Les monuments de l'antiquité païenne, dès une époque fort reculée,

possédaient des chéneaux à la chute des pentes des combles. Les temples

de la grande Grèce, ceux d'Athènes, avaient des chéneaux en terre cuite,

en pierre ou en marbre, avec gargouilles percées de distance en

distance. On retrouve également les chéneaux dans les monuments romains.

Cependant ils disparaissent, pendant la période romane, en France. Les

toits laissent les eaux s'égoutter directement sur le sol. Nous ne

voyons guère le chéneau apparaître, dans le nord de la France, que vers

le milieu du XIIe siècle. Ils sont, dès la fin de ce siècle,

très-caractérisés dans les édifices normands. Ces chéneaux (1) sont

généralement très-profonds; portés sur des arcs en saillie sur le nu des

murs, leurs sommiers partent de la tête des contre-forts, et sont

surmontés du côté du dehors d'un acrotère en talus composé de plusieurs

assises, ainsi que l'indique le profil A. On ne peut expliquer la

hauteur extraordinaire de ce revers de chéneau que comme une garde

destinée à empêcher les tuiles ou ardoises qui se détachent de la

couverture de tomber sur la voie publique, et à contenir la neige qui

glissait le long des rampants des combles. Nous trouvons des chéneaux

analogues à ceux-ci au-dessus du triforium du choeur de l'église

Saint-Étienne de Caen, et qui sont d'une date un peu moins ancienne. Les

chapelles absidales de l'église haute de Chauvigny près Poitiers, qui

datent de la première moitié du XIIe siècle, possèdent également des

acrotères formant chéneau au-dessus de la corniche. Des gargouilles peu

saillantes, ou de simples trous percés de distance en distance, jetaient

les eaux pluviales à l'extérieur. Dans l'Île de France, la Champagne et

la Bourgogne, les chéneaux n'apparaissent qu'au XIIIe siècle. Mais la

disposition des premiers chéneaux de cette époque exige quelques

développements.

Bien que les murs des édifices romans fussent fort épais, les charpentes

des combles présentaient des pentes inclinées suivant un angle plutôt

au-dessous qu'au-dessus de 45 degrés; les pieds de ces charpentes

exigeaient alors une large assiette (voy. CHARPENTE), et les bouts des

chevrons ainsi que la volige et la tuile arrivaient au bord des

corniches, d'ailleurs peu saillantes; il ne restait pas de place pour

établir des chéneaux à la chute des combles, et les eaux tombaient

directement sur le sol ou sur les combles inférieurs. On reconnut les

inconvénients de ce système primitif; les eaux en s'égouttant ainsi le

long des parements les altéraient, entretenaient l'humidité à la base

des murs et pourrissaient la fondation; si une tuile venait à glisser,

elle tombait sur la tête des passants ou sur un comble inférieur; dans

ce dernier cas, elle brisait un grand nombre de tuiles et faisait un

trou dans cette toiture. Si l'on était dans la nécessité de réparer les

couvertures, les couvreurs, ne pouvant appuyer le pied de leurs échelles

nulle part, risquaient de glisser avec elles ou, tout au moins,

faisaient des dégâts considérables en posant ces échelles sur la

couverture même. Cependant, par suite du nouveau système de construction

mis en pratique par les architectes gothiques, ceux-ci étaient amenés à

diminuer de plus en plus les épaisseurs des murs et même à les supprimer

entièrement. C'est alors qu'ils prirent le parti de rendre les chéneaux,

pour ainsi dire, indépendants de la construction, en les portant en

saillie sur des corniches ou sur des arcs, ou bien de faire porter les

charpentes sur les formerets des voûtes bandés à une certaine distance

des murs à l'intérieur, et de poser les chéneaux, sur l'intervalle

restant entre ces formerets et le mur extérieur, réduit alors à une

faible épaisseur. Ce dernier système fut appliqué en Bourgogne et en

Champagne. Dans l'Ile de France, on donna une saillie assez forte aux

corniches pour pouvoir faire courir des chéneaux à la base des combles.

Nous observons, dans la partie haute du choeur de Notre-Dame de Paris,

la transition entre le système des égouts romans et le système des

chéneaux posés sur corniches saillantes à la base des combles sous le

bahut. Dans l'origine, c'est-à-dire du temps de Maurice de Sully (1160 à

1180 environ), il n'existait pas de chéneaux à la base du grand comble

[170]. Le couronnement recevant la charpente consistait en une corniche

peu saillante, composée de quatre rangs de damiers sur lesquels était

posé un profil formant boudin supérieur. Vers 1220, probablement après

l'incendie dont nous venons de parler, lorsque déjà à Paris

l'architecture gothique avait pris son développement complet, on

n'enleva, de la corniche de Maurice de Sully, que le boudin supérieur,

et, laissant subsister les assises de damiers, on posa par-dessus une

corniche composée d'une assise de feuilles à crochets et d'un larmier;

le tout présentant une forte saillie. Ce larmier fut creusé en forme de

chéneau, dont les pentes répartissaient les eaux pluviales dans de

grosses gargouilles posées au-dessus de chacun des arcs-boutants. Quant

à la nouvelle charpente, elle vint s'asseoir sur un bahut élevé de 1m,30

au-dessus de ce chéneau, et une balustrade en pierre fut fixée sur le

rampant du larmier (voy, BAHUT, fig. 1). Vers la même époque, dans la

cathédrale de Chartres et sur la façade de Notre-Dame de Paris, on

posait aussi des larmiers formant chéneaux, mais sans gargouilles; les

eaux s'écoulaient simplement par des trous ménagés, sous les

balustrades, de distance en distance, ainsi que l'indique la fig. 2

[171]. Cette disposition explique pourquoi, sur la façade de Notre-Dame

de Paris, les larmiers des divers étages portant chéneaux ont une aussi

forte saillie; c'est qu'ils étaient destinés à renvoyer loin des

parements les eaux des chéneaux, comme une _mouchette_ continue. À

Notre-Dame de Chartres, les balustrades n'ayant pas de traverse

inférieure, mais n'étant composées que de colonnettes isolées posées à

cul sur l'extrémité de la corniche, les eaux du chéneau s'écoulent entre

ces colonnettes sur la pente du larmier. Ces moyens toutefois ne

faisaient que diminuer les inconvénients résultant des égouts des

combles, mais ne les évitaient pas, puisque les eaux pluviales

continuaient à s'égoutter dans toute la longueur des corniches; ils

rendaient déjà le service des couvreurs plus facile et arrêtaient les

tuiles ou ardoises qui glissaient sur la pente des combles[172]. Ce

n'est que de 1225 à 1240 que des gargouilles saillantes furent adaptées

aux chéneaux pour distribuer l'écoulement des eaux pluviales d'une

manière régulière et sur certains points des édifices. Dans les églises

à bas-côtés, les eaux des chéneaux, vers cette époque, furent conduites

sur les chaperons des arcs-boutants, puis rejetées au dehors par des

gargouilles en pierre posées à l'extrémité des pentes de ces

arcs-boutants. Les eaux de pluie, tombant sur les combles supérieurs,

arrivaient ainsi, par le plus court chemin, sur le sol extérieur. Mais

les arcs-boutants, destinés à contre-butter la poussée des voûtes,

n'atteignaient pas le niveau des corniches supérieures; on essaya

d'abord de jeter les eaux des chéneaux des grands combles, à gueule-bée,

par des gargouilles, sur les chéneaux formant le chaperon des

arcs-boutants; et, quoique la distance entre ces chaperons et les

gargouilles supérieures ne fût pas considérable, cependant le vent

renvoyait les eaux à droite ou à gauche des chaperons; on établit donc

bientôt des coffres en pierre évidés mettant les chéneaux supérieurs en

communication avec les chaperons. Souvent même, ces coffres en pierre

furent doublés de tuyaux de plomb (voy. CONDUITE). Puis, plus tard, vers

la fin du XIIIe siècle, on renonça aux coffres en pierre, qui étaient

sujets à s'engorger et à causer des filtrations dans les murs, et on

établit sur les arcs-boutants des aqueducs en pierre destinés à porter

le chéneau rampant (voy. ARC-BOUTANT, CONSTRUCTION). Les chéneaux

rampants pratiqués sur le chaperon des arcs-boutants, arrivés aux

pinacles surmontant l'extrémité des contre-forts, passaient, dans

l'origine, à travers ces pinacles pour être déversés par la gargouille.

On ne fut pas longtemps sans s'apercevoir que ces canaux, traversant la

maçonnerie, ne pouvaient jamais sécher, qu'ils s'engorgaient et

causaient des filtrations dans la masse des constructions des

contre-forts; on prit le parti, vers le milieu du XIVe siècle, de

détourner les chéneaux au droit des pinacles, et d'amener ainsi à ciel

ouvert les eaux jusqu'aux gargouilles d'extrémité. Quelquefois même,

dans les provinces du Nord, en Picardie et en Normandie, ces chéneaux

aboutirent à des conduites en plomb habilement ménagées dans la

construction (voy. CONDUITE).

Les chéneaux en pierre, pratiqués à la base des combles, pendant les

XIIIe et XIVe siècles, sont généralement creusés à fond de cuve,

c'est-à-dire donnant en coupe le profil ci-contre (3); les joints sont

faits avec soin, ayant une entaille A dans laquelle on coulait

quelquefois du plomb ou un ciment très-dur composé de grès pilé et de

litharge. Ces chéneaux portent de 0,33 c. à 0,48 c. de largeur (un pied,

un pied et demi). Ils sont taillés dans les pierres les plus dures que

l'on pouvait se procurer, et il nous a paru que leur concavité, destinée

à recevoir les eaux, soigneusement taillée, polie même, était souvent

imprégnée d'une matière grasse (peut-être d'huile de lin et de

litharge). Nous avons vu même quelques-uns de ces chéneaux qui étaient

enduits d'un ciment mince, très-dur et adhérant à la pierre; pour faire

tenir ce ciment, les tailleurs de pierre pratiquaient en travers du

chenal de petites rainures, particulièrement des deux côtés des joints,

ainsi que le fait voir la fig. 4[173], ou creusaient sur le joint même

une rainure qui permettait d'y couler du ciment (5).

Les chéneaux des grands édifices du moyen âge, du XIIIe au XVe siècle,

présentent peu de variétés; le système admis persiste sans différences

notables. Il n'en est pas de même des chéneaux des habitations privées;

ceux-ci sont très-variés comme disposition et comme forme. Ils

n'apparaissent qu'au XIIIe siècle; jusqu'alors les eaux pluviales

tombaient directement des égouts des toits dans la rue[174]. Deux

raisons contribuèrent à faire établir des chéneaux à la base des

combles, le besoin de réunir les eaux pluviales dans des citernes

(beaucoup de villes étant bâties sur des lieux élevés dépourvus d'eau),

et l'incommodité que causait la pluie s'égouttant des combles sur la

voie publique. Mais, comme la grande majorité des habitations urbaines

était d'une construction fort simple, on ne pouvait faire la dépense

d'un chéneau de couronnement en pierre à la chute des combles. Les

constructeurs de maisons se contentèrent d'incruster des corbeaux de

pierre au sommet des murs de face, et sur les corbeaux ils posèrent une

pièce de bois évidée et inclinée formant gargouille à l'un des bouts. La

fig. 6 expliquera cette disposition naïve[175]. Ces chéneaux

s'appliquent à des maisons dont les égouts des toits sont sur la rue;

mais si les pignons donnaient sur la voie publique, ainsi que cela fut

pratiqué généralement à dater du XIVe siècle, les chéneaux étaient

disposés perpendiculairement à la rue. À cette époque, rarement les

maisons avaient-elles des murs mitoyens; chaque maison possédait ses

quatre murs en propre, et il existait entre elles une petite ruelle

très-étroite (voy. MAISON). Chaque habitation avait donc ses chéneaux

particuliers, qui, le plus souvent, étaient formés d'un tronc d'arbre

creusé, dépassant le pignon et formant gargouille, ainsi que l'indique

la fig. 7. Ces chéneaux de bois étaient quelquefois moulurés, sculptés

même, et peints de diverses couleurs, l'art intervenant toujours dans

l'ensemble comme dans les détails des constructions les plus vulgaires.

Ces dispositions de chéneaux appliquées aux habitations n'étaient pas

les seules. Dans les pays riches en matériaux calcaires, comme la

Bourgogne, la Haute-Marne et l'Oise, on employa les chéneaux de pierre

de préférence à ceux en bois, et ces chéneaux de pierre sont posés de

façon à éviter toute fuite par les joints le long des parements: d'abord

ils sont toujours posés en saillie, afin que le comble vienne couvrir la

tête des murs et la préserver de toute humidité; puis des corbeaux

incrustés dans le mur, sous chaque joint du chéneau, sont creusés en

forme de gargouille; si donc ces joints venaient à s'ouvrir ou à perdre

le ciment qui les soudait, l'eau tombait dans la gargouille-corbeau et

était rejetée en dehors loin des parements. La fig. 8 nous dispensera de

plus longues explications à ce sujet.

On voit à Chaumont (Haute-Marne) beaucoup de maisons dont les chéneaux

sont ainsi disposés, et cet usage a persisté jusqu'à nos jours.

L'architecture n'est véritablement un art que lorsqu'elle sait ainsi

vaincre les difficultés, prévoir et conserver, par des moyens simples,

vrais, d'une exécution facile dans la plus humble maison comme dans le

palais; mais lorsque, au contraire, il lui faut recourir à des moyens

factices qui demandent le concours d'industries très-développées, une

main-d'oeuvre extraordinaire et beaucoup de dépense, elle peut réussir

là où toutes ces ressources sont sous sa main, mais elle abandonne à la

barbarie les localités éloignées des grands centres industriels. C'est

ce qui est arrivé; aujourd'hui, hormis les grandes villes où les

écoulements d'eaux pluviales sont, dans les habitations privées,

disposés avec assez d'adresse, partout l'incurie, l'ignorance, le défaut

de soin laissent voir combien ces constructeurs anciens étaient plus

habiles, plus savants, plus scrupuleux que les bâtisseurs de notre

temps, sans entraîner pour cela leurs clients dans des dépenses

inutiles.

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Illustration: Fig. 3.]

[Illustration: Fig. 4 et 5.]

[Illustration: Fig. 6.]

[Illustration: Fig. 7 et 8.]

[Note 170: Ce comble était moins aigu que celui actuel, qui

date du commencement du XIIIe siècle, et qui fut refait après

un incendie dont l'histoire ne parle pas, mais dont les

traces sont visibles sur le monument même. Le choeur de

Notre-Dame de Paris était complétement élevé, sauf la

toiture, en 1177, ainsi que le constate la chronique de

Robert, abbé du Mont Saint-Michel, et dont M. Alfred Ramé a

bien voulu nous envoyer le curieux extrait suivant: «Ad ann.

1177. Mauricius episcopus Parisiensis jam diù est; quod (qui)

multum laborat et proficit in ædificatione ecclesiæ prædictæ

civitatis, _cujus caput jam perfectum est, excepto majori

tectorio_. Quod opus si perfectum fuerit, non erit opus citra

montes cui aptè debeat comparari.»]

[Note 171: Cet exemple est tiré de la façade occidentale de

la cathédrale de Paris.]

[Note 172: Il faut observer que déjà, au commencement du

XIIIe siècle, les combles des cathédrales de Paris et de

Chartres étant couverts en plomb, les chéneaux n'avaient pas,

ici du moins, à arrêter la chute des ardoises ou tuiles.]

[Note 173: C'était ainsi qu'étaient primitivement établis les

chéneaux de la Sainte-Chapelle à Paris.]

[Note 174: Il n'y a pas plus de vingt-cinq ans qu'à Paris

encore les toits de la plupart des maisons étaient dépourvus

de chéneaux. Pendant les pluies d'orage, les eaux pluviales

formaient comme une nappe d'eau devant les façades, et

rendaient la circulation impossible, même avec des

parapluies.]

[Note 175: Exemple tiré des maisons de Flavigny (Côte-d'Or).]

CHEVET, s. m. Nom que l'on donne à la partie extrême de l'abside des

églises (voy. ABSIDE, CATHÉDRALE, ÉGLISE).

CHIFFRE, s. m. On désigne par ce mot les initiales de noms propres

sculptées ou peintes sur les monuments. Il ne paraît pas que l'on ait

admis les chiffres de personnages vivants dans la décoration des

édifices avant le XVe siècle; mais, à partir de la fin de ce siècle, les

chiffres se rencontrent fréquemment sculptés dans les frises, sur les

parements, dans les balustrades, ou peints dans les vitraux et sur les

murs intérieurs des églises, chapelles, palais et maisons. La balustrade

du pignon occidental de la Sainte-Chapelle de Paris, refaite par Charles

VII, est composée de fleurs de lis dans des quatre-lobes, au milieu

desquelles s'élève un K (Karolus) couronné, soutenu par deux anges. La

balustrade de l'oratoire de cette même chapelle, bâti par Louis XI, est

de même ornée, au milieu, d'un L couronné se détachant sur un ajour

fleurdelisé. L'ancien hôtel de la cour des comptes à Paris, bâti par

Louis XII, était couvert de chiffres, L couronnés, de porcs-épics, de

dauphins, d'hermines et de fleurs de lis. Les F couronnés se rencontrent

dans les constructions entreprises par François Ier. On peut en voir un

grand nombre à Blois et à Chambord. Cet usage s'est conservé depuis

cette époque; les chiffres enlacés d'Henri II et de Catherine de Médicis

couvrent les frises et panneaux du Louvre, ainsi que ceux de Henri IV et

même de Louis XIV.

CHOEUR, s. m. Partie de l'église où se tiennent les chanoines, religieux

ou clercs pour chanter. L'intérieur des églises se divise en cinq

parties distinctes: le narthex, vestibule ou porche, la nef, les

transsepts, le choeur et le sanctuaire. Dans les églises monastiques

françaises, le choeur des religieux descendait ordinairement jusque dans

la nef. Un autel était placé au delà des transsepts; c'etait l'autel

devant lequel on chantait les matines et laudes; derrière l'autel

matutinal s'élevait le sanctuaire qui occupait tout l'espace compris

entre les transsepts et le chevet. Dans les cathédrales et les églises

paroissiales, le choeur ne commence ordinairement qu'après les

transsepts et l'autel est placé au fond de l'abside dans le sanctuaire

qui occupe le rond-point. «Le choeur des clercs, dit Guillaume

Durand[176], est l'endroit où ils se réunissent pour chanter en commun,»

et il ajoute: «où la multitude du peuple est rassemblée pour assister

aux saints mystères,» ce qui rend sa définition assez vague; à moins de

supposer (ce qui est possible) qu'il entendait par _choeur_,

non-seulement l'espace réservé aux clercs, mais aussi les bas-côtés de

l'abside dans lesquels se rangeaient les fidèles[177]. Toutefois il est

nécessaire ici de faire connaître ce qu'étaient les choeurs des églises,

soit conventuelles, soit paroissiales ou cathédrales, aux différentes

époques du moyen âge.

Les dispositions qui aujourd'hui nous semblent les plus faciles à

retrouver sont celles des choeurs des églises monastiques, parce

qu'elles ont, jusqu'à la fin du siècle dernier, subi moins d'altérations

que celles des autres églises. Toutes les abbayes possédaient des corps

saints, des reliques vénérées qui étaient déposées soit dans une crypte

sous le sanctuaire, soit dans le sanctuaire lui-même, ainsi que cela

avait lieu à Saint-Denis en France. Ce sanctuaire, qui, comme nous

venons de le dire, commençait à partir de l'ouverture orientale de la

croisée, était souvent élevé de quelques marches au-dessus du sol des

transsepts. Les fidèles n'étaient admis dans l'intérieur du sanctuaire

qu'à certaines fêtes, à l'occasion de cérémonies extraordinaires. Le

choeur des religieux, placé dans la croisée et les dernières travées de

la nef, était clos par un jubé vers l'entrée, et des boiseries, grilles

ou murs latéraux s'étendant jusqu'au sanctuaire. L'assistance des

fidèles dans les églises monastiques n'était qu'accessoire, et les

religieux enfermés dans le choeur, n'étaient pas et ne devaient pas être

vus de la nef, les fidèles entendaient leurs chants, voyaient les clercs

montés sur le jubé pour lire l'épître et l'évangile, et ne pouvaient

apercevoir l'autel qu'au travers de la porte du jubé, lorsque le voile

était tiré. Dans les monastères des XIe et XIIe siècles, les religieux

étaient très-nombreux et leurs églises faites pour eux; les fidèles se

rendaient aux paroisses et dans les nombreuses chapelles qui entouraient

les couvents pour assister au service divin. Il y avait toujours alors

dans ces monastères un concours nombreux d'étrangers, de pèlerins, de

réfugiés, auxquels la nef de l'église était réservée, qui y passaient

une grande partie de leur temps et y demeuraient même parfois jour et

nuit. Il devenait alors nécessaire de clore le choeur des religieux. Ce

programme ne convenait pas aux paroisses, encore moins aux cathédrales.

Les cathédrales (voy. ce mot), lorsqu'elles furent presque toutes

rebâties en France, à la fin du XIe le siècle, avaient à la fois un

caractère religieux et civil; et là, sauf l'autel qui était entouré de

ses voiles, rien n'obstruait la vue. En les construisant sur de vastes

plans, les évêques avaient voulu, au contraire, offrir aux habitants des

grandes cités, de larges espaces dans lesquels les cérémonies du culte,

et même des assemblées civiles, pussent se développer à l'aise. Il ne

faut pas oublier que les cathédrales de cette époque furent élevées dans

un esprit opposé à l'esprit monastique, pour attirer et réunir les

habitants des cités populeuses autour de leur évêque. Les évêques

voulaient que les fêtes religieuses fussent la fête de tous. Aussi les

choeurs et les sanctuaires des cathédrales ne s'élèvent que de deux ou

trois marches au-dessus du pavé de la nef; les transsepts sont

abandonnés aux fidèles, les larges bas-côtés qui entourent les absides

sont presque toujours de plain-pied avec le choeur, et n'en sont séparés

par aucune clôture. De tous côtés la vue s'étend, l'accès est facile.

Du temps de Guillaume Durand encore, à la fin du XIIIe siècle, il ne

semble pas que les choeurs fussent généralement entourés de stalles

fixes et de clôtures. «L'ornement du choeur, dit-il[178], ce sont des

dorsals, des tapis que l'on étend sur le pavé, et des bancs garnis

(bancalia). Les dorsals (dorsalia) sont des draps que l'on suspend dans

le choeur derrière le dos des clercs[179]...» Plus loin, à propos des

fêtes de Pâques, il dit[180]: «On approprie les églises, on en décore

les murailles en y étalant des draperies. On place des chaires dans le

choeur, on y déploie des tapis et on y dispose des bans[181]... L'autel

est décoré de tous ses ornements; dans certaines églises, ce sont des

étendards qui désignent la victoire de Jésus-Christ, des croix et autres

reliques.»

Dans toutes les cathédrales primitives la place de l'évêque était au

fond de l'abside, dans l'axe; celles des officiers qui assistaient le

prélat lorsqu'il disait la messe étaient à droite et à gauche en

demi-cercle; cette disposition justifie l'une des étymologies données au

mot choeur, _corona_; alors l'autel n'était qu'une table sans retable,

placée entre le clergé et le bas-choeur où se tenaient les chanoines et

clercs; puis venaient les laïques rangés dans les transsepts et la nef,

les femmes d'un côté, les hommes de l'autre. Cette disposition fut

conservée dans quelques cathédrales, jusque vers le milieu du dernier

siècle, entre autres à Lyon, ainsi que l'atteste le sieur de Mauléon,

dans ses _Voyages liturgiques_. À l'une des extrémités de l'hémicycle

qui garnissait l'abside du côté de l'épître, s'asseyait le prêtre

célébrant qui avait à côté de lui un pupître pour lire l'épître.

L'officiant à l'autel faisait face à l'orient. Derrière le grand autel,

entouré d'une balustrade, était un autel plus petit. Depuis cet autel

jusqu'au fond de l'abside où se trouvait placé le siége archi-épiscopal,

il restait un vaste espace libre au milieu duquel on plaçait, sur une

sorte de pupître, la chape pour l'officiant, et à côté un réchaud

contenant de la braise pour les encensements. En avant de l'autel, entre

le bas-choeur et le sanctuaire, était placé un grand ratelier à sept

cierges[182], qui remplaçait ainsi la _trabes_ ou _trabs_[183] des

églises primitives. Mais l'abside de la cathédrale de Lyon est dépourvue

de bas-côté. La disposition du choeur et du sanctuaire devait être tout

autre dans les églises, dont les absides, comme celles de nos grandes

cathédrales du Nord, étaient accompagnées d'un bas-côté simple ou

double. Alors le maître-autel était placé au centre de l'hémicycle, et

l'évêque assistant prenait sa place en bas du choeur, qui était alors la

place honorable; les officiers s'asseyaient à droite et à gauche, sur

des bancs, suivant leurs dignités, les derniers plus près du sanctuaire.

Cet ordre était également suivi dans les églises abbatiales; le siége de

l'abbé était en bas du choeur, cette disposition se prêtant mieux que

toute autre aux cérémonies.

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 3 - (C suite) · 第 19 / 40 段