Soit AB la largeur de la fenêtre. Sur cette largeur, qui donne les axes

des boudins ou colonnettes des pieds-droits ayant pour section une

demi-section de meneau, on a tracé l'arc brisé CDE; donc la base CD et

les deux arcs de cercle circonscrivent un triangle équilatéral. Divisant

ce triangle équilatéral par l'axe EF et par les deux lignes CG, DH

passant par les milieux des deux lignes DE, CE, on obtient la figure

EKIL, dans laquelle nous inscrivons le cercle dont le centre est sur

l'axe en M. Marquant sur les lignes LC, LD deux points M'M'' à une

distance égale à la longueur LM, on trace les deux autres cercles à

l'aide de rayons égaux à celui du cercle dont le centre est en M. Il est

clair que ces trois cercles sont tangents et inscrits par le grand arc

brisé. Divisant ensuite la largeur AB en trois parties égales A,_ab_,B

et chacune de ces trois divisions en deux, nous élevons des points N et

O deux verticales, soit celle OP qui rencontre la circonférence du

cercle M'' en P. De ce point P, prenant une longueur égale à _b_B, nous

formons le triangle équilatéral P_b_S. Alors nous avons la base RS de la

claire-voie portant sur les meneaux. Prenant les points _b_S comme

centres et la longueur _b_S comme rayon, nous traçons les trois arcs

brisés inférieurs; nous cherchons sur cette base RS les centres T du

second arc brisé milieu, partant des naissances _a,b_ et devant être

tangent aux deux circonférences M'M''. Toutes ces lignes forment les

axes X des meneaux dont nous avons donné la section en Y. Le tracé plus

sombre Z sur cette section Y donne la section des redents. L'axe _p_ de

ces redents est à une certaine distance de l'axe X et ne se confond pas

avec lui. Pour tracer les redents, nous prenons donc cette distance à

l'intérieur de la circonférence des cercles et des arcs brisés

inférieurs. Pour les redents des cercles, _m_ étant le point marqué sur

l'axe à la distance X_p_ donnée par la section des meneaux, on divise la

longueur _m_M en deux parties égales; du point _m'_ milieu et prenant

_m'm_ comme rayon, nous traçons les redents à quatre lobes des cercles.

Quant aux redents des arcs brisés inférieurs, ils sont tracés suivant un

même rayon; les centres des branches inférieures étant placés sur la

ligne de base RS. Les redents de l'espace Q sont de même inscrits dans

un triangle équilatéral. En AA, nous avons tracé à l'échelle de 0m,05

pour mètre le détail des redents des cercles avec l'armature circulaire

en fer pincée par les quatre extrémités des lobes et destinée à

maintenir les verrières. L'appareil des meneaux est indiqué par les

lignes _g_, etc. En BB est donné le détail des chapiteaux. Ces meneaux,

qui n'ont que 0m,095 d'épaisseur sur 0m,23 de champ, suffisent pour

maintenir les vitraux de fenêtres qui ont 4m,40 de largeur sur 9m,20 de

hauteur de l'appui à la clef, et encore reposent-ils sur une galerie à

tour (voy. _CONSTRUCTION_, fig. 103); ils sont taillés dans du beau

liais de Tonnerre et sont bien conservés. Il était impossible de

combiner et d'exécuter un châssis de pierre plus léger, mieux entendu et

plus résistant eu égard à son extrême ténuité.

Les formerets de la voûte circonscrivent exactement les grands arcs

brisés qui ont servi de cintre pour les bander; car ces arcs entrent en

feuillure sous ces formerets, comme l'indique la section X'. Il n'est

pas besoin de dire que les meneaux verticaux sont d'une pièce et que les

ajours sont taillés dans de très-grands morceaux de pierre, ainsi que

l'indique l'appareil tracé sur la figure 6.

Vers la fin du XIIIe siècle et le commencement du XIVe, on employa des

méthodes encore plus précises et plus rationnelles. On remarquera, dans

l'exemple précédent, qu'il y a encore certains tracés qui sont livrés au

tâtonnement; ainsi, l'inscription du cercle du sommet, générateur des

trois autres, dans la figure EKIL, ne peut guère être obtenue dans la

pratique qu'en cherchant sur l'axe EF le centre M au moyen du

_troussequin_; les tangentes de ce cercle avec les lignes CI, DH et les

deux arcs CE, DE ne pouvant être connues d'avance que par des opérations

géométriques compliquées que certainement il était inutile de faire, les

architectes ont donc été amenés à chercher des méthodes géométriques qui

pussent toujours être démontrées et par conséquent dont le tracé fût

absolu. Ce résultat est remarquable dans la partie de l'église de

Saint-Nazaire de Carcassonne qui fut élevée au commencement du XIVe

siècle. Le triangle équilatéral devient, dans cet édifice, le générateur

de tous les compartiments des meneaux. Prenons d'abord les fenêtres du

sanctuaire de cette église qui sont les plus simples, et qui ne sont

divisées que par un meneau central supportant une claire-voie. Le tracé

générateur est fait sur l'axe des colonnettes ou boudins. Soit (7) une

de ces fenêtres. Les trois lignes verticales AA'A'' passent par les axes

des colonnettes dont la section est donnée en B. Cet axe est tracé en

_a_. La naissance de l'arc brisé étant en CC', sur cette base CC' on

élève le triangle équilatéral CC'D, et prenant CC' comme centres on

trace les deux arcs CD, C'D qui sont toujours les axes des boudins

donnés en _a_ sur la section B. Divisant les lignes CD, C'D en deux

parties égales, des points _dd'_ diviseurs et des points DCC'_c_, pris

comme centres, nous traçons les trois angles curvilignes équilatéraux

inscrits. Deux verticales abaissées des deux points _dd'_ divisent les

deux arcs C_c_, _c_C' en deux segments égaux. Prenant alors à

l'intérieur des deux travées des distances égales à la distance qu'il y

a entre les axes générateurs _a_ et les axes _b_ des membres secondaires

du faisceau dont la section est en B, soit en _ee'_, la naissance de la

claire-voie étant fixée au niveau E, sur cette naissance nous cherchons

le centre de l'arc de cercle qui doit passer par les points _e_ et _f_;

centre qui s'obtient naturellement en faisant passer une ligne par les

points _e_ et _f_ en élevant une perpendiculaire du milieu de cette

ligne jusqu'à sa rencontre avec la ligne de niveau E. Dès lors, on

considère les arcs C'D, C'_d'_, _cd'_, _dd'_, etc., comme membres

principaux, et les arcs _c_C', _ef_, _e'f_ comme membres secondaires.

Les centres des redents G sont pris sur les axes passant par le sommet

des triangles curvilignes, ainsi que l'indiquent les rayons ponctués;

ces redents sont membres secondaires. c'est-à-dire que leur section est

celle donnée par la seconde section génératrice dont l'axe est en _b_.

Mais les arcs C_c_, _c_C' étant secondaires eux-mêmes, les axes des

redents sont tangents à ces arcs, comme on le voit en _g_. Quant aux

redents inférieurs _h_, ils sont tertiaires et prennent la section _h'_

sous-division de la section génératrice B. Les chapiteaux des arcs sont

placés au niveau CC'.

Le tracé F de la moitié de la claire-voie, sur une échelle de 0m,04 pour

mètre, explique le tracé de cette épure de manière à faire comprendre la

section de tous les membres. Souvent, comme dans le cas présent, la

section des extra-dos M est simplifiée et donne la coupe N, mais cette

disposition est rare; à dater de la fin du XIIIe siècle les sections

sont uniformes aux intra-dos comme aux extra-dos des arcs des

claires-voies. Sur ce tracé est donnée la section du formeret qui

enveloppe exactement l'arc de la claire-voie lui servant ainsi de

cintre. Les claires-voies de ces fenêtres sont d'une heureuse

proportion; de l'appui à la naissance E des arcs inférieurs les

colonnettes ont 7m,70 et sont composées de deux ou trois morceaux.

Les compartiments des claires-voies supérieures engendrés par des

triangles équilatéraux se prêtaient parfaitement au système des meneaux

disposés par trois travées, assez généralement adopté au XIVe siècle.

Puisqu'on décorait les fenêtres par des vitraux, on voulait avoir un

motif milieu; les fenêtres, par deux et quatre travées, étaient moins

favorables à la peinture des sujets que la division par trois. Il y

avait donc entente entre l'architecte et le peintre verrier. Dans la

même église de Saint-Nazaire, les grandes fenêtres orientales du

transsept sont, en effet, divisées en trois travées au moyen de deux

meneaux; les compartiments surmontant ces meneaux, bien que variés entre

eux; procèdent tous de combinaisons données par le triangle équilatéral.

Voici (8) l'une de ces fenêtres.

Il est entendu qu'à dater du milieu du XIII siècle les compartiments des

meneaux sont tracés en prenant les axes des colonnettes ou boudins.

Soient donc _aa'_ les axes de ces colonnettes dont la section est donnée

en A, avec ses décompositions en membres secondaires et tertiaires; la

ligne _b_ étant l'axe du membre secondaire et celle _c_ l'axe du membre

tertiaire. La naissance du formeret étant en B, sur la ligne de base BB'

on élève le triangle équilatéral BB'C. Les points BB' sont les centres

des arcs principaux BC, B'C. Du même point B' et du point D, prenant BD

comme rayon, nous décrivons les deux arcs B'_e_, D_e_; du point _e_

comme centre, nous décrivons le troisième arc DB', mais en diminuant le

rayon de la distance qu'il y a entre les deux axes A et _b_. Il est

clair que le centre _e_ se trouve sur le côté B'C du grand triangle

équilatéral. Prenant les points _e_ et C comme centres, nous traçons le

triangle équilatéral curviligne supérieur. Du point _f_ de rencontre de

l'arc de base avec l'axe de la fenêtre et prenant toujours la distance

_aa'_ comme rayon, nous obtenons les points de rencontre _g_ qui sont

les centres de l'arc brisé milieu _fg_. Ce sont là les axes des membres

principaux du compartiment, ceux dont la section est la plus forte,

celle A. Il s'agit maintenant de tracer les compartiments dont la

section est donnée sur l'axe _b_ secondaire. Prenant les points C_e_

comme centres, et ayant divisé l'arc C_e_ en deux parties égales, les

longueurs _ei_, C_i_, nous donnent les rayons des trois arcs formant le

riangle curviligne concave à l'intérieur du triangle curviligne convexe

supérieur. Ayant élevé les deux verticales _ll'_ à une distance des axes

_aa'_ égale à la distance existant entre le grand axe A et l'axe

secondaire _b_, du point _n_, prenant la distance _ll'_ comme rayon,

nous obtenons les points _oo'_ qui sont les centres des arcs inférieurs

_on_, _o'n_. Toujours en observant la distance entre les deux axes A et

_b_ de la section, nous traçons le trèfle milieu dont les centres sont

posés aux angles d'un triangle équilatéral; puis, sur la ligne de niveau

_oo'_ prolongée, nous élevons l'arc brisé central inférieur tangent aux

lobes du trèfle. Tous ces membres appartiennent à la section secondaire

dont l'axe est en _b_. Les redents, les petits trèfles et les

subdivisions tracées en P appartiennent à la section tertiaire _c_. En R

est représentée la moitié des meneaux avec tous leurs membres, suivant

l'épaisseur de chaque section, obtenus en portant à droite et à gauche

des axes les demi-épaisseurs de ces sections. En S, nous figurons un des

chapiteaux _s_ des meneaux, et en T les goujons qui traversent les

barres de fer placées à la naissance des claires-voies et qui sont

destinés à maintenir dans leur plan et les colonnettes verticales et les

compartiments. Ces scellements de goujons et tous les joints d'appareils

sont coulés en plomb, précaution devenue nécessaire du jour où l'on

avait réduit la section des meneaux à une très-petite surface. Si l'on

veut apporter quelque attention à la disposition de cet appareil, on

remarquera que les vides laissés au milieu des morceaux d'une grande

dimension sont étrésillonnés par ces subdivisions de trèfles et de

redents qui ajoutent à la solidité de ces claires-voies. Ces architectes

de l'école gothique française sont de terribles logiciens, et la

composition des meneaux de leurs grandes baies en est une nouvelle

preuve.

Ainsi, par exemple, ces redents H que nous voyons apparaître vers le

milieu du XIIIe siècle dans l'Île-de-France et d'abord à la

Sainte-Chapelle de Paris, ces redents considérés comme une décoration,

un agrément, sont primitivement indiqués par un besoin de solidité.

Chaque fois qu'un inconvénient résultait d'une forme adoptée, on

cherchait et on trouvait aussitôt un moyen d'y remédier, et ce moyen

devenait un motif de décoration. On voit dans la figure 8 que la branche

K est isolée et que le moindre tassement, qu'une pression inégale

pourrait la briser en L; or, cette branche est consolidée au moyen du

redent P formant lien en potence au-dessous. Il est clair que les

trèfles X, inscrits dans les triangles évidés des plus grands morceaux

de l'appareil, donnent une grande force aux branches de ces triangles.

De même les redents M des branches des triangles curvilignes supérieurs

et ceux N des trois étrésillons droits ajoutent singulièrement à la

résistance de ces parties d'appareil. On ne fait pas autre chose

aujourd'hui lorsqu'on veut donner une plus grande résistance à des

pièces de fonte de fer, par exemple, sans augmenter sensiblement leur

poids; mais il est vrai que l'on veut considérer ces moyens comme des

innovations dues à la science moderne.

On nous permettra, tout en rendant justice à notre temps, de restituer

cependant à chaque époque ce qui lui revient de fait; on est bien forcé,

quand on veut étudier avec attention la composition de ces claires-voies

de pierre adoptées par l'école laïque du moyen âge, de reconnaître que

ces claires-voies, occupant des surfaces considérables relativement à

celles données par les modes d'architecture antérieurs et modernes, sont

tracées, combinées et appareillées de manière à présenter le moins de

pleins et à offrir la plus grande résistance possible. Par le tracé des

nerfs principaux et des coupes des joints, toutes les pesanteurs sont

reportées sur les meneaux verticaux, mais principalement sur les

jambages; quant aux panneaux ajourés, ils sont rendus presque aussi

rigides que des dalles pleines au moyen de ces étrésillonnements

tertiaires tels que les trèfles et les redents. Il fallait que ces

combinaisons fussent assez bonnes, puisque la plupart de nos grands

édifices gothiques ont conservé leurs meneaux, et que quand ils ont

souffert des dégradations, il est facile de les restaurer ou de les

remplacer comme on remplace un châssis de fer ou de menuiserie. Les

meneaux de pierre ont même cet avantage qu'ils peuvent être réparés en

partie s'il s'est fait quelques brisures, tandis qu'un châssis de bois

ou de fer, une fois altéré, doit être refait à neuf.

Ajoutons que ces meneaux de pierre supportent des vitraux d'un poids

énorme et les armatures de fer destinées à les attacher. Ne considérant

ces membres d'architecture qu'au point de vue de l'effet qu'ils

produisent, ils nous paraissent former des dessins d'un aspect agréable,

rassurants pour l'oeil et heureusement composés. C'est dans

l'Île-de-France qu'il faut toujours aller chercher les meilleurs

exemples de cette architecture au moment où elle se développe pour

arriver aux formules. On trouve au sein de cette école, la plus pure et

la plus _classique_ de l'art du moyen âge, une sobriété, une application

de principes vrais, obtenue à l'aide des méthodes les plus simples, une

délicatesse dans les proportions, dans le choix des profils qui laissent

au second rang les oeuvres des autres provinces[200]. Nous donnons (9)

une des fenêtres des chapelles du choeur de Notre-Dame de Paris, élevées

en même temps que le choeur de l'église de Saint-Nazaire de Carcassonne,

c'est-à-dire vers 1320.

On voit ici l'absence de toute combinaison compliquée, c'est toujours le

dessin des meneaux des fenêtres de la Sainte Chapelle du Palais, mais

allégé. Ces fenêtres se divisent encore en quatre travées au moyen d'un

meneau central dont la section est donnée par l'axe A, et de deux

meneaux secondaires dont la section dérivée de la principale est donnée

par l'axe _b_. Soient _a_ et _a'_ les axes de la section principale A.

Du point B, prenant _a'a''_ comme rayon, on décrit l'arc concentrique au

formeret CB. Donc, BC est le côté d'un triangle équilatéral. De ce même

point B et du point I, milieu de la base du triangle, prenant BI comme

rayon, nous traçons les arcs BE. Or, BE est égal à EC. On trace le

cercle supérieur tangent aux arcs BC,IE. Tels sont les axes des membres

principaux, ceux dont la section est donnée par le profil dont l'axe est

A. Reportant en dedans de la fenêtre et des points _aa'_ une distance

égale à la distance qu'il y a entre les axes A et _b_, en _ee'_ et

divisant la ligne de base _ee'_ en deux parties égales, prenant _ef_

comme rayon, nous traçons les arcs inférieurs _efg_, _fe'g'_, puis nous

traçons le sous-arc secondaire concentrique à l'arc brisé IBE. Nous

inscrivons un second cercle dont le centre est en F, tangent aux deux

arcs inférieurs et à l'arc secondaire IBE. Prenant à l'intérieur de ce

cercle et des arcs inférieurs une distance égale à la distance qu'il y a

entre l'axe _b_ de la section secondaire et l'axe _c_ de la section

tertiaire, nous traçons les axes des redents.

L'épure de ces meneaux est donc facile à faire, la composition est

heureuse, claire, solide et d'un appareil solide, ainsi qu'on peut le

voir en G. En K est donnée la section du pied-droit _h_, portant le

formeret de la voûte formant archivolte à l'extérieur. En L est donné le

profil de l'appui dont l'extérieur est en _l_ avec la pénétration des

bases. Le tracé _m_ donne la projection horizontale des tailloirs des

chapiteaux, celui _n_ la projection horizontale des bases. C'est ici que

la fonction des redents est évidente. Ces redents _i_ donnent une grande

force supplémentaire aux branches principales et secondaires des arcs,

et on voit comme ils sont adroitement disposés pour ne pas gêner les

coupes des joints. Le meneau central et les deux meneaux secondaires

verticaux sont d'un seul morceau chacun; quant à la claire-voie

supérieure, elle se compose seulement de quinze morceaux, et cependant

ces fenêtres ont 4m,00 de largeur sur 4m,50 environ de hauteur sous

clef, dans oeuvre.

Une fois le principe logique admis dans la construction des meneaux

comme dans les autres membres de l'architecture gothique, les

architectes ne s'arrêtent pas. Bientôt ils renoncent totalement aux

sections génératrice, secondaire et tertiaire; ils adoptent une seule

section pour tous les membres des meneaux, sauf les redents qui prennent

moins de champ. Vers la fin du XIVe siècle on cherche déjà même à éviter

les arcs brisés. Les meneaux ne se composent que de courbes et de

contre-courbes, de manière à ne former plus qu'un réseau d'une

résistance uniforme. En théorie cela était logique; en pratique, ces

formes étaient d'un aspect moins satisfaisant.

Pour ne pas charger cet article, déjà très-étendu, d'un trop grand

nombre d'exemples, nous allons étudier les meneaux adoptés au XVe

siècle, et dans la composition desquels on aperçoit cette tendance des

constructeurs de cette époque de ne plus tenir compte que de la logique,

souvent aux dépens du style et de la simplicité apparente.

Alors, dans la composition des meneaux, les architectes cherchent à

résumer toutes les forces et pesanteurs en une pression verticale. Soit

(10) une de ces fenêtres du XVe siècle[201]. La section des trois

meneaux de ces fenêtres est la même (voir le détail A), elle se

reproduit également dans la claire-voie; les redents seuls ont moins de

champ et prennent la section B. Au moyen des grandes contre-courbes des

deux divisions principales, les pesanteurs sont amenées sur le meneau

central C et sur les jambages D. Une partie de ces pesanteurs est même

déviée sur les meneaux intermédiaires E par les courbes renversées _a_

et par celles _b_. Les combinaisons de ces courbes et contre-courbes

font assez connaître le but que s'est proposé d'atteindre le

constructeur, savoir: une claire-voie formant un réseau dont les mailles

se résolvent en des pressions verticales, un système d'étrésillonnement

général et des renforts à tous les points faibles donnés par les

redents. On comprend, par exemple, que la corne _c_ se briserait sous la

moindre pression, si elle n'était renforcée par le redent _d_. Les

barres _e_ destinées à maintenir les panneaux des vitraux viennent

encore ajouter un étrésillonnement à celui donné par la combinaison de

la claire-voie de pierre.

Si l'on veut examiner ces meneaux avec attention, on reconnaîtra que

tous les points faibles, ceux qui doivent subir les plus fortes

pressions, sont étayés ou étrésillonnés par des courbes qui tendent à

rendre tous les membres solidaires; que ces courbes sont tracées en

raison de la véritable direction des pressions, de manière à décomposer

celles qui sont obliques et à les ramener à des pesanteurs agissant

verticalement; que les joints d'appareil sont coupés perpendiculairement

à la direction de ces pressions, afin d'éviter les joints maigres,

sujets à glisser ou à causer des brisures. Nous n'avons pas pour ce

genre d'architecture un goût bien vif, mais il nous est impossible de ne

pas reconnaître là l'oeuvre de constructeurs très-expérimentés,

très-savants, logiques jusqu'à l'excès et chez lesquels la fantaisie ou

le hasard n'avait pas de prise. Quand l'abus d'un principe conduit à de

pareilles conceptions, il faut déplorer l'abus, mais il faut

équitablement constater la valeur du principe et tâcher d'en tirer

profit en évitant ses excès. Ces gens-là connaissaient à fond les

ressources de leur art, ne faisaient toute chose que guidés par leur

raison. Il ne nous appartient pas aujourd'hui de leur jeter la pierre,

nous qui, possesseurs de matériaux variés et excellents, ne savons pas

en tirer parti, et qui montrons notre insuffisance lorsqu'il s'agit de

combinaisons de ce genre en architecture. Dans ce dernier exemple, les

meneaux verticaux sont d'une seule pièce chacun, de l'appui à la

naissance des courbes. La barre G traverse la tête de ces meneaux et

maintient les sommiers de la claire-voie au moyen de goujons en os[202].

Quant aux barres H, ce sont des barlotières simplement engagées d'un

centimètre ou deux dans les montants. Des vergettes maintenaient les

panneaux des vitraux engagés dans les feuillures I. Les barres et

barlotières, ainsi que les tringles _e_, sont garnies de pitons et de

clavettes. Les architectes du XVe siècle se fiaient si bien à la

combinaison de leurs meneaux qu'ils les taillèrent souvent dans de la

pierre demi-dure, dans du banc royal, par exemple. Il faut dire aussi

qu'ils leur donnaient une section relativement plus forte que celle

adoptée pour les meneaux du XIVe siècle, qui sont toujours les plus

délicats. Ces compartiments de meneaux furent conservés jusque vers le

milieu du XVIe siècle. Cependant, à l'époque de la Renaissance, quelques

tentatives furent faites pour mettre les meneaux en harmonie avec les

nouvelles formes de l'architecture en vogue à cette époque. Témoin

certains des meneaux de l'église de la Ferté-Bernard, qui présentent le

plus singulier mélange des traditions du moyen âge et de réminiscences

de l'antiquité romaine. On croirait voir des arabesques de Pompéii

exécutées en pierre.

Voici (11)l'une de ces combinaisons. La fenêtre est divisée par deux

meneaux verticaux G, son axe étant en M. L'appareilleur n'a pas ici

cherché des coupes savantes pour assembler les morceaux de la

claire-voie. Celle-ci ne se compose réellement que de trois linteaux

ajourés, superposés, dont on voit les lits en LL'L'', les branches

d'arcs O faisant partie de ces linteaux. On reconnaît encore cependant

que l'architecte, par la disposition des arabesques, a voulu donner de

la résistance aux points faibles des évidements. Les figurines, les

enroulements n'existent qu'en dehors du vitrial, les panneaux de verre

étant enchâssés dans les compartiments principaux. La colonnette K même

ne porte que la demi-épaisseur des meneaux et n'existe que du côté du

dehors. En A est tracée la section sur _ab_ et en B la section sur _cd_.

La partie la plus délicate de cette claire-voie n'est guère qu'une

décoration extérieure qui ne maintient en aucune façon les panneaux de

verre, mais qui cependant donne un peu plus de solidité à l'ouvrage. Ces

meneaux produisent un assez bon effet et sont exécutés avec une finesse

et une perfection remarquables. Les soffites rampants sous les corniches

et frontons sont ornés de gravures délicates. Le système de linteaux ou

d'assises ajourés adoptés ici ne pouvait convenir qu'à des fenêtres

assez étroites, puisqu'il interdisait les joints verticaux. Dans la même

église, les claires-voies des fenêtres ayant trois meneaux et quatre

travées sont combinées dans le genre de celles données précédemment,

fig. 10.

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 6 - (G - H - I - J - K - L - M - N - O) · 第 23 / 32 段