des boudins ou colonnettes des pieds-droits ayant pour section une
demi-section de meneau, on a tracé l'arc brisé CDE; donc la base CD et
les deux arcs de cercle circonscrivent un triangle équilatéral. Divisant
ce triangle équilatéral par l'axe EF et par les deux lignes CG, DH
passant par les milieux des deux lignes DE, CE, on obtient la figure
EKIL, dans laquelle nous inscrivons le cercle dont le centre est sur
l'axe en M. Marquant sur les lignes LC, LD deux points M'M'' à une
distance égale à la longueur LM, on trace les deux autres cercles à
l'aide de rayons égaux à celui du cercle dont le centre est en M. Il est
clair que ces trois cercles sont tangents et inscrits par le grand arc
brisé. Divisant ensuite la largeur AB en trois parties égales A,_ab_,B
et chacune de ces trois divisions en deux, nous élevons des points N et
O deux verticales, soit celle OP qui rencontre la circonférence du
cercle M'' en P. De ce point P, prenant une longueur égale à _b_B, nous
formons le triangle équilatéral P_b_S. Alors nous avons la base RS de la
claire-voie portant sur les meneaux. Prenant les points _b_S comme
centres et la longueur _b_S comme rayon, nous traçons les trois arcs
brisés inférieurs; nous cherchons sur cette base RS les centres T du
second arc brisé milieu, partant des naissances _a,b_ et devant être
tangent aux deux circonférences M'M''. Toutes ces lignes forment les
axes X des meneaux dont nous avons donné la section en Y. Le tracé plus
sombre Z sur cette section Y donne la section des redents. L'axe _p_ de
ces redents est à une certaine distance de l'axe X et ne se confond pas
avec lui. Pour tracer les redents, nous prenons donc cette distance à
l'intérieur de la circonférence des cercles et des arcs brisés
inférieurs. Pour les redents des cercles, _m_ étant le point marqué sur
l'axe à la distance X_p_ donnée par la section des meneaux, on divise la
longueur _m_M en deux parties égales; du point _m'_ milieu et prenant
_m'm_ comme rayon, nous traçons les redents à quatre lobes des cercles.
Quant aux redents des arcs brisés inférieurs, ils sont tracés suivant un
même rayon; les centres des branches inférieures étant placés sur la
ligne de base RS. Les redents de l'espace Q sont de même inscrits dans
un triangle équilatéral. En AA, nous avons tracé à l'échelle de 0m,05
pour mètre le détail des redents des cercles avec l'armature circulaire
en fer pincée par les quatre extrémités des lobes et destinée à
maintenir les verrières. L'appareil des meneaux est indiqué par les
lignes _g_, etc. En BB est donné le détail des chapiteaux. Ces meneaux,
qui n'ont que 0m,095 d'épaisseur sur 0m,23 de champ, suffisent pour
maintenir les vitraux de fenêtres qui ont 4m,40 de largeur sur 9m,20 de
hauteur de l'appui à la clef, et encore reposent-ils sur une galerie à
tour (voy. _CONSTRUCTION_, fig. 103); ils sont taillés dans du beau
liais de Tonnerre et sont bien conservés. Il était impossible de
combiner et d'exécuter un châssis de pierre plus léger, mieux entendu et
plus résistant eu égard à son extrême ténuité.
Les formerets de la voûte circonscrivent exactement les grands arcs
brisés qui ont servi de cintre pour les bander; car ces arcs entrent en
feuillure sous ces formerets, comme l'indique la section X'. Il n'est
pas besoin de dire que les meneaux verticaux sont d'une pièce et que les
ajours sont taillés dans de très-grands morceaux de pierre, ainsi que
l'indique l'appareil tracé sur la figure 6.
Vers la fin du XIIIe siècle et le commencement du XIVe, on employa des
méthodes encore plus précises et plus rationnelles. On remarquera, dans
l'exemple précédent, qu'il y a encore certains tracés qui sont livrés au
tâtonnement; ainsi, l'inscription du cercle du sommet, générateur des
trois autres, dans la figure EKIL, ne peut guère être obtenue dans la
pratique qu'en cherchant sur l'axe EF le centre M au moyen du
_troussequin_; les tangentes de ce cercle avec les lignes CI, DH et les
deux arcs CE, DE ne pouvant être connues d'avance que par des opérations
géométriques compliquées que certainement il était inutile de faire, les
architectes ont donc été amenés à chercher des méthodes géométriques qui
pussent toujours être démontrées et par conséquent dont le tracé fût
absolu. Ce résultat est remarquable dans la partie de l'église de
Saint-Nazaire de Carcassonne qui fut élevée au commencement du XIVe
siècle. Le triangle équilatéral devient, dans cet édifice, le générateur
de tous les compartiments des meneaux. Prenons d'abord les fenêtres du
sanctuaire de cette église qui sont les plus simples, et qui ne sont
divisées que par un meneau central supportant une claire-voie. Le tracé
générateur est fait sur l'axe des colonnettes ou boudins. Soit (7) une
de ces fenêtres. Les trois lignes verticales AA'A'' passent par les axes
des colonnettes dont la section est donnée en B. Cet axe est tracé en
_a_. La naissance de l'arc brisé étant en CC', sur cette base CC' on
élève le triangle équilatéral CC'D, et prenant CC' comme centres on
trace les deux arcs CD, C'D qui sont toujours les axes des boudins
donnés en _a_ sur la section B. Divisant les lignes CD, C'D en deux
parties égales, des points _dd'_ diviseurs et des points DCC'_c_, pris
comme centres, nous traçons les trois angles curvilignes équilatéraux
inscrits. Deux verticales abaissées des deux points _dd'_ divisent les
deux arcs C_c_, _c_C' en deux segments égaux. Prenant alors à
l'intérieur des deux travées des distances égales à la distance qu'il y
a entre les axes générateurs _a_ et les axes _b_ des membres secondaires
du faisceau dont la section est en B, soit en _ee'_, la naissance de la
claire-voie étant fixée au niveau E, sur cette naissance nous cherchons
le centre de l'arc de cercle qui doit passer par les points _e_ et _f_;
centre qui s'obtient naturellement en faisant passer une ligne par les
points _e_ et _f_ en élevant une perpendiculaire du milieu de cette
ligne jusqu'à sa rencontre avec la ligne de niveau E. Dès lors, on
considère les arcs C'D, C'_d'_, _cd'_, _dd'_, etc., comme membres
principaux, et les arcs _c_C', _ef_, _e'f_ comme membres secondaires.
Les centres des redents G sont pris sur les axes passant par le sommet
des triangles curvilignes, ainsi que l'indiquent les rayons ponctués;
ces redents sont membres secondaires. c'est-à-dire que leur section est
celle donnée par la seconde section génératrice dont l'axe est en _b_.
Mais les arcs C_c_, _c_C' étant secondaires eux-mêmes, les axes des
redents sont tangents à ces arcs, comme on le voit en _g_. Quant aux
redents inférieurs _h_, ils sont tertiaires et prennent la section _h'_
sous-division de la section génératrice B. Les chapiteaux des arcs sont
placés au niveau CC'.
Le tracé F de la moitié de la claire-voie, sur une échelle de 0m,04 pour
mètre, explique le tracé de cette épure de manière à faire comprendre la
section de tous les membres. Souvent, comme dans le cas présent, la
section des extra-dos M est simplifiée et donne la coupe N, mais cette
disposition est rare; à dater de la fin du XIIIe siècle les sections
sont uniformes aux intra-dos comme aux extra-dos des arcs des
claires-voies. Sur ce tracé est donnée la section du formeret qui
enveloppe exactement l'arc de la claire-voie lui servant ainsi de
cintre. Les claires-voies de ces fenêtres sont d'une heureuse
proportion; de l'appui à la naissance E des arcs inférieurs les
colonnettes ont 7m,70 et sont composées de deux ou trois morceaux.
Les compartiments des claires-voies supérieures engendrés par des
triangles équilatéraux se prêtaient parfaitement au système des meneaux
disposés par trois travées, assez généralement adopté au XIVe siècle.
Puisqu'on décorait les fenêtres par des vitraux, on voulait avoir un
motif milieu; les fenêtres, par deux et quatre travées, étaient moins
favorables à la peinture des sujets que la division par trois. Il y
avait donc entente entre l'architecte et le peintre verrier. Dans la
même église de Saint-Nazaire, les grandes fenêtres orientales du
transsept sont, en effet, divisées en trois travées au moyen de deux
meneaux; les compartiments surmontant ces meneaux, bien que variés entre
eux; procèdent tous de combinaisons données par le triangle équilatéral.
Voici (8) l'une de ces fenêtres.
Il est entendu qu'à dater du milieu du XIII siècle les compartiments des
meneaux sont tracés en prenant les axes des colonnettes ou boudins.
Soient donc _aa'_ les axes de ces colonnettes dont la section est donnée
en A, avec ses décompositions en membres secondaires et tertiaires; la
ligne _b_ étant l'axe du membre secondaire et celle _c_ l'axe du membre
tertiaire. La naissance du formeret étant en B, sur la ligne de base BB'
on élève le triangle équilatéral BB'C. Les points BB' sont les centres
des arcs principaux BC, B'C. Du même point B' et du point D, prenant BD
comme rayon, nous décrivons les deux arcs B'_e_, D_e_; du point _e_
comme centre, nous décrivons le troisième arc DB', mais en diminuant le
rayon de la distance qu'il y a entre les deux axes A et _b_. Il est
clair que le centre _e_ se trouve sur le côté B'C du grand triangle
équilatéral. Prenant les points _e_ et C comme centres, nous traçons le
triangle équilatéral curviligne supérieur. Du point _f_ de rencontre de
l'arc de base avec l'axe de la fenêtre et prenant toujours la distance
_aa'_ comme rayon, nous obtenons les points de rencontre _g_ qui sont
les centres de l'arc brisé milieu _fg_. Ce sont là les axes des membres
principaux du compartiment, ceux dont la section est la plus forte,
celle A. Il s'agit maintenant de tracer les compartiments dont la
section est donnée sur l'axe _b_ secondaire. Prenant les points C_e_
comme centres, et ayant divisé l'arc C_e_ en deux parties égales, les
longueurs _ei_, C_i_, nous donnent les rayons des trois arcs formant le
riangle curviligne concave à l'intérieur du triangle curviligne convexe
supérieur. Ayant élevé les deux verticales _ll'_ à une distance des axes
_aa'_ égale à la distance existant entre le grand axe A et l'axe
secondaire _b_, du point _n_, prenant la distance _ll'_ comme rayon,
nous obtenons les points _oo'_ qui sont les centres des arcs inférieurs
_on_, _o'n_. Toujours en observant la distance entre les deux axes A et
_b_ de la section, nous traçons le trèfle milieu dont les centres sont
posés aux angles d'un triangle équilatéral; puis, sur la ligne de niveau
_oo'_ prolongée, nous élevons l'arc brisé central inférieur tangent aux
lobes du trèfle. Tous ces membres appartiennent à la section secondaire
dont l'axe est en _b_. Les redents, les petits trèfles et les
subdivisions tracées en P appartiennent à la section tertiaire _c_. En R
est représentée la moitié des meneaux avec tous leurs membres, suivant
l'épaisseur de chaque section, obtenus en portant à droite et à gauche
des axes les demi-épaisseurs de ces sections. En S, nous figurons un des
chapiteaux _s_ des meneaux, et en T les goujons qui traversent les
barres de fer placées à la naissance des claires-voies et qui sont
destinés à maintenir dans leur plan et les colonnettes verticales et les
compartiments. Ces scellements de goujons et tous les joints d'appareils
sont coulés en plomb, précaution devenue nécessaire du jour où l'on
avait réduit la section des meneaux à une très-petite surface. Si l'on
veut apporter quelque attention à la disposition de cet appareil, on
remarquera que les vides laissés au milieu des morceaux d'une grande
dimension sont étrésillonnés par ces subdivisions de trèfles et de
redents qui ajoutent à la solidité de ces claires-voies. Ces architectes
de l'école gothique française sont de terribles logiciens, et la
composition des meneaux de leurs grandes baies en est une nouvelle
preuve.
Ainsi, par exemple, ces redents H que nous voyons apparaître vers le
milieu du XIIIe siècle dans l'Île-de-France et d'abord à la
Sainte-Chapelle de Paris, ces redents considérés comme une décoration,
un agrément, sont primitivement indiqués par un besoin de solidité.
Chaque fois qu'un inconvénient résultait d'une forme adoptée, on
cherchait et on trouvait aussitôt un moyen d'y remédier, et ce moyen
devenait un motif de décoration. On voit dans la figure 8 que la branche
K est isolée et que le moindre tassement, qu'une pression inégale
pourrait la briser en L; or, cette branche est consolidée au moyen du
redent P formant lien en potence au-dessous. Il est clair que les
trèfles X, inscrits dans les triangles évidés des plus grands morceaux
de l'appareil, donnent une grande force aux branches de ces triangles.
De même les redents M des branches des triangles curvilignes supérieurs
et ceux N des trois étrésillons droits ajoutent singulièrement à la
résistance de ces parties d'appareil. On ne fait pas autre chose
aujourd'hui lorsqu'on veut donner une plus grande résistance à des
pièces de fonte de fer, par exemple, sans augmenter sensiblement leur
poids; mais il est vrai que l'on veut considérer ces moyens comme des
innovations dues à la science moderne.
On nous permettra, tout en rendant justice à notre temps, de restituer
cependant à chaque époque ce qui lui revient de fait; on est bien forcé,
quand on veut étudier avec attention la composition de ces claires-voies
de pierre adoptées par l'école laïque du moyen âge, de reconnaître que
ces claires-voies, occupant des surfaces considérables relativement à
celles données par les modes d'architecture antérieurs et modernes, sont
tracées, combinées et appareillées de manière à présenter le moins de
pleins et à offrir la plus grande résistance possible. Par le tracé des
nerfs principaux et des coupes des joints, toutes les pesanteurs sont
reportées sur les meneaux verticaux, mais principalement sur les
jambages; quant aux panneaux ajourés, ils sont rendus presque aussi
rigides que des dalles pleines au moyen de ces étrésillonnements
tertiaires tels que les trèfles et les redents. Il fallait que ces
combinaisons fussent assez bonnes, puisque la plupart de nos grands
édifices gothiques ont conservé leurs meneaux, et que quand ils ont
souffert des dégradations, il est facile de les restaurer ou de les
remplacer comme on remplace un châssis de fer ou de menuiserie. Les
meneaux de pierre ont même cet avantage qu'ils peuvent être réparés en
partie s'il s'est fait quelques brisures, tandis qu'un châssis de bois
ou de fer, une fois altéré, doit être refait à neuf.
Ajoutons que ces meneaux de pierre supportent des vitraux d'un poids
énorme et les armatures de fer destinées à les attacher. Ne considérant
ces membres d'architecture qu'au point de vue de l'effet qu'ils
produisent, ils nous paraissent former des dessins d'un aspect agréable,
rassurants pour l'oeil et heureusement composés. C'est dans
l'Île-de-France qu'il faut toujours aller chercher les meilleurs
exemples de cette architecture au moment où elle se développe pour
arriver aux formules. On trouve au sein de cette école, la plus pure et
la plus _classique_ de l'art du moyen âge, une sobriété, une application
de principes vrais, obtenue à l'aide des méthodes les plus simples, une
délicatesse dans les proportions, dans le choix des profils qui laissent
au second rang les oeuvres des autres provinces[200]. Nous donnons (9)
une des fenêtres des chapelles du choeur de Notre-Dame de Paris, élevées
en même temps que le choeur de l'église de Saint-Nazaire de Carcassonne,
c'est-à-dire vers 1320.
On voit ici l'absence de toute combinaison compliquée, c'est toujours le
dessin des meneaux des fenêtres de la Sainte Chapelle du Palais, mais
allégé. Ces fenêtres se divisent encore en quatre travées au moyen d'un
meneau central dont la section est donnée par l'axe A, et de deux
meneaux secondaires dont la section dérivée de la principale est donnée
par l'axe _b_. Soient _a_ et _a'_ les axes de la section principale A.
Du point B, prenant _a'a''_ comme rayon, on décrit l'arc concentrique au
formeret CB. Donc, BC est le côté d'un triangle équilatéral. De ce même
point B et du point I, milieu de la base du triangle, prenant BI comme
rayon, nous traçons les arcs BE. Or, BE est égal à EC. On trace le
cercle supérieur tangent aux arcs BC,IE. Tels sont les axes des membres
principaux, ceux dont la section est donnée par le profil dont l'axe est
A. Reportant en dedans de la fenêtre et des points _aa'_ une distance
égale à la distance qu'il y a entre les axes A et _b_, en _ee'_ et
divisant la ligne de base _ee'_ en deux parties égales, prenant _ef_
comme rayon, nous traçons les arcs inférieurs _efg_, _fe'g'_, puis nous
traçons le sous-arc secondaire concentrique à l'arc brisé IBE. Nous
inscrivons un second cercle dont le centre est en F, tangent aux deux
arcs inférieurs et à l'arc secondaire IBE. Prenant à l'intérieur de ce
cercle et des arcs inférieurs une distance égale à la distance qu'il y a
entre l'axe _b_ de la section secondaire et l'axe _c_ de la section
tertiaire, nous traçons les axes des redents.
L'épure de ces meneaux est donc facile à faire, la composition est
heureuse, claire, solide et d'un appareil solide, ainsi qu'on peut le
voir en G. En K est donnée la section du pied-droit _h_, portant le
formeret de la voûte formant archivolte à l'extérieur. En L est donné le
profil de l'appui dont l'extérieur est en _l_ avec la pénétration des
bases. Le tracé _m_ donne la projection horizontale des tailloirs des
chapiteaux, celui _n_ la projection horizontale des bases. C'est ici que
la fonction des redents est évidente. Ces redents _i_ donnent une grande
force supplémentaire aux branches principales et secondaires des arcs,
et on voit comme ils sont adroitement disposés pour ne pas gêner les
coupes des joints. Le meneau central et les deux meneaux secondaires
verticaux sont d'un seul morceau chacun; quant à la claire-voie
supérieure, elle se compose seulement de quinze morceaux, et cependant
ces fenêtres ont 4m,00 de largeur sur 4m,50 environ de hauteur sous
clef, dans oeuvre.
Une fois le principe logique admis dans la construction des meneaux
comme dans les autres membres de l'architecture gothique, les
architectes ne s'arrêtent pas. Bientôt ils renoncent totalement aux
sections génératrice, secondaire et tertiaire; ils adoptent une seule
section pour tous les membres des meneaux, sauf les redents qui prennent
moins de champ. Vers la fin du XIVe siècle on cherche déjà même à éviter
les arcs brisés. Les meneaux ne se composent que de courbes et de
contre-courbes, de manière à ne former plus qu'un réseau d'une
résistance uniforme. En théorie cela était logique; en pratique, ces
formes étaient d'un aspect moins satisfaisant.
Pour ne pas charger cet article, déjà très-étendu, d'un trop grand
nombre d'exemples, nous allons étudier les meneaux adoptés au XVe
siècle, et dans la composition desquels on aperçoit cette tendance des
constructeurs de cette époque de ne plus tenir compte que de la logique,
souvent aux dépens du style et de la simplicité apparente.
Alors, dans la composition des meneaux, les architectes cherchent à
résumer toutes les forces et pesanteurs en une pression verticale. Soit
(10) une de ces fenêtres du XVe siècle[201]. La section des trois
meneaux de ces fenêtres est la même (voir le détail A), elle se
reproduit également dans la claire-voie; les redents seuls ont moins de
champ et prennent la section B. Au moyen des grandes contre-courbes des
deux divisions principales, les pesanteurs sont amenées sur le meneau
central C et sur les jambages D. Une partie de ces pesanteurs est même
déviée sur les meneaux intermédiaires E par les courbes renversées _a_
et par celles _b_. Les combinaisons de ces courbes et contre-courbes
font assez connaître le but que s'est proposé d'atteindre le
constructeur, savoir: une claire-voie formant un réseau dont les mailles
se résolvent en des pressions verticales, un système d'étrésillonnement
général et des renforts à tous les points faibles donnés par les
redents. On comprend, par exemple, que la corne _c_ se briserait sous la
moindre pression, si elle n'était renforcée par le redent _d_. Les
barres _e_ destinées à maintenir les panneaux des vitraux viennent
encore ajouter un étrésillonnement à celui donné par la combinaison de
la claire-voie de pierre.
Si l'on veut examiner ces meneaux avec attention, on reconnaîtra que
tous les points faibles, ceux qui doivent subir les plus fortes
pressions, sont étayés ou étrésillonnés par des courbes qui tendent à
rendre tous les membres solidaires; que ces courbes sont tracées en
raison de la véritable direction des pressions, de manière à décomposer
celles qui sont obliques et à les ramener à des pesanteurs agissant
verticalement; que les joints d'appareil sont coupés perpendiculairement
à la direction de ces pressions, afin d'éviter les joints maigres,
sujets à glisser ou à causer des brisures. Nous n'avons pas pour ce
genre d'architecture un goût bien vif, mais il nous est impossible de ne
pas reconnaître là l'oeuvre de constructeurs très-expérimentés,
très-savants, logiques jusqu'à l'excès et chez lesquels la fantaisie ou
le hasard n'avait pas de prise. Quand l'abus d'un principe conduit à de
pareilles conceptions, il faut déplorer l'abus, mais il faut
équitablement constater la valeur du principe et tâcher d'en tirer
profit en évitant ses excès. Ces gens-là connaissaient à fond les
ressources de leur art, ne faisaient toute chose que guidés par leur
raison. Il ne nous appartient pas aujourd'hui de leur jeter la pierre,
nous qui, possesseurs de matériaux variés et excellents, ne savons pas
en tirer parti, et qui montrons notre insuffisance lorsqu'il s'agit de
combinaisons de ce genre en architecture. Dans ce dernier exemple, les
meneaux verticaux sont d'une seule pièce chacun, de l'appui à la
naissance des courbes. La barre G traverse la tête de ces meneaux et
maintient les sommiers de la claire-voie au moyen de goujons en os[202].
Quant aux barres H, ce sont des barlotières simplement engagées d'un
centimètre ou deux dans les montants. Des vergettes maintenaient les
panneaux des vitraux engagés dans les feuillures I. Les barres et
barlotières, ainsi que les tringles _e_, sont garnies de pitons et de
clavettes. Les architectes du XVe siècle se fiaient si bien à la
combinaison de leurs meneaux qu'ils les taillèrent souvent dans de la
pierre demi-dure, dans du banc royal, par exemple. Il faut dire aussi
qu'ils leur donnaient une section relativement plus forte que celle
adoptée pour les meneaux du XIVe siècle, qui sont toujours les plus
délicats. Ces compartiments de meneaux furent conservés jusque vers le
milieu du XVIe siècle. Cependant, à l'époque de la Renaissance, quelques
tentatives furent faites pour mettre les meneaux en harmonie avec les
nouvelles formes de l'architecture en vogue à cette époque. Témoin
certains des meneaux de l'église de la Ferté-Bernard, qui présentent le
plus singulier mélange des traditions du moyen âge et de réminiscences
de l'antiquité romaine. On croirait voir des arabesques de Pompéii
exécutées en pierre.
Voici (11)l'une de ces combinaisons. La fenêtre est divisée par deux
meneaux verticaux G, son axe étant en M. L'appareilleur n'a pas ici
cherché des coupes savantes pour assembler les morceaux de la
claire-voie. Celle-ci ne se compose réellement que de trois linteaux
ajourés, superposés, dont on voit les lits en LL'L'', les branches
d'arcs O faisant partie de ces linteaux. On reconnaît encore cependant
que l'architecte, par la disposition des arabesques, a voulu donner de
la résistance aux points faibles des évidements. Les figurines, les
enroulements n'existent qu'en dehors du vitrial, les panneaux de verre
étant enchâssés dans les compartiments principaux. La colonnette K même
ne porte que la demi-épaisseur des meneaux et n'existe que du côté du
dehors. En A est tracée la section sur _ab_ et en B la section sur _cd_.
La partie la plus délicate de cette claire-voie n'est guère qu'une
décoration extérieure qui ne maintient en aucune façon les panneaux de
verre, mais qui cependant donne un peu plus de solidité à l'ouvrage. Ces
meneaux produisent un assez bon effet et sont exécutés avec une finesse
et une perfection remarquables. Les soffites rampants sous les corniches
et frontons sont ornés de gravures délicates. Le système de linteaux ou
d'assises ajourés adoptés ici ne pouvait convenir qu'à des fenêtres
assez étroites, puisqu'il interdisait les joints verticaux. Dans la même
église, les claires-voies des fenêtres ayant trois meneaux et quatre
travées sont combinées dans le genre de celles données précédemment,
fig. 10.