[Note 115: Lorsque l'assiette d'un château avait été choisie

sur le sommet d'un escarpement, on taillait souvent le rocher

qui devait lui servir de base de manière à rendre les

escarpements plus formidables; souvent même on creusait les

fossés à même le rocher, comme à Château-Gaillard, à la

Roche-Guyon, et on réservait, à l'extérieur, une défense

prise aux dépens du roc. Ces travaux sont ordinaires autour

des châteaux assis sur du tuf, de la craie ou des calcaires

tendres.]

[Footonte 116: Il s'y trouvait de nombreux logements.]

[Note 117: Des logements étaient encore disposés autour du

donjon.]

[Note 118: _Li palais_, c'est la demeure du seigneur,

distincte des _herberjaiges_, qui paraissent destinés au

casernement de la garnison.]

[Note 119: Voici la grand'salle, cette dépendance

indispensable de tout château.]

[Note 120: Dans les salles étaient suspendues les armes, les

écus, les cors; c'était la principale décoration des

intérieurs; et dans un grand nombre de châteaux, on voit

encore la place des tablettes, des crochets de fer qui

servaient à porter des panoplies d'armes et d'ustensiles de

guerre et de chasse.]

[Note 121: N'avons-nous pas vu encore, à la fin du dernier

siècle, la noblesse française agir en face des grandes

émotions populaires comme elle avait agi, deux siècles et

demi plus tôt, en face de l'artillerie?]

[Note 122: Ce plan est réduit sur celui donné par M. le comte

de Clarac dans son _Musée de sculpture ant. et mod._,

1826-1827.]

[Note 123: Voy. les _Titres concern. Raimond du Temple,

archit. du roi Charles V_. Bib. de l'École des chartes, 2e

série, t. III, p. 55. Raimond du Temple cumulait, auprès du

roi Charles V, les fonctions de sergent d'armes et de maître

des oeuvres, et les titres dont il est ici question font

connaître les sentiments d'estime que le roi de France

professait pour son garde-du-corps, architecte.]

[Note 124: La bibliothèque de Charles V était nombreuse et

riche; c'est dans cette petite salle ronde que se forma l'un

des noyaux de la Bibliothèque impériale.]

[Note 125: Lorsque Charles V veut faire les honneurs de son

Louvre à l'empereur Charles IV, il y fait conduire ce prince

en bateau: «Au Louvre arrivèrent; le Roy monstra à l'Empereur

les beauls murs et maçonnages qu'il avoit fait au Louvre

édifier; l'Empereur, son filz et ses barons moult bien y

logia, et partout estoit le lieu moult richement paré; en la

sale dina le Roy, les barons avec lui, et l'Empereur en sa

chambre.» _Des faits du sage Roy Charles V_, Cristine de

Pizan, ch. XLII.]

[Note 126: Ce qui prouve encore que la place de Vincennes

n'avait pas été considérée par son fondateur comme un

château, c'est ce passage de Cristine de Pisan, extrait de

son _Livre des faits et bonnes meurs du sage Roy Charles V_.

«Item, dehors Paris, le chastel du bois de Vincenes, qui

moult est notable et bel, avoit entencion (le roi) de faire

ville fermée; et là aroit establie en beauls manoirs la

demeure de pluseurs seigneurs, chevaliers et autres ses

mieulz amez, et à chascun y asseneroit rente à vie selon leur

personne: celle-ci lieu voult le Roy qu'il fust franc de

toutes servitudes, n'aucune charge par le temps avenir, ne

redevance demander.» Chap, XI.]

[Note 127: M. Jules Quicherat a trouvé, dans la province de

Burgos (vieille Castille), un village qui porte le nom de ce

château devenu célèbre, au XIIIe siècle, par le séjour qu'y

fit l'archevêque Bertrand de Goth, après l'avoir fait

reconstruire. Selon M. Quicherat, au commencement du XIIIe

siècle, un cadet de Biscaye, don Alonzo Lopès, apanagé de

Villandraut (villa Andrando), eut deux fils, dont le plus

jeune, don André, vint en France à la suite de Blanche de

Castille, et s'arrêta en Guienne près Bazas, dans le lieu qui

a conservé le nom de Villandraut. Un demi-siècle plus tard,

l'alliance de la fille ou petite-fille d'André avec un membre

de la famille de Goth fit passer cette seigneurie dans cette

maison et bientôt dans la possession de celui qui, d'abord

archevêque de Bordeaux, ne tarda pas à être élevé dans la

chaire de saint Pierre, sous le nom de Clément V. 1306-1316.

_Comm. des mon. hist. de la Gironde_.]

[Note 128: Fourmariaige, forimarige, taxe qu'un serf était

tenu de payer à son seigneur pour pouvoir épouser une femme

de condition libre ou une serve d'un autre seigneur.]

[Note 129: _Hist. de Coucy-le-Château_, par Melleville; Laon,

1848.]

[Note 130: _Le Quadrilogue invectif_, édit. de 1617, p. 447.]

[Note 131: _Le Livre des quatre Dames_, édit. de 1617, p.

665.]

[Note 132: _Compiègne et ses environs_, par L. Ewig.]

[Note 133: Ce plan est à l'échelle de 0,001 mill. pour

mètre.]

[Note 134: Les perrons jouent un rôle important, à partir du

XIIIe siècle, dans les châteaux (voy. PERRON).]

[Note 135: Ces sortes de tours servant de prisons sont

désignées, pendant les XIIe et XIIIe siècles, sous le nom de

_cartre_.

« Or fu Ogier en la grant cartre obscure

Où il estoit et en fers et en buis.

. . . . . . »

(_Ogier l'Ardenois_ vers 10281).

Et plus haut:

«Et morrai chi en celle cartre obscure.

. . . . . . . »

En une crote (grotte) estoit li dux Ogier

Qui si iert basse ne se pooit drechier

Et si estroite ne se pooit couchier.»

(Vers 10254).]

[Note 136: Voy. PRIVÉ.]

[Note 137: Voyez le curieux discours de ce chef de bande,

dans la _Satyre Ménippée_.]

[Note 138: Il existait, dans la galerie des Cerfs de

Fontainebleau, une vue peinte de Pierrefonds, qui se trouvait

ainsi au nombre des premières places du royaume.]

[Note 139: Échelle de 0,001 mill. pour mètre.]

[Note 140: Nous avons donné, à l'article CHARPENTE, la coupe

de l'étage supérieur. Autrefois il n'y avait qu'une seule

salle occupant toute la longueur du bâtiment F, et la

cheminée qui la chauffait était pratiquée dans le pignon de

gauche à l'ouest. (Voir la vue cavalière, fig. 27.)]

[Note 141: Cette dernière partie du château est dérasée

aujourd'hui à quelques mètres au-dessus du sol de la cour.]

[Note 142: Aujourd'hui, quoique le château soit en partie

habité par M. de Sully, les tours sont démantelées et le

donjon à peu près abandonné; mais il existe, dans le château

même, un modèle en relief des bâtiments exécuté dans le

dernier siècle, et qui est fort exact; ce modèle nous a servi

à compléter les parties détruites pendant la révolution, Le

grand Sully habita ce château après la mort de Henri IV et

fit percer, à tous les étages, des fenêtres qui n'existaient

pas avant cette époque, les jours étant pris du côté de la

cour intérieure.]

[Note 143: Ce plan est à l'échelle de 0,007 mill. pour

mètre.]

[Note 144: Nous n'avons rétabli dans cette vue que les

charpentes qui n'existent plus; quant aux maçonneries, elles

sont presque intactes.]

[Note 145: Voy. ARCHITECTURE MILITAIRE.]

[Note 146: Nous devons les curieux renseignements que nous

possédons sur ce château à l'obligeance bien connue du savant

archiviste de Strasbourg, M. Schéegans, et à notre confrère

M. Boeswilwald.]

[Note 147: «Une lettre fort importante,» dit M. Schéegans

dans une notice inédite sur le Hoh-Koenigsbourg, «que

l'empereur écrivit aux magistrats de Strasbourg, et conservée

dans les archives de cette ville, donne acte de cette

cession. Par cette lettre, datée du 14 mars 1479, l'empereur

Frédéric informe les magistrats: qu'en reconnaissance des

services à lui rendus par les comtes de Thierstein, et pour

d'autres motifs justes, il leur a concédé en fief le château

ruiné de Hoh-Koenigsbourg, avec ses dépendances, et qu'il

_leur a permis de le reconstruire_. En conséquence,

l'empereur, en vertu du pouvoir impérial, prie les magistrats

de Strasbourg et leur ordonne de venir en aide aux comtes de

Thierstein, de leur prêter secours et assistance contre tous

ceux qui chercheraient à les contrarier dans la prise de

possession, reconstruction et jouissance dudit château, de ne

pas souffrir qu'ils y soient troublés, et de leur fournir

secours fidèle, au nom du Saint-Empire, contre tous ceux qui

oseraient porter atteinte à leurs droits.»]

[Note 148: À l'échelle de 0,007 mil. pour dix mètres.]

[Note 149: Cette vue ainsi que le plan sont tirés de l'oeuvre

de Ducerceau sur les _Bâtiments en France_, le château étant

détruit depuis la Révolution.]

[Note 150: _Les plus excellens bastimens de France_, liv.

II.]

[Note 151: Toutes les constructions ne dataient pas de la

même époque; les plus anciennes remontaient à la fin du XVe

siècle. Mais, pendant le XVIe siècle, les bâtiments, surtout

à l'intérieur, furent en grande partie décorés avec un grand

luxe d'architecture. Plus tard encore, pendant le XVIIe

siècle, les communs furent modifiés.]

[Note 152: Voy., dans _Les plus excellens bastimens de

France_, de Ducerceau, les vues et détails des constructions

de Chantilly.]

[Note 153: Voy. Ducerceau et l'oeuvre (petite) d'Israël

Sylvestre. Voy. aussi, dans le _Guide hist. du voyage à Blois

et aux environs_, par M. De la Saussaye, 1815, une excellente

notice sur ce beau château de la renaissance.]

[Note 154: À l'échelle d'un demi-millimètre pour mètre.]

[Note 155: Notre vieux poëte, Charles de Sainte-Marthe, né en

1542, mort en 1555, écrivait, dans ses _Conseils aux poëtes_,

pendant que l'on bâtissait Chambord, ces vers pleins de sens,

et qui font connaître quelle était alors la manie des

beaux-esprits en France de ne rien trouver de bon que ce qui

venait d'Italie:

«Ne veulx-tu donq, ô François, y entendre?

Ne veulx-tu donq virilement contendre

Contre quelcuns barbares estrangiers

Qui les François disent estre légiers?

D'où prennent-ils d'ainsi parler audace?

C'est seulement à la mauvaise grace

Que nous avons des nostres dépriser

Et sans propos les aultres tant priser.

Qu'a l'Italie ou toute l'Allemaigne,

La Grèce, Escosse, Angleterre ou Espaigne

Plus que la France? Est-ce point de tous biens?

Est-ce qu'ils ont aux arts plus de moyens?

Ou leurs esprits plus aiguz que les nostres?

Ou bien qu'ils sont plus savants que nous aultres?

Tant s'en fauldra que leur veuillons céder

Que nous dirons plus tost les excéder.

Un seul cas ont (et cela nous fait honte),

C'est que des leurs ils tiennent un grand compte,

Et par amour sont ensemble conjoincts,

Mais nous, François, au contraire, disjoincts.

Car nous avons à écrire invectives.

...

C'est quelque maître des oeuvres français, quelque Claude ou

Blaise de Tours ou de Blois, qui aura bâti Chambord; et si le

Primatice y a mis quelque chose, il n'y paraît guère. Mais

avoir à la cour un artiste étranger, en faire une façon de

surintendant des bâtiments, le combler de pensions, cela

avait meilleur air que d'employer Claude ou Blaise, natif de

Tours ou de Blois, bonhomme qui était sur son chantier

pendant que le peintre et architecte italien expliquait les

plans du bonhomme aux seigneurs de la cour émerveillés. Nos

lecteurs voudront bien nous pardonner cette sortie à propos

du Primatice; mais nous ne voyons en cet homme qu'un artiste

médiocre qui, ne pouvant faire ses affaires en Italie, où se

trouvaient alors cent architectes et peintres supérieurs à

lui, était venu en France pour emprunter une gloire

appartenant à des hommes modestes, de bons praticiens dont le

seul tort était d'être né dans notre pays et de s'appeler

Jean ou Pierre.]

CHATELET, s. m. On donnait ce nom, pendant le moyen âge, à de petits

châteaux établis à la tête d'un pont, au passage d'un gué, à cheval sur

une route en dehors d'une ville ou à l'entrée d'un défilé. On désignait

aussi, par le mot _châtelet_, des ouvrages en bois et en terre que les

assiégeants élevaient de distance en distance entre les lignes de

contrevallation et de circonvallation pour appuyer les postes destinés à

garder ces lignes.

Dès le IXe siècle, la Cité, à Paris, était entourée de murailles

flanquées de tours irrégulières, le tout en bois. Deux ponts donnaient

accès dans la Cité, l'un au nord, à la place du Pont-au-Change actuel,

l'autre au midi, à la place du Petit-Pont. Les têtes de ces deux ponts

étaient déjà, et probablement avant cette époque, défendues par des

châtelets, l'un, celui du nord, s'appelait le grand Châtelet, l'autre,

celui du sud, le petit Châtelet. Le grand Châtelet formait une

forteresse à peu près carrée, avec cour au milieu et portes détournées.

Deux tours flanquaient les deux angles vers le faubourg. Le petit

Châtelet n'était, en réalité, qu'une porte avec logis au-dessus et deux

tours flanquantes. Ces ouvrages, détruits à plusieurs reprises lors des

incursions normandes, furent reconstruits sous Philippe-Auguste, puis

sous saint Louis, et réparés sous Charles V. Ils ont tous deux été

démolis depuis la révolution.

Les châtelets prenaient quelquefois l'importance d'un véritable château

avec ses lices extérieures, ses logis, ses enceintes flanquées et son

donjon. Tel était le châtelet qui faisait tête de pont au

Pont-de-l'Arche sur la Seine et dont nous donnons ici un croquis (1)

d'après une gravure de Mérian. Mais ce qui distingue le châtelet du

château, c'est moins son étendue que sa fonction. Le châtelet défend un

passage. Guillaume de Nangis rapporte qu'en 1179 les templiers

construisirent, au gué de Jacob, un châtelet dont les Turcs s'emparèrent

et qu'ils détruisirent[156].

La dénomination de châtelet n'est point arbitraire; ainsi le maréchal de

Boucicault fait élever plusieurs forts dans la ville de Gênes, au

commencement du XVe siècle: l'un, celui du port, est appelé la Darse;

«l'autre chastel, feit édifier en la plus forte place de la ville, et

est appellé Chastellet, qui tant est fort que à peu de deffence se

tiendroit contre tout le monde. Si est faict par telle manière que ceulx

d'iceluy chastel peuvent aller et venir, maugré tous leurs ennemis, en

l'autre chastel qui sied sur le port que on dict la Darse[157].»

Ce qui paraît distinguer particulièrement le châtelet du château, c'est

que le premier est une construction uniquement destinée à la défense ou

à la garde d'un poste, d'un défilé, d'un pont ou même d'une ville, ne

possédant pas, comme le château, des bâtiments d'habitation et de

plaisance; le châtelet n'est pas une résidence seigneuriale, c'est un

fort habité par un capitaine et des hommes d'armes. C'est donc sa

destination secondaire, et non son importance comme étendue et force,

qui en fait un diminutif du château.

Quelquefois le châtelet n'était qu'une seule grosse tour carrée à cheval

sur un passage, ou même un ouvrage palissadé avec quelques flanquements

(voy. BASTILLE, PORTE).

[Illustration: Fig. 1.]

[Note 156: «In transmarinis partibus milites templi, ope

regis (Jerusalem) et principum coadunati, in loco qui dicitur

Vadum Jacob castrum fortissimum munierunt; quod cum

aliquandiu tenuissent, Turci Templarios seditione capiunt,

castrum expugnant, et ad terram dejiciunt.» _Chron. de Guill.

de Nang._]

[Note 157: _Le livre des faicts du mareschal de Boucicaut_,

chap. IX, _Coll. des mem. pour servir à l'hist. de France_.]

CHEMIN DE RONDE, s. m. _Allée des murs_. C'était la saillie du rempart

derrière les merlons, nécessaire à la défense et à la circulation. Les

merlons étant posés sur le parement extérieur des murailles, et ayant

une épaisseur qui variait de 0,38 c. à 0,58 c. (14 à 21 pouces), il

restait en dedans du rempart un couronnement de maçonnerie que l'on

recouvrait de dalles et qui formait le chemin de ronde. Naturellement,

les chemins de ronde étaient plus ou moins larges en raison de

l'épaisseur du rempart. Lorsque le mur n'avait qu'une épaisseur

médiocre, le dallage du chemin de ronde débordait à l'intérieur, afin de

suppléer à la maçonnerie et de permettre à deux hommes, au moins, de

passer de front.

Pendant la période carlovingienne, les chemins de ronde des remparts

étaient mis en communication directe avec le terre-plain intérieur au

moyen d'emmarchements assez rapprochés. Plus tard, à partir du XIIe

siècle, on ne pouvait généralement circuler sur les chemins de ronde

qu'en passant par les tours et les escaliers qui desservaient leurs

étages. Les habitants d'une ville n'en avaient pas ainsi la libre

jouissance, et ils étaient uniquement réservés à la garnison. Dès une

époque fort ancienne, en temps de guerre, les chemins de ronde étaient

élargis au moyen de galeries de bois couvertes, posées en encorbellement

en dehors des merlons, galeries désignées sous les noms de _hourds_ dans

le Nord, de _corseras_ en Languedoc. Au XIVe siècle, les chemins de

ronde furent munis de machicoulis en pierre, couverts ou découverts.

Plus tard encore, après l'emploi de l'artillerie à feu dans la défense

des places, des chemins de ronde en bois furent quelquefois posés

par-dessus les parapets percés d'embrasures, destinées à recevoir des

bouches à feu (voy. ARCHITECTURE MILITAIRE, CHÂTEAU, COURTINE,

EMBRASURE, ENCEINTE, HOURD, MACHICOULIS).

CHEMINÉE, s. f. _Queminée_. Foyer disposé dans une salle avec tuyau de

conduite pour la fumée. Il ne paraît pas qu'il y ait eu des cheminées

dans les intérieurs des palais ou des maisons de l'époque romaine.

Pendant les premiers siècles du moyen âge, on chauffait les intérieurs

des appartements soit au moyen de réchauds remplis de braise que l'on

roulait d'une pièce dans l'autre, comme cela se pratique encore en

Italie et en Espagne, soit par des _hypocauste_, c'est-à-dire au moyen

de foyers inférieurs, qui répandaient la chaleur, par des conduits, sous

le pavage des appartements et dans l'épaisseur des murs, ainsi que le

font nos calorifères modernes. Dans les abbayes primitives, ce mode de

chauffage était usité, ainsi que le démontre le plan de l'abbaye de

Saint-Gall, qui date de l'année 820 environ (voy. ARCHITECTURE

MONASTIQUE, (p. 243)). Les cuisines primitives des abbayes et châteaux

n'avaient pas, à proprement parler, de cheminées, mais n'étaient

elles-mêmes qu'une immense cheminée munie d'un ou plusieurs tuyaux pour

la sortie de la fumée (voy. CUISINE). Nous ne voyons guère apparaître

les cheminées ou foyers, disposés dans les intérieurs, qu'au XIIe

siècle, et à dater de cette époque les exemples abondent. La cheminée

primitive se compose d'une niche prise aux dépens de l'épaisseur du mur,

arrêtée de chaque côté par deux pieds-droits, et surmontée d'un manteau

et d'une hotte, sous laquelle s'engouffre la fumée. Les plus anciennes

cheminées sont souvent tracées sur plan circulaire, le foyer formant un

segment de cercle et le manteau l'autre segment. Telle est la belle

cheminée, sculptée que l'on voit encore aujourd'hui dans le bâtiment de

la maîtrise dépendant de la cathédrale du Puy-en-Vélay, et qui date du

XIIe siècle. Nous en donnons le plan (1) et l'élévation perspective (2).

La hotte de cette cheminée affecte la forme conique et aboutit à un

tuyau cylindrique dont le demi-diamètre est en saillie sur le nu du mur

intérieur. Ce tuyau dépasse de beaucoup le pignon du bâtiment; mais nous

arriverons tout à l'heure à cette partie essentielle de la cheminée. On

voit encore, dans la cuisine de l'ancien collége de Vézelay, une belle

cheminée sculptée, mais sur plan barlong, qui remonte également au XIIe

siècle[158].

Les cheminées du XIIe siècle ne prennent pas des dimensions aussi

étendues en largeur que celles élevées un siècle plus tard. Aussi le

manteau est-il, à cette époque, formé d'une plate-bande d'un seul

morceau ou de deux morceaux, comme celui de la cheminée du Puy.

Cependant nous voyons déjà, à la fin du XIIe siècle, l'arc adopté pour

le manteau. Il existe dans le château de Vauce, près Ébreuil (Allier),

une belle cheminée ainsi construite, sur plan barlong (3)[159]; son

manteau se compose de deux sommiers engagés dans le mur, portant sur les

deux pieds-droits, et d'une clef; il n'a que 0,20 c. d'épaisseur

environ. Le contre-coeur[160] est maçonné en tuileaux, afin de mieux

résister à l'action du feu. Plus tard, une plaque en fonte de fer posée

debout devant le contre-coeur vient encore protéger la maçonnerie contre

l'ardeur du foyer, et des carreaux de brique tapissent l'âtre.

Rarement, au XIIe siècle, posait-on les cheminées adossées à des murs de

refend; on les logeait de préférence sur les murs de face entre deux

croisées. Si les murs de la maison n'étaient pas très-épais, le

contre-coeur formait saillie à l'extérieur porté en encorbellement,

ainsi qu'on en voit quelques exemples dans des maisons de la ville de

Cluny, ou portait sur la saillie formée par la porte d'entrée du

rez-de-chaussée. Cette dernière disposition existe encore dans une

maison normande, du XIIe siècle, de la ville de Lincoln en Angleterre,

dite _maison du Juif_. Elle présente trop d'intérêt pour que nous ne la

donnions pas ici (4). La cheminée chauffe la salle principale au premier

étage, et le contre-coeur A ainsi que le tuyau qui le surmonte portent

entièrement sur un arc posé sur deux corbeaux formant un abri au-dessus

de la porte d'entrée B sur la rue. Tout en se chauffant, on voulait voir

ce qui se passait dans la rue, et, non contents de placer les cheminées

entre les fenêtres de la façade des maisons, les bourgeois perçaient

quelquefois une petite fenêtre dans le fond même de la cheminée, d'un

côté, de manière à pouvoir se tenir sous le manteau en ayant vue sur

l'extérieur. Les manteaux des cheminées, lorsque celles-ci prennent plus

de largeur, sont souvent en bois dans les habitations privées, car il

était difficile de se procurer des plates-bandes assez longues et assez

résistantes pour former ces manteaux d'un seul morceau, et leur appareil

présentait des difficultés. Il existe, dans l'une des maisons de la

ville de Cluny, rue d'Avril, nº 13, une grande cheminée logée sur le mur

de face, avec contre-coeur en encorbellement, dont le manteau est

composé d'une pièce courbe de charpente. De chaque côté de la cheminée

s'ouvrent deux fenêtres basses avec tablettes de pierre au-dessus, pour

recevoir des flambeaux le soir. Le contre-coeur est en brique à

l'intérieur, en pierre à l'extérieur; la hotte est en moellons. Le

manteau de bois est porté sur deux fortes consoles de pierre sans

pieds-droits.

Nous donnons (5) le plan de cette cheminée et (6) son élévation

perspective. À l'intérieur, la hotte est ovale et aboutit en s'élevant à

un tuyau circulaire. Souvent des poignées en fer sont attachées sous le

manteau, afin de permettre à une personne debout de se chauffer les

pieds l'un après l'autre, sans fatigue. Parfois aussi des bancs sont

disposés sur l'âtre, des deux côtés des pieds-droits, afin qu'on puisse

se chauffer en se tenant sous le manteau, lorsque le feu est réduit à

quelques tisons. Dans ces grandes cheminées, on jetait des troncs

d'arbres de deux ou trois mètres de long, et on obtenait ainsi des

foyers de chaleur d'une telle intensité qu'ils permettaient de chauffer

de vastes salles. Bien que nos pères fussent moins frileux que nous,

qu'ils fussent habitués à vivre au grand air en toute saison, cependant

la réunion de la famille au foyer de la _salle_ était évidemment pour

eux un des plaisirs les plus vifs durant les longues soirées d'hiver. Le

châtelain, obligé de se renfermer dans son manoir aussitôt le soleil

couché, réunissait autour de son foyer non-seulement les membres de sa

famille, mais ses serviteurs, ses _hommes_ qui revenaient des champs,

les voyageurs auxquels on donnait l'hospitalité; c'était devant la

flamme claire qui pétillait dans l'âtre que chacun rendait compte de

l'emploi de son temps pendant le jour, que l'on servait le souper

partagé entre tous, que l'on racontait ces interminables légendes

recueillies aujourd'hui avec tant de soin et dont les récits diffus ne

s'accordent plus guère avec notre impatience moderne. Une longue

chandelle de suif, de résine ou de cire, posée sur la tablette qui

joignait le manteau de la cheminée, ou fichée dans une pointe de fer, et

la brillante flamme du foyer éclairaient les personnages ainsi réunis,

permettaient aux femmes de filer ou de travailler à quelque ouvrage

d'aiguille. Lorsque sonnait le couvre-feu, chacun allait trouver son

lit, et la braise, amoncelée par un serviteur, au moyen de longues

pelles de fer, entretenait la chaleur dans la salle pendant une partie

de la nuit, car le maître, sa femme, ses enfants, avaient leurs lits

encourtinés dans la salle; souvent les étrangers et quelques familiers

couchaient aussi dans cette salle, sur des bancs garnis de coussins, sur

des châlits ou des litières.

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 3 - (C suite) · 第 17 / 40 段