de monuments en marbre des XIIe, XIIIe, XIVe et XVe siècles, d'un beau
travail.
[Note 197: À la cathédrale de Lyon, par exemple.]
MARCHÉ, s. m. Lieu de vente, couvert (voy. HALLE).
MARQUETERIE (ouvrage de), voy. MENUISERIE.
MENEAU, s. m.; peu usité au singulier.--On donne ce nom aux montants et
compartiments de pierre qui divisent la surface d'une fenêtre en
plusieurs parties vides que l'on remplit soit au moyen de vitrages
dormants, soit au moyen de châssis ouvrants, également pourvus de
vitrages (voy. FENÊTRE). En Italie, en Espagne et même en France, dans
les premiers siècles du moyen âge, les fenêtres des édifices publics
étaient souvent dépourvues de vitres; des claires-voies en pierre, en
métal ou en bois étaient alors disposées dans leur ouverture béante,
pour tamiser la lumière et empêcher le vent ou la pluie de pénétrer dans
les intérieurs. Lorsque l'usage des vitrages devint habituel, vers le
XIe siècle, on garnit les baies de vitraux maintenus au moyen de
barlotières en fer. Mais vers la fin du XIIe siècle, au moment de
l'adoption du système de l'architecture dite gothique, les fenêtres
venant à s'agrandir, il fallut disposer dans leur surface vide des
séparations en pierre pour maintenir les vitraux; car les armatures en
fer, difficiles à fabriquer, flexibles, ne présentaient pas une
résistance suffisante à l'effort du vent. D'ailleurs, ces baies larges
et hautes, laissées vides, n'étaient pas d'un heureux effet; elles ne
donnaient pas l'échelle de la structure, et les architectes des écoles
laïques de la fin du XIIe siècle possédaient assez le sentiment des
proportions pour ne pas laisser de grandes surfaces vides sans les
occuper par des compartiments de pierre qui pouvaient seuls rappeler
leur dimension. On voit apparaître ces divisions vers les premières
années du XIIIe siècle dans l'Île-de-France, le Soissonnais, le
Beauvaisis et la Champagne. Ces premiers meneaux sont composés d'assises
de pierre, sont _bâtis_. Tels sont les meneaux de la cathédrale de
Soissons et de la cathédrale de Chartres. Les meneaux des fenêtres des
chapelles du choeur de Notre-Dame de Reims, bien qu'ils datent de 1215
environ, sont encore composés d'assises ou de claveaux (voy. FENÊTRES,
fig. 13, 14, 15, 16, 17 et 18). Mais bientôt l'école laïque du XIIIe
siècle fit, des meneaux, de véritables châssis de pierre formés de
montants posés en délit et de compartiments ajourés découpés dans des
dalles plus ou moins épaisses suivant les dimensions des baies. Dans les
édifices voûtés, comme les églises ou certaines grandes salles
d'assemblée, dont les fenêtres occupent toute ou presque toute la
surface laissée sous les formerets des voûtes, les meneaux se composent
d'abord d'un montant central, avec deux tiers-points surmontés d'un
oeil. Telles sont les fenêtres hautes du choeur et de la nef de la
cathédrale de Paris, refaites vers 1225 (voir CATHÉDRALE, fig. 3 et 4).
Or, les meneaux des fenêtres hautes de Notre-Dame de Paris peuvent être
considérés comme les premiers qui aient été faits en manière de châssis
de pierre, rigides, entre des pieds-droits et des arcs construits par
assises.
Il est intéressant de voir comment l'architecte introduisit ces châssis
de pierre dans les anciennes fenêtres du XIIe siècle, et comment les
meneaux furent appareillés. Les fenêtres hautes du choeur de Notre-Dame
de Paris avaient été construites vers 1170. Elles se composaient (1),
conformément au tracé A, de pieds-droits avec colonnettes à l'extérieur
(voir la section horizontale B, faite sur _ab_), surmontés de deux arcs
en tiers-point concentriques C extra-dossés d'un rang de damiers. En D
était le filet de recouvrement du comble en appentis posé sur la
galerie, et en E des roses s'ouvrant sous cet appentis au-dessus des
voûtes de cette galerie (voir CATHÉDRALE, fig. 3 et 4). Le système,
nouveau alors, des meneaux qui permettaient de remplir de très-grandes
fenêtres de vitraux colorés, avait si bien séduit les évêques, les
chapitres et leurs architectes, qu'on n'hésita pas à détruire les roses
E, les anciens appuis des fenêtres du XIIe siècle J, à remplacer les
combles par des terrasses, à couper les pieds-droits F et à enlever
l'arc intérieur des baies. Cela fait, on tailla dans les pierres
restantes les colonnettes G, à l'intérieur et à l'extérieur; on incrusta
des morceaux H dans les parties laissées vides par l'enlèvement des
claveaux des roses, ainsi que l'indique le trait haché, on passa le
meneau I au milieu des baies, et on appareilla sur ce meneau et sur les
pieds-droits recoupés le châssis de pierre supérieur composé de deux
arcs et d'un oeil. La courbe des arcs des fenêtres primitives fut ainsi
changée, et entre l'extra-dos du châssis de pierre et l'intra-dos du
second arc du XIIe siècle, laissé en place, on incrusta le remplissage
K. Les joints de ce châssis de pierre, marqués sur notre figure, furent
coulés en plomb avec goujons de fer posés ainsi que l'indique le détail
L. Il est à présumer que la crainte qu'avaient les architectes de voir
fléchir les arcs des vieilles fenêtres, affaiblis d'un rang de claveaux,
les détermina à donner plus d'aiguïté à l'arc tiers-point des meneaux.
Chacun de ces meneaux se composait ainsi: 1º de la colonnette centrale,
dont nous donnons la section en M; 2º du sommier central en fourche; 3º
des deux sommiers latéraux; 4º des deux closoirs des arcs inférieurs; 5º
des quatre claveaux latéraux; 6º de la clef de l'oeil et de deux
closoirs supérieurs, en tout treize morceaux de pierre pour une fenêtre
de 10m,00 de haut sur 3m,40 de largeur en moyenne. Mais les espaces
vides laissés entre ces divisions de pierre étaient trop grands encore
pour pouvoir être vitrés sans le secours du fer. Une barre transversale
passant à la naissance des arcs en N et traversant la tête du chapiteau
P fut posée en construisant le châssis. Des barlotières O, scellées
entre les pieds-droits et le meneau central, formèrent une suite de
panneaux quadrangulaires; des montants verticaux R servirent encore à
diminuer la largeur des deux vides et formèrent la bordure du vitrail.
Dans l'oeil, quatre barres S vinrent aussi diviser la surface vide du
cercle. Ces barres furent scellées dans le châssis circulaire. On
observera que les joints de l'appareil tendent toujours aux centres du
cercle ou des tiers-points.
Déjà cependant les fenêtres des chapelles du choeur de la cathédrale de
Reims, contemporaines de celles que nous donnons ci-dessous, possédaient
des meneaux qui, construits par assises, renfermaient dans l'oeil
supérieur des redents destinés à diminuer le vide de ces oeils (voy.
FENÊTRE, fig. 18). Dans ce cas, comme toujours, c'est à la Champagne que
sont dues les innovations dans l'architecture gothique. Les fenêtres
hautes de la nef et du choeur de Notre-Dame de Reims, bien que
construites vers le milieu du XIIIe siècle, ont consacré le principe
admis par l'architecte primitif de cet incomparable édifice. Ces
fenêtres, indiquées d'ailleurs dans le croquis de Villard de Honnecourt
antérieurement à la reprise des travaux de la cathédrale en 1241,
appartiennent ainsi comme composition à une époque plus ancienne. Elles
se composent d'un meneau central portant deux tiers-points avec un oeil
subdivisé par des redents à six lobes (2). Les meneaux reproduisent sur
une plus grande largeur ceux des chapelles. Les vides n'ont pas moins de
2m,30 (7 pieds), aussi ont-ils été garnis de puissantes armatures en
fer. Les redents de l'oeil sont rapportés en feuillure, comme l'indique
la section A faite sur _ab_. La feuillure maintenant les vitraux est
refouillée intérieurement, ainsi qu'on le voit par la section
horizontale B, faite sur le meneau central, l'extérieur étant en E. Les
panneaux de vitraux sont maintenus dans l'oeil au moyen de pitons _d_
scellés à l'intérieur des redents. L'armature en fer de cet oeil est
elle-même scellée au nu intérieur des redents. La section C est faite
sur _ef_. On remarquera que les tiers-points du grand arc et des deux
petits arcs ont pour générateur un triangle équilatéral, les centres des
arcs étant posés aux naissances mêmes des courbes. On observera aussi
que le second rang de colonnettes porte les boudins formant le nerf
principal des meneaux, mais que ces boudins ne suivent pas la courbe du
grand arc; de sorte que le nerf ou boudin de l'oeil pénètre dans le
grand biseau X, que cet oeil semble circonscrit par l'archivolte, mais
indépendant de son profil, que les meneaux paraissent n'être qu'un
châssis rapporté ne faisant pas corps avec l'architecture, le tout étant
cependant fait avec la bâtisse. Le système admis par l'architecte
primitif de la cathédrale de Reims et scrupuleusement suivi par ses
successeurs jusqu'à la fin du XIIIe siècle n'était plus de mode
cependant à dater de 1240. À cette époque déjà, on prétendait ne plus
laisser des vides aussi larges pour les panneaux des vitraux. Les
fenêtres prenant toute la largeur entre les piles, un seul meneau ne
suffisait pas toujours; on voulut subdiviser ces espaces lorsqu'ils
étaient très-larges, et au lieu de deux claires-voies on en établit
quatre, de manière à ne plus avoir à vitrer que des vides de 1m,00 à
1m,30 au plus (3 ou 4 pieds). Mais cette extension du principe
présentait des difficultés; car rien, dans l'architecture antique, dans
l'architecture romane, ni dans l'architecture orientale, ne pouvait à
cette époque servir d'exemple. L'architecte qui conçut les premiers
plans de la cathédrale d'Amiens, Robert de Luzarches, mais qui vit
seulement élever les parties basses de la nef, avait disposé les
fenêtres des collatéraux suivant le système adopté pour les fenêtres de
la cathédrale de Reims: un meneau central, deux tiers-points et un oeil
circulaire avec redents rapportés en feuillure.
Ses successeurs, ayant à vitrer les énormes fenêtres hautes de la nef,
qui ont 6m,00 de largeur sur 13m,00 de hauteur, songèrent à garnir ces
vides d'une armature en pierre assez puissante et assez serrée pour
pouvoir poser des vitraux entre leurs vides sans avoir recours à cet
amas de ferrailles que nous voyons appliquées aux fenêtres de la
cathédrale de Reims. Toutefois, ils partirent toujours du même principe:
ils établirent l'ossature principale suivant la donnée admise à
Notre-Dame de Reims, c'est-à-dire qu'ils la composèrent d'un meneau
central portant deux arcs en tiers-point avec un oeil circulaire
supérieur; mais dans les deux grands intervalles laissés entre les
pieds-droits et ce meneau central ils firent un second châssis de
pierre, composé de la même manière: d'un meneau central portant deux
tiers-points et un oeil. Ce système de _cristallisation_, c'est-à-dire
de répétition à l'infini du principe admis que nous voyons appliqué
rigoureusement dès la fin du XIIIe siècle dans l'architecture gothique,
n'atteignit pas de prime abord ses conséquences logiques; il y eut des
tâtonnements, il se présenta des difficultés d'exécution qui ne furent
qu'imparfaitement résolues. Les fenêtres hautes de la nef de la
cathédrale d'Amiens sont certainement une de ces premières tentatives,
car leur construction ne saurait être postérieure à 1235. Ces fenêtres
(3)[198] se composent, comme on le sait, d'un meneau central bâti par
hautes assises, de deux meneaux divisionnaires d'une plus faible
section, composés de pierres en délit, de deux arcs en tiers-points
parfaits, principaux, avec le grand oeil supérieur, et de deux arcs en
tiers-points parfaits portant sur les meneaux divisionnaires avec leur
oeil secondaire. Ces arcs en tiers-points secondaires portent leur nerf
ou boudin continuant la section des meneaux divisionnaires, et ce nerf
ou boudin vient pénétrer dans les biseaux des pieds-droits et du meneau
central, ainsi que le fait voir le tracé perspectif A. Quant aux oeils
secondaires B et C, leur section est particulière et ne participe pas
des membres dans lesquels ils pénètrent. On observera même que, gêné par
l'appareil, le constructeur a posé les redents de l'oeil B en feuillure
comme ceux du grand oeil central. (En E, nous donnons au double la
section sur _ab_ de ces oeils secondaires.)
À Amiens, les constructeurs ne possédaient que des matériaux d'une assez
médiocre résistance et d'une dimension peu considérable; ils avaient
donc éprouvé des difficultés pour construire ces énormes claires-voies,
ils avaient dû multiplier les joints pour éviter les trop grands
morceaux de pierre. Or, si on fait attention à l'appareil que nous avons
exactement reproduit, on verra qu'en effet les morceaux n'ont que des
dimensions ordinaires et que les joints sont tracés de manière à éviter
les ruptures qui sont à craindre dans ces ouvrages à claires-voies.
Comme il arrive toujours, ce ne sont pas les moyens les plus simples qui
se présentent d'abord à l'esprit de ceux qui inventent. Ces meneaux,
avec leurs sections variées, avec leurs redents en feuillure, offraient
certainement des difficultés de tracés et de tailles, des pénétrations
dont les tailleurs de pierre ne se rendaient pas aisément compte, un
désaccord entre les membres principaux et les membres secondaires, des
parties grêles et des parties lourdes, des jarrets dans les courbes
comme aux points I, par exemple; cependant déjà les architectes avaient
fait régner le boudin ou nerf G tout au pourtour de l'archivolte,
continuant la section de la colonnette H et venant pénétrer le nerf de
grand oeil à la tangente.
C'était un progrès de tracé sur les meneaux des fenêtres de Notre-Dame
de Reims. Mais on n'arrive pas, si rapidement que l'on marche, aux
méthodes simples, aux procédés pratiques sans des tâtonnements. Donner
un dessin sur une échelle réduite des compartiments ajourés d'une
fenêtre et une seule section pouvant suffire à en tracer l'épure en
grand, c'était évidemment le but auquel devaient tendre les architectes.
Il s'agissait de trouver une méthode. Il fallait aussi éviter la
disproportion entre les ajours, c'est-à-dire les répartir de telle sorte
qu'ils ne fussent ni trop resserrés ni trop lâches. Il fallait (puisque
le parti était admis de ne plus avoir des armatures en fer d'une grande
surface) faire un réseau de pierre assez également serré pour éviter ces
armatures lourdes, compliquées et dispendieuses. Les architectes de la
nef haute de la cathédrale d'Amiens avaient dû s'apercevoir de la
disproportion qui existait entre les oeils des meneaux, de la lourdeur
des tiers-points secondaires englobant les oeils inférieurs, de la
difficulté des tailles de ces pénétrations de membres à sections
différentes. Aussi, élevant peu après les fenêtres hautes de la nef
celles qui s'ouvrent dans le mur occidental du transsept, ils avaient
déjà apporté des perfectionnements dans le tracé des meneaux de ces
fenêtres (4).
Relevant la naissance de l'archivolte au-dessus des chapiteaux des
meneaux, ils purent donner un diamètre moindre à l'oeil principal,
trouver entre les petits tiers-points inférieurs et les deux
tiers-points secondaires un large espace qu'ils remplirent par des
trilobes qui ne donnaient plus un diminutif de l'oeil central. Dans
l'oeil central, au lieu de redents simples, ils imaginèrent des redents
_redentés_ A qui occupaient mieux la surface vide et diminuaient
l'importance de l'armature en fer. De plus ils ajoutèrent des redents B
aux tiers-points inférieurs. Ce dessin général est évidemment mieux
conçu que celui donné figure 3; mais aussi le travail de l'appareilleur
et du tailleur de pierre est simplifié. On observera que, dans ce tracé,
seuls les redents de l'oeil central sont embrevés en feuillure (voir la
coupe C, faite sur _ab_); tous les autres membres sont pris dans
l'appareil général. De plus, une seule section est génératrice de tous
les membres; ainsi le meneau central est le profil DEF. Les meneaux
secondaires I sont donnés par la section dérivée GEH. Les redents des
tiers-points inférieurs adoptent la section KEL. Quant à la section
faite sur _ed_, elle est donnée par DEM. Au moyen de cette combinaison,
les axes seuls des boudins principaux P et des boudins ou colonnettes
secondaires S étant tracés, et la section DEF avec ses dérivés étant
donnée, l'ensemble des meneaux était obtenu sans difficulté par
l'appareilleur. Restaient seulement, en dehors de cette combinaison, les
redents de l'oeil central. Tous les profils de cette section DEF
_roulaient_, sauf l'exception admise seulement pour l'extra-dos T des
tiers-points secondaires et de l'oeil central, qui prend le profil
simplifié DMD. On observera encore que, dans cette épure, l'appareil est
infiniment plus simple et rationnel que dans l'épure précédente. Les
joints tendent sans difficultés aux centres des tiers-points et en même
temps aux centres des lobes. Ces joints étaient donc toujours normaux
aux courbes, évitaient les aiguïtés et par conséquent les causes de
brisures. Enfin les armatures en fer sont réduites à de simples
barlottières garnies de pitons et à quelques barres secondaires légères.
Toutefois, dans cette combinaison ingénieuse, des tâtonnements sont
encore apparents, aucune méthode géométrique ne préside au point de
départ du tracé. Nous allons voir que les architectes du même édifice
arrivent bientôt à des méthodes sûres, à des règles données par des
combinaisons géométriques.
Les fenêtres des chapelles du choeur de la cathédrale d'Amiens sont
contemporaines de la Sainte-Chapelle de Paris, elles datent de 1240 à
1245; or, les meneaux de ces fenêtres sont tracés d'après un principe
géométrique fort-simple et très-bon. Il faut dire que ces meneaux
consistent en un seul faisceau central portant la claire-voie sous les
archivoltes (voy. CHAPELLE, fig. 39 et 40).
Soit (5), en A, la section horizontale d'une de ces fenêtres avec son
meneau central B. Soient les lignes BB'B'', axes du meneau central et
des colonnettes des pieds-droits. On remarquera d'abord que le même
profil est adopté pour le meneau central et les pieds-droits. Soit la
ligne CD, la naissance de l'arc qui doit terminer la fenêtre. L'espace
entre les deux axes E et F, demi-largeur de la fenêtre, est divisé en
quatre parties égales E_f_, _f_G, G_h_, _h_F. Du point _f_, prenant la
demi-épaisseur de la colonnette ou boudin, cette demi-épaisseur est
portée sur la ligne de base en _f_. Du point _h_, on reporte également
cette demi-épaisseur en _h'_. Prenant la longueur E_h'_, on la reporte
sur la ligne de base en _h''_. Sur cette base _h'h''_, on élève le
triangle équilatéral _h'h''_H. Sur la base _f'h'_, on élève également le
triangle équilatéral I_f'h'_, et du sommet H du grand triangle
équilatéral on tracera le petit triangle équilatéral H_i'i_, semblable à
celui I_f'h'_. Prenant alors la longueur _ef'_ et les points I_f'h'_,
H_ii'_ comme centres, on décrit les trilobes. Prenant les points _h'_ et
_h''_ comme centres et la longueur _h''_O comme rayon, on décrit le
grand arc OP. Pour trouver les centres des deux arcs tiers-points
inférieurs, des points _f'_ et _h'_, on trace deux lignes parallèles à
_h'_I et à _f'_I; ces deux parallèles rencontrent les arcs inférieurs du
trilobe en _l_ et _l'_. Sur ces deux lignes, de _l_ en _m_ et de _l'_ en
_m'_, on prend une largeur égale à la colonnette ou boudin. De ces deux
points _m_ et _m'_, on tire deux parallèles à _mg'_ et à _m'g_; ces deux
parallèles rencontrent les lignes internes des boudins en _n_ et en
_n'_; dès lors les deux triangles _mng'_, _m'gn'_ sont équilatéraux, et
prenant les points _g_ et _g'_ comme centres et la longueur _gn'_ comme
rayon, on trace les arcs tiers-points inférieurs. En T, nous avons tracé
la moitié des meneaux avec les épaisseurs des profils. Ainsi, toutes les
sections normales aux courbes donnent la section génératrice du meneau
central B.
L'appareil est simple, logique, solide, car toutes les coupes sont
normales, comme l'indique le tracé T. Sans tâtonnements, le boudin, aux
points de rencontre de deux figures courbes, conserve toujours sa même
épaisseur, ce qui est la règle la plus essentielle du tracé des
claires-voies des meneaux. À dater du milieu du XIIIe siècle, les
meneaux sont toujours tracés d'après des méthodes géométriques
délicates, au moins dans les édifices élevés dans l'Île de France, la
Champagne et la Picardie. Parmi ces meneaux, ceux dont les dessins
paraissent les plus compliqués sont souvent produits par un procédé
géométrique simple et n'offrant aucune difficulté à l'appareilleur. Nous
en fournirons la preuve. D'abord les architectes de cette époque évitent
les meneaux à sections différentes dans la même fenêtre; ils adoptent
une seule section, même pour des meneaux de fenêtres à quatre travées,
comme celles supérieures de l'église abbatiale de Saint-Denis (voy.
FENÊTRE, fig. 24). Dès lors, il ne s'agit plus que de tracer les
compartiments au moyen des lignes d'axes de la section des meneaux. Ce
principe permet d'ailleurs de garnir les fenêtres d'un, de deux, de
trois, de quatre meneaux, sans difficulté, de tracer les compartiments à
une petite échelle, suivant une méthode géométrique, et de laisser faire
ainsi, sans danger d'erreurs, le tracé de l'épure sur le chantier.
Les meneaux des fenêtres de l'église de Saint-Urbain de Troyes, qui
datent de la seconde moitié du XIIIe siècle (1260 environ), sont tracés
conformément à ce principe, c'est-à-dire qu'avec le dessin que nous
donnons ici de l'une de ces fenêtres et une section des meneaux,
grandeur d'exécution, l'épure peut être faite pour couper les panneaux.
C'était là un avantage considérable dans un temps où beaucoup de
monuments s'élevaient dans les provinces françaises, et même à
l'étranger, sur des dessins envoyés par nos architectes du domaine
royal. L'influence extraordinaire que le style adopté par notre école
laïque avait acquise sur toute l'étendue du territoire actuellement
français, sur une partie de l'Allemagne et de l'Espagne, était telle que
les architectes avaient dû forcément chercher des méthodes de tracés qui
ne fussent pas sujettes à de fausses interprétations.
À l'article CONSTRUCTION, pages 197 et suivantes, à propos de la
structure de l'église Saint-Nazaire de Carcassonne, nous avons fait voir
que les combinaisons les plus compliquées de tracés pouvaient facilement
être transmises à l'aide de dessins faits à une petite échelle; la
supériorité que devraient nous donner sur nos devanciers de six siècles
des connaissances plus étendues en géométrie et tant d'autres avantages
n'est pas telle cependant que nous puissions aussi facilement
aujourd'hui transmettre les détails de notre architecture avec une
complète confiance dans la manière de les interpréter. L'architecture
n'est digne d'être considérée comme un art qu'autant qu'elle sort tout
entière du cerveau de l'artiste et qu'elle peut s'écrire. Un temps où
l'on arrive à tâtonner pendant l'exécution et à _effacer_, pour ainsi
dire, sur le monument même au lieu d'effacer sur le papier, ne peut
avoir la prétention de posséder une architecture[199]. Une pareille
époque ne saurait montrer trop de respect pour les artistes qui savaient
ce qu'ils voulaient et qui combinaient un édifice tout entier dans leur
cerveau avant d'ouvrir les chantiers. Examinons donc les meneaux des
fenêtres du choeur de Saint-Urbain de Troyes (6).