Nous donnons (6) un de ces panneaux, présenté de face en A, en coupe en

B, et en section horizontale en B'. Ce système mérite quelque attention.

Un lambris se compose de montants et de traverses, entre lesquels sont

embrévés des panneaux. Les montants de _rive_, ceux qui forment les

extrémités du lambris, reçoivent les traverses à tenons et mortaises;

tandis que les montants intermédiaires s'assemblent dans les traverses.

En C, on voit un montant d'extrémité; en D, un montant intermédiaire.

Dans ce cas, la moulure E de la traverse est poussée sans tenir compte

des assemblages. Puis, lorsqu'il s'agit de faire les assemblages des

montants intermédiaires, la moulure est enlevée, ainsi qu'il est indiqué

en F. Dès lors, cette moulure vient battre contre la tête des montants.

Ceux-ci ne sont chanfreinés ou moulurés que dans leur partie libre; les

chanfreins ou moulures s'arrêtent en G par un congé, pour laisser au

montant toute sa force au droit des assemblages et pour éviter les

joints d'onglet toujours défectueux. Les panneaux H sont embrévés à

grain d'orge, suivant la section I; s'ils sont amincis sur leurs quatre

rives pour entrer en feuillure, ils conservent toute leur force au

centre, comme le marque la section B' en K. Ces panneaux sont libres

dans leurs feuillures; ils peuvent se rétrécir sans inconvénients. Les

montants et traverses étant assemblés carrément, le jeu que donne la

dessiccation des bois n'apparaît pas dans les joints, ainsi qu'il arrive

toujours avec le procédé des onglets. Tout le système se rétrécit

ensemble. Nous donnons en L divers modes d'assemblages des montants avec

les traverses des lambris. En M, ce sont les montants dont la moulure

est poussée, sans tenir compte de l'assemblage, et ce sont les traverses

qui portent des _arrêts m_ au droit de chacun de ces assemblages. En N,

les montants et traverses ont l'un et l'autre des arrêts au droit des

assemblages. En O, de même. En M'N'O', sont tracés les assemblages des

montants avec les traverses basses ou plinthes. En M''N''O'', les

sections horizontales des panneaux avec les montants.

Lorsque les lambris sont hauts, il est nécessaire de les couper dans

leur hauteur par une ou plusieurs traverses intermédiaires qui évitent

les panneaux trop longs, toujours portés à gauchir. Ainsi (7), soit un

lambris de cinq pieds de haut (1m,62), on aura d'abord une semelle ou

plinthe A, dans laquelle viendra s'embréver la traverse basse B. Sur

cette traverse basse s'assembleront les montants C intermédiaires, et

elle-même s'assemblera dans les montants extrêmes D. Le même système

renversé sera adopté pour la traverse haute F et la corniche E. Mais en

G, on assemblera entre chaque montant des traverses à tenons H et

mortaises, afin de diminuer, comme nous l'avons dit, la longueur des

panneaux. Ceux-ci seront souvent, lorsqu'il s'agit de lambris adossés à

des murs, simplement posés en feuillure, ainsi que l'indique la coupe en

I, et retenus par quelques pattes. Ces panneaux ne peuvent influer en

rien sur la membrure, et s'ils sont faits en bois bien sec, n'ayant que

la largeur d'une planche de merrain ou débitée comme nous l'avons marqué

au commencement de cet article, tout l'ouvrage subira sans inconvénients

les changements de température. Car la question principale, dans les

oeuvres de menuiserie, est toujours de laisser au bois la facilité de

gonfler ou de se rétrécir sans influer sur les assemblages. Les tenons K

des montants passent à travers la traverse haute et la corniche, afin

d'empêcher le gauchissement de celle-ci, ce qui ne manque pas d'arriver

lorsque ces corniches ou cimaises sont simplement embrévées à languettes

dans les traverses hautes. En effet, l'épaisseur de ces corniches ou

cimaises étant plus forte que celle de la traverse haute, elles ont

assez de puissance, lorsqu'elles gauchissent, pour faire éclater la

languette prise dans le bois de fil. Ce système de lambris à panneaux

est adopté pendant les XIIIe et XIVe siècles avec des variantes dans les

profils. Quant aux assemblages, jusqu'au XVe siècle, ils sont toujours

francs, c'est-à-dire pris dans le bois conservant son équarrissage.

L'exemple que nous donnons, figure 7, montre les moulures de toutes les

traverses poussées sans arrêts et celles des montants avec arrêts au

droit de ces assemblages. Même lorsque la moulure d'encadrement des

panneaux se suit sans interruption sur les montants et les traverses,

ainsi que cela est souvent pratiqué dans les lambris du XVe siècle, les

assemblages d'onglet sont évités. Nous en trouvons un exemple dans l'un

des jolis lambris qui tapissent les chapelles de la nef de l'église de

Semur-en-Auxois (8). Les montants et traverses de ces lambris ont 0m,04

d'épaisseur (1 pouce 1/2); on voit que le profil d'encadrement A

s'arrondit en quart de cercle pour se continuer le long des montants,

mais que les assemblages sont toujours francs, sans onglets. Cette

moulure d'encadrement ne se retourne pas sur la traverse intermédiaire

B, et celle-ci ne possède que des chanfreins peu prononcés avec arrêts

au droit de chaque assemblage. Quant aux panneaux inférieurs, ils sont

sans moulures d'encadrement, mais avec des chanfreins comme pour donner

plus de solidité à ce soubassement. Une corniche C, dont nous donnons le

profil en C', est clouée sur la face de la traverse haute. Dans la frise

supérieure D, des panneaux ajourés posés en long allégissent la

boiserie. Les panneaux pleins n'ont que 0m,20 de largeur vue (8 pouces,

compris les languettes), 0m,01 d'épaisseur aux rives (5 lignes), mais

sont renforcés par ces nervures figurant des parchemins pliés. (Voir la

section horizontale E, faite au niveau _e_, et la section F, faite au

niveau _f_.) En G est tracé la coupe verticale des lambris, en H le

profil de la traverse A, et en I l'arrêt de la moulure d'encadrement sur

les traverses.

Nous donnons (9) plusieurs exemples de ces renforcements de panneaux,

figurant des parchemins pliés. L'exemple A montre des petites baguettes

ornées, passant derrière ces parchemins.

Dans la menuiserie antérieure au XVe siècle, il était d'usage souvent,

surtout pour les meubles, de revêtir les panneaux de peau d'âne ou de

toile collée sur le bois au moyen de colle de fromage ou de peau.

Lorsque ces boiseries vieillirent, ces revêtements durent quelquefois se

décoller en partie des bois déjetés; de là des plis, des bords

retournés. Il est à présumer que les menuisiers eurent l'idée de faire

de ces accidents un motif d'ornement et un moyen de donner de

l'épaisseur aux panneaux, tout en laissant leurs rives et languettes

très-minces. De là ces panneaux à parchemins plissés si fort en vogue

pendant le XVe siècle et le commencement du XVIe.

Nos ouvriers du moyen âge n'étaient pas seulement d'habiles praticiens,

ils étaient observateurs, attentifs à profiter de tout ce que le hasard

leur faisait découvrir. Un défaut, un effet du temps sur les matériaux,

devenait pour eux motif de perfectionnement ou d'ornement. Aimant leur

métier parce qu'il était le produit d'un labeur raisonné et non une

vague et inexpliquée tradition d'un art étranger, ils suivaient leur

propre génie, trouvant des combinaisons nouvelles dans l'observation

journalière de l'atelier sans emprunter au dehors des formes dont le

sens n'avait plus pour eux de signification. Les architectes ont depuis

longtemps déjà détourné la menuiserie de sa véritable ligne en voulant

lui imposer des formes en désaccord avec ses ressources. Pendant les

deux derniers siècles on a imité beaucoup de choses à l'aide de la

menuiserie, le stuc, le marbre, la pierre, le bronze, des colonnes, des

draperies, des corniches saillantes, des arcs, tout, sauf la menuiserie,

et cela au nom du grand art classique. Il semblerait, au contraire, que

l'art classique consistait à employer le bois, la pierre ou le métal, en

raison des propriétés particulières à chacune de ces matières. Ouvrons

un traité de menuiserie de ces derniers temps et nous y verrons, quoi?

Comment on fait des colonnes corinthiennes, des arcs et des pénétrations

de courbes, des culs-de-lampes, des trompes avec des madriers et des

planches, afin de simuler en bois des ouvrages de maçonnerie; comment on

fait des portes à grands cadres, des consoles et des corniches de 0m,50

de saillie; comment tout cela ne peut tenir qu'avec force équerres,

plates-bandes, vis et colle. De sorte que les menuisiers ont fini par ne

plus savoir faire de la menuiserie véritable, et que depuis un petit

nombre d'années seulement plusieurs d'entre eux ont commencé à

rapprendre cet art pratiqué il y a quatre cents ans avec autant de

savoir que de goût. Mais c'est toujours dans les contrées du Nord qu'il

faut chercher les oeuvres de menuiserie dignes de ce nom. Occupons-nous

maintenant des portes, des huis pleins ou à claires-voies, des croisées.

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Illustration: Fig. 3.]

[Illustration: Fig. 4.]

[Illustration: Fig. 5.]

[Illustration: Fig. 6.]

[Illustration: Fig. 7.]

[Illustration: Fig. 8.]

[Illustration: Fig. 9.]

[Note 204: C'est ainsi qn'ont dû être préparés les bois qui

ont servi à faire les stalles de la cathédrale d'Auch. Ces

bois ont acquis l'apparence du bronze florentin.]

[Note 205: Qualité que nous appelons aujourd'hui chêne de

Hollande et qui est encore, en grande partie, fournie par la

Champagne. En effet, beaucoup de bois de menuiserie qui nous

viennent de la Hollande sont achetés par des marchands

hollandais dans les forêts au-dessus de Reims. La manière de

débiter nos bois nous rend tributaires des Hollandais. En

effet, les Hollandais débitent les bois sur _maille_,

c'est-à-dire qu'ils font faire les sciages, autant que

possible, tendant toujours au centre de l'arbre, ainsi que

cela se pratiquait au moyen âge et ainsi que le pratiquent

encore les fendeurs de merrain. (Voy. à ce sujet le _Traité

de l'évaluation de la menuiserie_ par A. Boileau et F.

Bellot, Paris, 1847, p. 48 et suiv.; et Hassenfratz, _Théorie

des bois_, Paris, 1804, p. 133.)]

[Note 206: Beaucoup de menuiseries anciennes conservent des

traces d'une impression au minium, et cette impression a

singulièrement contribué à leur conservation. Ce procédé,

renouvelé depuis une dizaine d'années par nous-même, donne

d'excellents résultats. Aujourd'hui, il est assez

généralement adopté. (Voyez, relativement à l'assemblage et

au polissage des ais, l'oeuvre du moine Théophile,

_Diversarum artium schedula_, lib, I, cap. XVII.)]

[Note 207: Cette grille conserve des formes qni appartiennent

à l'époque romane, bien que nous ne la croyions pas

antérieure, comme fabrication, au XIVe siècle.]

[Note 208: De l'hôtel de ville de Gand (XVe siècle).]

[Note 209: Nous avons souvent élé appelé à démonter des

oeuvres de menuiserie des XVIIe et XVIIIe siècles. On ne

comprend pas comment une sculpture, souvent aussi délicate,

une ornementation charmante, s'allie à une structure aussi

grossière et peu raisonnée. Les belles stalles de Notre-Dame

de Paris, qui datent du commencement du dernier siècle, sont

un exemple de cet alliage de moyens barbares masqués sous la

plus riche apparence.]

[Note 210: Celle que nous donnons ici a été dessinée par nous

à Luxeuil.]

[Note 211: Cet ouvrage de menuiserie existait en fragments

dans la cathédrale de Perpignan en 1834, et servait de

lambris dans la chapelle Saint-Jean. Il était en sapin.]

HUIS.--Les portes les plus anciennes que nous retrouvons éparses encore

dans quelques provinces françaises ne sont pas antérieures au XIe

siècle, et il faut dire qu'à cette époque ces ouvrages de menuiserie

sont très-grossiers. Ils consistent en une série d'ais simplement

jointifs, doublés par d'autres ais disposés de manière à se relier aux

premiers par des clous. C'est suivant ce principe que sont disposés des

vantaux de portes de la cathédrale du Puy-en-Vélay et un vantail d'une

porte de l'église de la Voulte-Chilhac (IO). Du côté intérieur A, cette

porte ne présente qu'une suite de planches jointives; à l'extérieur B,

d'autres planches posées sur les premières en travers sont clouées et

présentent une apparence de panneaux couverts d'ornements plats[212]. En

C est donnée la coupe de l'huis faite par _ab_. Cette sorte de

menuiserie est tout orientale, comme les ornements qui la décorent. On

ne voit là ni assemblages, ni aucune des combinaisons à la fois légères

et solides qui constituent les oeuvres de menuiserie. Ce sont des

planches clouées les unes sur les autres, et rien de plus.

Très-postérieurement à cette époque, on voit encore dans des provinces

du centre de la France des huis qui, bien que moins naïvement exécutés,

découlent encore du même principe. Il existe dans l'église de Gannat une

porte à deux vantaux (11)[213], dont chaque huis est composé de quatre

planches posées jointives; pour les rendre solidaires et les empêcher de

gauchir, l'ouvrier a posé en dehors un treillis de bois formant comme

des panneaux à peu près carrés. En A, la porte est présentée à

l'intérieur. Le détail B donne la moitié d'un vantail du côté extérieur

avec son treillis. Le détail C indique le mode d'assemblage des montants

et traverses du treillis, la section D étant faite sur _a b_ et la

section E sur _e f_. G présente l'assemblage perspectif des traverses et

F la section sur le battement. Un clou à tête carrée en pointe de

diamant est fiché au milieu de chaque assemblage et dans les traverses

et montants entre chacun de ces assemblages. Ces clous, au droit des

joints des planches, ont leurs pointes doubles, rabattues à droite et à

gauche, ainsi qu'on le voit en D. Cet ouvrage est solide, puisqu'il est

resté en place depuis le XIVe siècle; mais ce n'est pas là une oeuvre de

menuiserie comme on en voit à cette époque et même antérieurement dans

les provinces du Nord. Les vantaux de cette porte sont serrés au moyen

de pentures clouées en dedans, ainsi que l'indique le figuré A. Les

planches et le treillis sont en chêne, et le tout est d'ailleurs bien

dressé.

La figure 12 nous montre les anciens vantaux de porte de la

Sainte-Chapelle haute de Paris. Cet ouvrage de menuiserie datait du

milieu du XIIIe siècle comme l'édifice; il était autrefois décoré de

peintures à l'extérieur et à l'intérieur. En A, nous présentons un

vantail du côté intérieur; en B, du côté extérieur. Le système consiste

en une membrure fortement assemblée avec deux montants, trois traverses

et des décharges destinées à reporter tout le poids de l'huis sur les

gonds. Les traverses sont assemblées dans les montants à queue

d'hironde, et les décharges, outre des tenons, possèdent des

embrévements qui roidissent l'ouvrage. Devant ce bâti sont clouées des

frises assemblées à grain d'orge; puis une décoration en bois mince est

clouée sur ces frises à l'extérieur. En C, nous avons indiqué la section

des vantaux. Les pentures posées en dedans sur les trois

traverses,--nous avons tracé une seule de ces pentures sur la traverse

du milieu,--sont doublées en dehors par des plates-bandes en fer mince,

ornées de gravures. Ainsi ces traverses se trouvent serrées entre deux

bandes de fer, et les clous des pentures intérieures sont rivés

extérieurement sur ces bandes de tôle. Des clous à têtes carrées en

pointes de diamant très-plates réunissent encore les frises à la

membrure. Le gâble avec son tiers-point, ses redents, ses crochets et

colonnettes, n'est qu'un placage maintenu au moyen de pointes. Un

battement existe à la jonction des deux vantaux avec le trumeau central

en pierre et forme comme un petit contre-fort sur la rive du vantail. À

l'intérieur, les montants, traverses et décharges sont chanfreinés entre

les assemblages et élégissent la membrure. Ces vantaux, très-altérés par

des guichets que l'on avait pratiqués à travers les huis et presque

entièrement pourris dans leur partie inférieure, ont dû être remplacés

lors des restaurations.

L'emploi de ce système de portes est très-fréquent pendant les XIIIe et

XIVe siècles. Il est léger, solide et se prête bien à la pose des

ferrures de suspension. Les portes de la façade de la cathédrale de

Paris, décorées à l'extérieur des belles pentures si connues, sont

combinées de la même manière et datent probablement du commencement du

XIIIe siècle, car nous ne pensons pas qu'elles aient été refaites. Leur

parement extérieur, sous les pentures, était couvert primitivement d'une

peinture rouge très-brillante d'un ton laqueux.

La cathédrale de Poitiers possède encore ses vantaux de portes qui

datent du commencement du XIVe siècle. Ces oeuvres de menuiserie sont

d'un certain intérêt, parce qu'elles servent de transition entre les

vantaux composés d'un bâti contre lequel était appliqué un parquet de

planches de chêne et les vantaux à panneaux embrévés entre la membrure

elle-même. De plus quelques-uns de ces vantaux sont déjà munis de

guichets. La figure 12 _bis_ présente l'un de ces vantaux en A du côté

intérieur, et en B du côté extérieur. Les montants _a_ et _b_ sont plus

épais que les traverses haute et basse; ils ont 0m, 13, tandis que

celles-ci n'ont que 0m,10. Quant aux traverses intermédiaires, elles

n'ont que 0m,08. Des montants de même épaisseur sont assemblés entre ces

traverses et reçoivent des panneaux entre eux, ainsi que le fait voir en

C et D le détail P. À l'extérieur, la membrure tout entière et les

panneaux sont au même nu, et ces panneaux ne se distinguent des autres

parties que par un élégissement indiqué en G dans le détail P. Des

décharges assemblées dans les montants C, et n'ayant que la moitié de

l'épaisseur de ceux-ci, empêchent le vantail de se déformer et de

fatiguer les assemblages par son poids. En I est tracé un détail

perspectif de l'assemblage des décharges avec les montants

intermédiaires; ces pièces sont réunies à leur rencontre par des clous K

à tête carrée et à doubles pointes rabattues à l'intérieur. En L est

tracé le détail du battement, muni d'une colonnette à pans, saillante à

l'extérieur, O étant le chapiteau figuré en _o_, R la bague _r_, S la

base _s_. Ces détails sont à l'échelle de 0m,10 pour mètre.

Ce ne fut guère qu'à la fin du XIVe siècle que les menuisiers se mirent

à faire des portes à panneaux, c'est-à-dire ayant les faces extérieure

et intérieure pareilles et composées de montants et de traverses entre

lesquels étaient embrévées des planches à grains d'orges ou à

languettes. L'église Notre-Dame de Beaune possède encore au commencement

du bas côté du choeur, côté nord, un huis de ce genre qui date de la fin

du XIVe siècle (13).

En A est l'une des faces de cet huis, composé de deux montants de rive,

de deux traverses hautes et basses, de trois autres traverses

intermédiaires et de deux autres montants assemblés dans les traverses.

En B est tracé le détail d'une traverse C, avec le montant intermédiaire

D assemblé et le bout d'un panneau E. En F est la section horizontale

d'un panneau avec les deux montants; en G, la section verticale d'une

traverse avec deux panneaux et leurs languettes; en H nous donnons le

détail perspectif d'un montant désassemblé, son extrémité supérieure

étant en _a_. Déjà les panneaux sont renforcés dans leur milieu, ainsi

que l'indique la section F, et ce sont les baguettes des montants et

traverses qui reçoivent entre elles les languettes des panneaux laissés

libres d'ailleurs. À la partie inférieure de ces panneaux, des

chanfreins poussés sur les traverses remplacent les baguettes, afin de

ne point arrêter la poussière. Ces baguettes se joignent d'onglet à la

partie supérieure des panneaux et reposent en sifflet sur les chanfreins

inférieurs, comme l'indique notre détail perspectif H. Ainsi, les

baguettes et chanfreins pouvaient être poussés au _guillaume_ le long

des montants et traverses sans arrêts, et les assemblages étaient faits

après coup en enlevant des baguettes et chanfreins ce qu'il fallait pour

faire les repos et les mortaises. Bien entendu, cette porte, comme les

précédentes, est en chêne.

Mais le XIVe siècle avait fait, en menuiserie, des oeuvres remarquables;

il nous reste de cette époque des stalles fort belles (voy. STALLE), des

fragments de boiseries taillés et assemblés de main de maître.

L'incurie, l'amour du changement, le faux goût, ont laissé ou fait

disparaître un nombre prodigieux de ces oeuvres d'art. Il faut

aujourd'hui en chercher les débris dans quelques musées, en recueillir

quelques traces conservées par de vieilles gravures ou des dessins. La

Normandie, la Picardie, la Champagne et la Bourgogne étaient

particulièrement riches en beaux ouvrages de menuiserie. Les vantaux de

porte, très-simples jusqu'à cette époque, étaient devenus depuis lors un

motif de décoration de bois. On renonçait aux applications de bronze,

aux pentures de fer très-historiées, aux revêtements de cuir peint, pour

donner au bois les formes les plus riches, sans cependant abandonner les

principes de la vraie construction qui appartiennent à la menuiserie.

Quelquefois alors, on laissait dans ces vantaux des ajours, et s'ils

étaient d'une trop grande dimension pour être ouverts à chaque instant,

on y pratiquait des guichets, ainsi qu'on a pu le remarquer déjà dans

l'exemple donné figure 12 _bis_.

Voici (14)[214] une de ces portes. Sa membrure se composait de deux

montants de rive, de deux traverses haute et basse, d'une large traverse

intermédiaire, de deux décharges B formant gâble et de deux montants

intermédiaires C, assemblés à mi-bois avec les décharges dans la partie

supérieure et servant de dormants au guichet dans la partie inférieure.

Les panneaux A, de la partie supérieure, étaient ajourés et vitrés

probablement. Pour faire comprendre la construction de ce grand vantail,

nous donnons en D la coupe faite sur _a b_, montrant le chapiteau des

montants intermédiaires; en E la section faite sur _c d_ du gâble; en F

la section faite sur _g h_; en G la section faite sur la traverse

intermédiaire avec le battement _i_ du guichet; en II la section faite

sur la traverse intermédiaire du guichet; en K la section faite sur la

traverse basse avec le battement _l_ du guichet; en OP la section

verticale faite sur les panneaux latéraux de la partie inférieure; en R

la section faite sur _n p_; en S est l'échelle de l'ensemble; en _s_,

celle des détails.

Il existe encore un assez bon nombre de vantaux du XVe siècle; nous

citerons ceux du portail sud de la cathédrale de Bourges, ceux du

portail principal de l'église Notre-Dame de Beaune, ceux de la porte

principale de l'hôtel de Jacques Coeur, à Bourges, ceux de

l'avant-portail des libraires de la cathédrale de Rouen, ceux de

l'hôtel-Dieu de Beaune parmi les plus remarquables. On employait fort

souvent, au XVe siècle, ces vantaux ajourés, soit comme fermeture de

vestibules, de chapelles, d'oratoires ou même de réduits, c'est-à-dire

de cabinets donnant dans une chambre. Ces vantaux ajourés étaient même

parfois brisés et pouvaient se replier comme nos volets, de manière à ne

pas prendre de place dans de petites pièces lorsqu'on voulait les tenir

ouverts. On voit encore à l'entrée d'une des chapelles du nord de

l'église de Semur-en-Auxois une de ces portes exécutée avec un goût

parfait (15). Cette porte se compose de deux vantaux, chacun d'eux se

repliant en deux feuilles. En A nous présentons un vantail en dehors, et

en B en dedans. La section horizontale C est faite au niveau D, et la

section E au niveau F. La brisure est indiquée en G et le battement des

deux vantaux en H. En I est tracée la section verticale de la traverse

supérieure et de la traverse intermédiaire. En K, la section _a b_,

moitié d'exécution. Cette jolie menuiserie conserve encore ses ferrures,

qui sont très-finement travaillées (voy. SERRURERIE). Tout cela s'ouvre

facilement, est agréable à la main; c'est bien là de la menuiserie

d'appartement, légère, élégante, solide, faite pour l'usage journalier.

Rien n'est plus simple, cependant, que sa construction, ainsi que le

fait voir notre figure. Ici les moulures d'encadrement des panneaux se

retournent sans arrêts, mais ne sont pas assemblées d'onglet, le retour

d'équerre de ces moulures étant coupé à contre-fil dans les montants.

Les battements saillants du milieu et des brisures sont chevillés sur

les montants, ainsi que les profils L. Il n'y a ni clous, ni vis; les

ferrures seules sont retenues au moyen de crampons très-adroitement

combinés pour ne point fatiguer ni ces ferrures ni le bois.

À l'intérieur des châssis de croisées, on posait dans les appartements

des volets pleins ou ajourés qui étaient de véritables vantaux. Les

ajours de ces volets étaient quelquefois pratiqués dans leur partie

inférieure pour permettre de voir à l'extérieur sans ouvrir le vantail.

La fig. 16 représente un de ces volets[215] solidement construit et

d'une forte épaisseur; la membrure principale A (voy. la section B faite

sur _a b_) encadre un second châssis C, qui maintient les panneaux D. En

E, nous avons tracé le profil pris sur _e_; en F le profil des deux

membrures AC et en G, le détail perspectif de l'assemblage _g_ de la

traverse intermédiaire dans le montant. Les panneaux inférieurs sont

délicatement ajourés suivant le profil E, les membres secondaires de cet

ajour ne prenant que l'épaisseur _h i_.

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 6 - (G - H - I - J - K - L - M - N - O) · 第 25 / 32 段