Outre les dépenses qu'occasionnaient aux seigneurs féodaux la

construction des châteaux et l'entretien d'une garnison suffisante en

prévision d'une attaque, il leur fallait faire exécuter des travaux

considérables, s'ils voulaient être en état de résister à un siége en

règle, approvisionner quantité de munitions de bouche et de guerre. Les

hourdages en bois dont, pendant les XIIe et XIIIe siècles, on garnissait

les sommets des tours et courtines, exigeaient l'apport, la façon et la

pose d'une quantité considérable de charpentes, par conséquent un nombre

énorme d'ouvriers. Ces ouvrages transitoires se détérioraient

promptement pendant la paix; ce n'était pas une petite affaire de

posséder et de garder un château à cette époque.

Dans un autre poëme, contemporain de ce dernier (commencement du XIIIe

siècle), nous trouvons encore des détails intéressants, non-seulement

sur les défenses des châteaux, mais sur les logements, les dépendances,

les armes et les passe-temps des seigneurs. Nous demanderons à nos

lecteurs la permission de leur citer encore ce passage:

«...

Li chastiax sist an une roche[109];

Li aigue jusc'à mur s'aproche,

La roche fut dure et naïve,

Haute et large jusc'à la rive;

Et sist sor une grant montaigne

Qui samble qu'as nues se teigne.

El chastel n'avoit c'une entrée[110];

«Trop riche porte i ot fermée[111]

Qui sist sor la roche entaillie.

De cele part fut la chaucie,

Li fossez et li rolléis (les palissades, littéralement les bâtons).

Et si fut li ponz levéiz[112]

Si estoit assiz li chastiax

Que parrière ne mangoniax

Ne li grevast de nulle part:

Por nul anging, ne por nul art

Nel' poïst-on adamaigier,

Tant k'il éussent à maingier

Cil ki del chastel fussent garde,

N'éussent de tot le monde garde.

Moult fut estroite li antreie,

Qu'ansi fut faite et compasseie,

Par devant la haute montaigne;

I covient c'uns solx hom i veigne.

J'ai dui ni vauroient ansamble[113].

D'autre part devers l'aigue sambre,

Por ceu k'il siet en si haut mont,

Qu'il doie chéoir en .i. mont.

De tant com om trait d'un quarrel

N'aprochoit nuns hons lo chastel.

Il i ot portes colléisces (herses),

Bailles (enceintes extérieures), fossez et murz et lices[114],

Trestot fut an roche antaillet.

Moult i ot ferut et tailliet

Ainçoiz ke li chastels fust fais;

«Onkes tels ne fut contrefaiz

Trop par fut fors et bien assiz[115].

. . . . . . . . .

Sor la roche ki fut pandans,

Grant fut et large par dedans,

Trop i ot riche herberjaige[116];

En la tor (le donjon) ot moult riche estaige,

Bien fut herbergiez tot entor[117]

Li pallais sist prest de la tor[118]

Qui moult fut haus et bons et leis (larges)

Li estauble (écuries) furent deleis,

Greniers et chambres et cuisines;

Moult i ot riches officines.

Moult fut la salle grans et large[119]:

Maint fort escut et mainte targe

Et mainte lance et maint espiet (épieu)

Et bon cheval et bon apiet

Dont li fer sont bon et tranchant,

Et maint cor bandeit d'argent

Avoit pandut por lo pallais[120].

. . . . . . .

Vers l'estanc furent les fenestres,

Lai fut li sires apoieis;

Ne sai c'il estoit annuiés,

Mais, en pansant, l'aigue esgardoit (regardait l'eau),

An esgardant, les cignes voit

Qui estoient et bel et gent.

Dont comandoit tote sa gent

Que moult doucement les véissent;

. . . . . . .

Les fenêtres des appartements donnent sur l'étang dont les eaux

enveloppent le château; le seigneur, qui s'ennuie (le poëte penche à le

croire et nous aussi), regarde l'eau, puis les cygnes; il leur jette du

pain et du blé, et appelle ses gens afin de jouir de ce spectacle en

compagnie... Tout est bon à ceux qui s'ennuient, et cette vie monotone

du château, lorsqu'elle n'était pas remplie par la guerre ou la chasse,

s'attachait aux moindres accidents pour y trouver un motif de

distraction. Le pèlerin qui frappait à la porte et réclamait un gîte

pour la nuit, le moine qui venait demander pour son couvent, le trouvère

qui débitait ses vers, apportaient seuls des bruits et nouvelles du

dehors entre ces murailles silencieuses. Cela explique le succès de ces

lais, gestes, chansons et légendes qui abondaient à cette époque et

occupaient les longs loisirs d'un châtelain, de sa famille et de ses

gens.

Si le seigneur était riche, il cherchait à embellir sa demeure féodale,

faisait bâtir une chapelle, et la décorait de peintures et de vitraux;

il garnissait ses appartements de tapisseries, de meubles précieux, de

belles armes; de là ce goût effréné pour le luxe qui, dès le XIIIe

siècle, trouve sa place chez des hommes encore rudes, cette excitation

de l'imagination, cet amour pour le merveilleux, pour la poésie, la

musique, le jeu, les aventures périlleuses. Pendant que le peuple des

villes participait chaque jour davantage à la vie politique du pays,

devenait industrieux, riche par conséquent, était tout occupé de

l'existence positive et prenait ainsi une place plus large, le seigneur,

isolé dans son château, repaissait son imagination de chimères,

comprimait difficilement ses instincts turbulents, nourrissait des

projets ambitieux de plus en plus difficiles à réaliser entre la royauté

qui s'affermissait et s'étendait, et la nation qui commençait à se

sentir et se connaître.

Dès l'époque de saint Louis, la féodalité française n'était plus qu'un

corps hétérogène dans l'État, elle ne pouvait plus que décroître. Au

point de vue militaire, les guerres du XIVe siècle lui rendirent une

certaine importance, la forcèrent de rentrer dans la vie publique (sous

de tristes auspices, il est vrai), et prolongèrent ainsi son existence;

la noblesse releva ses châteaux, adopta des moyens de défense nouveaux,

appropriés aux temps, fit faire ainsi un pas à l'art de la

fortification, jusqu'au moment où, l'artillerie à feu devenant un moyen

d'attaque puissant, elle dut se résigner à ne plus jouer qu'un rôle

secondaire en face de la royauté, et à ne considérer ses châteaux que

comme de vieilles armes que l'on conserve en souvenir des services

qu'elles ont rendus, sans espérer pouvoir s'en servir pour se défendre.

De Charles VI à Louis XI, les barons semblent ne vouloir pas faire à

l'artillerie l'honneur de la reconnaître; ils persistent, dans la

construction de leurs châteaux, à n'en point tenir compte, jusqu'au

moment où ses effets terribles viennent détruire cette vaine

protestation au moyen de quelques volées de coups de canon[121].

Mais nous n'en sommes pas encore arrivés à cette époque de transition où

le château n'est plus qu'un vain simulacre de défense militaire, et

cache encore, par un reste des traditions antérieures, la maison de

plaisance sous une apparence guerrière.

Revenons au Louvre, non plus au Louvre de Philippe-Auguste, mais au

Louvre tel que l'avait laissé Charles V, c'est-à-dire à la forteresse

qui se transforme en palais réunissant les recherches d'une habitation

royale à la défense extérieure.

Voici (20) le plan du rez-de-chaussée du château du Louvre réparé et

reconstruit en grande partie sous Charles V[122]. Philippe-Auguste avait

bâti le château du Louvre en dehors de l'enceinte de Paris, pour

défendre les bords de la Seine en aval contre des ennemis arrivant de la

basse Seine, et aussi pour maintenir la ville sous son autorité, tout en

conservant sa liberté d'action. C'était comme un fort détaché protégeant

la ville et se défendant au besoin contre ses habitants. Notre plan, ou

plutôt celui de M. le comte de Clarac, dressé sur les données les plus

exactes que l'on puisse se procurer aujourd'hui, fait voir en SHLI des

parties de l'enceinte de Paris élevée par Philippe-Auguste. La

configuration générale de ce plan, qui se rapporte à la description de

Guillaume de Lorris, fait voir que Charles V conserva les tours, les

portes et le donjon du XIIIe siècle. La description de Guillaume de

Lorris n'existerait-elle pas, que la forme, le diamètre, l'espacement

des tours, la disposition des portes se rapprochent bien plus du système

défensif adopté au commencement du XIIIe siècle que de celui du XIVe. Le

tableau conservé autrefois dans l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, et

qui date du commencement du XVe siècle, représentant le Louvre et

l'abbaye, les gravures d'Israël Sylvestre, n'indiquent pas, pour les

tours, les dispositions de défense usitées du temps de Charles V, mais

bien plutôt celles employées du temps de saint Louis. Toutefois, Charles

V suréleva les courtines et y adossa des bâtiments d'habitation (c'est

l'opinion de Sauval); il fit bâtir le grand escalier et la galerie

mettant le donjon en communication avec la porte du nord. Peut-être

qu'il franchit le périmètre du château de Philippe-Auguste, du côté J

vers l'ouest, en élevant sur ce point des corps de logis très-épais. Il

semblerait que les constructions primitives s'arrêtaient de ce côté à la

tour Z, et que le mur intérieur de l'aile occidentale était l'ancienne

courtine. Alors le donjon, plus rapproché de cette courtine, devait

mieux commander la campagne vers le point où une attaque sérieuse était

le plus à craindre. Les constructions entreprises par Charles V furent

confiées à Raimond du Temple, son «bien aimé sergent d'armes et

maçon[123].»

La porte de la ville (voy. la fig. 20) donnait issue entre deux murs

flanqués de tournelles, le long de la rivière, et aboutissait à une

première porte extérieure K donnant sur la berge, au point où se trouve

aujourd'hui le balcon de la galerie d'Apollon. À côté de cette porte

était la tour du Bois, qui correspondait à la tour de Nesle sur

l'emplacement de l'Institut. On entrait, de la ville, dans les lices du

Louvre par la porte H; c'était la porte principale. Mais, pour pénétrer

dans le château, il fallait traverser un châtelet N construit en avant

du fossé. La tour I faisait le coin sur la Seine, vers Paris. En A était

le donjon de Philippe-Auguste, entouré de son fossé particulier B; son

entrée en C était protégée par un corps-de-garde G. En F était une

fontaine. Un large fossé à fond de cuve, avec contrescarpe revêtue,

chemin de ronde et échauguettes, régnait en U tout autour du château.

Les basses-cours du côté de la ville se trouvaient en R entre la

muraille de Philippe-Auguste et le fossé. Du côté du nord en W et sur le

terre-plain O étaient plantés des jardins avec treilles. Les tours

d'angle X et la porte principale avec ses deux tours Y devaient

appartenir à la construction du commencement du XIIIe siècle. La

chapelle était en _a_; en _m_ un grand vestibule servant de salle des

gardes. Les appartements de la reine tenaient l'aile _h_, _c_, _e_, _f_,

_k_, _j_; le jeu de paume, la salle _g_. Le bâtiment V contenait la

ménagerie, et ceux P T Q le service de l'artillerie depuis Charles V. Ce

qui faisait l'orgueil de Raimond du Temple était l'escalier à vis E, qui

passait pour un chef-d'oeuvre, construction à jour ornée de niches et

statues représentant les rois de France; puis la galerie D mettant le

donjon en communication avec le premier étage de l'aile du nord.

Au premier étage (21), la chambre des comptes occupait en D le dessus de

la porte principale; la salle des joyaux (le trésor de Charles V était

fort riche en objets d'or et d'argent) était placée en A au-dessus de la

salle des gardes, et la bibliothèque dans la tournelle B[124]. Le

cabinet du roi était en C; la chambre des requêtes en E; la chambre à

coucher du roi en F, son oratoire en G; un cabinet et une salle de bain

en H H. Le jeu de paume prenait la hauteur du rez-de-chaussée et du

premier étage en I. Une chapelle haute en M se trouvait au-dessus de la

chapelle basse, cette dernière étant réservée aux gens du château. En N,

le roi possédait une seconde chambre à coucher, précédée d'une

antichambre P, d'un oratoire O, d'une salle de bain et cabinet R R. La

salle de parade (du Trône) était en Q, et la grand'salle dite de

Saint-Louis en S. Il existait un appartement d'honneur avec salle de

parade en V, X, T. Le premier étage du donjon L était divisé en quatre

pièces contenant une chambre, un oratoire et des cabinets. Les galeries

Y ou portiques servaient de communication pour le service, et, comme

nous l'avons dit plus haut, la galerie K donnait entrée dans le donjon,

au premier étage.

Au moyen du tableau de Saint-Germain-des-Prés, des gravures d'Israël

Sylvestre et d'un dessin du commencement du XVIIe siècle qui est en

notre possession, nous avons essayé de restituer une vue cavalière du

château du Louvre de Charles V; nous la donnons ici (22). L'aspect que

nous avons choisi est celui du sud-est, car c'est sur ce côté du Louvre

que l'on peut réunir le plus de documents antérieurs aux reconstructions

des XVIe et XVIIe siècles. Notre vue montre la quantité de défenses qui

protégeaient les abords du château, et le soin apporté par Charles V

dans les reconstructions; elle fait comprendre comment les tours de

Philippe-Auguste avaient dû être engagées par la surélévation des

courtines servant de façades extérieures aux bâtiments neufs. Vers le

nord, on aperçoit l'escalier de Raimond du Temple et les riches

bâtiments auxquels il donnait accès. Du côté de l'est, sur le devant de

notre dessin, passe l'enceinte de la ville bâtie par Philippe-Auguste,

terminée sur la Seine par une haute tour qui subsista jusqu'au

commencement du XVIIe siècle; derrière cette tour sont les deux portes,

l'une donnant entrée dans la ville le long de la première enceinte du

Louvre, l'autre entrant dans cette enceinte. Ce front de l'enceinte de

Paris, bâti par Philippe-Auguste, se défendait nécessairement du dehors

au dedans depuis la Seine jusqu'à la barrière des Sergents; c'est-à-dire

que le fossé de ses courtines et tours était creusé du côté de la ville

et non du côté du Louvre. Cette portion d'enceinte dépendait ainsi du

château et le protégeait contre les entreprises des habitants.

Du temps de Charles V, le château du Louvre et ses dépendances

contenaient tout ce qui est nécessaire à la vie d'un prince. Il y avait,

dit Sauval, «la maison du four, la panneterie, la sausserie, l'épicerie,

la pâtisserie, le garde-manger, la fruiterie, l'échançonnerie, la

bouteillerie, le lieu où l'on fait l'hypocras... On y trouvait la

fourerie, la lingerie, la pelleterie, la lavanderie, la taillerie, le

buchier, le charbonnier; de plus la conciergerie, la maréchaussée, la

fauconnerie, l'artillerie, outre quantité de celliers et de poulaillers

ou galliniers, et autres appartements de cette qualité.» Les bâtiments

de l'artillerie, situés au sud-ouest, avaient une grande importance. Ils

sont indiqués dans notre plan (fig. 20), en P Q T. «Dans le compte des

baillis de France rendu en la Chambre en 1295, dit Sauval, il est

souvent parlé des cuirs, des nerfs de boeuf, et des arbalètes gardées

dans l'artillerie du Louvre... Lorsque les Parisiens s'emparèrent du

Louvre en 1358, ils y trouvèrent engins, canons, arbalètes à tour,

garrots et autre artillerie en grande quantité...» Le maître de

l'artillerie y était logé, y possédait un jardin et des étuves; en 1391,

quoique l'artillerie à feu fût déjà connue, elle n'était guère employée

à la défense des places fortes. Il y avait encore, ajoute Sauval, à

cette époque, «une chambre pour les empenneresses, qui empennoient les

sagettes et viretons; de plus un atelier où l'on ébauchoit tant les

viretons que les flèches, avec une armoire à trois pans (trois côtés),

longue de cinq toises, haute de sept pieds, large de deux et demi, où

étoient enfermés les cottes de mailles, platers, les bacinets, les

haches, les épées, les fers de lance et d'archegayes et quantité

d'autres sortes d'armures nécessaires pour la garnison du Louvre.»

Ainsi, au XIVe siècle, un château devait contenir non-seulement ce qui

était nécessaire à la vie journalière, mais de nombreux ateliers propres

à la confection et à l'entretien des armes; il devait se suffire à

lui-même sans avoir besoin de recourir aux fournisseurs du dehors. Comme

l'abbaye du XIIe siècle, le château féodal formait une société isolée,

une petite ville renfermant ses soldats, ses ouvriers, fabricants, sa

police particulière. Résidence royale, le château du Louvre avait, comme

tous les châteaux féodaux, dans ses basses-cours, des fermiers qui, par

leurs baux, devaient fournir la volaille, les oeufs, le blé; il

possédait en outre une ménagerie bâtie par Philippe de Valois, en 1333,

sur l'emplacement de granges achetées à Geoffroi et Jacques Vauriel; de

beaux jardins; plantés à la mode du temps, c'est-à-dire avec treilles,

plants de rosiers, tonnelles, préaux, quinconces[125].

Le plan carré ou parallélogramme paraît avoir été adopté pour les

châteaux féodaux de plaine depuis le XIIIe siècle; mais il est rare de

rencontrer, ainsi que nous l'avons dit précédemment, le donjon placé au

milieu du rectangle; cette disposition est particulière au château du

Louvre. Au château de Vincennes, bâti pendant le XIVe siècle, le donjon

est placé le long de l'un des grands côtés, et pouvait, dès lors, se

rendre indépendant de l'enceinte en ayant sa poterne s'ouvrant

directement sur les dehors; mais il faut voir dans le château de

Vincennes une place forte, une vaste enceinte fortifiée, plutôt qu'un

château proprement dit[126] (voy. ARCHITECTURE MILITAIRE). Les tours

carrées qui flanquent ses courtines appartiennent bien plus à la défense

des villes et places fortes de cette époque qu'à celle des châteaux.

Un des caractères particuliers aux châteaux de la fin du XIIIe siècle et

du XIVe, c'est l'importance relative des tours, qui sont, sauf de rares

exceptions, cylindriques, d'un fort diamètre, épaisses dans leurs

oeuvres, hautes et très-saillantes en dehors des courtines, de manière à

les bien flanquer. Les engins d'attaque s'étant perfectionnés pendant le

XIIIe siècle, on avait jugé nécessaire d'augmenter le diamètre des

tours, de faire leurs murs plus épais et de rendre leur commandement

très-puissant. Cette observation vient encore appuyer notre opinion sur

la date des défenses du Louvre. Si Charles V les eût rebâties, il n'eût

certainement pas conservé ces tours d'un faible diamètre et passablement

engagées dans les courtines.

Le château de Villandraut près Bazas, bâti vers le milieu du XIIIe

siècle, nous fait voir déjà des tours très-fortes et saillantes sur les

courtines, flanquant à chaque angle un parallélogramme de 47m,50 sur

39m,00 dans oeuvre. Ce château, publié déjà par la commission des

monuments historiques de la Gironde, et dont nous donnons le plan (23),

est parfaitement régulier, comme presque tous les châteaux de plaine;

son unique entrée est flanquée de deux tours très-fortes et épaisses;

des logements étaient disposés à l'intérieur le long des quatre faces,

de manière à laisser une cour de 25m,00 sur 30m,00 environ[127]. Ici,

pas de donjon, ou plutôt le château lui-même compose un véritable donjon

entouré de fossés larges et profonds. Les dépendances, et probablement

des enceintes extérieures, protégeaient cette forteresse, qui était

très-bien défendue pour l'époque, puisque, en 1592, les ligueurs s'étant

emparés de la place, le maréchal de Matignon dut en faire le siége, qui

fut long et opiniâtre, les assiégés ne s'étant rendus qu'après avoir

essuyé douze cent soixante coups de canon. Les tours du château de

Villandraut ont 27m,00 de hauteur, non compris les couronnements qui

sont détruits, sur 11m,00 et 12m,00 de diamètre; elles commandaient de

beaucoup les courtines, dont l'épaisseur est de 2m,70. Ce plan paraît

avoir été fréquemment suivi à partir de la seconde moitié du XIIIe

siècle, pour les châteaux de plaine d'une médiocre étendue; toutefois

l'importance que l'on attachait à la défense des portes (point vers

lequel tendaient tous les efforts de l'assaillant avant l'artillerie à

feu) fit que l'on ne se contenta pas seulement des deux tours

flanquantes, et qu'on éleva en avant un châtelet isolé au milieu du

fossé. C'est ainsi qu'était défendue la porte du château de Marcoucies

élevé, sous Charles VI, par Jean de Montaigu. Ces châtelets remplaçaient

les anciennes barbacanes des XIIe et XIIIe siècles, qui, le plus

souvent, n'étaient que des ouvrages de terre et de bois, et furent

remplacés à leur tour, à la fin du XVe siècle, par des boulevards en

terre, avec ou sans revêtements, faits pour recevoir du canon.

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 3 - (C suite) · 第 10 / 40 段