Nous donnons (38) le plan du rez-de-chaussée de cet hôtel. Le logis

d'habitation est plus vaste que celui de l'hôtel de La Trémoille, mais

le jardin était moins étendu. En A est la porte principale sur la rue

des Mathurins-Saint-Jacques avec sa poterne A'. La conciergerie est en

B; puis s'élève un portique C qui donne entrée dans les pièces H du

rez-de-chaussée, pièces dans lesquelles on entre également par le grand

escalier F et par une petite porte _f_. La cuisine est en D, avec son

perron, et son escalier particulier P, ayant à la fois issue au dehors,

sur le sol de la cuisine et dans la salle H'. Une porte _g_ donne

directement entrée de la cour dans cette cuisine. En I, est une pièce en

retour sur le jardin avec escalier d'angle R, ayant porte sur le jardin,

porte sur cette salle I et sur la galerie L. En K est une salle ouverte,

sorte de préau couvert sous la chapelle située au premier étage. F est

une cour avec entrée O dans l'une des salles antiques des thermes. M est

également une salle antique dans laquelle probablement étaient disposées

les écuries. La galerie L communiquait autrefois à des latrines. Le mur

sur la rue est crénelé et était muni d'un chemin de ronde en bois porté

sur des corbeaux détruits aujourd'hui et remplacés par des potences en

fer. Un petit escalier S permet de descendre de la salle I dans le préau

couvert K et de monter directement à la chapelle. Le jardin G, de 17

mètres de largeur sur 35 mètres de longueur environ, était bordé par des

propriétés particulières. L'escalier principal F est terminé par une

plate-forme à laquelle on arrive par un petit escalier à vis partant de

l'étage sous comble. L'hôtel de Cluny, comme celui de La Trémoille,

possède des caves, un rez-de-chaussée, un premier étage et un étage sous

comble mansardé. Les constructions sont assez bien conservées. Les

planchers anciens, formés de poutres recevant un solivage, sont encore

apparents, et plusieurs des cheminées datent de la construction

primitive. Bien que l'architecture des logis n'ait pas l'élégante

délicatesse de l'hôtel de La Trémoille, cependant elle ne manque ni de

grâce ni de style. Les fenêtres sont heureusement percées, les escaliers

très-habilement disposés et la chapelle est un petit chef-d'oeuvre. Elle

possède une absidiole portée en encorbellement sur la pile extérieure du

préau couvert. Comme ce préau, elle est voûtée, et ses quatre voûtes en

arcs d'ogives portent sur une colonne centrale[165]. La figure 39 donne

la vue cavalière de cet hôtel, prise du côté de l'entrée.

Il existe encore à Paris un hôtel de la fin du XVe siècle: c'est l'hôtel

de Sens, qui servait de résidence aux archevêques de Sens lorsqu'ils

séjournaient à Paris[166]. Cet hôtel est situé au carrefour formé par la

rencontre des rues de l'Hôtel-de-Ville, du Figuier, de l'Étoile, des

Barrés et du Fauconnier. Il fut élevé par l'archevêque Tristan de

Salazar, de 1475 à 1519. Les mutilations nombreuses qu'il a subies lui

ont enlevé presque entièrement son caractère.

On voit encore de jolis hôtels de la Renaissance et du commencement du

XVIIe siècle dans quelques villes de province. L'hôtel de Pincé, à

Angers, est un charmant édifice du XVIe siècle; celui de Vauxluisant, à

Troyes, qui date des premières années du XVIIe siècle, est remarquable

par son plan et les heureuses silhouettes de ses bâtiments. À Toulouse,

il reste encore bon nombre d'hôtels du XVIe siècle. L'oeuvre de

Ducerceau (_Les maisons des villes_) présente de nombreux exemples de

bons plans et de bâtiments d'un goût excellent.

Si les maisons, pendant le XVIIe siècle, ne furent plus guère que des

logis banals, dans lesquels il est difficile de trouver la trace d'un

art, il n'en fut pas de même des hôtels. Sous les règnes de Henri IV, de

Louis XIII, de Louis XIV et de Louis XV, Paris, Lyon, Toulouse,

Bordeaux, Caen, Nantes, virent élever quantité de beaux hôtels, qui

conservaient encore la disposition des habitations des nobles et riches

bourgeois du moyen âge et de la Renaissance. Les hôtels Lambert,

Carnavalet, de Mazarin (Bibliothèque impériale), de Pimodan, de Soubise

(archives de l'Empire), sont encore des modèles de grandeur et de bon

goût qui font quelque tort à tout ce que l'on fait en ce genre de nos

jours. C'est qu'il est plus facile d'acquérir la richesse que le

sentiment de la grandeur et le goût.

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Illustration: Fig. 3.]

[Illustration: Fig. 4.]

[Illustration: Fig. 5.]

[Illustration: Fig. 6.]

[Illustration: Fig. 7.]

[Illustration: Fig. 8.]

[Illustration: Fig. 9.]

[Illustration: Fig. 9. bis.]

[Illustration: Fig. 10.]

[Illustration: Fig. 11.]

[Illustration: Fig. 12.]

[Illustration: Fig. 13.]

[Illustration: Fig. 14.]

[Illustration: Fig. 15.]

[Illustration: Fig. 16.]

[Illustration: Fig. 17.]

[Illustration: Fig. 18.]

[Illustration: Fig. 19.]

[Illustration: Fig. 20.]

[Illustration: Fig. 21.]

[Illustration: Fig. 22.]

[Illustration: Fig. 23.]

[Illustration: Fig. 24.]

[Illustration: Fig. 25.]

[Illustration: Fig. 26.]

[Illustration: Fig. 26. bis.]

[Illustration: Fig. 27.]

[Illustration: Fig. 28.]

[Illustration: Fig. 29.]

[Illustration: Fig. 30.]

[Illustration: Fig. 31.]

[Illustration: Fig. 32.]

[Illustration: Fig. 33.]

[Illustration; Fig. 34.]

[Illustration: Fig. 35.]

[Illustration: Fig. 36.]

[Illustration: Fig. 37.]

[Illustration: Fig. 38.]

[Illustration: Fig. 39.]

[Note 124: _Hist. Franc._ Lib. IV, cap. XXXVI.]

[Note 125: _Ibid._ Lib. VIII, cap. XLII.]

[Note 126: La figure 1 reproduit une maison sculptée sur un

chapiteau de l'église de Vézelay, antérieur à la

reconstruction du commencement du XIIe siècle. La figure 2

donne une maison copiée sur un chapiteau du cloître de

Moissac (XIIe siècle).]

[Note 127: Lettre XXII.]

[Note 128: Il faut dire toutefois que l'élément slave a

modifié profondément ces constructions dans le Tyrol;

cependant on y reconnaît encore la trace de ces charpentes

indo-germaniques, caractérisées dans les monuments

manuscrits.]

[Note 129: D'après des plans recueillis particulièrement en

Bourgogne, dans le Nivernais et la haute Champagne.]

[Note 130: Cette disposition est fréquente dans les contrées

où la pierre est belle et abondante, comme en Bourgogne et la

haute Champagne; elle était adoptée, bien entendu, lorsque

les maisons appartenaient à des particuliers n'ayant pas

besoin de boutiques sur la rue. On voit des restes de ces

maisons avec escalier et palier fermé à Vézelay, à Montréale

(Yonne). Nous avons également pu reconnaître ces dispositions

dans des habitations de Montbar, de Semur, de

Châtillon-sur-Seine, d'Arc-en-Barrois, de Château-Villain, de

Joinville. Il existe encore des rez-de-chaussées de ce genre

parfaitement conservés dans certaines villes d'Italie et

particulièrement à Viterbe (voyez l'_Architecture civile et

domestique_ de MM. Verdier et Cattois).]

[Note 131: L'usage de laisser les portes des rez-de-chaussées

ouvertes dans les temps tranquilles, et lorsque la

température n'était pas trop rude, est un usage antique qui

s'est perpétué très-tard. Ces portes étaient alors simplement

masquées par un rideau. Les vignettes des manuscrits et les

vitraux indiquent toujours ce genre de fermeture.]

[Note 132: Ayant trouvé quantité de ces rez-de-chaussées de

maisons du XIIe siècle surmontés d'étages modernes en

maçonnerie, nous avons été induit à penser que les premiers

étages étaient construits légèrement dans l'origine. C'est

alors qu'examinant les têtes des murs de refend qui seules

restaient anciennes dans ces constructions, nous avons pu

constater la trace des pans de bois de face portés en

encorbellement et affleurant la saillie de ces sortes de

contre-forts élevés sur le prolongement des murs mitoyens.]

[Note 133: Nous avons trouvé des traces de ces peintures sur

des bois déposés et reposés dans des constructions des XIVe

et XVe siècles, particulièrement sur des chevrons de combles

retaillés.]

[Note 134: _Hist. Franc._ Lib. IX, cap. XXXVIII.]

[Note 135: Voy. l'_Architecture domestique_ de MM. Verdier et

Cattois. M. Verdier a relevé quelques-unes de ces jolies

maisons.]

[Note 136: Nous citerons parmi ces bastides bâties d'un seul

jet, de 1260 à 1330, celles d'Aigues-Mortes, de Carcassonne

(ville basse), de Libourne, de Villeneuve-d'Agen, de

Villefranche-de-Rouergue, de Montflanquin, de Valence, de

Castillonnès, de Sauveterre, de Puyguilhem, de La Sauvetat,

de Villeréal en Agénais, de Villefranche-de-Belvès, de La

Linde, de Beaumont, de Domme, de Sainte-Foy (Gironde), de

Ville-franche-de-Longchapt, de Molières et de Montpazier dans

le bas Périgord; de Mont-Ségur, de Belin, de Cadillac, de

Saint-Osbert, de Créon, dans les environs de Bordeaux (voy,

les articles sur l'_Architec. civile du moyen âge_, par MM.

Félix de Verneilh et Victor Petit; _Annales archéologiques_,

t. VI, X, XI et XII.) Dans le nord de la France, nous

citerons encore les villes de Villeneuve-le-Roi, de

Villeneuve-l'Archevêque; toutes ces bastides présentent des

plans réguliers tirés au cordeau, avec places, marchés,

églises, fontaines et remparts, maisons avec ou sans allées

couvertes, mais bâties d'après un lotissement égal. Nous

savons que ces faits dérangent quelque peu les théories sur

l'irrégularité et le désordre systématiques que l'on prête

aux constructions civiles du moyen âge; mais nous ne pouvons

qu'engager les archéologues à visiter ces localités, s'ils

veulent prendre une idée de ce qu'était une petite ville du

XIIIe siècle, élevée, sur un plan arrêté, dans un espace de

temps très-court. Comme le dit si bien M. F. de Verneilh:

«Dans la seconde moitié du XIIIe siècle et dans une région

très-limitée de la France, en Guienne et en Languedoc,

cinquante villes peut-être se sont fondées sans que nos

historiens aient donné la moindre attention à cette grande

oeuvre de civilisation et de progrès. Au moins vingt de ces

bastides, les plus récentes et les plus parfaites, sont dues

à la domination anglaise, et l'histoire des Sismondi et des

Guizot ne parle pas de ce bienfait toujours actuel, quoiqu'il

date de six siècles. Si, au lieu de fonder tant de villes,

Édouard Ier en avait violemment détruit une seule, tous nos

livres retentiraient encore de ce fait d'armes. Mais

l'histoire du moyen âge est ainsi faite...» Ajoutons que ces

renseignements précieux, recueillis par un de nos plus

savants archéologues français, ne paraissent pas avoir été

consultés par M. Champollion-Figeac, qui, s'étendant

longuement sur les constructions urbaines du moyen âge dans

son traité des _Droits et usages_, et entamant la question

d'architecture sans avoir eu le loisir d'aller visiter

quelques-unes de ces constructions civiles, nous demande où

nous avons pris les plans d'Aigues-Mortes, de

Villeneuve-le-Roi, de Sainte-Foy et de Montpazier! et si

l'exécution répondit aux _projets_! qui nous demande encore

de lui _démontrer_ l'ancienneté des maisons de la ville de

Cluny... Mais ne pourrions-nous, avec bien plus de raison,

lui demander de nous _démontrer_ l'authenticité des textes

qu'il prend la peine de transcrire? Ces villes sont debout,

habitées, et en quelques jours chacun peut les voir avec

leurs vieilles rues alignées, les restes de leurs remparts,

leurs places et leurs églises; quant aux projets de leur

plantation, il serait intéressant de les retrouver sans

doute, bien que cette découverte ne pût rien ajouter à

l'importance du fait de l'existence de ces villes qui, depuis

six siècles, n'ont pas cessé d'être habitées.]

[Note 137: On observera que cet usage s'est conservé à

Londres.]

[Note 138: Saint Louis acheta du comte de Toulouse la ville

de Saint-Antonin, moyennant 1,500 livres tournois. La maison

que nous donnons est un peu postérieure à l'époque de cette

acquisition.]

[Note 139: Voir l'ouvrage de M. Champollion-Figeac, _Droits

et usages_, déjà cité. Si un homme d'une érudition profonde

partage ces préjugés, on ne doit pas s'étonner de les voir

répandus dans le vulgaire.]

[Note 140: Il existe encore sous cette maison denx étages de

caves fort belles.]

[Note 141: Cette maison appartient à M. de Maleville, qui a

bien voulu nous promettre de ne point la vendre ni la

détruire. Les boutiques du bas ont été bouchées et les

fenêtres du premier étage modifiées au XVe siècle, mais on

retrouve parfaitement le plan et la forme des fenêtres

primitives. Celles des deux étages supérieurs sont

conservées.]

[Note 142: Voyez dans l'ouvrage de MM. Verdier et Cattois,

l'_Architecture civile et domestique_, quelques maisons des

provinces méridionales, notamment celle du _Veneur_, à

Cordes. On voit sur la façade de la maison Caussade, donnée

ici, des anneaux scellés aux jambages des fenêtres pour

porter les perches et les bannes, préservatives du soleil.]

[Note 143: Plusieurs fois déjà il a été question de démolir

cette belle maison, le plus intéressant des édifices civils

de Reims. En attendant cette démolition, l'un des

propriétaires (car la façade appartient à deux particuliers)

a le soin de faire peindre à l'huile tous les deux ou trois

ans sa façade, compris les statues. Si cette maison doit être

démolie, il serait bien à souhaiter que la façade pût être

replacée à Reims même; certes, le sacrifice minime que la

ville s'imposerait alors serait bien largement compensé par

l'intérêt que présente la conservation de cette oeuvre

d'art.]

[Note 144: Il faut être vrai, l'excès, en France, amène

bientôt la réaction, et tout porte à croire que les orgies de

symétrie auxquelles on s'est livré depuis le commencement du

siècle, et particulièrement depuis quelques années,

conduiront à un soulèvement universel contre cette façon

barbare de comprendre l'art de l'architecture.]

[Note 145: Voy. les _Annales archéologiques_, t. VI, p. 71.

Peu d'archéologues ont fait, de notre temps, des études aussi

complètes et riches de fait que M. Félix de Verneilh, en ce

qui regarde les villes du moyen âge particulièrement.]

[Note 146: À Montpazier, les propriétés possèdent toutes

leurs murs latéraux. Il n'y a pas de murs mitoyens. Cette

disposition est même conservée autour de la place, là où

existe un portique: c'est une exception à la règle.]

[Note 147: La construction des châlets est des plus

intéressantes à étudier, et c'est une de celles qui se

rapprochent le plus, en Europe, des structures en bois des

âges primitifs.]

[Note 148: Noyon, Senlis, Paris, Bourges, Chartres, Rouen,

Sens, Arras, Amiens, Cambrai, Troyes, Reims, Laon, Soissons,

Beauvais, Auxerre, etc.]

[Note 149: Par suite de ce raisonnement «que l'Église, en

vertu d'un pouvoir que Dieu lui a donné, doit prendre

connaissance de tout ce qui est péché, afin de savoir si elle

doit remettre ou retenir, lier ou délier.» C'était là un

empiétement sur le pouvoir judiciaire de la féodalité laïque

en masse.]

[Note 150: Voy. l'_Architecture civile et domestique_, de MM.

Verdier et Cattois.]

[Note 151: Les colonnettes des fenêtres du premier étage de

cette maison sont en marbre; le reste de la façade est

construit en pierre et en petit moellon. On remarquera

l'appareil exagéré des claveaux de la porte centrale, les

plates-bandes des baies latérales du rez-de-chaussée. Il y a

là les restes de traditions qui sont bien éloignées de celles

des provinces du Nord.]

[Note 152: Cette maison existait encore sur la place de

Beauvais, côté oriental, en 1834.]

[Note 153: D'une époque plus récente.]

[Note 154: Place des Marchés.]

[Note 155: Rue de la Tuile. Le dessin de cette maison nous a

été fourni par M. Devret, architecte, qui, au salon de 1861,

a exposé plusieurs habitations anciennes de Rouen et

d'Orléans relevées avec un soin extrême. Le ministre d'État,

sur la demande de la commission des monuments historiques, a

fait relever aussi un certain nombre de ces maisons d'Orléans

par M. Vaudoyer.]

[Note 156: Rue Malpalu. Nous empruntons encore ce dessin au

travail de M. Devret.]

[Note 157: Ces maisons, qui font aussi partie du travail de

M. Devret, vont prochainement disparaître par suite du

percement d'une nouvelle voie. Il serait à désirer que ces

précieuses façades fussent déposées, à l'abri des

intempéries, dans quelque monument public de la ville de

Rouen.]

[Note 158: Voy. l'_Archit. civ. et domest._ par MM. Verdier

et Callois, t. II, p. 205.]

[Note 159: Ces plans ont été relevés par M. Thomas,

ex-architecte du Tarn. M. Thomas a fait sur les maisons de

Cordes un travail intéressant déposé aux archives des

Monuments historiques.]

[Note 160: Par une charte de 1224, Louis VIII permit aux

habitants de Bourges de bâtir sur les remparts. Plusieurs

tours et courtines devinrent ainsi des propriétés privées. En

1443, Jacques Coeur acheta de Jacques Belin, moyennant 1,200

écus, le fief comprenant deux tours des remparts de Bourges

sur lequel il bâtit son hôtel. (Voy. les _Antiq. et les

monuments du Berry_, par Hazé. 1834.)]

[Note 161: Ce charmant édifice, converti en palais de

justice, avait subi de nombreuses mutilations. Placé

aujourd'hui entre les mains d'un de nos confrères les plus

distingués, M. Bailly, nous sommes assurés qu'il sera

restauré avec le soin et le respect qu'il mérite.]

[Note 162: Voyez, pour les détails de cette tourelle et de

l'escalier, l'_Archit. civ. et domest._ de MM. Verdier et

Cattois, t. II.]

[Note 163: Voy. _Itinéraire archéol. de Paris_, Paris, 1855.]

[Note 164: M. Edmond Dusommerard, fils du fondateur de la

collection, est depuis 1843 conservateur de ce musée qui,

grâce à son intelligente direction, s'accroît chaque jour et

est un des plus riches de l'Europe.]

[Note 165: Voir, pour les détails de cet hôtel, _la

Statistique monumentale de Paris_, publiée par M. A. Lenoir,

sous la direction du ministère de l'instruction publique.]

[Note 166: L'évêché de Paris fut, jusqu'au XVIIe siècle,

suffragant de l'archevêché de Sens.]

MAISONS DES CHAMPS.--Ainsi que nous l'avons dit en commençant cet

article, il ne faut pas confondre la maison des champs avec le manoir.

Le manoir est l'habitation d'un gentilhomme, d'un chevalier, qui ne

possède pas les droits seigneuriaux de haute et basse justice, mais qui

est propriétaire terrien et qui n'a d'autre redevance à fournir au

seigneur que le service militaire personnel (voy. MANOIR). La maison des

champs, la _masure_, est l'habitation du fermier, du colon, du métayer,

du bordier, du paysan. Les habitants des campagnes renouvellent moins

souvent que ceux des villes leurs demeures, d'abord parce qu'ils sont

plus pauvres, puis parce que leurs besoins varient peu. Un citadin de

nos jours n'a rien conservé des habitudes de son aïeul, tandis qu'un

paysan, au milieu du XIXe siècle, vit à peu près comme vivait celui du

XIVe. Aussi, plus on descend les degrés de l'échelle et moins on trouve

de différences entre les demeures des champs du moyen âge et celles de

notre temps. En parcourant les campagnes de nos provinces françaises qui

ont été particulièrement soustraites au contact des habitants des

grandes villes, comme certaines parties du Languedoc, la Corrèze,

l'Auvergne, le Berry, la Saintonge, la Bretagne, la Haute-Marne, le

Morvan, le Jura et les Vosges, on découvre encore des habitations

séculaires qui n'ont été que bien légèrement modifiées et nous

fournissent, très-probablement par transmission, des exemples des

demeures des campagnards gallo-romains.

En effet, dans ces habitations, on reconnaît l'emploi de certains

procédés de construction qui conservent tous les caractères d'un art

naïf, et si la matière est brute, si la main-d'oeuvre est grossière,

l'application du principe est vraie et parfois tout empreinte de ce

charme qui s'attache aux arts primitifs, pour qui sait voir. Il existe

encore, au milieu des bois du Morvan, certaines demeures de paysans dans

lesquelles un campagnard éduen, s'il revenait après dix-huit siècles, ne

trouverait nul changement; et nous avons vu même, sur les bords de la

Loire, de la Seine et dans les Vosges, des paysans demeurant dans des

grottes creusées de mains d'hommes, qui sont conservées telles que les

armées romaines ont pu les voir. La variété de ces demeures des champs

sur le sol de la France est une des preuves de la conservation de

traditions reculées; car si toutes nos maisons des villes se ressemblent

aujourd'hui, il n'en est pas ainsi dans les campagnes, et la chaumière

du Picard ne ressemble point à celle du Breton; celle-ci diffère

essentiellement de la cabane du Morvandiau, qui ne rappelle en rien

celle du Franc-Comtois, de l'Auvergnat ou du Bas-Languedocien.

Il nous est arrivé de nous arrêter dans certains villages de France, où

chaque maison, faite sur un patron unique, conservait un caractère

d'âpreté primitive fort éloigné de notre civilisation moderne, où tout

tend à perdre sa physionomie propre. On ne s'attend pas, pensons-nous, à

ce que nous donnions ici des maisons de paysans classées par époques

certaines, comme nous avons pu le faire pour les habitations urbaines.

La transmission de quelques types admis, depuis des siècles, interdit

d'ailleurs ce classement. Puisque nous sommes amenés à croire que

certaines provinces n'ont pas cessé d'élever les mêmes maisons rurales

depuis l'époque de l'invasion des barbares, il est évident que nous

pourrions difficilement distinguer une habitation du Xe siècle d'une

autre du XIVe. Nous nous contenterons donc de fournir quelques-uns de

ces types bien caractérisés, sans leur assigner une époque précise, et

cela d'autant moins, que ces constructions, faites en général à l'aide

des plus faibles ressources, n'ont pu résister à l'action du temps et

n'ont conservé ce caractère primitif que par la reproduction des mêmes

procédés, l'emploi des mêmes matériaux et la conformité des habitudes.

Toutefois, les maisons rurales les plus anciennes, ou du moins celles

qui paraissent avoir subi le moins d'altérations, appartiennent aux

contrées du Centre et de l'Est. Dans le Morvan, la vieille maison du

paysan ne présente à l'extérieur qu'une masse de pierres amoncelées. Des

murs élevés en gros blocs de granit percés de petites ouvertures, un

rez-de-chaussée très-bas, servant de cellier, de dépôt, de poulailler ou

de porcherie. Porte élevée d'un ou deux mètres au-dessus du sol avec

escalier et palier engagé dans la muraille; plafond formé de grosses

poutres avec solivage. Grenier au-dessus protégé par une lourde

charpente couverte en plaquettes de pierres appelées _laves_ dans le

pays (40). Chaque maison ne contient qu'une pièce avec sa cheminée; si

l'on veut deux pièces, ce sont deux maisons qui se joignent par les

pignons. Dans cette habitation, aucune décoration, rien qui fasse

pressentir un goût pour l'art même le plus grossier. Les bois sont à

peine équarris, le plancher est couvert d'une terre battue enduite d'une

couche formée de sable granitique et d'argile[167]. Si on se rapproche

du Nivernais et de la haute Bourgogne, souvent au contraire, dans les

maisons de paysans, trouve-t-on les traces d'un art; les intérieurs de

porte sont taillés avec soin, les jambages bien dressés, les intérieurs

sont enduits et quelquefois recouverts jusqu'à la hauteur d'appui d'un

lambris. Les bois sont équarris, chanfreinés même; la tuile, dès les

temps anciens, remplace la lourde couverture en pierre. Parfois les

escaliers extérieurs sont coquettement disposés, le palier garni de

beaux garde-corps en pierre; les solives des plafonds débordent à

l'extérieur, forment auvent et s'assemblent dans les chevrons (41)[168].

Ces habitations de la campagne bourguignonne sont souvent parementées

avec soin, et affectent certaines formes architectoniques.

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 6 - (G - H - I - J - K - L - M - N - O) · 第 19 / 32 段