d'habitation est plus vaste que celui de l'hôtel de La Trémoille, mais
le jardin était moins étendu. En A est la porte principale sur la rue
des Mathurins-Saint-Jacques avec sa poterne A'. La conciergerie est en
B; puis s'élève un portique C qui donne entrée dans les pièces H du
rez-de-chaussée, pièces dans lesquelles on entre également par le grand
escalier F et par une petite porte _f_. La cuisine est en D, avec son
perron, et son escalier particulier P, ayant à la fois issue au dehors,
sur le sol de la cuisine et dans la salle H'. Une porte _g_ donne
directement entrée de la cour dans cette cuisine. En I, est une pièce en
retour sur le jardin avec escalier d'angle R, ayant porte sur le jardin,
porte sur cette salle I et sur la galerie L. En K est une salle ouverte,
sorte de préau couvert sous la chapelle située au premier étage. F est
une cour avec entrée O dans l'une des salles antiques des thermes. M est
également une salle antique dans laquelle probablement étaient disposées
les écuries. La galerie L communiquait autrefois à des latrines. Le mur
sur la rue est crénelé et était muni d'un chemin de ronde en bois porté
sur des corbeaux détruits aujourd'hui et remplacés par des potences en
fer. Un petit escalier S permet de descendre de la salle I dans le préau
couvert K et de monter directement à la chapelle. Le jardin G, de 17
mètres de largeur sur 35 mètres de longueur environ, était bordé par des
propriétés particulières. L'escalier principal F est terminé par une
plate-forme à laquelle on arrive par un petit escalier à vis partant de
l'étage sous comble. L'hôtel de Cluny, comme celui de La Trémoille,
possède des caves, un rez-de-chaussée, un premier étage et un étage sous
comble mansardé. Les constructions sont assez bien conservées. Les
planchers anciens, formés de poutres recevant un solivage, sont encore
apparents, et plusieurs des cheminées datent de la construction
primitive. Bien que l'architecture des logis n'ait pas l'élégante
délicatesse de l'hôtel de La Trémoille, cependant elle ne manque ni de
grâce ni de style. Les fenêtres sont heureusement percées, les escaliers
très-habilement disposés et la chapelle est un petit chef-d'oeuvre. Elle
possède une absidiole portée en encorbellement sur la pile extérieure du
préau couvert. Comme ce préau, elle est voûtée, et ses quatre voûtes en
arcs d'ogives portent sur une colonne centrale[165]. La figure 39 donne
la vue cavalière de cet hôtel, prise du côté de l'entrée.
Il existe encore à Paris un hôtel de la fin du XVe siècle: c'est l'hôtel
de Sens, qui servait de résidence aux archevêques de Sens lorsqu'ils
séjournaient à Paris[166]. Cet hôtel est situé au carrefour formé par la
rencontre des rues de l'Hôtel-de-Ville, du Figuier, de l'Étoile, des
Barrés et du Fauconnier. Il fut élevé par l'archevêque Tristan de
Salazar, de 1475 à 1519. Les mutilations nombreuses qu'il a subies lui
ont enlevé presque entièrement son caractère.
On voit encore de jolis hôtels de la Renaissance et du commencement du
XVIIe siècle dans quelques villes de province. L'hôtel de Pincé, à
Angers, est un charmant édifice du XVIe siècle; celui de Vauxluisant, à
Troyes, qui date des premières années du XVIIe siècle, est remarquable
par son plan et les heureuses silhouettes de ses bâtiments. À Toulouse,
il reste encore bon nombre d'hôtels du XVIe siècle. L'oeuvre de
Ducerceau (_Les maisons des villes_) présente de nombreux exemples de
bons plans et de bâtiments d'un goût excellent.
Si les maisons, pendant le XVIIe siècle, ne furent plus guère que des
logis banals, dans lesquels il est difficile de trouver la trace d'un
art, il n'en fut pas de même des hôtels. Sous les règnes de Henri IV, de
Louis XIII, de Louis XIV et de Louis XV, Paris, Lyon, Toulouse,
Bordeaux, Caen, Nantes, virent élever quantité de beaux hôtels, qui
conservaient encore la disposition des habitations des nobles et riches
bourgeois du moyen âge et de la Renaissance. Les hôtels Lambert,
Carnavalet, de Mazarin (Bibliothèque impériale), de Pimodan, de Soubise
(archives de l'Empire), sont encore des modèles de grandeur et de bon
goût qui font quelque tort à tout ce que l'on fait en ce genre de nos
jours. C'est qu'il est plus facile d'acquérir la richesse que le
sentiment de la grandeur et le goût.
[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 8.]
[Illustration: Fig. 9.]
[Illustration: Fig. 9. bis.]
[Illustration: Fig. 10.]
[Illustration: Fig. 11.]
[Illustration: Fig. 12.]
[Illustration: Fig. 13.]
[Illustration: Fig. 14.]
[Illustration: Fig. 15.]
[Illustration: Fig. 16.]
[Illustration: Fig. 17.]
[Illustration: Fig. 18.]
[Illustration: Fig. 19.]
[Illustration: Fig. 20.]
[Illustration: Fig. 21.]
[Illustration: Fig. 22.]
[Illustration: Fig. 23.]
[Illustration: Fig. 24.]
[Illustration: Fig. 25.]
[Illustration: Fig. 26.]
[Illustration: Fig. 26. bis.]
[Illustration: Fig. 27.]
[Illustration: Fig. 28.]
[Illustration: Fig. 29.]
[Illustration: Fig. 30.]
[Illustration: Fig. 31.]
[Illustration: Fig. 32.]
[Illustration: Fig. 33.]
[Illustration; Fig. 34.]
[Illustration: Fig. 35.]
[Illustration: Fig. 36.]
[Illustration: Fig. 37.]
[Illustration: Fig. 38.]
[Illustration: Fig. 39.]
[Note 124: _Hist. Franc._ Lib. IV, cap. XXXVI.]
[Note 125: _Ibid._ Lib. VIII, cap. XLII.]
[Note 126: La figure 1 reproduit une maison sculptée sur un
chapiteau de l'église de Vézelay, antérieur à la
reconstruction du commencement du XIIe siècle. La figure 2
donne une maison copiée sur un chapiteau du cloître de
Moissac (XIIe siècle).]
[Note 127: Lettre XXII.]
[Note 128: Il faut dire toutefois que l'élément slave a
modifié profondément ces constructions dans le Tyrol;
cependant on y reconnaît encore la trace de ces charpentes
indo-germaniques, caractérisées dans les monuments
manuscrits.]
[Note 129: D'après des plans recueillis particulièrement en
Bourgogne, dans le Nivernais et la haute Champagne.]
[Note 130: Cette disposition est fréquente dans les contrées
où la pierre est belle et abondante, comme en Bourgogne et la
haute Champagne; elle était adoptée, bien entendu, lorsque
les maisons appartenaient à des particuliers n'ayant pas
besoin de boutiques sur la rue. On voit des restes de ces
maisons avec escalier et palier fermé à Vézelay, à Montréale
(Yonne). Nous avons également pu reconnaître ces dispositions
dans des habitations de Montbar, de Semur, de
Châtillon-sur-Seine, d'Arc-en-Barrois, de Château-Villain, de
Joinville. Il existe encore des rez-de-chaussées de ce genre
parfaitement conservés dans certaines villes d'Italie et
particulièrement à Viterbe (voyez l'_Architecture civile et
domestique_ de MM. Verdier et Cattois).]
[Note 131: L'usage de laisser les portes des rez-de-chaussées
ouvertes dans les temps tranquilles, et lorsque la
température n'était pas trop rude, est un usage antique qui
s'est perpétué très-tard. Ces portes étaient alors simplement
masquées par un rideau. Les vignettes des manuscrits et les
vitraux indiquent toujours ce genre de fermeture.]
[Note 132: Ayant trouvé quantité de ces rez-de-chaussées de
maisons du XIIe siècle surmontés d'étages modernes en
maçonnerie, nous avons été induit à penser que les premiers
étages étaient construits légèrement dans l'origine. C'est
alors qu'examinant les têtes des murs de refend qui seules
restaient anciennes dans ces constructions, nous avons pu
constater la trace des pans de bois de face portés en
encorbellement et affleurant la saillie de ces sortes de
contre-forts élevés sur le prolongement des murs mitoyens.]
[Note 133: Nous avons trouvé des traces de ces peintures sur
des bois déposés et reposés dans des constructions des XIVe
et XVe siècles, particulièrement sur des chevrons de combles
retaillés.]
[Note 134: _Hist. Franc._ Lib. IX, cap. XXXVIII.]
[Note 135: Voy. l'_Architecture domestique_ de MM. Verdier et
Cattois. M. Verdier a relevé quelques-unes de ces jolies
maisons.]
[Note 136: Nous citerons parmi ces bastides bâties d'un seul
jet, de 1260 à 1330, celles d'Aigues-Mortes, de Carcassonne
(ville basse), de Libourne, de Villeneuve-d'Agen, de
Villefranche-de-Rouergue, de Montflanquin, de Valence, de
Castillonnès, de Sauveterre, de Puyguilhem, de La Sauvetat,
de Villeréal en Agénais, de Villefranche-de-Belvès, de La
Linde, de Beaumont, de Domme, de Sainte-Foy (Gironde), de
Ville-franche-de-Longchapt, de Molières et de Montpazier dans
le bas Périgord; de Mont-Ségur, de Belin, de Cadillac, de
Saint-Osbert, de Créon, dans les environs de Bordeaux (voy,
les articles sur l'_Architec. civile du moyen âge_, par MM.
Félix de Verneilh et Victor Petit; _Annales archéologiques_,
t. VI, X, XI et XII.) Dans le nord de la France, nous
citerons encore les villes de Villeneuve-le-Roi, de
Villeneuve-l'Archevêque; toutes ces bastides présentent des
plans réguliers tirés au cordeau, avec places, marchés,
églises, fontaines et remparts, maisons avec ou sans allées
couvertes, mais bâties d'après un lotissement égal. Nous
savons que ces faits dérangent quelque peu les théories sur
l'irrégularité et le désordre systématiques que l'on prête
aux constructions civiles du moyen âge; mais nous ne pouvons
qu'engager les archéologues à visiter ces localités, s'ils
veulent prendre une idée de ce qu'était une petite ville du
XIIIe siècle, élevée, sur un plan arrêté, dans un espace de
temps très-court. Comme le dit si bien M. F. de Verneilh:
«Dans la seconde moitié du XIIIe siècle et dans une région
très-limitée de la France, en Guienne et en Languedoc,
cinquante villes peut-être se sont fondées sans que nos
historiens aient donné la moindre attention à cette grande
oeuvre de civilisation et de progrès. Au moins vingt de ces
bastides, les plus récentes et les plus parfaites, sont dues
à la domination anglaise, et l'histoire des Sismondi et des
Guizot ne parle pas de ce bienfait toujours actuel, quoiqu'il
date de six siècles. Si, au lieu de fonder tant de villes,
Édouard Ier en avait violemment détruit une seule, tous nos
livres retentiraient encore de ce fait d'armes. Mais
l'histoire du moyen âge est ainsi faite...» Ajoutons que ces
renseignements précieux, recueillis par un de nos plus
savants archéologues français, ne paraissent pas avoir été
consultés par M. Champollion-Figeac, qui, s'étendant
longuement sur les constructions urbaines du moyen âge dans
son traité des _Droits et usages_, et entamant la question
d'architecture sans avoir eu le loisir d'aller visiter
quelques-unes de ces constructions civiles, nous demande où
nous avons pris les plans d'Aigues-Mortes, de
Villeneuve-le-Roi, de Sainte-Foy et de Montpazier! et si
l'exécution répondit aux _projets_! qui nous demande encore
de lui _démontrer_ l'ancienneté des maisons de la ville de
Cluny... Mais ne pourrions-nous, avec bien plus de raison,
lui demander de nous _démontrer_ l'authenticité des textes
qu'il prend la peine de transcrire? Ces villes sont debout,
habitées, et en quelques jours chacun peut les voir avec
leurs vieilles rues alignées, les restes de leurs remparts,
leurs places et leurs églises; quant aux projets de leur
plantation, il serait intéressant de les retrouver sans
doute, bien que cette découverte ne pût rien ajouter à
l'importance du fait de l'existence de ces villes qui, depuis
six siècles, n'ont pas cessé d'être habitées.]
[Note 137: On observera que cet usage s'est conservé à
Londres.]
[Note 138: Saint Louis acheta du comte de Toulouse la ville
de Saint-Antonin, moyennant 1,500 livres tournois. La maison
que nous donnons est un peu postérieure à l'époque de cette
acquisition.]
[Note 139: Voir l'ouvrage de M. Champollion-Figeac, _Droits
et usages_, déjà cité. Si un homme d'une érudition profonde
partage ces préjugés, on ne doit pas s'étonner de les voir
répandus dans le vulgaire.]
[Note 140: Il existe encore sous cette maison denx étages de
caves fort belles.]
[Note 141: Cette maison appartient à M. de Maleville, qui a
bien voulu nous promettre de ne point la vendre ni la
détruire. Les boutiques du bas ont été bouchées et les
fenêtres du premier étage modifiées au XVe siècle, mais on
retrouve parfaitement le plan et la forme des fenêtres
primitives. Celles des deux étages supérieurs sont
conservées.]
[Note 142: Voyez dans l'ouvrage de MM. Verdier et Cattois,
l'_Architecture civile et domestique_, quelques maisons des
provinces méridionales, notamment celle du _Veneur_, à
Cordes. On voit sur la façade de la maison Caussade, donnée
ici, des anneaux scellés aux jambages des fenêtres pour
porter les perches et les bannes, préservatives du soleil.]
[Note 143: Plusieurs fois déjà il a été question de démolir
cette belle maison, le plus intéressant des édifices civils
de Reims. En attendant cette démolition, l'un des
propriétaires (car la façade appartient à deux particuliers)
a le soin de faire peindre à l'huile tous les deux ou trois
ans sa façade, compris les statues. Si cette maison doit être
démolie, il serait bien à souhaiter que la façade pût être
replacée à Reims même; certes, le sacrifice minime que la
ville s'imposerait alors serait bien largement compensé par
l'intérêt que présente la conservation de cette oeuvre
d'art.]
[Note 144: Il faut être vrai, l'excès, en France, amène
bientôt la réaction, et tout porte à croire que les orgies de
symétrie auxquelles on s'est livré depuis le commencement du
siècle, et particulièrement depuis quelques années,
conduiront à un soulèvement universel contre cette façon
barbare de comprendre l'art de l'architecture.]
[Note 145: Voy. les _Annales archéologiques_, t. VI, p. 71.
Peu d'archéologues ont fait, de notre temps, des études aussi
complètes et riches de fait que M. Félix de Verneilh, en ce
qui regarde les villes du moyen âge particulièrement.]
[Note 146: À Montpazier, les propriétés possèdent toutes
leurs murs latéraux. Il n'y a pas de murs mitoyens. Cette
disposition est même conservée autour de la place, là où
existe un portique: c'est une exception à la règle.]
[Note 147: La construction des châlets est des plus
intéressantes à étudier, et c'est une de celles qui se
rapprochent le plus, en Europe, des structures en bois des
âges primitifs.]
[Note 148: Noyon, Senlis, Paris, Bourges, Chartres, Rouen,
Sens, Arras, Amiens, Cambrai, Troyes, Reims, Laon, Soissons,
Beauvais, Auxerre, etc.]
[Note 149: Par suite de ce raisonnement «que l'Église, en
vertu d'un pouvoir que Dieu lui a donné, doit prendre
connaissance de tout ce qui est péché, afin de savoir si elle
doit remettre ou retenir, lier ou délier.» C'était là un
empiétement sur le pouvoir judiciaire de la féodalité laïque
en masse.]
[Note 150: Voy. l'_Architecture civile et domestique_, de MM.
Verdier et Cattois.]
[Note 151: Les colonnettes des fenêtres du premier étage de
cette maison sont en marbre; le reste de la façade est
construit en pierre et en petit moellon. On remarquera
l'appareil exagéré des claveaux de la porte centrale, les
plates-bandes des baies latérales du rez-de-chaussée. Il y a
là les restes de traditions qui sont bien éloignées de celles
des provinces du Nord.]
[Note 152: Cette maison existait encore sur la place de
Beauvais, côté oriental, en 1834.]
[Note 153: D'une époque plus récente.]
[Note 154: Place des Marchés.]
[Note 155: Rue de la Tuile. Le dessin de cette maison nous a
été fourni par M. Devret, architecte, qui, au salon de 1861,
a exposé plusieurs habitations anciennes de Rouen et
d'Orléans relevées avec un soin extrême. Le ministre d'État,
sur la demande de la commission des monuments historiques, a
fait relever aussi un certain nombre de ces maisons d'Orléans
par M. Vaudoyer.]
[Note 156: Rue Malpalu. Nous empruntons encore ce dessin au
travail de M. Devret.]
[Note 157: Ces maisons, qui font aussi partie du travail de
M. Devret, vont prochainement disparaître par suite du
percement d'une nouvelle voie. Il serait à désirer que ces
précieuses façades fussent déposées, à l'abri des
intempéries, dans quelque monument public de la ville de
Rouen.]
[Note 158: Voy. l'_Archit. civ. et domest._ par MM. Verdier
et Callois, t. II, p. 205.]
[Note 159: Ces plans ont été relevés par M. Thomas,
ex-architecte du Tarn. M. Thomas a fait sur les maisons de
Cordes un travail intéressant déposé aux archives des
Monuments historiques.]
[Note 160: Par une charte de 1224, Louis VIII permit aux
habitants de Bourges de bâtir sur les remparts. Plusieurs
tours et courtines devinrent ainsi des propriétés privées. En
1443, Jacques Coeur acheta de Jacques Belin, moyennant 1,200
écus, le fief comprenant deux tours des remparts de Bourges
sur lequel il bâtit son hôtel. (Voy. les _Antiq. et les
monuments du Berry_, par Hazé. 1834.)]
[Note 161: Ce charmant édifice, converti en palais de
justice, avait subi de nombreuses mutilations. Placé
aujourd'hui entre les mains d'un de nos confrères les plus
distingués, M. Bailly, nous sommes assurés qu'il sera
restauré avec le soin et le respect qu'il mérite.]
[Note 162: Voyez, pour les détails de cette tourelle et de
l'escalier, l'_Archit. civ. et domest._ de MM. Verdier et
Cattois, t. II.]
[Note 163: Voy. _Itinéraire archéol. de Paris_, Paris, 1855.]
[Note 164: M. Edmond Dusommerard, fils du fondateur de la
collection, est depuis 1843 conservateur de ce musée qui,
grâce à son intelligente direction, s'accroît chaque jour et
est un des plus riches de l'Europe.]
[Note 165: Voir, pour les détails de cet hôtel, _la
Statistique monumentale de Paris_, publiée par M. A. Lenoir,
sous la direction du ministère de l'instruction publique.]
[Note 166: L'évêché de Paris fut, jusqu'au XVIIe siècle,
suffragant de l'archevêché de Sens.]
MAISONS DES CHAMPS.--Ainsi que nous l'avons dit en commençant cet
article, il ne faut pas confondre la maison des champs avec le manoir.
Le manoir est l'habitation d'un gentilhomme, d'un chevalier, qui ne
possède pas les droits seigneuriaux de haute et basse justice, mais qui
est propriétaire terrien et qui n'a d'autre redevance à fournir au
seigneur que le service militaire personnel (voy. MANOIR). La maison des
champs, la _masure_, est l'habitation du fermier, du colon, du métayer,
du bordier, du paysan. Les habitants des campagnes renouvellent moins
souvent que ceux des villes leurs demeures, d'abord parce qu'ils sont
plus pauvres, puis parce que leurs besoins varient peu. Un citadin de
nos jours n'a rien conservé des habitudes de son aïeul, tandis qu'un
paysan, au milieu du XIXe siècle, vit à peu près comme vivait celui du
XIVe. Aussi, plus on descend les degrés de l'échelle et moins on trouve
de différences entre les demeures des champs du moyen âge et celles de
notre temps. En parcourant les campagnes de nos provinces françaises qui
ont été particulièrement soustraites au contact des habitants des
grandes villes, comme certaines parties du Languedoc, la Corrèze,
l'Auvergne, le Berry, la Saintonge, la Bretagne, la Haute-Marne, le
Morvan, le Jura et les Vosges, on découvre encore des habitations
séculaires qui n'ont été que bien légèrement modifiées et nous
fournissent, très-probablement par transmission, des exemples des
demeures des campagnards gallo-romains.
En effet, dans ces habitations, on reconnaît l'emploi de certains
procédés de construction qui conservent tous les caractères d'un art
naïf, et si la matière est brute, si la main-d'oeuvre est grossière,
l'application du principe est vraie et parfois tout empreinte de ce
charme qui s'attache aux arts primitifs, pour qui sait voir. Il existe
encore, au milieu des bois du Morvan, certaines demeures de paysans dans
lesquelles un campagnard éduen, s'il revenait après dix-huit siècles, ne
trouverait nul changement; et nous avons vu même, sur les bords de la
Loire, de la Seine et dans les Vosges, des paysans demeurant dans des
grottes creusées de mains d'hommes, qui sont conservées telles que les
armées romaines ont pu les voir. La variété de ces demeures des champs
sur le sol de la France est une des preuves de la conservation de
traditions reculées; car si toutes nos maisons des villes se ressemblent
aujourd'hui, il n'en est pas ainsi dans les campagnes, et la chaumière
du Picard ne ressemble point à celle du Breton; celle-ci diffère
essentiellement de la cabane du Morvandiau, qui ne rappelle en rien
celle du Franc-Comtois, de l'Auvergnat ou du Bas-Languedocien.
Il nous est arrivé de nous arrêter dans certains villages de France, où
chaque maison, faite sur un patron unique, conservait un caractère
d'âpreté primitive fort éloigné de notre civilisation moderne, où tout
tend à perdre sa physionomie propre. On ne s'attend pas, pensons-nous, à
ce que nous donnions ici des maisons de paysans classées par époques
certaines, comme nous avons pu le faire pour les habitations urbaines.
La transmission de quelques types admis, depuis des siècles, interdit
d'ailleurs ce classement. Puisque nous sommes amenés à croire que
certaines provinces n'ont pas cessé d'élever les mêmes maisons rurales
depuis l'époque de l'invasion des barbares, il est évident que nous
pourrions difficilement distinguer une habitation du Xe siècle d'une
autre du XIVe. Nous nous contenterons donc de fournir quelques-uns de
ces types bien caractérisés, sans leur assigner une époque précise, et
cela d'autant moins, que ces constructions, faites en général à l'aide
des plus faibles ressources, n'ont pu résister à l'action du temps et
n'ont conservé ce caractère primitif que par la reproduction des mêmes
procédés, l'emploi des mêmes matériaux et la conformité des habitudes.
Toutefois, les maisons rurales les plus anciennes, ou du moins celles
qui paraissent avoir subi le moins d'altérations, appartiennent aux
contrées du Centre et de l'Est. Dans le Morvan, la vieille maison du
paysan ne présente à l'extérieur qu'une masse de pierres amoncelées. Des
murs élevés en gros blocs de granit percés de petites ouvertures, un
rez-de-chaussée très-bas, servant de cellier, de dépôt, de poulailler ou
de porcherie. Porte élevée d'un ou deux mètres au-dessus du sol avec
escalier et palier engagé dans la muraille; plafond formé de grosses
poutres avec solivage. Grenier au-dessus protégé par une lourde
charpente couverte en plaquettes de pierres appelées _laves_ dans le
pays (40). Chaque maison ne contient qu'une pièce avec sa cheminée; si
l'on veut deux pièces, ce sont deux maisons qui se joignent par les
pignons. Dans cette habitation, aucune décoration, rien qui fasse
pressentir un goût pour l'art même le plus grossier. Les bois sont à
peine équarris, le plancher est couvert d'une terre battue enduite d'une
couche formée de sable granitique et d'argile[167]. Si on se rapproche
du Nivernais et de la haute Bourgogne, souvent au contraire, dans les
maisons de paysans, trouve-t-on les traces d'un art; les intérieurs de
porte sont taillés avec soin, les jambages bien dressés, les intérieurs
sont enduits et quelquefois recouverts jusqu'à la hauteur d'appui d'un
lambris. Les bois sont équarris, chanfreinés même; la tuile, dès les
temps anciens, remplace la lourde couverture en pierre. Parfois les
escaliers extérieurs sont coquettement disposés, le palier garni de
beaux garde-corps en pierre; les solives des plafonds débordent à
l'extérieur, forment auvent et s'assemblent dans les chevrons (41)[168].
Ces habitations de la campagne bourguignonne sont souvent parementées
avec soin, et affectent certaines formes architectoniques.