lorsqu'elles étaient d'une trop grande largeur pour qu'il fût possible
de ne les fermer qu'avec un seul ventail (voy. FENÊTRE, fig. 29, 31, 32,
33, 35, 36, 37, 38, 40, 41 et 42). Ces meneaux, jusqu'à la fin du XIIIe
siècle, ne consistent habituellement qu'en une colonnette soulageant le
linteau. Les architectes déployaient un certain luxe de sculpture dans
les meneaux de palais et quelquefois même ornaient leurs fûts de
figures, en manière de cariatides. Nous avons retrouvé à Sens un
très-beau meneau de ce genre qui date du XIIe siècle (12)[203]. La
statuette adossée à la colonne à section octogonale formant le corps du
meneau représente la Géométrie ou l'Architecture; elle tient un grand
compas d'appareilleur. En A est tracée la section du meneau faite sur
_ab_, et en B le côté du meneau avec le renfort postérieur destiné à
recevoir les targettes. Dans la section A, nous n'avons pas indiqué par
des hachures la coupe de la figure afin de laisser voir celle de la
colonnette dans le fût de laquelle s'engage la statue. Sur la partie
inférieure des meneaux des fenêtres hautes de la cathédrale de Nevers, à
l'extérieur, on remarque aussi des statuettes adossées aux fûts des
colonnettes centrales.
À l'époque de la Renaissance, on voit aussi des meneaux en forme de
cariatides, ou de gaînes surmontées de bustes. Ce ne fut guère que sous
le règne de Louis XIV que l'on renonça définitivement aux meneaux; on
les employait encore au commencement du XVIIe siècle pour maintenir les
fermetures des baies de croisées. Les fenêtres intérieures de la cour du
Louvre étaient originairement garnies de meneaux d'un aspect monumental
qui donnait de l'_échelle_ à ces grandes ouvertures. Ces meneaux sont
remplacés aujourd'hui par des montants en bois avec impostes également
en bois, qui ne sont guère en harmonie avec l'édifice, qu'il faut
repeindre tous les dix ans et refaire à neuf lorsqu'ils viennent à
pourrir, c'est-à-dire deux ou trois fois par siècle. Cela est, dit-on,
plus conforme aux règles de la bonne architecture; pourquoi? Nous
serions fort embarrassés de le dire.
[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 8.]
[Illustration: Fig. 9.]
[Illustration: Fig. 10.]
[Illustration: Fig. 11.]
[Illustration: Fig. 12.]
[Note 198: Voyez l'ensemble de la composition de ces fenêtres
à l'article FENÊTRE, fig. 20.]
[Note 199: Il n'est pas besoin ici de rappeler combien de
fois, à Paris même, nous avons vu depuis peu défaire et
refaire sur les monuments eux-mêmes; c'est une manière de
chercher le bien ou le mieux quelque peu dispendieuse. Jadis
on l'essayait sur le papier; mais, une fois l'exécution
commencée, toutes les parties se tenaient, étaient
solidaires, et ne pouvaient ainsi être changées sans qu'il
fût possible de donner des raisons sérieuses de ces
changements.]
[Note 200: Il ne faut pas oublier que la construction du
choeur de l'église Saint-Nazaire de Carcassonne est due à un
architecte du domaine royal.]
[Note 201: Celle que nous donnons ici vient du choeur de
l'église d'Eu, dans lequel l'architecture du milieu du XVe
siècle est pure et sagement entendue.]
[Note 202: À dater du XVe siècle, les constructeurs qui
avaient eu l'occasion de constater combien les goujons en
fer, en gonflant par suite de l'oxydation, étaient
préjudiciables aux travaux de pierre et les faisaient
éclater, remplacèrent ces goujons de métal par des goujons en
os de mouton ou en corne de cerf. Ces derniers ont conservé
toute leur dureté.]
[Note 203: Cette colonnette, qui servait de meneau à une
fenêtre, est placée aujourd'hui à l'une des baies du
rez-de-chaussée de la salle synodale de Sens.]
MENUISERIE, s. f. (_Hucherie_, _huisserie_, menuisiers, _scieurs d'aiz_,
_manhuissiers_). Si les populations du Nord sont particulièrement aptes
à faire des ouvrages de charpenterie, elles ne sont pas moins habiles à
donner aux bois ces formes à la fois délicates, légères et solides qui
constituent la menuiserie. L'art de la menuiserie n'est d'ailleurs
qu'une branche, qu'un dérivé de l'art des charpentiers dans les premiers
siècles du moyen âge; les moyens d'exécution sont les mêmes.
L'art de la menuiserie se distingue nettement de l'art de la
charpenterie, lorsque l'on commence à employer pour le débitage, la
coupe et le polissage des bois, des outils très-perfectionnés.
L'invention de la scie remonte à une haute antiquité; les anciens
connaissaient le rabot ou la demi-varlope et la varlope. Cependant,
jusqu'au XIIIe siècle, on employait souvent, pour la menuiserie, des
bois refendus (merrain), travaillés au ciseau et à la gouge sans le
secours du rabot.
Il ne nous reste qu'un bien petit nombre d'objets de menuiserie
antérieurs au XIIIe siècle, et ces fragments ressemblent beaucoup, pour
la combinaison des assemblages, à des oeuvres de charpenterie exécutées
sur une petite échelle. Mais à dater du XIIIe siècle, l'art de la
menuiserie prend un grand essor, possède ses règles particulières et
arrive à un degré de perfection remarquable. Les ouvrages de menuiserie
qui nous restent des XIVe et XVe siècles sont souvent des chefs-d'oeuvre
de combinaison, de coupe et de trait. Les traditions de cet art,
conservées jusqu'au XVIIe siècle, résultent: 1º d'une parfaite
connaissance des bois; 2º d'un principe de tracé savant; 3º d'un emploi
judicieux de la matière, en raison de ses qualités propres.
Comme dans tout système de construction, dans la menuiserie, la matière
employée doit commander les procédés d'assemblages et imposer les
formes; or, le bois est une matière qui possède des propriétés
particulières dont il faut tenir compte dans la combinaison des oeuvres
de menuiserie comme dans la combinaison des oeuvres de charpente; les
artisans du moyen âge ne se sont pas écartés de ce principe vrai. La
connaissance des bois est une des conditions imposées au menuisier;
cette connaissance étant acquise, faut-il encore savoir les employer en
raison de leur texture et de leur force. Le bois qui se prête le mieux
aux ouvrages de menuiserie est le chêne, à cause de sa rigidité, de la
finesse de ses fibres, de sa dureté égale, de sa durée et de sa beauté.
Aussi, pendant le moyen âge, en France du moins, le chêne a-t-il été
exclusivement employé dans la menuiserie de bâtiment.
Pour être employé dans la menuiserie, le chêne, doit être parfaitement
sec, c'est-à-dire débité depuis au moins six ans. Si nous examinons les
ouvrages de menuiserie des XIIIe, XIVe et XVe siècles, nous observons,
en effet, que les bois n'ont point joué, qu'ils sont restés dans leurs
assemblages et qu'ils ne présentent pas de gerces. Ces bois, une fois
débités, étaient d'abord laissés dans des lieux humides et même dans
l'eau, puis empilés à claires-voies sous des abris secs, retournés
souvent et quelquefois soumis à l'action de la fumée[204].
Les menuisiers du moyen âge n'employaient pas les bois trop vieux qui
sont sujets à se gercer et à se piquer. Ils faisaient débiter des chênes
de deux cents à trois cents ans, c'est-à-dire des troncs, dont le
diamètre, à 3m,00 au-dessus du sol, aubier déduit, varie de 0m,70 à
1m,00. Ces troncs étaient sciés en quatre dans la longueur à angle
droit; chaque quart était débité suivant diverses méthodes, mais
toujours en tenant compte, autant que possible, de la texture du bois.
Un tronc de chêne qu'on laisse desséché se gerce conformément à la
figure A (O), ce qui est facile à expliquer. Les couches concentriques
sont d'autant plus dures et compactes qu'elles se rapprochent du centre,
d'autant plus poreuses qu'elles se rapprochent de la circonférence. Ces
couches contiennent donc d'autant plus d'eau qu'elles ont un plus grand
rayon. Lorsque le bois se dessèche, les couches extérieures prennent un
retrait plus considérable que celles intérieures; il en résulte des
fentes ou gerces, tendant toutes au coeur du tronc. Si le débitage du
bois est fait, sans tenir compte de cet effet de la dessiccation, les
planches débitées se gercent ou se contournent; elles sont sensibles à
toutes les variations de la température. Si, au contraire, ce débitage
est fait en raison de la direction naturelle des gerces, les planches se
rétrécissent dans leur largeur, mais ne peuvent ni se fendre ni
cartiner, c'est-à-dire se courber dans le sens de leur sciage. Le chêne
est formé d'une succession de couches comme tous les bois, mais ces
couches sont réunies par des espèces de chevilles naturelles qui les
rendent solidaires; ces chevilles, qu'on nomme _mailles_, tendent au
centre du tronc. Si donc le débitage est fait comme l'indique le tracé
sur le quart B, il est fait dans les meilleures conditions; c'est ce
qu'on appelle le débitage sur _maille_ (parallèlement aux mailles). Ce
débitage est long et laisse tomber beaucoup de triangles qui ne sont que
des chanlattes. Le meilleur débitage après celui-ci est le débitage
tracé sur le quart D, puis celui tracé sur le quart E. Quant aux
madriers et membrures, le débitage le plus économique est celui tracé en
F. Les mailles du chêne donnent non-seulement de la solidité aux
planches débitées suivant les rayons du tronc, mais encore présentent
des parements d'un aspect soyeux, moiré, qui ajoute beaucoup à la beauté
du bois. Les chênes débités sur maille sont donc les meilleurs pour la
menuiserie[205].
Bien que les menuisiers employassent la colle de peau et la colle de
fromage, cependant la solidité de l'oeuvre dépendait avant tout de la
disposition des assemblages à queue d'hironde, ou chevillés.
Pour joindre des ais, on ne se servit qu'assez tard (vers le XVe siècle)
des rainures ou languettes. On les réunit au moyen de queues d'hirondes
entaillées à mi-bois (1), ainsi qu'on le voit en A; ou de barres
embrévées et chevillées, B; ou de barres-à-queues entièrement embrévées,
C; ou de prisonniers D; en bois dur ou même en fer. Ce sont là des
combinaisons élémentaires qui ont dû être appliquées de tout temps. En
effet, des ouvrages de bois de l'antiquité égyptienne sont façonnés
d'après ces procédés.
Sur les rives des ais, on interposait une couche de colle de fromage qui
faisait adhérer les planches ou les madriers entre eux. Au moyen d'un
racloir de fer recourbé, on polissait la face vue et on la recouvrait de
peinture, ou on l'intaillait à une faible profondeur en réservant des
ornements ou des figures. C'est d'après ce procédé que sont faites les
portes en pin de la cathédrale du Puy-en-Vélay qui remontent au XIe
siècle. Ces ornements, légèrement découpés en relief, étaient eux-mêmes,
ainsi que les fonds, recouverts de peintures sur une impression d'oxyde
de plomb (_minium_)[206].
Deux conditions principales semblent avoir été imposées aux oeuvres de
menuiserie du moyen âge: économie de la matière, et la plus grande force
possible laissée au bois au droit des assemblages.--Économie de la
matière, en ce que les renforts sont évités du moment qu'ils ne peuvent
être compris dans une pièce équarrie; en ce que les panneaux, par
exemple, n'ont jamais que la largeur d'une planche, c'est-à-dire 0m,22
au plus, 8 pouces; les montants et traverses, 0m,08, 3 pouces au plus,
pour les ouvrages ordinaires.--Plus grande force possible laissée au
bois là où il porte assemblage, en ce que les chanfreins, élégissements
et moulures s'arrêtent dès qu'un assemblage est nécessaire.
L'observation de ces deux conditions donne un caractère particulier à la
menuiserie. Si la matière est économisée, si elle est employée en raison
de ses qualités, la main-d'oeuvre est prodiguée, comme pour faire
ressortir les précieuses propriétés du bois; car il ne faut pas oublier
que pendant le moyen âge la main-d'oeuvre est toujours en raison de la
valeur de la matière; elle lui est supérieure, mais dans une proportion
relative.
Les menuisiers du moyen âge tiennent compte de la valeur du bois, comme
les appareilleurs tiennent compte de la valeur de la pierre. Il y a là
une idée juste, un principe vrai et un sentiment de l'économie qui
imposent l'attention et l'étude, sans nuire à l'art, car c'est de l'art.
Ces artisans pensaient qu'une matière aussi précieuse que le bois, qui
vient lentement et demande des préparations longues pour être
définitivement mise en oeuvre, mérite qu'on ne la prodigue pas et qu'on
donne l'idée de sa valeur par le soin avec lequel on la travaille. Ces
artisans ne donnaient pas à la menuiserie de pin, de mélèze ou de sapin,
les formes que permet l'emploi du chêne ou du noyer. Observant les
qualités particulières aux diverses essences, ils tenaient à la légèreté
jointe à la solidité; ce qui est la première loi de la menuiserie, ainsi
que nous l'avons dit déjà. Jamais, par conséquent, il ne leur serait
venu à la pensée de _simuler_ en menuiserie des formes convenables pour
de la pierre; jamais ils n'appliquaient à la menuiserie de grandes
courbes qui exigent un déchet considérable et forcent de couper le bois
à contre-fil. Toutes leurs combinaisons partent de la ligne droite, au
moins pour les membrures. L'étude de cet art, si fort détourné de sa
voie aujourd'hui, est donc intéressante; car avec un système de
structure très-restreint, des dimensions qui se renferment dans les
forces de bois débités uniformément, ces artisans sont parvenus à
trouver les combinaisons les plus variées et les plus ingénieuses sans
être arrêtés jamais par les difficultés que pouvaient présenter ces
combinaisons.
Il nous faut classer les ouvrages de menuiserie par natures, afin de
mettre de l'ordre dans cet article. Nous commencerons par les plus
simples en principe, par les claires-voies, les assemblages de bois
d'égale force, présentant des clôtures à jour sur un seul plan, des
grillages en un mot.
CLÔTURES, CLAIRES-VOIES, CLOTETS, LAMBRIS.--Voici (2) une de ces grilles
de bois comme on en voit encore dans la cathédrale de Bâle et dans
quelques églises des provinces de l'Est. D'un simple treillis de
chevrons assemblés à mi-bois, le menuisier arrivait à façonner une
clôture d'une aspect monumental. Le principe émis ci-dessus, et qui
consiste à laisser au bois toute sa force au droit des assemblages, est
scrupuleusement observé; mais entre ces assemblages, au droit des vides,
l'ouvrier a pratiqué des élégissements qui forment une décoration et
enlèvent à cette combinaison si simple l'apparence grossière qu'elle
aurait si les bois eussent conservé leur équarrissage[207].
Voici encore (3) un exemple d'un grillage formant lambris plein. Les
montants et les traverses sont de même, assemblés à mi-bois, élégis
entre les assemblages. Les vides carrés laissés entre le grillage sont
remplis par des petits panneaux simplement engagés dans une feuillure
comme des tablettes dans un cadre (voir la section A)[208].
Ces sortes de grilles en bois étaient fort en usage au moyen âge dans
les châteaux et les maisons; souvent les grandes salles étaient divisées
par des claires-voies de ce genre, mobiles, que l'on plaçait lorsque
l'on voulait obtenir des divisions provisoires. En hiver, des
tapisseries étaient suspendues à ces claires-voies; en été, elles
restaient à jour. Ces divisions mobiles, appelées _clotets_, étaient
souvent fort richement décorées, possédant des panneaux à jour et
formées d'entrelacs, de membrures ingénieusement assemblés, toujours à
mi-bois. Car, ne l'oublions pas, le caractère dominant de la menuiserie
française au moyen âge, c'est d'être assemblée, de conserver une
structure logique en concordance parfaite avec la forme. Il existe en
Italie, en Espagne, en Orient même, des ouvrages de menuiserie d'un
aspect saisissant, qui séduisent par leur excessive richesse et leur
combinaison compliquée; mais lorsque l'on examine attentivement la
structure de ces ouvrages, on s'aperçoit bientôt que cette structure ne
concorde nullement avec l'apparence. La légèreté n'est qu'extérieure, la
construction est des plus grossières; ce sont, par exemple,--ainsi que
cela se voit dans la menuiserie arabe de l'Espagne,--des placages de
moulures coupées d'onglet et clouées sur des fonds de madriers rangés à
côté les uns des autres plutôt qu'assemblés; ce sont des collages de
bois découpés, rapportés les uns sur les autres, suivant un charmant
dessin, mais sans que cette décoration s'accorde en rien avec la
structure vraie; ce sont encore,--ainsi qu'on peut l'observer dans
certaines oeuvres de menuiserie de l'Italie et même de l'Allemagne du
moyen âge,--de véritables billes de bois réunies par des _prisonniers_,
à travers lesquelles passent des moulures, des bas-reliefs, des
ornements, coupés en pleine masse comme dans un bloc de marbre. Les
moulures sont taillées à contre-fil, les joints tombent au milieu d'un
relief, peu importe. Entre l'emploi de la matière et la façon de la
décorer, il n'y a nulle harmonie, nulle entente; le menuisier et
l'artiste sont deux hommes qui travaillent l'un après l'autre
séparément. Le menuisier n'est qu'un assembleur de blocs; l'artiste,
qu'un sculpteur ne se préoccupant pas de la nature de la matière qu'on
lui fournit. À coup sûr, ces oeuvres peuvent être fort belles au point
de vue de l'art du sculpteur, mais on ne saurait les considérer comme de
la menuiserie. Pourquoi faut-il que nous en soyons venus au point
d'expliquer ainsi et de revendiquer ces qualités si bien françaises?
Pourquoi sont-elles méconnues, oubliées?... Ces ouvrages de bois des
Arabes, des Orientaux, ont au moins conservé la forme traditionnelle de
la véritable menuiserie, et si les artisans n'en comprennent pas et n'en
savent plus appliquer la structure, du moins ils en ont respecté
l'apparence; mais on n'en saurait dire autant de la menuiserie
italienne, non plus que de celle que l'on fait en France depuis le XVIIe
siècle par imitation et, contrairement à notre esprit, éminemment
logique[209].
Voici (4) une de ces clôtures en bois de sapin comme on en voit encore
dans les provinces de l'Est et sur des vignettes de manuscrits ou
peintures du XVe siècle[210]. Le système se compose de tringles de sapin
de 18 lignes d'équarrissage (0m,04). Sur les montants A, s'assemblent à
mi-bois les écharpes B. Sur celles-ci, les écharpes C, D et E; sur ces
derniers, les montants F, toujours à mi-bois. Tout l'ouvrage est
maintenu entre un châssis G, H, I, fait de chevrons de 3 pouces
d'épaisseur (0m,08) sur 3 pouces et demi (0m,095). Au droit de chaque
assemblage à mi-bois, est une cheville en fer doux K, munie de deux
rondelles et rivée. Sur les faces de chaque hexagone, les arêtes sont
chanfreinées, ainsi que l'indique le détail L, et dans les triangles à
jour M, les arêtes des tringles sont également entaillées de manière à
former des étoiles à six pointes, composées de deux triangles
équilatéraux se pénétrant. On observe ici que, si le principe est
simple, si la matière est commune, la main-d'oeuvre prend une certaine
importance. En N, nous avons présenté une coupe de la clôture faite sur
_ab_, et en P un détail perspectif du morceau O désassemblé. Il est
inutile de faire remarquer la solidité et la parfaite rigidité de ce
léger treillis, dont l'effet est très-brillant. Ces sortes d'ouvrages de
menuiserie étaient presque toujours peints de couleurs claires,
rehaussées de filets bruns ou noirs. Ainsi, dans l'exemple que nous
donnons ici, les fonds étaient blancs, les chanfreins des hexagones brun
rouge, ainsi que les trois biseaux des étoiles; celles-ci étaient en
outre bordées d'un mince filet noir. Les rondelles et rivets en fer
étaient également peints en noir.
Nous pourrions multiplier ces exemples, mais les personnes du métier
sentiront tout le parti qu'on peut tirer de ces combinaisons sans qu'il
soit nécessaire d'insister.
Il y a, dans la menuiserie française du XIVe siècle, certains ouvrages
qui ont bien quelque ressemblance avec les oeuvres des Orientaux
mentionnées ci-dessus, mais dont la structure cependant est mieux
raisonnée. Ces clôtures, ces barrières, ces lambris étaient simplement
formés de planches posées jointives, embrévées dans un bâti; pour
empêcher les planches de gauchir, de coffiner, autant que pour décorer
les surfaces planes, au moins d'un côté, le menuisier rapportait
par-dessus un treillis de bois légers assemblés à mi-bois et formant des
combinaisons géométriques plus ou moins compliquées. La surface plane
des planches était même souvent sculptée en faible relief (puisque la
sculpture était obtenue aux dépens de l'épaisseur de ces planches) entre
les compartiments formés par les treillis.
Voici (5) un exemple de ces ouvrages de menuiserie. Les joints des
planches, d'une largeur d'un pied (0m,32), sont marqués sur notre
dessin. Le treillis assemblé à ses extrémités dans les membrures du
bâti, ainsi qu'il est indiqué en _a_ (voir le détail A), est cloué, à
chaque rencontre, sur les planches du fond, et forme ainsi une surface
parfaitement rigide qui empêche le gauchissement de ce fond. Ce treillis
est assemblé à mi-bois avec coupes d'onglet au droit des moulures, ainsi
qu'on le voit en _b_. La coupé C donne en _c_ l'épaisseur de la planche
et en _d_ celle du treillis[211]. Une claire-voie, composée de
colonnettes tournées, surmontait l'appui D; de distance en distance, des
montants E maintenaient le tout. En F, nous donnons le profil de la
traverse supérieure _f_; en G, le profil de l'appui _g_ et en H, le
profil de la traverse basse _h_. Nous verrons tout à l'heure des vantaux
d'une porte de l'église de Gannat, combinés d'après le même principe.
On comprendra comment les tringles de bois, rapportées sur ces planches
et se coupant dans tous les sens, devaient les maintenir dans leur plan.
Ce système, toutefois, est exceptionnel dans les oeuvres de menuiserie
du moyen âge en ce que nous n'y trouvons pas les panneaux embrévés, mais
un fond simple sur lequel est cloué un réseau de bois; ce réseau n'est
pas seulement une décoration rapportée, il est composé de pièces
assemblées et se tient de lui-même. Dès le XIIIe siècle, on avait
façonné en France des ouvrages de menuiserie où le système des panneaux
embrévés en feuillures est adopté; mais les languettes et feuillures
sont généralement alors à _grain d'orge_.