
de cette construction, ne consistant réellement qu'en des contre-forts
réunis par des archivoltes recevant l'intrados des voûtes. Il est bon
d'examiner ce cloître après celui de l'église de Sémur que nous avons
donné (fig. 26); ces deux petits édifices sont contemporains, ils sont
élevés entre les années 1230 et 1240.
On peut observer ici la différence des deux écoles bourguignonne et
française: la première hardie, élégante, avec un mélange de rudesse,
employant des matériaux résistants et sachant en tirer les avantages
résultant de leur nature; l'autre fine, sobre, possédant un sentiment
très-vif des proportions, évitant les exagérations et les étrangetés. Il
ne faudrait pas croire cependant que les architectes des provinces
françaises eussent adopté un _poncif_ aussi simple dans la construction
de leurs cloîtres. L'amour du luxe, un instant comprimé par les
cisterciens, reprit un nouvel essor au commencement du XIIIe siècle chez
les religieux réguliers. À cette époque, en France, en Italie, en
Espagne, en Allemagne et en Angleterre, les monastères virent s'élever
des cloîtres qui rivalisaient entre eux comme étendue, en richesse de
matériaux et de sculpture. En Italie, ce fut alors qu'on éleva les
cloîtres de marbre, couverts de sculptures et de mosaïques, de
Saint-Paul-hors-les-murs, de Saint-Jean de Latran, à Rome; en Sicile,
l'admirable et immense cloître de Montréale, singulier mélange
d'architecture normande et de traditions des Maures; en France, les
beaux cloîtres de Saint-Léger et de Saint-Jean-des-Vignes de Soissons.
Nous nous occuperons de ce dernier cloître, dans lequel les religieux,
tout en restant fidèles au principe appliqué avec une si grande sobriété
à Noyon, déployèrent un luxe de sculpture peu commun.
Nous donnons (29) le plan et (30) l'élévation extérieure d'une travée du
cloître de Saint-Jean-des-Vignes, contemporain de celui de Noyon. La
galerie du rez-de-chaussée était probablement surmontée d'un étage qui
n'existe plus. Les contre-forts, les tympans entre les archivoltes sont
couverts de sculpture. Le plan présente une multitude de colonnettes
dont la fonction est déterminée par les arcs des voûtes, et qui sont
couronnées par des chapiteaux finement travaillés dont la réunion forme,
à l'intérieur comme à l'extérieur de la galerie, un brillant cordon
d'ornements. Les voûtes, du côté du mur, ainsi qu'à Noyon, sont portées
sur des culs-de-lampe naissant sur des têtes humaines. Quant à la
claire-voie, ses roses seules étaient vitrées[261].
Cette richesse, si fort en contradiction avec le principe des ordres
religieux, ne laissait pas d'exciter déjà, au XIIIe siècle, le blâme ou
la raillerie. On est trop disposé à croire que les XVIe et XVIIIe
siècles ont été les seuls à critiquer le luxe des moines. Un poëte du
XIIIe siècle qui était reçu à la cour de saint Louis, Rutebeuf, ne
manque pas une occasion d'exercer sa verve contre les ordres religieux.
On en jugera par ce passage extrait de la _Vie de sainte Elysabel_:
«Une foiz entra en .i. cloistre
De povres genz qui pas acroistre
Ne se pooient de lor biens;
Fors d'aumosne n'avoient riens.
Ymages li monstrent bien fètes,
Bien entaillies et portrètes;
Mult orent cousté, ce li samble,
Ainçois que il fussent ensamble;
Mult l'en pesa, et bien lor monstre.
«Et mult lor en va à l'encontre,
Et dist: «Je croi miex vous en fust,
Se ce ç'on a mis en ce fust
Por fere entaillier ces ymages
Fust mis en preu; c'or est domages
Qui a l'amor de Dieu el cuer
Les ymages qu'il voit defuer,
Si ne li font ne froit ne chaut.
Endroit de moi il ne m'en chaut,
Et bien sachiez, ce me conforte,
Que chascun crestiens, là, porte
Les ymages el cuer dedenz.
Les lèvres muevre ne les denz
Ne font pas la religion,
Mès la bone compontion[262].»
Un huguenot n'aurait pas parlé autrement au XVIe siècle.
Afin de meubler la nudité des murs intérieurs des galeries des cloîtres
entre les culs-de-lampe portant les voûtes, on les décorait de peintures
et même quelquefois de bas-reliefs et d'arcatures. Le cloître de la
cathédrale de Toul, commencé vers 1240 et terminé à la fin du XIIIe
siècle, nous donne une jolie décoration de ce genre, consistant en une
suite d'arcatures trilobées, sous chacune desquelles était sculpté un
petit bas-relief porté sur une sorte de tablette ornée peu saillante.
Nous donnons (31) l'une des travées intérieures de ce cloître[263]. À
l'extérieur, le cloître de la cathédrale de Toul présente une
disposition analogue à celle des cloîtres de Noyon et de Soissons, si ce
n'est que les formerets des voûtes ne pénètrent pas à travers
l'épaisseur du mur, et que les archivoltes des claires-voies sont
bandées en dedans de ces formerets. Il reste ainsi, de chaque côté des
contre-forts, une portion de trumeau. Cette disposition est moins
franche que celle des cloîtres présentés ci-dessus. D'ailleurs la
galerie n'était point vitrée. À Toul, les chéneaux du cloître sont
disposés d'une façon particulière; ils consistent, au-dessus de la
corniche, en une assise de pierre taillée suivant les pentes
correspondant à l'écoulement des eaux, lequel a lieu par les gargouilles
percées au milieu de chaque tête de contre-fort (32).
Jusque vers le milieu du XIIIe siècle, les combles des cloîtres
égouttent, sauf de très-rares exceptions, leurs eaux directement sur le
préau sans chéneaux; la présence des chéneaux est un perfectionnement
qui depuis fut introduit dans la construction des cloîtres. Dans les
localités où l'eau de source manquait, on profita des combles des
cloîtres et salles voisines pour recueillir les eaux pluviales dans une
citerne ménagée sous le préau. Il arriva parfois alors qu'au lieu de
jeter les eaux à gueule bée sur l'aire du préau, et pour éviter que des
ordures pussent être entraînées dans la citerne, on plaça des tuyaux de
descente en pierre de distance en distance dans les angles formés par
les contre-forts (voy. CONDUITE); ou si l'on admettait les gargouilles,
ce qui était le cas le plus ordinaire, on établissait un caniveau en
pierre au-dessous d'elles, tout autour du préau, pour recueillir les
eaux et les envoyer, par des pertuis, dans la citerne. Quelquefois même
ce caniveau était un petit égout souterrain ayant un pertuis garni d'une
crapaudine au-dessous de la gueule de chacune des gargouilles. Plus
rarement l'aire du préau était dallée comme l'aire de l'_impluvium_
antique et conduisait l'eau par des pentes, se dirigeant vers le milieu,
dans la citerne. On recueillait ainsi non-seulement les eaux tombant sur
les combles, mais aussi celles reçues sur la surface totale du préau. Le
préau du cloître de l'abbaye du Mont-Saint-Michel-en-Mer est couvert de
plomb; mais nous aurons l'occasion de parler bientôt de ce cloître
remarquable.
Cependant, certains cloîtres de cathédrales particulièrement furent, au
XIIIe siècle, surmontés d'un étage, probablement à cause du peu d'espace
dont on disposait autour de ces monuments élevés au centre de cités
populeuses. Il existe, à Langres, les restes d'un cloître de ce genre
qui est d'un fort bon style et qui appartient au milieu de ce siècle.
La fig. 33 présente l'une de ses travées. Un premier étage, percé d'une
petite fenêtre carrée au-dessus de chaque arcade, était destiné
peut-être au logement des chanoines. Ici ce sont les formerets des
voûtes qui, comme à Noyon, servent d'archivoltes à la claire-voie. Le
mur du fond du cloître de la cathédrale de Langres est décoré d'une
triple arcature sous chaque formeret, portée sur des colonnettes et des
chapiteaux admirablement sculptés. Quant aux contre-forts, épais et
saillants dans la hauteur du rez-de-chaussée, pour contre-butter la
poussée des voûtes, ils se réduisent sensiblement dans la hauteur du
premier étage, qui n'était couvert que d'une charpente[264].
Mais le plus beau cloître qui nous soit conservé (en partie du moins)
possédant un premier étage est certainement le cloître de la cathédrale
de Rouen. Cette construction date de 1240 environ, et son ensemble comme
ses détails sont exécutés avec un grand luxe et un soin minutieux.
La fig. 34 nous donne l'élévation d'une des travées du cloître de la
cathédrale de Rouen. Ces travées sont larges, percées à la base par
quatre arcades libres portées sur des colonnettes monolithes. Au-dessus
de ces arcades, la claire-voie est vitrée. L'archivolte est épaisse,
composée de deux rangs de claveaux, celle supérieure servant de formeret
aux voûtes à l'intérieur. Ces archivoltes soutiennent un grand talus sur
lequel viennent pénétrer les piles et trumeaux des fenêtres jumelles du
premier étage. Une corniche à double rang de crochets et une balustrade
dont les quatre-feuilles seuls sont ajourés couronnent le premier étage,
qui porte chéneau. Au milieu de la tête de chacun des contre-forts,
complètement dépourvus d'ornements, sort une gargouille rejetant à
l'extérieur l'eau recueillie dans les chéneaux. Des pinacles
surmontaient ces contre-forts; ils sont malheureusement détruits.
Voici (35) le plan de ces contre-forts et d'une travée à
rez-de-chaussée. On voit combien cette construction est simple et
légère. Toute la résistance consiste seulement dans les contre-forts et
les piles carrées qu'ils viennent épauler. Quant à la claire-voie, elle
est indépendante de la bâtisse proprement dite. Il n'est pas besoin de
dire que ce cloître est voûté en arcs ogives, composant une suite de
travées sur plan barlong; c'est là une disposition généralement admise
pour les cloîtres au XIIIe siècle et suivie plus tard. Le premier étage
n'existait que sur l'un des côtés du cloître et contenait la
bibliothèque du chapitre; il formait une grande salle couverte par une
charpente lambrissée[265].
Les dispositions des cloîtres admises dès le commencement du XIIIe
siècle ne varient guère jusque vers le milieu du XIVe; ce sont toujours
des voûtes carrées dont les formerets extérieurs sont remplis par des
meneaux vitrés dans la partie supérieure ou dépourvus de vitraux. Au
XIVe siècle, les églises cathédrales et monastiques, étant moins riches
qu'elles ne le furent au XIIIe, revinrent aux cloîtres composés
d'arcatures continues, comme les cloîtres romans primitifs, dont les
galeries sont couvertes par des charpentes apparentes ou lambrissées.
Mais le système de construction n'est plus celui du cloître roman. Les
archivoltes composées de claveaux disparaissent souvent et sont
remplacées par une claire-voie qui ressemble assez à une grande
balustrade. Le flanc sud de la cathédrale de Bordeaux a conservé un
cloître élevé suivant ce mode; il date du XIVe siècle. L'une de ses
quatre galeries s'engage dans les contre-forts isolés de la cathédrale,
les trois autres sont libres.
La fig. 36 présente le plan d'un des angles du cloître de la cathédrale
de Bordeaux. En A, nous avons tracé la section horizontale d'une des
piles, à l'échelle de 0,05 c. pour mètre. Sur un bahut continu s'élèvent
des faisceaux de colonnettes présentant beaucoup plus de profondeur que
de largeur. Ces piles sont prises dans un seul morceau de pierre, et
elles portent une arcature dont chaque triangle est taillé dans un seul
bloc, ainsi que l'indique la fig. 37, qui donne l'élévation et la coupe
du cloître de la cathédrale de Bordeaux. Une corniche composée de longs
morceaux de pierre relie le tout; un surhaussement moderne, formé de
deux assises de pierre, charge cette légère construction. Mais
autrefois, ainsi que le prouve la présence des gargouilles encore en
place, la corniche portait un chéneau sur lequel venait reposer la
charpente; nous avons cru devoir rétablir l'état primitif dans notre
fig. 37 [266]. La charpente apparente était composée d'une suite de
chevrons portant ferme, retenus par des liens reposant sur des corbeaux.
Ce genre de construction n'offrait pas une grande solidité; aussi la
plupart de ces cloîtres furent-ils renversés par la poussée de la
charpente dépourvue d'entraits, et, au XVe siècle, on reprit le mode
adopté par le XIIIe siècle, c'est-à-dire qu'on en revint aux cloîtres
voûtés avec meneaux sous les formerets, et ces meneaux furent vitrés. Il
est cependant des exceptions à cette règle, surtout dans les provinces
méridionales.
Ainsi le cloître de la cathédrale de Narbonne, qui date des premières
années du XVe siècle, se compose d'une série d'arcades sans meneaux,
séparées par des contre-forts épais.
La fig. 38 présente le plan du quart de ce cloître. En A, nous donnons
la section horizontale de la pile d'angle, et en B celle d'une des
autres piles, à l'échelle de 0,02 c. pour mètre. La fig. 39 nous montre
un des angles de ce cloître, vu en perspective.
Le cloître de Narbonne possède un bahut; les arcades sont hautes,
contrairement aux habitudes des constructeurs du moyen âge; il est
couvert en terrasses dallées, protégées par une balustrade, ainsi que le
cloître de la cathédrale de Béziers, qui date du XIVe siècle.
Les cloîtres du XVe siècle en général ne diffèrent de ceux du XIVe que
par la décoration des contre-forts, les compartiments des meneaux, la
construction des voûtes et les détails de l'architecture. Il n'est donc
pas nécessaire de nous en occuper ici, puisque nous retrouvons ces
détails dans les différents articles de ce _Dictionnaire_.
Nous terminerons ce que nous avons à dire sur ces monuments par la
description du cloître de l'abbaye du Mont-Saint-Michel-en-Mer, l'un des
plus curieux et des plus complets parmi ceux que nous possédons en
France.
Nous donnons le plan d'ensemble de ce cloître, ayant vue du côté A sur
la mer par des fenêtres oblongues et très-étroites (40). Les galeries
ont été couvertes primitivement par une charpente lambrissée. L'arcature
se compose de deux rangées de colonnettes se chevauchant, ainsi que
l'indique le détail de l'angle du plan (41). Des archivoltes en
tiers-point portent sur les colonnettes, de A en B, de B en C, à
l'extérieur; de D en E, de E en F, à l'intérieur, et des arcs diagonaux
très-aigus sont bandés de A en D, de A en E, de E en B, de B en F, de F
en C, etc.; les triangles laissés entre les archivoltes et les arcs
diagonaux sont remplis comme des triangles de voûtes ordinaires. Il est
évident que ce système de colonnettes posées en herse est plus capable
de résister à la poussée ou au mouvement d'une charpente que le mode de
colonnes jumelles, car les arcs diagonaux AD, AE, EB, etc., opposent une
double résistance à ces poussées, étrésillonnent la construction et
rendent les deux rangs de colonnettes solidaires. D'ailleurs il n'est
pas besoin de dire qu'un poids reposant sur trois pieds est plus stable
que s'il repose sur deux ou sur quatre. Or la galerie du cloître de
l'abbaye du Mont-Saint-Michel n'est qu'une suite de trépieds.
Voici (42) une coupe sur O P, et (43) une élévation intérieure de ces
arcatures. Les profils et l'ornementation rappellent la véritable
architecture normande du XIIIe siècle. Les chapiteaux, suivant la
méthode anglo-normande, sont simplement tournés, sans feuillages ni
crochets autour de la corbeille. Seuls, les chapiteaux de l'arcature
adossés à la muraille sont décorés de crochets bâtards. Les écoinçons
entre les archivoltes de l'intérieur des galeries présentent de belles
rosaces sculptées en creux, des figures, l'agneau surmonté d'un dais
(fig. 43), puis au-dessus des arcs une frise d'enroulements ou de
petites rosaces d'un beau travail. Entre les naissances des arcs
diagonaux des petites voûtes sont sculptés des crochets. Ce cloître
était complétement peint, du moins à l'intérieur et entre les deux rangs
de colonnettes. En B (fig. 40) est la seule entrée des galeries dans le
préau, bien qu'il soit facile d'enjamber par-dessus les bahuts entre les
colonnettes, et ce préau est complétement couvert de lames de plomb,
destinées à recueillir les eaux pluviales dans une grande citerne
réservée sous l'église. Sous le cloître est bâtie la salle des
Chevaliers, composée d'un quinconce de colonnes (voy. ARCHITECTURE
MONASTIQUE, fig. 18 et 19); sous la salle des Chevaliers est un étage
inférieur. Ainsi le cloître de l'abbaye du Mont-Saint-Michel-en-Mer est
situé au sommet d'un immense édifice, et ses galeries sont portées sur
des voûtes; c'est pourquoi on a cherché à donner à cette construction
une extrême légèreté.
La renaissance éleva quelques jolis cloîtres, mais qui ne présentent
aucune particularité digne d'être notée. Les dispositions générales des
cloîtres, à partir du XIIIe siècle, varient peu en France, ainsi que
nous l'avons dit déjà, et les détails de l'architecture seuls se
modifient en raison du goût de chaque époque. Ces détails trouvent leur
place dans le _Dictionnaire_; il est donc inutile de les mentionner ici.
[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 8.]
[Illustration: Fig. 9.]
[Illustration: Fig. 10.]
[Illustration: Fig. 11.]
[Illustration: Fig. 12.]
[Illustration: Fig. 13.]
[Illustration: Fig. 14.]
[Illustration: Fig. 15.]
[Illustration: Fig. 16.]
[Illustration: Fig. 17.]
[Illustration: Fig. 18.]
[Illustration: Fig. 19.]
[Illustration: Fig. 20.]
[Illustration: Fig. 21.]
[Illustration: Fig. 22.]
[Illustration: Fig. 23.]
[Illustration: Fig. 24.]
[Illustration: Fig. 25.]
[Illustration: Fig. 26.]
[Illustration: Fig. 27.]
[Illustration: Fig. 28.]
[Illustration: Fig. 29.]
[Illustration: Fig. 30.]
[Illustration: Fig. 30.]
[Illustration: Fig. 31.]
[Illustration: Fig. 32.]
[Illustration: Fig. 33.]
[Illustration: Fig. 34.]
[Illustration: Fig. 35.]
[Illustration: Fig. 36.]
[Illustration: Fig. 37.]
[Illustration: Fig. 38.]
[Illustration: Fig. 39.]
[Illustration: Fig. 40.]
[Illustration: Fig. 41.]
[Illustration: Fig. 42.]
[Illustration: Fig. 43.]
[Note 243:
«Quadratam speciem structura domestica præfert,
Atria bis binis inclyta particibus.
Quæ tribus inclusæ domibus, quas corporis usus
Postulat, et quarta quæ domus est Domini,
Quarum prima domus servat potumque cihumque
Ex quibus hos reficit juncta secunda domus.
Tertia membra fovet vexata labore diurno,
Quarta Dei laudes assidue resonat.»
_Carmen de Laude vitæ monasticæ_ edit. a Sirmondo ad Goffrid.
Vindocin. (Voy. Ducange, _Gloss._)]
[Note 244: In synod. Pontigonensi, ann. 876. In synod. Rom.
sub Eugenio II]
[Note 245: Lib. 1, cap. 1, § 43.]
[Note 246: Ce n'est pas là, bien entendu, une règle absolue;
diverses causes venaient modifier ces dispositions: la nature
du terrain, des constructions plus anciennes dans les villes,
des rues existantes, obligeaient les abbés ou les chapitres à
ne pas être fidèles à leur programme. Cependant les cloîtres
des abbayes de Cluny, de Vézelay, de Clairvaux, de Fontenay,
de la Charité-sur-Loire, de Saint-Denis, de
Saint-Jean-des-Vignes à Soissons, de Saint-Front de
Périgueux, de Poissy, de Sainte-Geneviève à Paris, de la
Trinité de Caen, etc., et particulièrement de l'abbaye type
de l'abbé de Saint-Gall (voy. ARCHIT. MONAST., fig. 1), sont
situés sur le flanc méridional de l'église; tandis que les
cloîtres des cathédrales de Paris, de Noyon, de Rouen, de
Reims, de Beauvais, de Séez, de Bayeux, de Puy-en-Vélay,
etc., étaient situés au nord. Quelquefois le cloître et
l'évêché se touchent et sont tous deux bâtis du côté
méridional, comme à Langres, à Évreux, à Verdun; mais ce sont
là des exceptions; les évêques et les chapitres préféraient
généralement occuper des terrains séparés par l'église.]
[Note 247: Voy. le _Cartul. de l'égl. N.-Dame de Paris_,
publ. par M. Guérard, et la préface, p. CIX.]