Nous décrirons plusieurs des manoirs encore debout, et nous entrerons

dans quelques détails touchant les conditions imposées aux constructeurs

de ces demeures. Charlemagne fit bâtir deux palais «d'un remarquable

travail, dit Eginhard[183], le premier non loin de Mayence, près de la

terre d'Ingelheim[184]; l'autre à Nimègue sur le Vahal[185].» À

l'exemple de l'empereur, sous les carlovingiens, les demeures

construites par les grands propriétaires tenaient de la _villa_ romaine.

Mais à mesure que le système féodal se constituait, l'habitation des

champs se convertissait en place forte, et ce ne fut guère qu'au XIIIe

siècle, sous le règne de Louis IX, que le pouvoir royal fut assez fort

pour réglementer la construction des habitations des propriétaires

terriens. À ce sujet, les _Olim_ nous fournissent de nombreux

renseignements. Nous voyons que le parlement intervient pour empêcher

des chevaliers, des écuyers, de fortifier leurs demeures[186]. Au sein

de l'organisation féodale plusieurs motifs arrêtaient le trop grand

développement des demeures fortifiées, obligeaient même, dans certains

cas, les grands barons à se contenter de manoirs. «Des seigneurs

puissants relevaient souvent, pour certains fiefs, de seigneurs qui,

dans l'ordre hiérarchique de la société, leur étaient de beaucoup,

inférieurs; ainsi, le duc de Bourgogne était, par rapport au fief de

Châtillon, vassal de l'évêque de Langres. Ces grands vassaux devaient

donc porter leurs causes au tribunal de ces seigneurs, quand des procès

surgissaient, soit à l'occasion des fiefs qu'ils tenaient d'eux, soit

par rapport à un délit quelconque commis sur le territoire de ces fiefs.

Cette jurisprudence était trop simple, trop conforme à l'usage des

fiefs, pour avoir jamais été contestée. Mais les plaignants, quand ils

avaient pour adversaire un des grands barons du royaume, et pour juge un

seigneur hors d'état de faire exécuter ses arrêts et par conséquent de

les prononcer avec indépendance, s'adressaient à la cour du roi, et

demandaient que l'inculpé fut tenu, comme vassal direct de la couronne,

de répondre devant elle[187].»

Grâce à cette intervention du parlement du roi dans les contestations

entre vassaux, intervention provoquée par les baillis royaux, un grand

seigneur possédant un fief relevant d'un seigneur moins puissant que lui

ne pouvait plus y élever une de ces demeures fortifiées qui eut dominé

le pays; il était contraint de se contenter d'un simple manoir, auquel,

bien entendu, il donnait, si bon lui semblait, toute l'importance, comme

habitation, mais non comme place forte, d'un véritable château. C'est

aussi au moment où la féodalité est sérieusement attaquée, c'est-à-dire

à dater du règne de Louis IX, que l'on éleva beaucoup de grands manoirs

en France. Ces manoirs, bien qu'ils n'eussent pas les signes visibles de

la demeure féodale, c'est-à-dire les tours munies, les courtines et le

donjon, possédaient, comme fiefs, les droits féodaux, droits de chasse

entre autres, car nous voyons presque toujours que des _garennes_

dépendent des manoirs; or la garenne, comme l'a démontré M.

Championnière[188], était le droit exclusif de chasse sur les terres des

vassaux et non le droit d'élever, en certains lieux, des lapins. Mais

des arrêts du parlement[189] avaient admis en principe que le droit

d'établir de nouveaux péages, de nouvelles garennes et de nouveaux

viviers[190] n'appartenait qu'au roi. Ainsi d'une part, le roi, par

l'organe de son parlement, s'opposait, autant qu'il était possible, à la

construction des châteaux fortifiés, et de l'autre refusait la sanction

des droits les plus chers aux seigneurs, la chasse et les péages,

lorsque ces droits n'étaient pas établis sur une possession antérieure.

D'ailleurs, l'acquisition d'un fief ne donnait pas les prérogatives de

la noblesse, et si des roturiers achetaient un fief, ou portion d'un

fief, ce qui eut lieu fréquemment à dater du XIIIe siècle, ils ne

pouvaient y bâtir un château, une demeure fortifiée; des contestations

s'élevaient souvent entre un seigneur et son vassal sur la nature de la

construction élevée par ce dernier; beaucoup de manoirs prétendaient

ressembler à des châteaux et tenir lieu de défense, à dater du moment

surtout où les grands barons ruinés étaient obligés d'aliéner leurs

biens. Ce fut ainsi que pendant les XIVe et XVe siècles, la France se

couvrit de manoirs qui pouvaient protéger leurs habitants contre les

bandes armées répandues sur le territoire, et que beaucoup de maisons de

propriétaires de fiefs devinrent des postes assez bien munis et fermés

pour inquiéter le pays et ajouter aux causes de désordre de ce temps.

Dès le XIIIe siècle, les bords de la Garonne, de la Dordogne, du Lot, du

Gers, du Tarn et de l'Aveyron virent élever un grand nombre de ces

manoirs fermés, propres à la défense; c'est qu'en effet dans ces

contrées les fiefs étaient très-divisés, et, depuis la guerre des

Albigeois, les grands barons des provinces méridionales ruinés, réduits

à l'impuissance. Le sol se couvrait de propriétaires à peu près égaux en

pouvoir et en richesse; la domination anglaise, loin de changer cet état

de choses, y voyait au contraire un gage de sécurité pour elle, de

prospérité pour le pays.

Ces manoirs fermés sont désignés, dans le Bordelais, sous le nom de

_Casteras_, et sont encore assez communs.

Non loin de Bordeaux, à l'entrée des Landes, est un manoir qui paraît

appartenir à la première moitié du XIIIe siècle, et qui conserve des

traces de distributions intérieures d'un grand intérêt; il s'agit du

_Castera_ de Saint-Médard-en-Jalle. La Jalle est un ruisseau qui prend

sa source au lieu nommé _Cap d'aou bos_ (Tête du bois), et qui se jette

dans la Garonne.

Le manoir de Saint-Médard est bâti sur la rive droite du ruisseau qui,

sur ce point, s'étend et forme un marécage. Un fossé large entourait

cette habitation fortifiée, dont nous donnons le plan au niveau du

rez-de-chaussée (1). Ce plan est tracé sur un carré avec quatre

tourelles aux angles. La porte est en A, et deux meurtrières s'ouvrent,

à rez-de-chaussée dont le sol est peu élevé au-dessus du marécage, sur

chacune des faces du carré. Dans l'origine, cette enceinte carrée

enveloppait une construction de bois dont on voit les scellements sur

les parois intérieures. À la place des deux murs O,O, d'une époque plus

récente, il y avait quatre gros poteaux de bois qui portaient le

plancher du premier, des cloisons et un pan de bois de refend. Un

escalier de bois permettait de monter au premier étage. Ce

rez-de-chaussée du sol au plafond n'a pas plus de 2m,65.

Le premier étage (2) présente une disposition des plus curieuses. Il

était entre-solé dans une partie de la surface ainsi que le prouvent 1º

les scellements de solivages, la trace des huisseries; 2º les étroites

fenêtres BB'B'' doublées dans la hauteur de l'étage et séparées par des

linteaux; 3º les grandes fenêtres CC'C'' qui prennent toute la hauteur

de l'étage, qui sont larges et divisées dans leur largeur par un meneau.

Cet entre-sol était en bois, porté sur les poteaux de fonds et sur ceux

_dd'_. De plus le pan de bois de refend portait les combles doubles,

ainsi que nous le verrons tout à l'heure. Un degré en bois P permettait

de monter à l'entre-sol. La grande salle R avait entre le plancher et le

plafond 4m,30 de hauteur, et chacun des étages entre-solés 2m,30 environ;

de sorte que le plancher au-dessus de cette grande salle et celui

au-dessus de l'entre-sol, en comptant l'épaisseur des poutres et solives,

s'arrasait au niveau d'un chemin de ronde supérieur.

En effet, en calculant ces hauteurs,

L'étage entre-solé 2m,30

Épaisseur du plancher 30

L'entre-sol 2m,30 5m,20

Épaisseur du plancher 30

Hauteur de la grande salle 4m,30

Poutres et corbeaux 60 5m,20

Solivages 30

L'escalier à vis N montait du sol de la grande salle au chemin de ronde

défendu par un parapet crénelé. I sont des cheminées et K des armoires.

En L sont des latrines sur le dehors; en M, dans la tourelle nord ouest,

sont disposées d'autres latrines avec tuyau de chute indiqué sur le plan

du rez-de-chaussée.

Nous donnons (3) la vue perspective de ce manoir prise du coté de

l'entrée. La maçonnerie est entière, sauf les parapets crénelés, dont il

ne reste que des fragments[191]. Tous les bois ont été brûlés et ont

laissé de nombreuses traces. Les combles se divisaient

très-vraisemblablement en deux, conformément aux habitudes des

constructions de ce temps, et renfermaient des logements en pans de bois

au niveau du chemin de ronde, ainsi que l'indique notre vue. Sur la

face, quatre trous carrés ménagés dans la bâtisse du parement au-dessus

de l'entrée étaient destinés à recevoir un hourd saillant auquel on

descendait par le chemin de ronde. Nous avons présenté une des fermes de

ce hourd, posée. Cette méthode, qui consiste à envelopper un logis de

bois d'une chemise de pierre fortifiée, est curieuse à observer, car

nous la voyons employée dans beaucoup de ces donjons carrés du XIIe

siècle tel que celui de Loches, par exemple. Il est à présumer que les

pans de bois ou plutôt les poteaux inférieurs durent être remplacés, car

au XIVe ou au XVe siècle on éleva les deux murs figurés sur le plan du

rez-de-chaussée.

Il existe encore dans la Gironde un manoir d'une époque moins ancienne

(de la fin du XIIIe siècle ou du commencement du XIVe), qui ressemble

beaucoup, par ses dispositions, à celui de Saint-Médard-en-Jalle, mais

où la maçonnerie a remplacé les divisions intérieures en bois: c'est le

manoir de Camarsac; situé sur un point assez élevé, il domine

l'embouchure de la Dordogne et était autrefois entouré de fossés.

L'entrée de ce manoir (4) était en C et protégée par une porte

extérieure posée à angle droit sur le mur de face. La porte s'ouvrait

sur une première salle D avec escalier E montant de fond[192]. De cette

première salle (voir le plan A du rez-de-chaussée), on pénétrait dans

les trois autres pièces percées seulement, dans l'origine, de

meurtrières destinées à battre le fossé. En G est un arc qui porte le

mur de refend élevé au premier étage. Ce rez-de-chaussée ne pouvait

servir que comme dépôt des provisions, ou comme refuge en temps de

guerre. Le premier étage (voir le plan B) était destiné à l'habitation.

Il est divisé en cinq salles avec communication centrale H,

très-ingénieusement disposée. Quatre de ces salles possèdent des

cheminées I. Dans la salle L s'ouvre un mâchicoulis K, battant la porte

d'entrée. De la salle L et de celle M on passe dans la tourelle d'angle

F servant de latrines et dans le couloir muni de meurtrières qui

battaient le fossé du côté de l'entrée. Deux combles posés sur les murs

latéraux et sur le mur de refend couvraient ce castera, qui était

couronné de mâchicoulis avec crénelage sur ses quatre fronts. Des

meurtrières percées dans les échauguettes défendaient les angles et

flanquaient les faces. Les pièces du premier étage étaient éclairées par

des fenêtres étroites, remplacées aujourd'hui par des baies modernes. Ce

castera ou manoir était un véritable donjon et offrait un refuge

très-sûr. La figure 5 donne la vue perspective de cette habitation

fortifiée prise du côté de l'entrée[193].

En Angleterre, quelques manoirs du XIVe siècle présentent des

dispositions à peu près semblables à celles-ci, notamment celui de

Belsay (Northumberland). Il est certain que ces casteras n'étaient que

le logis principal d'une agglomération de bâtiments ruraux entourés d'un

mur ou d'un fossé; c'était la demeure du possesseur du fief. Pendant les

XIVe et XVe siècles, les manoirs adoptent plus franchement les

dispositions d'une habitation des champs, même dans les provinces

méridionales. Ainsi à Xaintrailles, près de Nérac (Lot-et-Garonne), on

voit encore les restes assez entiers du manoir où naquit le célèbre

Pothon. Ce manoir date des premières années du XVe siècle (6). Il se

compose d'une _baille_ ou basse-cour B, occupée aujourd'hui par des

bâtiments modernes. Le chemin A, qui conduit au manoir, donnait entrée

dans cette baille par une première porte A'. Franchissant un fossé, on

entrait dans la cour intérieure E par une porte charretière ou par une

poterne. Du passage de la porte on entrait dans la salle F, où se tenait

le gardien ou même un poste au besoin. La grande salle est en G et la

cuisine en H avec porte sur la cour. À gauche est une autre grande salle

I dans laquelle on entre en passant sur le palier inférieur du grand

escalier K. En L est un petit donjon avec escalier extérieur M et

escalier intérieur à vis. Le donjon ne se réunissait aux deux corps de

logis que par des courtines aujourd'hui englobées dans des constructions

récentes. Ces deux logis ne se défendaient que par un crénelage à la

base du comble et par quatre échauguettes posées aux quatre angles. Le

manoir est entouré de jardins du côté gauche et derrière le donjon. Cet

ensemble est assez bien conservé, sauf la partie _ab_ comprise entre le

grand escalier et le logis de droite qui a été rasée, et dont on

n'aperçoit plus que les fondations. La figure 7 donne la vue perspective

du manoir de Xaintrailles, prise des jardins[194].

Près de Nesles (Oise), on aperçoit encore les restes d'un joli manoir de

la fin du XVIe siècle[195]. Il était entouré d'un enceinte polygonale

avec fossé et porte défendue. Une tour quadrangulaire, étroite,

couronnée par quatre mâchicoulis, servait d'oratoire à rez-de-chaussée

et de guette au sommet; de plus elle commandait l'entrée. Modifiés au

XVIIe siècle, puis plus récemment encore, les bâtiments d'habitation ont

perdu leur caractère et ne laissent voir que des murs recrépis; ils

servent aujourd'hui à l'exploitation des terres environnantes (8).

Dans les vignettes des manuscrits du XVe siècle, on voit parfois des

manoirs assez bien figurés, qui rappellent les dispositions de ceux que

nous venons de donner en dernier lieu, et donnent une agglomération de

bâtiment accolés sans symétrie, mais suivant les besoins des habitants.

Beaucoup de ces manoirs du commencement du XVe siècle et passablement

défendus furent ouverts au XVIe, leurs murs extérieurs furent percés de

fenêtres et les fossés, en partie comblés, remplacés par des terrasses.

Tel est le manoir de Sédières (Corrèze) dont nous donnons (9) une vue.

Ce manoir, bâti pendant les premières années du XVe siècle, se composait

de la tour carrée A, du logis B et de la porterie C. Les autres

bâtiments E étaient probablement plus bas et fermaient la cour

intérieure Au XVIe siècle, des fenêtres furent percées sur les dehors

dans le vieux logis; les intérieurs furent refaits et des bâtiments,

aujourd'hui presque entièrement démolis, s'élevèrent en E et en F; on

combla les fossés du côté du jardin. C'est ainsi que ces manoirs du

moyen âge, dont les premiers possesseurs avaient fait des résidences

fortifiées, se changeaient au XVIe siècle en demeures de plaisance, ne

conservant de leur ancien caractère que des mâchicoulis devenus inutiles

et des morceaux de fossés au devant des portes.

Les châteaux de Rambouillet, de Nantouillet, près Paris, de la

Rochefoucauld en Angoumois, de Villers-Cotterets, de Compiègne, etc.,

n'étaient plus que des manoirs sous le règne de François Ier, par suite

des travaux d'appropriation qu'on y avait fait exécuter pour les ouvrir

sur les dehors et leur enlever leur caractère de forteresses.

Le XVIe siècle éleva quantité de manoirs dont il reste des débris. Nous

citerons, entre autres, le manoir d'Ango, près de Dieppe, construit par

le célèbre armateur vers 1525. «Il avait acquis la belle terre de

Varengeville,» dit M. Vitet dans son excellente histoire de Dieppe[196],

«ancien domaine de la famille de Longueil; la beauté du pays, la

proximité de Dieppe, l'engagèrent à démolir le vieux castel pour s'y

faire bâtir un _manoir_ à la moderne et à sa fantaisie. C'est ce manoir

dont il reste encore quelques corps de logis convertis en ferme, mais

que, par une antique habitude, les habitants du pays ne connaissent et

ne désignent jamais que sous le nom de _château_.» Ce manoir était

considérable en étendue puisque Ango put y recevoir le roi François Ier.

Mais, ainsi que nous l'avons dit déjà, les manoirs au XVIe siècle

remplaçaient le château. Azay-le-Rideau, Meillant, Chenonceaux, Anet,

par leurs dispositions et leur destination, appartiennent aux manoirs

bien plus qu'aux châteaux et se rapprochent singulièrement de la villa

antique. Le château symétrique du règne de Louis XIV a fait disparaître

les dernières traces du manoir, puisque depuis cette époque les simples

maisons de campagne ont cherché à copier, en petit, ces masses

pondérées, régulières, qui distinguent particulièrement, en France, le

château de la fin du XVIIe siècle entre toutes les habitations des

siècles précédents. Mais il y a dans les dispositions des grands

châteaux du XVIIe slecle, tels que ceux de Richelieu, de Coulommiers, de

Maisons, de Monceaux, de Vaux, etc., une certaine ampleur, une majesté

qui conviennent à ces demeures princières, et qui réflètent l'existence

large des seigneurs d'un puissant pays qui n'ont pas besoin de se

renfermer dans leurs demeures comme les barons du moyen âge; cette

ampleur et cette majesté, réduites aux proportions de l'habitation d'un

bourgeois servi par deux ou trois domestiques, deviennent des ridicules.

En cela, nos voisins les Anglais ont mieux su garder la mesure, et leurs

petites maisons de campagne sont bien, aujourd'hui, la demeure des

particuliers dont la fortune et les goûts sont modestes, et qui

préfèrent les commodités intérieures à la satisfaction vaine d'élever un

diminutif de château.

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Illustration: Fig. 3.]

[Illustration: Fig. 4.]

[Illustration: Fig. 5.]

[Illustration: Fig. 6.]

[Illustration: Fig. 7.]

[Illustration: Fig. 8.]

[Illustration: Fig. 9.]

[Note 174: Habitatio cum certa agri portione, a manendo

dicta, Gallis, _Manoir_; quomodo in Consuetudinibus nostris

municipalibus vulgo accipitur pro præcipua feudi domo, quæ

cum universo ipsius ambitu penes primogenitum esse debet...

(DUCANGE.)]

[Note 175: _Études sur la condition de la classe agr. en

Normandie au moyen âge_, p. 6. Évreux, 1851.]

[Note 176: Parce qu'elle avait appartenu en 1204 à Jean,

évêque de Vinchester. (Voy. Sauval, _Antiq. de la ville de

Paris_, t. II, p. 72.)]

[Note 177: On voit des ruines du manoir de Bicêtre dans une

gravure représentant le ballet donné par le comte de Soissons

au Louvre en 1632. M. le comte Horace de Vielcastel nous a

fourni de précieux renseignements à ce sujet.]

[Note 178: Voy. _Domest. archit., twelfth century_, par Huds.

Turner, H. Parker. Oxford, 1851.]

[Note 179: _Le roman du Renart_, v. 8593.]

[Note 180: _Hist. du diocèse de Paris_, Lebeuf, t. XIV, p.

324.]

[Note 181: _Domest. archit., thirteenth century_, chap. IV.]

[Note 182: _La Guienne militaire, pendant la domination

anglaise_, par Léo Drouyn. Bordeaux.]

[Note 183: _Vita Karoli_ imperat., cap. XVII.]

[Note 184: À quatre lieues S.-O. de Mayence.]

[Note 185: Le manoir d'Ingelheim et celui de Nimègue furent

rebâtis sous forme de châteaux par Frédéric Ier. Ermoldus

Nigellus donne la description du palais d'Ingelheim, I. IV et

V. Il ressemblait à une _villa_ romaine par les dispositions

d'ensemble.]

[Note 186: Voici un exemple: «Étienne de Breziac, écuyer,

construisait une maison fortifiée, ainsi qu'il était dit, sur

le mont Avoie. L'abbé de Cluny s'y opposait, prétendant que

cet écuyer ne pouvait construire en ce lieu à cause de

certaines conventions intervenues autrefois entre leurs

prédécesseurs, et aussi parce que cela tournait au détriment

de son Église et de tout le pays; c'est pourquoi l'abbé

demandait que l'on détruisit ce qui avait été construit en

cet endroit et que l'on enjoignit à l'écuyer de ne plus y

bâtir désormais. Étienne, d'autre part, répondait que l'abbé

ne devait pas être écouté à ce sujet et qu'on ne devait pas

détruire sa demeure; il ajoutait qu'il n'avait pas élevé une

forteresse, qu'il ne relevait pas de l'abbé, que lui-même et

ses prédécesseurs étaient de temps immémorial en saisine de

cette montagne comme de son aleu, ainsi que de la garenne et

des autres dépendances. En résumé, ayant entendu les raisons

des deux parties, et ayant appris par le bailli de Mâcon que

cette montagne, par elle-même, était déjà très-forte, et que

plusieurs nobles et autres personnes réclamaient et

s'opposaient de leur côté à ce que l'on édifiât en ce lieu,

parce qu'une maison (forte) pourrait causer au pays un grand

préjudice, il fut arrêté que l'écuyer Étienne de Breziac ne

pourrait construire une maison de ce genre sur la montagne

sus désignée, et que la portion de la dite maison déjà

construite par Étienne serait détruite et supprimée.»

(_Arrestat. in pallam_, 1264, arr. VI.)]

[Note 187: _Les Olim_, publ. par le comte Beugnot, t. I,

notes, p. 1045. _Docum. inéd. sur l'Histoire de France_, Ire

série, _hist. polit._]

[Note 188: _De la Propriété des eaux courantes_. Paris, 1846,

p. 86-97.]

[Note 189: Voir à ce sujet un arrêt de 1317. _Les Olim_, t.

III, 2e part., 1317, arr. LXV.]

[Note 190: Les _vivaria_ ou _viaria_ étaient des lieux clos

ou non, dans lesquels étaient élevés des animaux de petite

espèce et particulièrement des lapins.]

[Note 191: Voy. la _Notice sur le castera près de

Saint-Médard-en-Jalle_, par M. Durand. 1839. (_Recueil de

l'académie royale de Bordeaux_, lecture du 21 fév. 1839.)]

[Note 192: La tourelle E ainsi que l'échauguette F ont été

modifiées au XVe siècle; on leur a donné un plus fort

diamètre.]

[Note 193: Ces dessins nous ont été fournis par M. Alaux,

architecte à Bordeaux.]

[Note 194: Partie de ce manoir était encore occupée en 1843

par M. le marquis de Lusignan.]

[Note 195: Le manoir de Launay, qui fut la résidence de

Santeuil.]

[Note 196: _Histoire de Dieppe_, 4e partie, p. 451.]

MARBRE, s. m. Calcaire cristallisé, dur, recevant le poli.--En France,

on a peu employé le marbre, pendant le moyen âge; d'abord parce que

cette matière n'y est pas très-commune, puis parce que son emploi exige

des frais considérables. Les architectes romans des premiers temps

dépouillèrent souvent des monuments antiques de leurs colonnes et de

leurs chapiteaux pour les appliquer à leurs nouvelles bâtisses; sous les

premiers carlovingiens même, par un reste des traditions romaines, ils

firent sculpter parfois des chapiteaux dans du marbre, mais ces exemples

sont rares. Cette matière dure, longue à travailler, ne pouvait convenir

à des artistes qui n'avaient plus les ressources suffisantes pour mener

à fin des ouvrages de cette nature. Dans le midi de la France, l'emploi

du marbre ne cessa pas cependant jusques vers le milieu du XIVe siècle,

principalement dans le voisinage des Pyrénées. Il existe encore

plusieurs cloîtres de ces provinces méridionales dont les colonnes et

les chapiteaux même sont en marbre (voy. CLOÎTRE). On employa aussi

parfois le marbre de couleur comme incrustation pendant les XIe, XIIe et

XIIIe siècles[197], comme pavé, et le marbre blanc pour des autels, des

retables, des tombeaux et des statues. Le système de construction admis

à la fin du XIIe siècle en France ne se prêtait point d'ailleurs à

l'emploi du marbre, qui, même dans l'antiquité romaine (excepté

lorsqu'il s'agit de points d'appuis isolés comme des colonnes), n'était

guère appliqué que sous forme de revêtement.

Les poëtes et les chroniqueurs du moyen âge ne se font pas faute

cependant de mentionner des ouvrages de marbres, _palais marbrins_,

_escaliers marbrins_, _chambres marbrines_. Ce qui prouve que l'emploi

de cette matière était considéré comme un luxe extraordinaire. Les abbés

qui reconstruisirent leurs monastères pendant les XIe et XIIe siècles,

ou les contemporains qui racontent leurs _gestes_, ne manquent pas de

signaler de nombreux ouvrages en marbre qui n'ont jamais existé. Ce sont

là de ces hyperboles très-fréquentes chez ces chroniqueurs. C'est ainsi

que Suger avait, dit-on, fait venir des colonnes de marbre d'Italie pour

le pourtour du sanctuaire de l'église abbatiale de Saint-Denis; or, ces

colonnes sont en pierre dure provenant de carrières près Pontoise. Le

vulgaire donne souvent aussi le nom de _marbre_ à certains calcaires

durs qui prennent le poli, mais qui n'ont pas pour cela les qualités du

marbre.

Lorsque les sculpteurs du moyen âge ont voulu tailler le marbre, ils

s'en sont tirés à leur honneur; il suffit, pour s'en assurer, d'aller

voir à Saint-Denis un assez grand nombre de statues de marbre blanc des

XIVe et XVe siècles qui sont d'une excellente facture (voy. STATUAIRE).

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 6 - (G - H - I - J - K - L - M - N - O) · 第 21 / 32 段