En effet, tous les monuments clunisiens et cisterciens bâtis en

Palestine avant le XIIIe siècle, et si complétement décrits par M. le

comte Melchior de Vogué dans son ouvrage sur la Terre Sainte[252], en

adoptant l'ogive pour les arcs, conservent cependant le système de la

structure romane, et dans aucun de ces édifices l'ogive n'intervient

pour modifier la voûte d'arête romaine, en berceau, ou la coupole. Mais

sitôt introduite dans les provinces françaises au nord de la Loire,

l'ogive se mêle à la voûte et la modifie. Voici d'abord comment le

mélange se fait. Soit (2), une coupole hémisphérique dont nous

présentons la projection horizontale en perspective; inscrivant un carré

_abcd_ dans le cercle et élevant deux plans verticaux sur les deux

diagonales _ad_, _bc_, on coupe l'hémisphère en quatre parties égales

_abe_, _ace_, _cde_, _dbe_. Un plan vertical élevé sur _ab_ coupera

l'hémisphère suivant un demi-cercle _abf_, et en supposant que ce

demi-cercle est un arc doubleau plein-cintre, ayant opéré de même sur

les quatre côtés du carré, on aura obtenu une calotte hémisphérique,

pénétrée par quatre cylindres se coupant à angle droit et formant quatre

pendentifs. Mais si nous voulons de cette voûte en calotte, portée sur

pendentifs, faire une voûte d'arêtes, au lieu des demi-cercles, sur les

côtés _ab_, _bd_, etc., élevons quatre arcs brisés _abg_, _bdh_, etc.,

réunissons les sommets _gh_ de ces arcs brisés au point _e_ nous

détachons de la calotte les arêtes diagonales _ae_, _be_, _de_, etc., et

nous obtenons des surfaces courbes _age_, _bge_, etc., qui peuvent être

des portions de berceaux engendrés par des arcs brisés et donnant par

leur pénétration dans les plans verticaux diagonaux _ad_, _bc_ des

demi-cercles _aed_, _bec_. Ainsi aura-t-on résolu déjà un problème

essentiel, savoir: de pouvoir faire des voûtes d'arêtes sur tous les

plans avec des arcs générateurs de hauteurs et de diamètres différents.

Les Romains, les Grecs byzantins, n'avaient tenté autre chose

jusqu'alors, que de couper la voûte hémisphérique par des plans

verticaux dont la section ne donnait toujours que des demi-cercles[253].

Nos architectes occidentaux procèdent de même, seulement ils ont vu

l'arc brisé, ils le posent à la place du demi-cercle donné par la

section verticale et relèvent les pans de la coupole sur cet arc brisé.

Leur opération est simple en principe, et peut être définie ainsi:

supposant une coupole hémisphérique en substance élastique, flexible,

faisant les quatre coupures verticalement sur les côtés d'un carré

inscrit dans le cercle, on relève quelque peu avec le doigt le bord

supérieur de chacune des coupures; les surfaces restantes de

l'hémisphère suivent ce relèvement et forment deux plis diagonaux qui se

perdent au sommet de la calotte. Pour obtenir un résultat si simple,

combien a-t-il fallu de siècles[254]? C'est dans le porche de l'église

abbatiale de Vézelay, bâti vers 1135, que nous constatons une

application déjà savante et raisonnée de ce principe.

Prenons d'abord une des voûtes des bas-côtés de ce porche, voûtes

établies sur plan carré (3). La forme génératrice de cette voûte est un

hémisphère. La preuve, c'est que les deux plans verticaux passant par

les diagonales _ab_, _cd_, donnent deux demi-cercles dont l'un est

rabattu en _abd_. Pour tracer les arcs doubleaux, au-dessus de l'arrase

formée par les tailloirs A des chapiteaux on a pris une distance AB pour

bien dégager la naissance de ces arcs. La ligne de niveau BC étant

tracée, la longueur de cette ligne étant _db_, côté du carré, cette

ligne a été divisée en quatre parties; élevant une perpendiculaire sur

le milieu de la ligne de naissance, cette perpendiculaire a été divisée

en deux parties et demie égales à chacune des divisions de la ligne de

naissance. On a ainsi tracé le triangle _ghf_. Du milieu de chacun des

côtés de ce triangle, élevant une perpendiculaire _ei_, les points de

rencontre _i_ de ces perpendiculaires avec la ligne _gh_ ont donné les

centres de l'arc brisé _gfh_. Réunissant le sommet _d'_ de la voûte avec

les sommets des quatre arcs, la voûte d'arête engendrée par une coupole

hémisphérique et par quatre ogives a été construite.

Le principe admis, les conséquences allaient s'ensuivre avec une

prodigieuse rapidité. Le grand embarras, pour les architectes romains,

n'était pas de faire des voûtes sur plan carré, mais sur plan barlong.

Les Romains, dans ce cas, avaient fait des berceaux avec pénétration ou

des voûtes d'arêtes _trichées_, c'est-à-dire engendrées par deux

cylindres de diamètres différents se pénétrant; les cylindres du plus

faible diamètre ayant leur naissance au-dessus de celle des cylindres de

grand diamètre, ce qui produit un très-mauvais effet. Mais dès que la

coupole devenait le point de départ de toute voûte, ces embarras

devaient disparaître. Nous avons expliqué, figure 2, comment d'une

calotte hémisphérique on pouvait faire une voûte d'arête sur plan carré,

en substituant aux sections semi-circulaires données par des plans

verticaux élevés sur les côtés du carré inscrit, des arcs brisés ou des

ogives. Les conséquences de cette innovation ne se firent pas attendre.

Soit (4) une coupole sur plan horizontal circulaire, dont le centre est

en A. La section verticale de cette coupole, faite sur le diamètre,

donne la courbe brisée BCD dont la flèche AD a deux parties et demie des

quatre divisant la base. Il s'agit de faire de cette voûte, présentant

la forme d'un mamelon, une voûte d'arête barlongue. Soit le plan

horizontal de cette voûte barlongue le parallélogramme rectangle BFEC

inscrit dans le cercle. Si la coupole était hémisphérique, les sections

verticales élevées sur BF, BE donneraient les demi-cercles BGF, BHE;

mais nous redoutons les poussées, nous avons admis l'arc brisé comme

moyen de rendre ces poussées moins puissantes pour nous conformer à un

système de proportions qui nous satisfait plus que le plein-cintre. Nous

divisons alors les lignes de base de nos sections BF, BE en trois

parties égales, et prenant les points II', KK' comme centres, les

longueurs IFI'B, KE, K'B comme rayons, nous décrivons les deux arcs

brisés BLF, BME, ogives qui sont les rabattements des arcs doubleaux sur

lesquels viendront reposer la voûte. Dès lors les diamètres BC, FE dont

le rabattement est donné par l'arc brisé BDC deviendront des arêtes, la

voûte sera d'arêtes bien que donnée par une coupole; de plus nous serons

les maîtres de donner aux arcs BF, BE les diamètres dont les longueurs

relatives sont arbitraires. C'est suivant ce principe qu'ont été

construites les voûtes hautes du porche de l'église abbatiale de

Vézelay. Mais constatons d'abord un fait essentiel, qu'on paraît avoir

négligé dans les recherches faites jusqu'à ce jour sur les théories des

voûtes d'arêtes du moyen âge; c'est que l'opération de tracé, au moment

de la transition, n'est pas établie à l'_intra-dos_ des arcs doubleaux

ou formerets, mais à l'_extra-dos_. Dans l'exemple, figure 3,

l'épaisseur des arcs doubleaux est indépendante du tracé, elle est

rapportée en contre-bas. C'est la concavité de la voûte à laquelle on

cherche d'abord à donner une forme solide, raisonnée et se prêtant à

toutes les combinaisons. Les arcs doubleaux viennent se sous-poser comme

un nerf, ou une décharge destinée à porter des constructions

supérieures. Aussi les arêtes diagonales n'apparaissent-elles pas

encore, leur présence n'étant point regardée comme absolument

nécessaire[255] tant que les voûtes dérivant de la coupole se portaient

par elles-mêmes. Voyons donc ces voûtes hautes du porche de Vézelay (5).

Les quatre piles étant tracées,--elles sont indiquées par des

hachures,--conformément à ce que nous venons de démontrer dans l'exemple

précédent, les diamètres de la coupole génératrice sont les deux

diagonales AB, CD; la section verticale de cette coupole faite sur son

diamètre donne la courbe (demie) BE, le diamètre ayant quatre parties et

la flèche FE deux et demie. L'extra-dos des arcs doubleaux part des

points DB, l'extra-dos des formerets des points AD. Cet arc doubleau,

rabattu, est ainsi tracé: les tailloirs des chapiteaux étant au niveau

G, la naissance, afin de se dégager, a été relevée en H. La ligne de

base _hi_, de l'extra-dos, a été divisée en quatre parties; sur le

milieu _k_ de cette ligne la perpendiculaire _kl_, étant élevée, a été

divisée en deux parties et demie de manière à ce que cette flèche _kl_

soit à la base comme 2 1/2 sont à 4. Établissant le triangle dont le

côté est _hl_, élevant sur le milieu une perpendiculaire, la rencontre

de cette perpendiculaire avec la ligne de base _hi_ donne le point _g_

centre de l'arc _hg'l_. Relevant la ligne de naissance des formerets de

la hauteur _op_ au-dessus du tailloir des chapiteaux, on a procédé de

même que pour l'arc doubleau; la ligne de base AD de ces formerets étant

à la flèche _pq_ comme 4 est à 2 1/2. La section verticale, sur le grand

axe _ot_ de la voûte, donne en S la clef E de la section verticale faite

sur AB; en T, l'extra-dos de la clef de l'arc formeret; en _l_,

l'extra-dos de l'arc doubleau. Si nous joignions le point T au point S

par une droite, nous ne pourrions dégager l'arête projetée en BXS; alors

nous cherchons sur la ligne de base en _s_ le centre d'un arc passant

par les points TS. Cette courbe est la section verticale de la ligne de

clefs F_t_. Quant au point _l_, il peut être réuni au point S par une

droite, ainsi que le fait voir la section verticale V faite sur FP.

L'épaisseur de l'arc doubleau _i_R étant fixée, il se trouve que la

ligne de naissance RH comprise entre l'intra-dos est divisée en trois

parties égales par les points _g_, _m_ centres de l'arc brisé. Alors cet

arc est un tiers point. On observe donc que tout le tracé est commandé

par les extra-dos des arcs, que cette voûte est un compromis entre la

coupole et la voûte d'arêtes, que l'introduction de l'arc brisé donne

une grande liberté au constructeur dans la disposition des voûtes sur

plan barlong, et que cependant l'artiste a soigneusement observé un

principe de proportions qu'il regardait non sans raisons comme bon,

puisqu'il résulte du triangle auquel les anciens donnaient une valeur

harmonique parfaite.

Une difficulté, purement matérielle et minime en apparence, obligea

bientôt les architectes à faire de nouveaux progrès dans le tracé des

voûtes et à étendre les applications de l'arc brisé. Vers la fin du XIIe

siècle on commençait des édifices religieux et civils d'une dimension

inusitée jusqu'alors. On portait la largeur des grandes nefs jusqu'à

quinze et seize mètres et même jusqu'à vingt[256]. L'art de

l'architecture était alors exclusivement tombé entre les mains des

laïques, et ceux-ci comprirent bientôt tout le parti qu'ils pouvaient

tirer du nouveau système de voûtes. Avec cette logique qui distingue

l'habitant des Gaules, les maîtres des oeuvres reconnurent que, puisque

de la coupole on ne conservait plus que deux diagonales, ou deux

sections faites sur les diagonales d'un parallélogramme inscrit dans le

cercle, base de cette coupole, il fallait franchement donner à ces deux

arcs croisés une fonction utile, indispensable; il fallait en faire

l'ossature de la voûte et porter sur cette ossature des voûtains

indépendants les uns des autres, pouvant ainsi s'incliner en tous sens,

se biaiser, s'allonger, devenir très-concaves ou presque plats. Les

voûtes des cathédrales de Paris, de Senlis, celles de beaucoup d'églises

de l'Île de France bâties de 1160 à 1200, présentent déjà une quantité

de combinaisons qui indiquent combien, en très-peu d'années, l'école

laïque s'était émancipée, tout en conservant le principe primitif issu

de la coupole et de l'arc brisé. Cependant,--car si rapidement que l'on

progresse, il y a toujours entre le point de départ et le point

d'arrivée des transitions,--la coupole considérée comme génératrice est

une tradition si puissante, que pour la construction des grandes voûtes,

les architectes n'osent pas encore se fier entièrement aux conséquences

du système que nous venons d'indiquer. Ils ont encore dans l'esprit la

configuration de la coupole, ils tâtonnent.

Les hautes voûtes du choeur de la cathédrale de Paris, qui étaient

terminées avant l'année 1190, nous fournissent à cet égard un sujet

d'études intéressantes. La date de leur construction est certaine, et

elles n'ont pas été modifiées plus tard ainsi que cela est arrivé pour

la plupart des absides du XIIe siècle.

Le souvenir de la coupole a évidemment inspiré le tracé de ces voûtes

(6). Un cercle dont le centre est en C et dont le rayon est CA a d'abord

été tracé. Ce cercle a été divisé en neuf parties. Des points 2 et 7,

deux lignes parallèles au grand axe AA' ont été tirées. Ces deux lignes

2B, 7D sont les nûs des murs du haut choeur au-dessus des piles. On voit

que les deux segments du cercle 2--3, 6--7 débordent le nû des deux

murs. Les points 2 et 7 ont été réunis par une ligne qui est la

projection horizontale de l'arc doubleau du sanctuaire. Des lignes E3,

E4, E5, E6, réunissant le milieu de l'arc doubleau 2--7 aux points

diviseurs de la circonférence, sont les projections horizontales des

arcs ogives, nerfs de la voûte du sanctuaire. Les lignes 3E, 6E,

prolongées jusqu'à leur rencontre avec les lignes de nûs 7D, 2B, sont

les projections horizontales des branches d'ogives contrebutant les arcs

rayonnants. Une ligne FG, perpendiculaire au grand axe et tangente au

cercle, donne la projection horizontale du dernier arc doubleau des

grandes voûtes d'arêtes. Ayant pris sur le grand axe une longueur 9H

égale à 9E, on a obtenu le centre, la clef de la voûte en arcs d'ogives

FGBD. Mais de même que le triangle GE6 est divisé par l'arc doubleau E7,

on a cru devoir diviser le triangle DHG par un arc doubleau IHK. Voilà

pour les projections horizontales. Pour le tracé des arcs, la méthode

suivie est celle-ci: l'arc doubleau BD, ou celui FG, ou celui 2--7, sont

engendrés par un triangle dont la base est quatre et la hauteur deux et

demi. Sur le milieu de la base ou naissance BD divisée en quatre, on a

élevé la perpendiculaire _ab_. Celle-ci ayant deux parties et demie

égales à chacune des divisions de la base, on a tracé le triangle BD_b_.

Portant sur la ligne de base de D en _e_ une épaisseur égale à celle des

claveaux de l'arc doubleau on a réuni le point _e_ au sommet _b_. Du

milieu de cette ligne _eb_, élevant une perpendiculaire jusqu'à sa

rencontre avec la ligne BD, on a obtenu en _t_ le centre de l'une des

branches de l'arc doubleau. Quant aux arcs-ogives, arcs-diagonaux qui

sont comme les derniers témoins de la coupole, ils sont plein-cintres,

ainsi que l'indique notre rabattement; leur point de centre étant relevé

en _g_, au-dessus du tailloir des chapiteaux, afin que la clef _h_ de

ces arcs se trouve à un niveau plus élevé que celui des clefs _b_ des

arcs doubleaux, car on tenait à avoir une pente dans la section de la

voûte, de H en _a_. Dès lors, il fallait que la clef des arcs doubleaux

intersecteurs IK se trouvât au niveau de la clef des arcs ogives. On a

donc relevé en _p_ le centre des branches de cet arc doubleau rabattu

sur notre figure. La projection verticale de l'arc doubleau 2--7 du

sanctuaire est exactement celle des arcs doubleaux BD, FG. Mais comme

les branches d'ogives rayonnantes du sanctuaire doivent aboutir à la

clef E de cet arc doubleau 2--7, ces branches sont excentriques, ne sont

pas les rayons du cercle dont le centre est C; donc la branche 3E est

plus courte que la branche 4E. Il a donc fallu un tracé particulier à

chacune de ces deux branches. Ces tracés sont rabattus sur notre figure;

les clefs _l_ et _m_ de ces branches atteignent, bien-entendu, le niveau

de la clef E de l'arc doubleau 2--7.

De tout ceci il résulte que les arcs ogives BG, FD, F6, G3, et les

branches 4E, 5E sont bien réellement des côtes de coupoles entre

lesquelles on a percé des formerets et des arcs doubleaux affectant la

courbe aiguë. Les architectes n'osaient même encore s'affranchir de la

configuration concave de la coupole, bien que le système admis l'eût

permis, car ils avaient le soin de tenir les clefs des arcs doubleaux et

des formerets plus basses que celles des arcs diagonaux, afin de

conserver à la structure cette forme de calotte qui leur semblait

nécessaire à la solidité.

Le principe de la coupole considérée comme génératrice des voûtes en

arcs d'ogives nous paraît trop important pour que nous n'insistions pas.

Ainsi (7), soit une voûte absidale en quart de sphère, et dont le plan

est ponctué en _aa_, voûte appelée _cul-de-four_ et si fréquemment

employée par les Romains et pendant la période romane. Supposons que

nous divisions ce cul-de-four en cinq parts (voir le plan A), que

réservant seulement des côtes _cbd_, nous enlevions, entre ces côtes,

les triangles _edb_, _ebb_, etc.; nous aurons la figure perspective

tracée en B. Il est clair que nous pouvons voûter les triangles vides,

soit au moyen d'un formeret plein-cintre _c_, soit au moyen d'un

formeret aigu D dont la clef E est en contre-bas de la clef F, soit au

moyen d'un formeret aigu dont la clef G est au niveau de celle F. Ce que

nous indiquons ici dans une seule figure, il a fallu quelques années

pour le faire. Les hautes voûtes de l'abside de l'église abbatiale de

Vézelay sont faites conformément au figuré C; elles datent de 1190

environ. Celles de la cathédrale de Paris sont faites d'après le tracé D

(1180). Celles des églises du commencement du XIIIe siècle, conformément

au tracé G[257]. Comme l'arc ogive (plein-ceintre) _bd_ est plus long

que l'arc doubleau _cd_, lorsqu'on a voulu avoir les clefs de ces arcs

doubleaux au niveau de celles des arcs ogives, il a fallu prendre la

forme aiguë pour les premiers, ainsi qu'on le voit en H. Il est évident

que sur ces côtes conservées de la coupole, on n'a pas immédiatement osé

faire porter tout le poids des voûtains. Les architectes, en laissant

les clefs des formerets à un niveau plus bas que celui des clefs des

arcs ogives, pensaient ainsi faire porter une partie du poids des

voûtains ou remplissages triangulaires sur les murs, et ils ne se

trompaient pas; mais ils reconnurent bientôt que cette structure avait

des inconvénients: elle tendait à déverser les formerets en dehors.

C'était un compromis entre la structure antique et celle nouvellement

inaugurée qui devait arrêter quelque temps les développements de l'art

du XIIIe siècle; d'ailleurs, il était plus simple de considérer les arcs

réservés de la coupole comme les points résistants, destinés à

transmettre les pesanteurs des voûtes, et de maintenir alors solidement

la poussée de ces côtes; c'est ce que l'on fit bientôt: 1º en adoptant

l'arc brisé pour les formerets; 2º en élevant les clefs de ceux-ci au

niveau des clefs des arcs ogives, comme l'indique la figure 7 en G.

Les projections des grandes voûtes du choeur de la cathédrale de Paris

que nous avons tracées (fig. 6) nous montrent en BDFG one voûte presque

carrée, composée de deux arcs ogives BG, DF, de deux arcs doubleaux BD,

FG, d'un arc doubleau intermédiaire KI et de quatre formerets BK, KF,

DI, IG. Ayant la disposition des voûtes sur plan carré des collatéraux,

des points d'appuis en B, K, F, D, I, G d'une part, et la tradition de

la coupole de l'autre, les constructeurs, cherchant à conserver de cette

coupole deux tranches diagonales BG, DF, sur lesquelles devaient reposer

les remplissages ou voûtains, ne pensaient pas que ces diagonales

dussent ne point se couper suivant des angles très-rapprochés de l'angle

droit, sinon droits. Ils franchissaient ainsi deux travées, faisant

porter ces arcs ogives ou diagonaux sur les points d'appuis, de deux en

deux; mais autant pour diminuer la surface des remplissages que pour

répartir leur poids sur toutes les piles, ces constructeurs recoupaient

la voûte en arcs d'ogives par un arc doubleau intermédiaire KI.

Voici donc ce que donnait cette combinaison (8). La coupole à projection

horizontale circulaire était encore la génératrice de cette voûte. En

effet (voir la projection horizontale A), les arcs ogives _ab_, _cd_, ne

sont autre chose que les tranches réservées de la coupole; seulement,

les murs de la nef étant sur les deux parallèles _ad_, _cb_, un arc

doubleau intermédiaire bandé de la pile _e_ à la pile _f_ permettait de

voûter chacun des triangles _adg_, _cbg_ au moyen de deux voûtains

_aeg_, _edg_, _cfg_, _fbg_. Au lieu de deux formerets _ad_, _cb_, on

obtenait quatre formerets _ae_, _ed_, _cf_, _fb_. Le figuré perspectif B

explique ce système. Là, le plan fictif de la coupole est visible. Les

deux arcs ogives CD, EF en sont les dernières traces; l'arc doubleau

intermédiaire GH, au lieu d'être, comme les arcs ogives, une tranche

séparée de la coupole, a été reporté de G' en G et de H' en H; son

sommet atteint le niveau de la clef I des arcs ogives; puis, l'ossature

ainsi établie, dans les triangles K restés vides on a bandé les voûtains

K', qui portent sur les arcs ogives, les arcs doubleaux, et qui sont

tracés par les formerets L. Ce système offrait encore l'avantage de

prendre des jours latéraux sous les formerets dans la hauteur même de la

voûte.

Mais il était peu logique, ayant des points d'appuis égaux en force, en

_aed_, de faire porter deux arcs ogives et un arc doubleau sur les piles

_ad_, tandis qu'on ne chargeait la pile _e_ que d'un seul arc doubleau.

On prit donc, vers 1230, le parti de faire des grandes voûtes par

travées, très-barlongues, et de charger également toutes les piles.

C'est ainsi que sont construites les voûtes hautes des nefs des

cathédrales d'Amiens et de Reims; la coupole en est cependant le

principe générateur comme pour les voûtes précédentes. Dans la

cathédrale d'Amiens les arcs diagonaux ou ogives sont des plein-cintres,

ou très-peu s'en faut; mais dans celle de Reims la coupole génératrice

des arcs ogives est tracée sur un triangle équilatéral, et l'épure de

ces voûtes est aussi simple que profondément raisonnée.

En A (9) est donnée la projection horizontale d'une de ces voûtes

hautes; les piles étant en _abcd_, l'axe de ces piles donne les points

de départ des deux arcs ogives _ad_, _bc_, ou plutôt les arcs ogives

sont les diagonales d'un parallélogramme rectangle dont les angles

tombent sur les axes des piles. Ces arcs ogives sont les tranches

réservées d'une coupole dont la trace horizontale est donnée par le

cercle _iji'j'_ et dont la section verticale est la courbe brisée

_klk'l'_, inscrivant un triangle dont la base est à la hauteur comme 13

est à 10.--On remarquera que le tracé est donné par

l'extra-dos.--L'extra-dos des arcs doubleaux rabattus en _efg_ inscrit

un triangle équilatéral; l'extra-dos des formerets rabattus en _hmn_

inscrit de même un triangle équilatéral; la clef _n_ de ces formerets

atteint le niveau de la clef _g_ des arcs doubleaux, de sorte que leur

naissance est relevée en _mh_. Ces formerets sont d'ailleurs les

archivoltes des fenêtres. Ainsi donc les conséquences du principe de la

voûte d'arête dite gothique se simplifiaient rapidement. Les épures

pouvaient être indiquées déjà vers 1230 par une simple formule. Le

triangle équilatéral est toutefois rarement employé pour tracer les

grands arcs doubleaux des voûtes, il est plutôt adopté pour les

formerets dont il fallait relever les naissances (voy. CONSTRUCTION).

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 6 - (G - H - I - J - K - L - M - N - O) · 第 30 / 32 段