laquelle il inscrit cette légende: «Par chu fait om trois manires dars,
a compas ovrir one fois.» Ce qui veut dire: «Par ce moyen l'on fait
trois manières d'arcs avec une seule ouverture de compas.» En effet,
soit le rayon AB, nous traçons le demi-cercle (plein-cintre) CBD. Posant
la pointe du compas en C, avec le même rayon nous traçons l'arc brisé
ACE, inscrivant un triangle équilatéral. Abaissant du point E une
perpendiculaire sur la ligne de base, le point de rencontre F divise le
rayon AC en deux parties égales. Posant la pointe du compas sur F,
toujours avec le même rayon nous tracerons l'arc GCH. Les centres de
l'arc brisé GCH seront posés sur les points FA qui divisent la base CG
en trois parties égales. C'est cet arc auquel quelques auteurs ont donné
le nom de _tiers-point_[259]. Or, les architectes du moyen âge ne
trouvaient pas toujours des aires assez étendues pour pouvoir tracer
entièrement les épures des arcs de leurs voûtes grandeur d'exécution; on
comprend en effet que lorsqu'il s'agissait d'élever une cathédrale comme
celles d'Amiens ou de Reims, il eût fallu pour tracer, grandeur
d'exécution, toutes les épures simultanément nécessaires, un emplacement
plus vaste que n'était la surface occupée par le monument lui-même.
Force était alors de chercher des moyens de tracés occupant peu de place
et présentant cependant une exactitude rigoureuse. L'album de Villars de
Honnecourt indique plusieurs procédés propres à tracer des panneaux de
claveaux d'arcs sans le secours d'une épure d'ensemble, et ce défaut
d'espace pour faire les épures obligea les architectes à adopter
certains arcs brisés tracés d'après une formule géométrique. Ainsi, ces
architectes ont-ils admis de préférence, à dater du milieu du XIIIe
siècle, trois arcs brisés: 1º l'arc brisé engendré par le triangle
équilatéral; 2º l'arc brisé tiers-point, et 3º l'arc brisé quinte-point.
Le tracé des ogives obtenu en posant les centres sur deux points
diviseurs de la base, en trois, en quatre, en cinq, en six, en sept et
en huit, permettait de faire une épure rigoureuse, sans qu'il fût
nécessaire de tracer l'ensemble d'un demi-arc. Soit (11) en A un arc
brisé engendré par un triangle équilatéral, il est évident que le rayon
_ab_ est égal à la base _ad_; que si nous traçons le quart de cercle
_do_, le segment _bo_ sera la moitié du segment _db_, puisque le
triangle équilatéral divise le cercle en six parties égales. La clef _b_
est donc le troisième point du quart de cercle divisé en trois segments
égaux; c'est la raison qui a fait donner parfois le nom d'_arc en
tiers-point_ à l'arc équilatéral, c'est-à-dire d'arc dont la clef tombe
sur le troisième point du quart de cercle divisé en trois parties
égales. Soit en B l'arc brisé auquel le nom de tiers-point doit être
appliqué de préférence à tout autre, la base _ce_ étant divisée en trois
parties égales, cette base pourra être divisée en six parties égales, et
la perpendiculaire abaissée du sommet de l'arc sur la base divisera
celle-ci en deux parties égales; donc le rayon _fe_ ayant quatre de ces
parties, le rayon _fg_ en contiendra également quatre. Or, supposons que
pour tracer l'épure des claveaux de l'arc brisé B nous n'ayons que
l'espace _f_B_g_, la base _ce_ étant connue, nous en prendrons le
sixième que nous tracerons en B'_f'_ (voir le figuré C); sur la base
B'_f'_, du point B' nous élèverons une perpendiculaire B'_g'_; prenant
alors un rayon _f'g'_ ayant quatre fois la longueur de B'_f'_ qui est le
tiers du demi-diamètre de l'arc, et posant la pointe du troussequin en
_f_, la rencontre de la ligne _f'g'_ avec la perpendiculaire B'_g'_
donnera le point _g'_, sommet de l'arc brisé. Nous pourrons tracer une
portion d'arc _g'i_, donner l'épaisseur des claveaux _i_K et tracer les
joints d'un de ces claveaux. Tous les claveaux de l'arc seront donc
donnés par celui _lmno_, et nous pourrons, sur ce panneau, en faire
tailler des milliers. Reste à tracer la clef ou plutôt la contre-clef,
puisque les arcs brisés ont un joint à la clef. Le prolongement de la
perpendiculaire B'_g'_ nous donnera le panneau de cette contre-clef,
comme l'indique notre figure. Mais nous avons encore un autre moyen
d'obtenir son panneau (voir le tracé D). Soit la ligne _pq_ l'épaisseur
des claveaux, nous la divisons en quatre parties; traçant du point _q_,
au moyen d'une sauterelle, un angle _qrs_ égal à l'angle _f'ut_, nous
prendrons sur le côté _qs_ une longueur _qv_ égale à l'une des quatre
parties de la ligne d'épaisseur _pq_; nous réunirons le point _p_ au
point _v_, et nous aurons tracé le triangle _pqv_ à ajouter aux claveaux
pour former le panneau de la contre-clef. Pour tracer les panneaux des
claveaux de l'arc quinte-point figuré en G, on procèdera de la même
manière; seulement, la base de l'arc étant divisée en cinq parties
égales, nous prendrons une de ces parties et demie pour commencer
l'opération et nous en prendrons quatre pour le rayon. Ce n'était donc
pas au hasard que les constructeurs du moyen âge, dans le tracé de leurs
arcs brisés, posaient les centres sur la ligne de base ou de naissance
de ces arcs, et comme preuve de leur méthode de tracé d'épures
partielles, on peut observer que les claveaux ayant été taillés sans
connaître exactement le nombre nécessaire à chacune des branches de
l'arc, ou la largeur de douelle, il arrive souvent qu'au moment de
fermer l'arc, on pose une contre-clef très-large ou un dernier claveau
beaucoup plus mince que les autres.
Mais une figure singulière, tracée dans l'Album de Villars de
Honnecourt, nous donne la clef de tout un système de tracés d'arcs pour
un édifice entier et permettant, comme dans l'exemple précédent, de
faire des épures partielles avec une rigoureuse exactitude et sans avoir
besoin d'aires d'une surface considérable[260]. La planche XXXIX de cet
album nous montre une clef de tiers-point tracée d'après la méthode
précédente, puis une spirale coupée par une ligne droite passant par son
oeil. Au-dessous de ce croquis, on lit: «Par chu tailon one clef del
quint point» (Par ce moyen taille-t-on une clef de quinte-point). Le
texte ne se rapporte qu'au trait de la clef, mais la présence de cette
spirale, dessinée là comme un simple souvenir, se rapporte évidemment
aux tracés d'arcs engendrés par une division du diamètre en cinq. Ce
croquis est celui reproduit exactement par le trait plein de notre
figure 12[261]. Sur une base AB, divisée en cinq parties égales et
donnant six points, du milieu C comme centre on a tracé le demi-cercle
AB.--On observera que ce point C sépare la division 3--4 en deux parties
égales.--Prenant alors le point 3 comme centre et 3A comme rayon, on a
tracé le second demi-cercle A5. Reportant la pointe du compas sur C et
prenant C5 comme rayon, on a tracé le troisième demi-cercle 2--5.
Reportant la pointe du compas sur 3 et prenant 3--2 comme rayon, on a
tracé le quatrième demi-cercle 2--4. Reportant enfin la pointe du compas
sur C et prenant C4 comme rayon, on a tracé le cinquième demi-cercle
3--4. Si des deux centres 3 et C, qui ont servi à tracer tous les
demi-cercles, nous élevons les deux perpendiculaires 3_a_, C_b_, nous
coupons ces demi-cercles en _a_, en _c_, en _b_ et en _d_. En supposant
que les arcs ogives d'une grande voûte barlongue de nef soient le
plein-cintre dont AB est le diamètre, les arcs doubleaux ayant une base
comprenant quatre parties ou la longueur A5, ces arcs doubleaux se
composeront d'une branche d'arc A_a_ et d'une seconde branche d'arc 5_a_
dont le centre sera _e_ point milieu de la partie 2--3. L'arc doubleau
sera tracé au moyen de deux arcs de cercle dont le rayon sera CA et dont
les centres C_e_ seront des points diviseurs du diamètre A5 en huit
parties égales. Le diamètre de l'arc ogive ayant cinq parties et l'arc
doubleau quatre (voir la projection horizontale H), l'arc formeret aura
trois parties, car l'arc formeret _lm_ formant un angle droit sur l'arc
doubleau _ln_, si nous donnons à la base de cet arc doubleau 4, à la
base de l'arc formeret 3, l'hypothénuse _mn_, ou base d'un des arcs
ogives, aura 5 par la raison que le carré de 4 est 16, le carré de 3, 9,
que 16 + 9 = 25 carré de 5. Donc AB étant la base de l'arc ogive d'une
voûte dont l'arc doubleau est A5, le formeret aura pour base 3B
comprenant trois parties, et nous aurons tracé l'arc ogive de cette
voûte, son arc doubleau et son arc formeret avec la même ouverture de
compas; les points diviseurs de la base AB nous ayant donné en C le
centre des arcs ogives, en C_e_ les centres de l'arc doubleau, en C_f_
les centres de l'arc formeret. Par conséquent, les mêmes arcs de cercle
servant pour tracer ces trois arcs, tous les panneaux des claveaux de
ces arcs pourront être taillés sur une seule épure ou portion d'épure,
en supposant que nous appliquions le procédé indiqué en D (11). Si c'est
une voûte plus étroite que nous voulions tracer, c'est-à-dire une voûte
dont la base des formerets soit la moitié de la base de l'arc doubleau,
nous aurons alors en projection horizontale le tracé _lpqn_ (voir le
figuré H). Alors l'arc ogive _np_ aura pour diamètre 4 parties 1/2. Cet
arc ogive sera donc la courbe brisée dont le diamètre est A_f_ et dont
les centres sont les points 3 et C. L'arc doubleau aura pour diamètre
comme précédemment A5 et pour points de centre _e_C, et l'arc formeret
aura pour diamètre soit 2--4, soit 3--5, et pour points de centre soit
_e_C, soit _ef_: dans le premier cas cet arc formeret sera tracé avec
une ouverture de compas plus courte que celle qui a servi à tracer l'arc
ogive et l'arc doubleau; dans le second, il sera tracé avec la même
ouverture de compas. Si nous divisons le tympan sous l'arc formeret en
deux baies jumelles, chacune aura une partie de la base AB soit 3--4; et
le centre de chacun de ces arcs dont la clef est _d_ sera en 3 et en 4,
cet arc sera équilatéral. Si l'arc formeret de la voûte barlongue
_lnmr_, ayant pour base 3B et pour centres C _f_, nous paraît trop aigu,
nous pouvons lui substituer l'arc dont la base est 2--5, dont la clef
est _b_ et dont les centres sont 3--4. On comprend donc qu'à l'aide de
cette figure, les bases de tous les arcs de la voûte donnant toujours
des divisions égales connues ainsi que les rayons de ces arcs, ils
peuvent être taillés à l'aide d'une épure partielle prenant très-peu de
surface. Et en effet, si nous examinons des églises gothiques bâties
pendant le XIIIe siècle, nous reconnaissons que tous les arcs ogives,
doubleaux, formerets, que les archivoltes, travées de galeries, etc.,
sont tracés au moyen de points de centres posés sur des divisions égales
en cinq ou dix d'un seul diamètre de cercle. Il ne nous paraît pas
nécessaire d'insister davantage sur l'importance de la figure spirale
contenue dans l'Album de Villars de Honnecourt, mais il n'est pas hors
de propos de faire remarquer que la voûte barlongue _lnmr_, dont la
projection horizontale est tracée en H, dérive du triangle donné par
Plutarque comme étant le triangle parfait des Égyptiens, et que l'arc
doubleau, dont le diamètre est A5 divisé en quatre, possède une flèche
3_a_ divisée en 2 1/2 moins une très-minime fraction, c'est-à-dire qu'il
inscrit un triangle à très-peu près semblable à celui que donne la
section verticale de la grande pyramide de Chéops. L'arc dit _ogive_
mérite donc quelque attention: ce n'est pas seulement un motif de
solidité qui l'a fait adopter, mais aussi un sentiment des proportions
et un accord harmonique entre toutes les courbes des voûtes; c'est une
nécessité résultant de la pratique dans le tracé des épures; c'est
surtout un besoin de liberté dans la construction de ces voûtes dont on
ne saurait trop étudier à fond le principe excellent, puisqu'il permet
toutes les combinaisons.
Depuis vingt ans on a fait beaucoup de pastiches de la structure
gothique; bien rarement ces imitations satisfont les yeux: c'est qu'en
effet ceux qui les élèvent, en admirant fort d'ailleurs nos anciens
monuments, ne se sont probablement pas donné la peine d'en rechercher
les savants et judicieux éléments. En architecture, le goût, le
sentiment sont beaucoup; mais pour les appuyer il faut nécessairement se
servir du compas et de la géométrie. On voit qu'au moyen de la formule
(12) il n'est qu'un des arcs brisés qui ait ses centres en dehors de ses
naissances.
C'est qu'en effet dans ces belles écoles de l'Île-de-France, de la
Champagne, du Soissonnais, les architectes, gens de goût, avaient senti
que la dernière limite d'aiguïté de l'ogive était l'arc équilatéral; que
les centres des branches d'arc placés en dehors des naissances donnaient
une brisure dont l'extrême aiguïté était choquante, une proportion
désagréable, en ce que les rapports de la base avec la hauteur
outrepassaient le triangle équilatéral (voy. PROPORTION). Mais les
Normands, les Anglo-Normands étaient moins délicats et cherchaient dans
leur structure, avant toute chose, les formules qui supposent des moyens
pratiques simples. Aussi, au lieu de tenter, comme dans la figure 12, de
trouver des arcs brisés de diamètres différents ayant tous des angles
égaux au sommet ou du moins peu dissemblables, des rapports analogues
entre les diamètres et les flèches, ces gens pratiques du Nord, bons
constructeurs dès le commencement du XIIe siècle, se préoccupent
médiocrement des rapports proportionnels, du choix des formes: ils
veulent une méthode expéditive. Nous avons vu comme Villars de
Honnecourt donne les moyens de tracer un plein-ceintre et plusieurs arcs
brisés «avec la même ouverture de compas.» Or, les voûtes normandes
élevées vers 1220 présentent souvent une disposition telle que _tous_
les arcs, arcs ogives, arcs doubleaux, formerets, archivoltes, sont
tracés à l'aide d'un même rayon.
Ainsi (13), soit la projection horizontale d'une de ces voûtes, l'arc
générateur est l'arc ogive qui est un plein-cintre rabattu en ABC. L'arc
doubleau AC rabattu en ACS est tracé au moyen du rayon _ab_ égal au
rayon OC. L'arc doubleau de recoupement des arcs ogives DE rabattu en
DEF est tracé de même, au moyen du rayon _ef_ égal au rayon OC, sa clef
F étant naturellement au niveau C de la clef des arcs ogives. Soit _i_K,
_lm_, l'épaisseur des piles, les arcs formerets étant compris entre
K_l_. Ces arcs formerets rabattus en K_lp_ sont encore tracés au moyen
du rayon _rt_ égal au rayon OC, leur naissance étant relevée de K en V
si l'on veut que les clefs des formerets atteignent le niveau des clefs
des arcs ogives. Si ces formerets servent d'archivoltes aux baies
divisées par un meneau, ce sera encore le rayon _nq_ égal au rayon OC
qui servira à tracer les arcs diviseurs de la fenêtre.
Sauf pour les clefs, l'épure d'un seul claveau d'arc suffisait alors
pour tailler les panneaux de tous les arcs des voûtes, archivoltes,
baies, etc. Et (voir le tracé G), si nous divisons un diamètre d'arc
ogive en quatre ou en dix, avec la même ouverture de compas, nous
pourrons avoir une suite d'arcs dont les diamètres seront au diamètre du
plein-ceintre, qui est le plus grand arc de la voûte ou l'arc ogive,
comme trois, deux, un sont à quatre, ou comme neuf, huit, sept, six,
etc., sont à dix. Ayant donc des claveaux tous taillés sur un même arc,
et une base ou fraction de base, nous pouvons, sans épure, monter tous
les arcs d'un édifice. On comprend alors le motif qui avait fait adopter
l'arc brisé que l'on appelle _lancette_: c'était une économie de tracé,
on évitait toute complication d'épures et de panneaux, il ne s'agissait
plus que de donner la section de chacun de ces arcs suivant leur
fonction. Tous taillés d'ailleurs sur une même courbure (à l'extra-dos),
ils prenaient leur place suivant la désignation donnée. S'il fallait des
épures, c'était seulement pour les cintres en charpente, et encore ces
arcs étant tous tracés à l'aide d'un même rayon, l'épure du demi-cercle
ou de l'arc ogive permettait de mettre sur ligne tous les autres
cintres, puisqu'il suffisait de savoir quel était le rapport existant
entre les diamètres de ces arcs et celui du demi-cercle pour avoir le
tracé complet de chacun d'eux, ainsi que le fait voir la figure 13 en
G[262].
De ce qui précède on peut conclure: lº que l'arc brisé, appelé _ogive_,
a été d'abord une importation d'Orient; 2º qu'adopté en Orient comme une
courbure donnée par un principe de proportion expliqué ailleurs[263],
cet arc brisé a été en France le point de départ de tout un système de
construction parfaitement logique, et permettant une grande liberté dans
l'application; 3º que par conséquent l'arc brisé, comme forme,
appartient probablement à l'école d'Alexandrie et aux Nestoriens, qui
paraissent les premiers l'avoir adopté; mais que, comme principe d'un
nouveau système de voûtes, il appartient sans aucun doute à nos
provinces du nord de la Loire, puisqu'en 1140, dans l'église abbatiale
de Saint-Denis, les constructions élevées par Suger ne laissent
apparaître les plein-cintres que pour les arcs ogives, et qu'elles ont
appliqué déjà le système de voûtes que nous voyons se développer dans la
cathédrale de Paris vingt ans plus tard. Or, nulle part, ni en Europe,
ni en Orient, au milieu du XIIe siècle, on ne construisait de voûtes
ayant quelques points de rapports, comme emploi de l'arc brisé, avec
celles de l'église de Saint-Denis et de la cathédrale de Paris. Si donc
l'arc brisé a pris naissance hors de France comme forme d'arc, nous
sommes les premiers qui ayons su l'appliquer à l'une des plus fertiles
inventions dans l'histoire de la construction. Si donc l'arc brisé a
pris naissance hors de France, nous sommes les premiers qui ayons su
tirer de cette forme, issue d'un sentiment des proportions[264], des
conséquences d'une valeur considérable, puisqu'elles ont produit la
seule architecture originale qui ait paru dans le monde depuis
l'antiquité.
[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 8.][Illustration: Fig. 9.]
[Illustration: Fig. 10.]
[Illustration: Fig. 11.]
[Illustration: Fig. 12.]
[Illustration: Fig. 13.]
[Note 245: _Croix d'augives_, au commencement dn XIVe siècle,
s'entendaient pour les arcs diagonaux d'une voûte d'arête
gothique. Or, ces croix d'augives, ou arcs ogives, sont le
plus souvent des pleins-cintres. «Item II. crois d'augives
pour faire les voûtes sus et une arche entre II crois
augivères...». (Titre de fondation d'une chapelle à Averdoin,
du mois de juin 1347. Archives de M. le duc de
Luynes...--Voy. t. II des _Annales archéologiques_, p. 41,
l'article de M. Lassus sur l'_arc ogive_.) Pendant le moyen
âge, et jusqu'au XVIe siècle, le mot _ogive_ ou _augive_,
_arcs ogives_, ne s'appliquait qu'aux nervures croisées. Les
autres arcs, fussent-ils aigus, s'appelaient _arc doubleau_,
_tiercerons_, _formerets_. (Voy. les articles ARC,
CONSTRUCTION.)]
[Note 246: Voyez le _Neuvième Entretien sur l'Architecture_.]
[Note 247: _Traité sur Isis et Osiris_.]
[Note 248: Voyez le _Neuvième Entretien sur l'Architecture_.]
[Note 249: Les Italiens n'ont jamais compris les raisons qui
avaient fait adopter la forme de l'arc brisé au point de vue
des proportions et de sa véritable fonction. On peut en avoir
la preuve si l'on observe que presque tous leurs arcs brisés
sont appareillés comme un plein-cintre, c'est-à-dire que les
joints des claveaux tendent à un seul centre, ce qui est un
contre sens; que les proportions de ces arcs brisés
présentent presque toujours un rapport de proportions
désagréable entre la base et la hauteur. Mais les Italiens du
moyen âge n'ont pas compris grand'chose à l'art grec
postérieur au bas temps, et les Grecs le savaient, puisqu'ils
les considéraient comme des barbares.]
[Note 250: Voyez les voûtes des bas-côtés de l'église de
Saint-Martin-des-Champs, à Paris; celles des bas-côtés de
l'église de Poissy, etc.]
[Note 251: Les arcs doubleaux de l'église de Saint-Front de
Périgueux datent des dernières années du Xe siècle, et sont
déjà des arcs brisés.]
[Note 252: _Les Églises de la Terre Sainte_, par le comte
Melch. de Vogué. Paris, 1860.]
[Note 253: Par cette raison que toute section d'une sphère
par un plan donne un cercle.]
[Note 254: D'autres découvertes aussi simples dans leur
principe que fertiles en résultats ont mis, en ce monde, bien
du temps à surgir; mais rarement on a considéré ces éclairs
de l'esprit humain comme un signe de barbarie. Rarement les
peuples au milieu desquels ils ont apporté une lumière
nouvelle ont cherché à voiler leur éclat.]
[Note 255: Ces arcs diagonaux sont ce qu'on appelle, dans la
construction des voûtes gothiques, les _arcs ogives_. (Voy.
CONSTRUCTION.)]
[Note 256: Nef de l'ancienne cathédrale de Toulouse.]
[Note 257: La Bourgogne est de quelques années en retard sur
l'Île de France, et les voûtes du choeur de Vézelay
correspondent comme facture à celles (anciennes) de la
cathédrale de Noyon, qui date du milieu du XIIe siècle.]
[Note 258: _Album de Villars de Honnecourt_. Voir les
éditions française et anglaise. Pl. XI.]
[Note 259: Cette dénomination nous semble en effet
parfaitement applicable à cette sorte d'arc, puisque la
pointe du compas est placée sur le troisième des points
diviseurs de la base. Cependant l'arc équilatéral est souvent
aussi appelé tiers-point. Nous allons voir pour quelle
raison.]
[Note 260: L'usage de cette figure, qui n'a point été
expliquée dans l'édition française de Villars de Honnecourt,
est, en présence des monuments, d'une importance capitale.
N'oublions pas que les anciens maîtres des oeuvres, bâtissant
dans des villes resserrées, ne pouvaient disposer de chantier
ou d'aires d'une grande étendue. En théorie, on ne tient
guère compte de ces difficultés, mais dans la pratique elles
ont une telle importance, qu'elles forcent les architectes
qui tiennent à faire tracer leurs épures devant eux à adopter
des méthodes qui influent sur les formes adoptées.]
[Note 261: Les lignes ponctuées, chiffres et lettres ont été
posés par nous pour expliquer l'usage de cette figure.]
[Note 262: C'est en faisant refaire des arcs de voûtes
gothiques que nous avons été amené à reconnaître cette unité
de la courbe pour beaucoup d'entre eux dans un même édifice,
quel que fut le diamètre de chacun de ces arcs, car les
courbes de cintres en charpente taillés pour l'un servaient
pour plusieurs; seulement le segment de chaque branche était
plus ou moins long.]
[Note 263: Dans nos _Entretiens sur l'architecture_
(Neuvième).]
[Note 264: Voyez le _Neuvième Entretien sur l'architecture_
et l'art. PROPORTION.]
ORATOIRE, s. m. Petite chapelle élevée sur le lieu témoin d'un événement
considéré comme miraculeux, ou pour conserver un souvenir religieux. On
donne aussi le nom d'_oratoire_ à certaines chapelles dépendant des
appartements d'un château, d'un palais ou d'un hôtel. On appelait encore
oratoires, pendant le moyen âge, des _clotets_, c'est-à-dire de petites
chambres tapissées que l'on dressait dans les grandes chapelles de
châteaux et qui étaient destinées aux châtelains et à leurs proches.
Lebeuf, dans son _Histoire du diocèse de Paris_[265], mentionne certains
oratoires élevés dans les endroits où saint Germain s'était arrêté pour
prier ou pour instruire le peuple. Les anciennes abbayes possédaient,
outre la principale église, des oratoires élevés en plusieurs lieux de
l'enclos. C'est pour perpétuer les souvenirs que rappelaient de
très-anciens oratoires, qu'en 1034 on rebâtit les petites chapelles de
Saint-Martial à Paris, qu'un incendie avait détruit[266]. La plupart des
monastères ne furent, dans l'origine, qu'un oratoire élevé au milieu
d'un désert et autour duquel des cénobites vinrent s'établir. Saint
Clément érigea ainsi un oratoire en un lieu dit Gorze, près de Metz, qui
devint bientôt le centre d'un grand monastère[267]. Un oratoire avait
été érigé en face le monastère de Sennoul pour y déposer les reliques de
saint Siméon. C'est retiré dans son oratoire, à Vienne, en Dauphiné, que
l'archevêque Turpin ou Tulpin apprit la mort de Charlemagne à Cologne
par plusieurs diables qui s'en retournaient sans avoir pu enlever l'âme
de l'empereur, disaient-ils, si l'on en croit la chronique de Richer.
Charlemagne fit bâtir aussi un grand nombre d'oratoires, parmi lesquels
il faut citer celui de la vallée de Moyen-Moustier, élevé en l'honneur
de saint Denis, et dans lequel était conservé le corps du pape
Alexandre, martyr, recueilli à Rome. Cet oratoire était pavé en mosaïque
et exista jusqu'en 1586[268]. À Cluny, à Clairvaux on conservait encore,
au dernier siècle, les oratoires de saint Odilon et de saint Bernard:
c'est-à-dire les cellules isolées dans lesquelles se tenaient
habituellement ces personnages. Bien entendu, ces chambrettes n'étaient
remarquables que par leur extrême simplicité.
On disposait aussi certains oratoires au milieu des forteresses du moyen
âge; placés sous le vocable d'un saint particulièrement vénéré dans la
contrée et dépositaires de quelques-unes de ses reliques, ils
protégeaient les défenses.
C'est ainsi qu'au milieu de la cité de Villeneuve-lès-Avignon, on voit
encore un oratoire du XIIe siècle conservé au milieu de l'enceinte
rebâtie au XIVe siècle. La figure 1 donne le plan de cette petite
chapelle, et la figure 2 son élévation perspective.
Outre la chapelle, qui était commune à tous les familiers, les châteaux
possédaient un ou plusieurs oratoires tenant aux appartements du
châtelain et de la châtelaine. Ces oratoires n'étaient autre chose
qu'une petite pièce retirée, ordinairement placée dans une tour. On s'y
enfermait pour prier, mais on n'y faisait pas l'office divin. Ce ne fut
guère qu'au XIVe siècle que les oratoires de châteaux devinrent par fois
de véritables petites chapelles dans lesquelles on pouvait dire la
messe.