longues explications. C'est sur la tête des poteaux D qu'est placé le
cours principal de pannes O, soulagé par des liens L et des remplissages
à claire-voie. Des goussets M réunissent l'entrait retroussé A à la
panne; ils contribuent anssi à empêcher le hiement[13] des fermes et des
chevrons. Ce cours principal de pannes est doublé d'un plateau formant
saillie sur lequel viennent s'assembler des jambettes destinées à
arrêter le glissement des chevrons posés au-dessus des lucarnes. Les
autres cours de pannes I sont soulagés par des liens courbes N suivant
le plan du chevronnage et assemblés dans les arbalétriers. On remarquera
que le cours de pannes inférieur I' est en outre maintenu par des
contre-fiches P venant reposer sur l'extrados de la grande courbe moise;
c'est qu'en effet ce cours inférieur de pannes doit porter,
non-seulement le chevronnage, mais aussi les combles des lucarnes R; il
eût certainement fléchi à l'intérieur s'il n'eût été contrebutté par ces
contre-fiches. Il y a, entre fermes, onze chevrons.
Afin de donner une idée de la beauté d'exécution de cette oeuvre unique
de charpenterie, nous dessinons (fig. 34) un détail de sa partie
inférieure. Les extrémités des grands blochets qui reçoivent les pieds
des poteaux D sont décorées de figures d'anges tenant des écussons aux
armes écartelées de France et d'Angleterre, le tout pris dans la masse
du bois. Seules, les ailes des anges sont rapportées. En S, nous donnons
la coupe des deux courbes faite sur J T; en V la coupe sur l'un des
montants de la claire-voie de remplissage, et en X la coupe sur Y Z du
blochet. Autant qu'on peut en juger sans démonter une charpente, les
assemblages, les tenons sont coupés avec une rare précision; c'est grâce
à cette pureté d'exécution, et plus encore à la qualité des bois
employés ainsi qu'à la bonté du système, qne la charpente de la
grand'salle de Westminster s'est conservée intacte jusqu'à nos jours.
À la fin du XIVe siècle et au commencement du XVe, l'Angleterre était
victorieuse, riche et florissante; la France, au contraire, était ruinée
par des invasions désastreuses et les querelles des grands vassaux de la
couronne; aussi n'avons-nous rien, à cette époque, qui puisse être
comparé à la grand'salle de l'abbaye de Westminster comme luxe de
construction. Les charpentes qui nous sont restées de ce temps sont
simples et ne diffèrent guère de celles données ci-dessus fig. 19, 21,
23, 26, 28, car elles ne couvrent généralement que des salles d'une
médiocre largeur. Si la Normandie ou la Picardie ont possédé des
charpentes de combles élevées conformément au système anglo-normand, ce
qui est possible, elles ne sont pas parvenues jusqu'à nos jours. Nous
trouvons cependant, près de Maubeuge, dans la petite église de Hargnies
(Nord), une charpente dont la combinaison se rattache aux deux systèmes
anglo-normand et français. Cette charpente est, ou plutôt était
dépourvue d'entraits, car, vers le milieu du XVIe siècle, des tirants
furent posés de deux en deux fermes sous les arbalétriers. Les
fermes-maîtresses, dont nous donnons le profil en A (34 bis), reposent
sur de forts blochets B; elles se composent de deux courbes C
s'assemblant à l'extrémité inférieure du poinçon D, d'arbalétriers E
courbes eux-mêmes à leur point de rencontre avec le poinçon, afin de
trouver des assemblages solides indiqués dans le détail M. La courbe et
l'arbalétrier sont bridés à la tangente, au moyen de deux petites moises
F dont le détail N explique la forme et les attaches. Sous les
arbalétriers sont chevillés et assemblés à mi-bois deux cours
d'entre-toises ou pannes G dans lesquelles viennent s'assembler des
croix de Saint-André inclinées suivant la pente du chevronnage, et
figurés en I dans la coupe longitudinale. Ces pannes soulagent le
chevronnage profilé en P, mais ont pour but principal d'empêcher le
hiement de la charpente. Le chevronnage est muni également de courbes
sous lesquelles sont cloués les bardeaux, ainsi qu'on le voit en H. Le
sous-faîte K et les entre-toises L sont réunis par des croix de
Saint-André qui maintiennent les poinçons verticaux.
Cette charpente, malgré le soin apporté dans les assemblages, a poussé
au vide, et, comme nous l'avons dit plus haut, on a dû, quelques années
après sa construction, maintenir son écartement par des entraits posés
de deux en deux fermes; elle paraît dater des dernières années du XVe
siècle.
Nous donnons (34 ter) le détail des sablières, des blochets, des gros et
petits couvre-joints rapportés sur les bardeaux, à l'échelle de 0,05 c.
pour mètre. On remarquera (fig. 34 bis) que les courbes du chevronnage
viennent s'assembler dans des entraits retroussés, qui eux-mêmes
s'assemblent dans les entre-toises R posées d'un poinçon à l'autre. Cela
n'est guère bon; mais on se fiait, avec assez de raison, aux bardeaux
pour maintenir les courbes légères du chevronnage, ces bardeaux formant
comme une voûte qui offrait elle-même une assez forte résistance. Entre
les chevrons, espacés de 0,45 c. environ d'axe en axe, sont posées, sous
la volige, des chanlattes destinées à lui donner une plus grande
solidité[14].
La salle principale de l'hôtel de ville de Saint-Quentin nous laisse
voir encore une charpente sans entraits, du commencement du XVIe siècle,
dont la disposition rappelle celle de l'église de Hargnies.
Depuis le XIIe siècle, on avait pris le parti d'élever, soit sur les
tours, soit au centre de la croisée des églises, de hautes flèches de
bois recouvertes d'ardoise ou de plomb. Ces flèches exigeaient, les
dernières surtout, des combinaisons fort savantes afin de reporter le
poids de tout le système sur les quatre piles des transsepts. Dès le
commencement du XIIIe siècle, les charpentiers avaient su élever d'une
façon ingénieuse ces masses énormes de bois et les suspendre au-dessus
des fermes des noues, sans charger les arcs doubleaux bandés d'une pile
à l'autre. Nous aurons l'occasion de nous occuper de ces sortes de
charpentes au mot FLÈCHE, auquel nous renvoyons nos lecteurs.
Quant aux charpentes coniques qui couvrent les tours cylindriques, elles
dérivent du système adopté pour les charpentes de croupes circulaires.
Le moyen âge ayant élevé une quantité considérable de tours, soit dans
les châteaux, soit pour protéger les enceintes des villes, les
charpentes de ces ouvrages qui servaient à la défense et à l'habitation
se rencontrent encore aujourd'hui en grand nombre; à Paris même, il en
existe dans l'enceinte du Palais qui sont fort belles et bien
conservées. Il nous suffira de donner un seul exemple résumant les
combinaisons ordinaires de ces charpentes pour faire comprendre ce
qu'elles présentent de particulier.
Soient le plan de la charpente d'une tour cylindrique (35) et le profil
(36). Le quart du plan A (fig. 35) présente l'enrayure basse au niveau A
des sablières (fig. 36); le quart B, la seconde enrayure B, le quart C,
la troisième enrayure et le quart D la projection horizontale au niveau
D. Deux entraits E F, G H (fig. 35), posés à angle droit, portent sur le
cours de doubles sablières circulaires. Deux fermes se coupant à angle
droit et réunies par un poinçon central I donnent le profil K (fig. 36).
Chaque quart de cercle porte six chevrons dont les blochets prolongés
forment l'enrayure L (fig. 35) en s'assemblant dans le grand gousset M.
Le profil de ces chevrons est donné en N (36). Entre chacun d'eux sont
posés, de la première à la deuxième enrayure A et B, de faux chevrons
profilés en O, afin de soutenir la volige entre les chevrons qui sont,
dans la partie inférieure du cône, largement espacés. Ces faux chevrons
portent sur des blochets ordinaires, ainsi qu'on le voit dans le quart
du plan A. Les six chevrons par quarts sont d'un seul morceau de P en R
et se terminent en bec de flûte, à leur tête R, ainsi que nous le
verrons tout à l'heure. Les deux fermes se coupant à angle droit sont
munies, à la hauteur B, de coyers qui, recevant des goussets comme les
entraits de l'enrayure basse, forment la seconde enrayure. Mais cette
seconde enrayure mérite toute notre attention. Nous en donnons un détail
perspectif (36 bis) vers la circonférence, et (36 ter) vers le poinçon.
La fig. 36 bis démontre comment les courbes, ou esseliers A, sous les
arbalétriers B des deux fermes principales, soulagent les coyers D et
sont moisées avec ces arbalétriers et coyers, au moyen des petites
moises C C serrées par la clef F; comment les chevrons E sont également
armés de moises qui les réunissent aux courbes; comment la flexion de
ces chevrons est arrêtée par les coyers G s'assemblant dans les goussets
H; comment les lincoirs I, détaillés en I', I'' et I''', s'assemblent
entre les chevrons et reçoivent les têtes des faux chevrons K, afin de
rendre la pose possible. La fig. 36 ter va démontrer comment les courbes
L, sous les chevrons, ne pouvant s'assembler dans les coyers G,
s'assemblent dans un second gousset M.
Enfin la fig. 36 quater démontrera comment les arbalétriers des deux
fermes s'assemblent dans le poinçon au sommet du comble; comment les
extrémités des chevrons E, coupés en bec de flûte, viennent reposer et
s'assembler sur les petites entre-toises courbes O. La section
horizontale R, faite au niveau Y, et les deux rabattements S S',
indiquent comment ces petites entre-toises courbes sont maintenues entre
les arbalétriers.
Les charpentes coniques présentent d'assez grandes difficultés
d'assemblage, car il faut qu'au levage les tenons puissent entrer dans
leurs mortaises; or, toutes les pièces tendant vers un axe, il est
nécessaire que le charpentier prévoie sur le chantier les moyens
pratiques qui lui permettront d'assembler d'abord les pièces
principales, puis les pièces, secondaires, sans être obligé de retailler
les tenons et même quelquefois de les supprimer totalement pour que ces
pièces puissent prendre leur place. Ainsi, dans l'exemple présent, les
sablières courbes étant posées, les deux fermes à angle droit sont mises
au levage et assemblées, puis les goussets, les chevrons, leurs coyers
et esseliers, puis enfin les lincoirs et les faux chevrons. Toutes ces
dernières pièces se posent sans difficulté du dehors au dedans, sans
qu'il soit nécessaire de soulever les fermes principales pour faire
arriver les tenons des pièces secondaires dans leurs mortaises. Les
charpentes coniques donnent la mesure de l'expérience des charpentiers
des XIVe et XVe siècles; elles sont toujours, non-seulement bien
combinées et bien taillées, mais encore les moyens d'assemblage en sont
prévus avec une adresse rare pour éviter les difficultés au levage.
Souvent ces charpentes coniques sont dépourvues d'entraits à la base;
les sablières circulaires, étant fortement reliées au moyen de clefs,
empêchent seules l'écartement des chevrons, comme le ferait un cercle
d'une seule pièce.
L'art de la charpenterie ne se bornait pas à élever des combles
au-dessus des voûtes ou des charpentes apparentes. De tout temps, en
France, on avait construit des maisons et même des palais et des églises
en bois. Nous retrouvons encore quelques traces de maisons du XIIIe
siècle construites suivant ce mode, particulièrement dans le Nord; mais
ces bâtisses, remaniées, ne nous donnent pas des exemples assez complets
pour qu'il nous soit possible de rendre compte des moyens de
construction employés. Il nous faut commencer notre examen au XIVe
siècle; ce n'est qu'à cette époque que nous retrouvons des pans-de-bois
entiers formant façade des maisons sur la voie publique.
Sur un rez-de-chaussée composé de murs pleins, d'une succession
d'arcades ou de piles isolées, les charpentiers établissaient, comme de
nos jours, une sablière basse qui recevait les pans-de-bois de face. On
voyait encore, il y a trois ans, en face du flanc sud du choeur de la
cathédrale de Chartres, une petite maison en bois du XIVe siècle[15]
dont le pan-de-bois de face était très-gracieux de forme; c'est un des
plus complets et des plus élégants que nous connaissions de cette
époque. Sur un rez-de-chaussée, maçonné plein et renforcé de chaînes de
pierre, sont posées les poutres A supportant le plancher du premier
étage (37) [poutres qui traversent l'épaisseur du mur et apparaissent à
l'extérieur]. Les bouts de ces poutres reçoivent la sablière basse B.
Sur la sablière s'assemblent les poteaux principaux P au droit des
poutres horizontales A; puis, dans l'intervalle d'une poutre à l'autre,
se dressent d'autres poteaux C, dont le dévers est maintenu par des
alléges D munies de croix de Saint-André. Ces poteaux C s'assemblent à
leur tête dans un chapeau F, qui est lui-même assemblé à tenons et
mortaises dans les poteaux principaux P. Des liens G élégis en
tiers-point avec redents forment une succession de fenêtres éclairant
l'intérieur. Les chapeaux F portent deux potelets H au droit des poteaux
C qui soulagent la sablière haute destinée à recevoir la charpente du
comble. Mais cette sablière est double, suivant l'usage, ainsi que
l'indique la coupe K. La sablière extérieure I, qui ne porte que les
coyaux du comble, est posée sur les bouts des poutres L assemblées sur
la tête des poteaux principaux P. Ces poutres L remplissent la fonction
d'entraits pour les fermes des combles et portent les solives du
plancher haut. La sablière intérieure M, qui ne peut fléchir puisqu'elle
est soutenue par les potelets, reçoit le pied du chevronnage. Les
alléges et les intervalles carrés entre les potelets sont remplis par
une maçonnerie légère. On remarquera que les bouts des poutres
supérieures L sont épaulés par des liens N assemblés dans les gros
poteaux P.
Dans les villes du moyen âge, encloses de murs, la place était rare;
aussi les maisons prenaient-elles, aux dépens de la voie publique, plus
de largeur à chaque étage; elles présentaient ainsi une succession
d'encorbellements assez saillants parfois pour qu'il fût possible de se
donner la main des étages supérieurs des maisons situées en face les
unes des autres. Pour obtenir ces encorbellements, que l'on appelait
_ligneaux_, on faisait saillir les poutres des planchers à chaque étage
en dehors des pans-de-bois inférieurs, on soutenait leur bout par des
liens et on élevait le pan-de-bois supérieur au nu de l'extrémité de ces
poutres.
Voici (38) qui expliquera cet ouvrage de charpenterie. Ce genre de
construction de bois mérite d'être étudié. Soient les poteaux du
rez-de-chaussée A. La tête de ces poteaux reçoit les consoles B
destinées à épauler l'extrémité extérieure des poutres C. Des sablières
D s'assemblent à l'about des poutres C, ainsi que l'indique la mortaise.
Ces sablières sont soulagées par de petits liens fortement embrévés et
assemblés à tenons et mortaises. Un poitrail E s'assemble dans la tête
des poteaux A et est lui-même soulagé par des liens F. C'est ce poitrail
qui porte les solives du plancher du premier étage. Des poteaux G posent
sur l'extrémité des poutres C en porte-à-faux sur les poteaux A. Ces
poteaux G reçoivent les sablières hautes du premier étage et les poutres
K dont l'extrémité extérieure saillante est soulagée par des liens
courbes. Sur le bout de ces poutres sont posées les sablières basses I
du second étage, et ainsi de même à chaque étage, jusqu'aux combles. Les
solives du plancher du second étage portent sur la sablière haute H, la
débordent et contribuent à soulager la sablière basse I. Des écharpes
disposées dans les pans-de-bois à chaque étage reportent les pesanteurs
de ces pans-de-bois et de leurs remplissages, en platras ou en brique,
sur les abouts des poutres maîtresses. Ces poutres, étant retenues dans
le pan-de-bois ou le mur intérieur, brident tout le système et
l'empêchent de basculer. Il est facile de voir que l'on gagnait ainsi
sur la voie publique, à chaque étage, un, deux ou trois pieds qui
profitaient aux locaux destinés à l'habitation. Ces encorbellements
successifs formaient encore des abris qui protégeaient les pans-de-bois,
les devantures des boutiques et les passants contre la pluie. Ils
n'avaient que l'inconvénient de rendre les rues étroites très-sombres;
mais il ne semble pas que, dans les villes du moyen âge, on eût, à cet
égard, les mêmes idées que nous.
Lorsque les maisons présentaient sur la rue leur petit côté,
c'est-à-dire lorsque le terrain qu'elles occupaient était plus profond
que large, les pans-de-bois de face se terminaient par un pignon et non
par une croupe. Ce pignon n'était que la première ferme du comble, le
plus souvent posée en saillie sur les bouts des sablières, afin de
former une sorte d'auvent destiné à protéger la façade contre la pluie.
Ces dispositions, ainsi que celles relatives aux pans-de-bois de face,
étant développées dans le mot MAISON, nous y renvoyons nos lecteurs.
Quant aux charpentes des planchers, elles sont généralement fort simples
pendant le moyen âge; peu ou point d'enchevêtrures, mais des poutres
posées de distance en distance sur les murs de face ou de refend, et
recevant les solives restant apparentes comme les poutres elles-mêmes
(voy. PLAFOND).
On savait déjà cependant, au XVe siècle, armer les pièces de bois
horizontales de manière à les empêcher de fléchir sous une charge. La
tribune des orgues de la cathédrale d'Amiens, qui date de cette époque,
repose sur une poutre armée avec beaucoup d'adresse; cette poutre a
15m,00 environ de portée, et elle est fortement chargée. Nous donnons
(39) une autre poutre armée de la grand'salle du château de Blain en
Bretagne, bâti, à la fin du XIVe siècle, par le connétable Olivier de
Clisson, et réparé vers 1475. Cette poutre armée se compose de deux
pièces horizontales A et B. Celle B plus large que celle A, de manière à
former lambourdes pour recevoir les solives du plancher. L'armature
consiste en une pièce de bois courbe assemblée dans la poutre B et
reliée à la flèche par deux boulons de fer serrés au moyen de
clavettes[16]. Nous avons vu aussi, dans des constructions civiles, et
entre autres dans l'ancien hôtel de la Trémoille à Paris, élevé pendant
les dernières années du XVe siècle, des poutres de planchers d'environ
12m,00 de portée armées, ainsi que l'indique la fig. 40; les deux pièces
B B, posées bout à bout, étaient noyées en partie dans l'épaisseur de la
poutre A recevant les solives, ainsi que l'indique la coupe en C. Les
pièces A et B étaient reliées entre elles par des boulons avec
clavettes.
Un des caractères particuliers à l'art de la charpenterie du moyen âge,
c'est sa franchise d'allure, sa connaissance des bois et son respect,
dirons-nous, pour leurs propriétés. Les assemblages des charpentes du
moyen âge méritent d'être scrupuleusement étudiés; ils sont simples,
bien proportionnés à la force des bois ou à l'objet particulier auquel
ils doivent satisfaire. La prévision qui fait réserver, dans une longue
pièce de bois, certains renforts, certains épaulements qui ajouteront à
la force d'un assemblage, le choix des bois ou leur position suivant la
place qu'ils doivent occuper, l'attention à ne pas les engager dans les
maçonneries mais à les laisser libres, aérés, indiquent de la part des
maîtres la connaissance parfaite de leur art, des qualités des
matériaux, l'étude et le soin; de même que la pureté et la juste
proportion des assemblages indiquent chez les ouvriers une longue
habitude de bien faire. Le charpentier du moyen âge n'appelle pas à son
aide le serrurier pour relier, brider ou serrer les pièces de bois qu'il
met en oeuvre, si ce n'est dans quelques cas particuliers et fort rares;
il se suffit à lui-même, et le fer ne vient pas, comme dans les
charpentes modernes, suppléer à l'insuffisance ou à la faiblesse des
assemblages.
L'art de la charpenterie est un de ceux auxquels les perfectionnements
modernes ont peu ajouté; il était arrivé, pendant le XVe siècle, à son
complet développement. Le bois, à cette époque, entrait pour beaucoup
dans les constructions civiles, publiques et privées, et les
charpentiers formaient une corporation puissante, instruite dans l'art
du _trait_, qui conserva longtemps ses anciennes et bonnes traditions.
En effet, des diverses branches de la construction, l'art de la
charpenterie se plia moins que toute autre aux idées émises par la
renaissance, et pendant le cours du XVIe siècle on suivit, sans presque
les modifier, les principes développés au XVe siècle. Un architecte seul
apporta une modification fort importante aux systèmes conservés
jusqu'alors. Philibert De Lorme inventa le mode de charpente qui a
conservé son nom et qui présente de notables avantages dans un grand
nombre de cas, en ce qu'il permet de couvrir des vides considérables
sans le secours des entraits, sans poussées, et en n'employant qu'un
cube de bois relativement très-minime. Nous n'avons pas besoin de
développer ici le système adopté par cet artiste; il est connu de tous
et encore pratiqué de nos jours avec succès. Nous renvoyons nos lecteurs
à son oeuvre si recommandable.
Pendant le XVIIe siècle, l'art de la charpenterie déclina; les
charpentes que cette époque nous a laissées sont souvent mal tracées,
lourdes, et exécutées avec une négligence inexcusable après de si beaux
exemples laissés par les siècles précédents. Avant la reconstruction de
la charpente de la Sainte-Chapelle de Paris, dans ces derniers temps, il
était intéressant de comparer la souche de la flèche reposée sous Louis
XIV après l'incendie, avec la souche de la flèche de Notre-Dame qui date
du XIIIe siècle. Cette dernière est aussi savante dans l'ensemble de sa
composition et aussi pure dans son exécution, que celle de la
Sainte-Chapelle était barbare sous le rapport de la combinaison et
grossière au point de vue de l'exécution.
Dans le cours de cet ouvrage, nous avons l'occasion de revenir souvent
sur les ouvrages de charpenterie. Nous n'indiquons, dans cet article,
que certains principes généraux qui font connaître la marche progressive
de cet art pendant trois siècles; nous renvoyons nos lecteurs aux mots
BEFFROI, ÉCHAFAUD, FLÈCHE, HOURD, MAISON, PAN-DE-BOIS, PLAFOND,
PLANCHER, PONT, etc.
[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 8.]
[Illustration: Fig. 9.]
[Illustration: Fig. 10.]
[Illustration: Fig. 11.]
[Illustration: Fig. 12.]
[Illustration: Fig. 13.]
[Illustration: Fig. 14.]
[Illustration: Fig. 15.]
[Illustration: Fig. 15 bis.]
[Illustration: Fig. 16.]
[Illustration: Fig. 17.]
[Illustration: Fig. 18.]
[Illustration: Fig. 19.]
[Illustration: Fig. 20.]
[Illustration: Fig. 21.]
[Illustration: Fig. 22.]
[Illustration: Fig. 23.]
[Illustration: Fig. 24.]
[Illustration: Fig. 25.]
[Illustration: Fig. 26.]
[Illustration: Fig. 27.]
[Illustration: Fig. 27. bis.]
[Illustration: Fig. 28.]
[Illustration: Fig. 29 et 30.]
[Illustration: Fig. 30. bis.]
[Illustration: Fig. 31.]
[Illustration: Fig. 32.]
[Illustration: Fig. 33.]
[Illustration: Fig. 34.]
[Illustration: Fig. 34. ter.]
[Illustration: Fig. 35.]
[Illustration: Fig. 36]
[Illustration: Fig. 36. bis.]
[Illustration: Fig. 36. ter.]
[Illustration: fig. 36 quater]
[Illustration: Fig. 37.]
[Illustration: Fig. 38.]
[Illustration: Fig. 39.]
[Illustration: Fig. 40.]
[Note 1: Nous devons ce dessin, ainsi que l'exemple suivant,
à l'obligeance de MM. Durand et Alaux, architectes à
Bordeaux.]
[Note 2: Charpente de l'église de Villeneuve (arrond. de
Blaye), XIIIe siècle.]
[Note 3: Nous n'avons trouvé que des débris de ces sortes de
charpentes assez grossièrement exécutées, réemployées dans
des combles d'une époque plus récente; à Vézelay, par
exemple, et dans de petites églises de Bourgogne et du
Lyonnais.]
[Note 4: Comme dans la nef de l'église de Beaune.]
[Note 5: Cette charpente est en bois résineux à fibres
très-fines, peut-être du mélèze. Celle de Saint-Paul hors les
murs à Rome était en cèdre.]
[Note 6: Dans les provinces du nord de la France même, la
tuile romaine fut fréquemment en usage jusque vers le
commencement du XIIe siècle. Nous en avons trouvé la preuve
non-seulement dans les bas-reliefs, mais sur les voûtes et
dans les débris qui entourent les édifices de l'époque
romane. Donc les combles étaient, jusque vers le milieu de ce
siècle, généralement plats. Cependant il est bon nombre de
pignons romans dans le Nord qui ont une pente trop forte pour
que la tuile romaine ait pu être employée; dans ce cas, on se
servait de grandes tuiles plates (voy. TUILE).]
[Note 7: Cette charpente est aujourd'hui cachée par des
plafonds et des distributions intérieures. Elle est en place,
cependant, et a conservé presque partout son lambrissage.]
[Note 8: Cette charpente a été relevée avec le plus grand
soin par M. Alaux, architecte à Bordeaux, qui a bien voulu
nous communiquer ses croquis. Cette charpente date de la fin
du XIIIe siècle.]
[Note 9: Voir la gravure de Ducerceau représentant
l'intérieur de cette salle. (Bib. imp. des estampes. Coll.
Callet.)]