caniveau, ainsi qu'on peut le constater encore dans la ville de
Montpazier, dont le plan général est d'une si parfaite régularité et
ordonnance (voyez ALIGNEMENT, fig. 1); mais alors ces maisons possèdent
deux façades, l'une sur une rue de 10 mètres de largeur, l'autre
postérieure sur une ruelle de 3 mètres environ[137]. Nous reviendrons
tout à l'heure sur ces habitations de la fin du XIIIe siècle.
Nous avons donné une maison de la ville de Cluny qui date du XIIe
siècle; dans notre article CONSTRUCTION, fig. 115, 116, 117 et 118, on
voit les élévations, plans et coupes d'une façade de maison de cette
même ville, construite vers la moitié du XIIIe siècle. Déjà les jours
sont plus larges, les étages plus élevés, la construction de pierre plus
importante et d'une apparence plus svelte. Dans quelques villes fermées
on élevait, au XIIIe siècle, des habitations à plusieurs étages dont les
façades étaient entièrement construites en pierre. Sur la place de la
petite ville de Saint-Antonin (Tarn-et-Garonne), qui possède une si
belle maison municipale du XIIe siècle (voy. HÔTEL DE VILLE), on voit
encore un assez grand nombre de maisons du XIIIe siècle d'une apparence
monumentale[138]. Ces maisons sont spacieuses, profondes, possédant des
façades assez étendues, remarquablement construites. Le rez-de-chaussée
est occupé par des magasins ou boutiques, le premier et le second étage
sont occupés sur la rue par une grande salle sur le devant avec un
escalier et petite salle annexe donnant sur une ruelle, comme à
Montpazier. Voici (8) la façade d'une de ces maisons donnant sur la
place de la ville.
Les arcades du rez-de-chaussée servaient de lieu de vente les jours de
marché, ainsi que cela se pratique encore dans beaucoup de localités.
Alors des rideaux étaient tendus sous les arcs pour abriter vendeurs et
acheteurs. Les grandes salles du premier et du second étage sont
éclairées largement par des arcatures continues, qui à l'intérieur
forment quatre fenêtres séparées par des trumeaux étroits. Au sommet de
la maison, sous le comble, est le galetas où habitaient les gens, où
l'on mettait les provisions. On observera que les pieds-droits des
fenêtres du premier et du second étage sont garnis, à la hauteur des
naissances, d'anneaux de fer avec crochets. Ces anneaux étaient destinés
à recevoir des perches auxquelles étaient fixées des bannes. Cet usage
s'est perpétué dans le midi de la France, en Italie et en Espagne. La
fig. 9 reproduit la disposition de ces bannes.
En A est un des anneaux-crochets scellés dans la maçonnerie. Les bannes
étaient divisées par travées, ainsi que les perches qui s'emmanchaient
l'une dans l'autre (voir le détail B). Des perches-étais C soulevaient
les extrémités des toiles dont le mouvement et le déversement étaient
maintenus par des cordelles passant dessous, en croix de saint André, et
venant se fixer par des anneaux aux crochets D. Une large pente froncée
tombait sur le devant, autant pour arrêter les rayons du soleil que pour
donner du poids à la partie inférieure de la banne et obliger ainsi les
perches-étais C à rester inclinées.
La petite ville de Cordes, entre Saint-Antonin et Gaillac, a conservé
presque toutes ses maisons qui datent des XIIIe et XIVe siècles et se
rapprochent, par leur style d'architecture et leurs dispositions
intérieures, de celle que nous venons de décrire. Mais ces villes des
bords de la Garonne, du Tarn, du Lot et de l'Aveyron, étaient
profondément pénétrées de l'esprit communal, ou plutôt n'avaient jamais
abandonné les traditions municipales de l'époque gallo-romaine; la
plupart ont conservé des restes d'habitations privées qui indiquent une
administration locale très-développée, une grande prospérité intérieure
et des habitudes de bien-être et même de luxe qui ont disparu depuis les
guerres de religion du XVIe siècle. Notre époque se laisse aller
volontiers au courant de certains préjugés qui flattent l'amour propre
et dispensent d'étudier bien des questions ardues, en ce qu'elles
demandent du temps et des recherches. Combien de fois n'a-t-on pas dit
ou écrit, par exemple, que les maisons des villes du moyen âge ne sont
que de pauvres bicoques, tristes, petites, obscures, inhabitables
enfin[139]? Certes, les vieilles maisons de Saint-Antonin, de Cordes, de
Saint-Yriex, de Montpazier, de Toulouse, de Périgueux, d'Alby, de
Mont-Ferrand, de Cluny, de Provins, de Bourges, de Laon, de Beauvais, de
Reims, de Soissons, de Dol, de Caen, de Chartres, de Dreux, d'Angers,
etc., ne sont que des petits édifices, si on les compare à nos hôtels
modernes de Paris, de Lyon ou de Rouen; mais il ne faut pas oublier que
la plupart de ces maisons anciennes, debout encore, n'existent que dans
des villes singulièrement déchues, que dans des villes de deuxième ou
troisième ordre, abandonnées aujourd'hui, alors riches et prospères,
quoiqu'elles fussent peu importantes si on les compare aux grands
centres de population de la même époque; que ces vieilles maisons, si on
les met en parallèle avec celles que l'on bâtit aujourd'hui dans ces
mêmes localités, sont incomparablement mieux construites, mieux
entendues et d'un aspect moins pauvre; qu'elles indiquent un état social
plus avancé, établi plus solidement, une prospérité moins fugitive, des
institutions municipales plus robustes. Il est évident que, établissant
un parallèle entre une des maisons de la petite ville de Cordes et
l'hôtel de M..., à Paris, on donnera le champ libre à la raillerie; mais
comparons une maison ancienne de Saint-Antonin avec une de celles qu'on
bâtit aujourd'hui dans la même localité; comparons l'hôtel de M... avec
l'hôtel de Sens ou l'hôtel de Trémoille, ou l'hôtel Saint-Pol, ou
l'hôtel de Cluny, ou même la maison de Jacques Coeur, à Bourges, qui
existe encore à peu près entière: de quel côté seront les rieurs?
Nous ne voulons point faire ici de la critique sociale, ni même de la
politique; nous parlons art. Or, c'est une étrange illusion de
confondre, quand il s'agit d'art, l'état civilisé avec le développement
intellectuel. De ce qu'une société est parfaitement policée, de ce
qu'elle a répandu des habitudes de _confort_ dans les dernières classes
de la société, cela ne dit point du tout qu'elle développe son
intelligence; cela ne fait pas surtout que la vie se répande dans tous
les rameaux du corps social. Si au XIIe siècle, si pendant les XIIIe et
XIVe siècles on bâtissait de grands édifices, et si les artistes
abondaient à Paris, à Rouen, à Lyon, à Reims, à Chartres, à Bourges, à
Tours, à Toulouse; dans la dernière petite ville, dans le dernier
village de France, on trouvait un art relativement aussi élevé: en
est-il ainsi aujourd'hui? Nous bâtissons de magnifiques palais à Paris,
à Lyon ou à Marseille; mais que fait-on dans les chefs-lieux de canton,
dans les villages? de pauvres constructions branlantes, mal conçues,
hideuses d'aspect, bien qu'elles affectent une certaine apparence de
luxe; des maisons incommodes, à peine abritées, cachant l'ignorance du
constructeur ou la mesquinerie du propriétaire sous des enduits que
chaque hiver fait tomber. Dans ces faibles bâtisses, non-seulement l'art
n'entre plus, mais le bon sens, la raison semblent en être exclus. Un
lambeau de vanité puérile apparaît seulement sur la façade symétrique ou
dans des intérieurs pauvrement luxueux. Nous sommes émerveillés de voir
dans une petite ville antique comme Pompéï de méchantes maisons bâties
en briques revêtues d'enduits présenter cependant des exemples d'un art
délicat; mais nous possédions, au moyen âge, ce même privilége de mettre
de l'art dans tout. Les maisons de Pompéï ne seraient guère
_confortables_ pour nous, gens du XIXe siècle; celles du XIIIe siècle en
France ne le sont guère plus: qu'est-ce que cela fait à la question
d'art? Les maisons de Pompéï nous charment parce qu'elles sont bien les
demeures des habitants de la Campanie; celles de Cluny ou de Cordes ont
les mêmes qualités. Mais que seront les nôtres pour les populations qui
les verront dans six siècles, s'il en reste quelqu'une? Le _confort_ est
aujourd'hui le maître, nous l'admettons; alors soyons conséquents.
Est-il confortable d'élever à Marseille des maisons sur le modèle de
celles de Paris, ou même de construire des façades exposées au nord
pareilles à celles qui sont ouvertes vers le midi? Est-il confortable
d'éclairer des pièces, petites et grandes, au moyen de fenêtres d'égales
dimensions, d'avoir des trumeaux étroits pour de grandes salles, et
larges pour des cabinets? Des portiques sur la rue, qui laissent
pénétrer le soleil ou la pluie sur toute la largeur de leur pavé,
sont-ils confortables? Est-ce une chose confortable que cette division
multipliée des pièces sur une surface peu étendue, qui fait que la vie
intérieure se passe à ouvrir et fermer des portes, et qu'on ne sait où
placer les meubles les plus indispensables. Et ces étages de moins de
trois mètres de hauteur, sous plafond, sont-ils sains et confortables?
Ces murs minces, ces toits en zinc qui soumettent les intérieurs à
toutes les variations de la température, cette absence de saillies
devant les façades qui laisse les baies exposées tout le jour au soleil,
sont-ce là des choses confortables? Allons aux champs, c'est bien pis!
La petite maison blanche, aux murs minces comme du carton, aux toits
couverts de feuilles de zinc, aux fenêtres fermant mal, aux
rez-de-chaussées humides, aux planchers qui crient, aux escaliers qui
crient, aux cuisines répandant une odeur nauséabonde dans l'intérieur,
mais qui, à l'extérieur, paraît un beau petit, pavillon carré, brillant
au soleil; cette habitation est-elle confortable? Le château moderne
avec ses tourelles, ses toits ornés, des placages de briques et de
pierres qui prétendent imiter la vieille construction... ce château
est-il confortable? Non point. Tout cela est apparence: les tourelles
sont accrochées avec du fer; les toits compliqués, couverts avec des
moyens économiques, mais garnis de crêtes à jour en zinc, laissent
filtrer les eaux dans les intérieurs; les murs trop minces craquent; les
planchers, trop faibles pour leurs portées, fléchissent. Les écoulements
d'eau sont insuffisants; les cheminées fument parce que les âtres sont
larges comme il convient dans un château, et que les tuyaux sont étroits
puisqu'ils passent dans des murs minces. Partout les porte-à-faux
produisent des lézardes, parce qu'on a demandé de grandes pièces à
rez-de-chaussée, et que les étages supérieurs sont divisés à l'infini
par des cloisons. Des cheminées portent sur le milieu des planchers.
Nous n'en finirions pas si nous voulions énumérer toutes les misères
plus ou moins secrètes du _château_ moderne; misères qui se révèlent de
temps à autre par quelque procès intenté à l'architecte complaisant qui
n'a fait, au total, que ce qu'on lui a demandé. Sur son refus d'ailleurs
ne s'en serait-il pas trouvé dix autres?
Les maisons du moyen âge étaient faites pour les habitudes de ceux qui
les élevaient; de plus, elles sont toujours sagement et simplement
construites. Chaque besoin est indiqué par une disposition particulière:
la porte n'est pas faite pour plaire aux regards du passant, mais pour
celui qui entre dans la maison. La fenêtre n'est pas disposée avec un
art symétrique, mais elle éclaire la pièce qu'elle est destinée à
éclairer, et elle prend la dimension qui convient à cette pièce.
L'escalier n'est point caché, mais apparent. La façade est abritée si
cela est nécessaire. La sculpture est rare, mais les planchers sont bons
et solides, les murs d'une épaisseur suffisante. Dans les provinces
méridionales, les fenêtres sont petites; dans celles du nord, elles sont
nombreuses et larges. D'ailleurs, pour la maison du bourgeois, le
programme diffère peu. Toujours la salle à chaque étage avec escalier
intérieur, ou, plus souvent, sur le derrière avec petite cour. Cela
n'est pas confortable pour nous, c'est accordé; mais cette disposition
convenait aux habitudes du temps où, même dans le château, la _famille_,
c'est-à-dire les proches et les serviteurs, se réunissaient dans la même
pièce autour du maître. Le programme étant donné, les architectes y ont
satisfait pleinement, ce qui nous permet de supposer qu'ils eussent
satisfait également à tout autre programme, voire à ceux d'aujourd'hui.
Si, dans une ville du nord, commerçante et populeuse, nous cherchons des
maisons construites sur un programme semblable à celui qui faisait
élever celles de Saint-Antonin, de Cordes, de Sarlat, datant de 1230 à
1300, nous en trouvons quelques-unes à Beauvais, à Soissons, à Amiens,
très-mutilées, il est vrai, mais qui laissent encore voir leur système
de structure. C'est toujours la grande salle à chaque étage sur la rue;
mais dans les villes du nord, l'architecture civile est plus large, plus
monumentale. Les maisons se ressentent de l'esprit des communes ayant
reconquis leurs priviléges. Examinons, par exemple, cette maison dont on
voit encore de beaux fragments dans la rue Saint-Martin, à Amiens, et
qui rappelle par son style les maisons de Beauvais et de Soissons de la
même époque (9 _bis_); elle date de 1230 à 1240, comme celle de
Saint-Antonin. Mais il y a un certain air magistral, dans cette
architecture, qui lui donne une supériorité marquée sur celle des villes
du midi. Nous avons rétabli le pignon et le rez-de-chaussée d'après
d'autres fragments du même temps et des mêmes contrées, ces parties
ayant été détruites ou modifiées dans la maison de la rue Saint-Martin
d'Amiens[140].
Cette différence marquée de style est plus frappante encore lorsqu'on
établit le parallèle entre les habitations bâties en pierre dans le
nord, et celles en grande partie élevées en brique dans certaines villes
du midi. Voici (10) une maison de Caussade (Tarn-et-Garonne); elle est
contemporaine de celle de Saint-Antonin et de celle d'Amiens, et date du
milieu du XIIIe siècle. Les bases des piles du rez-de-chaussée, les
colonnettes des fenêtres, les bandeaux et les sommiers sont seuls en
pierre dure de Caylus; le reste de la construction est en brique[141].
En plan, cette maison donne au premier et au second étage une grande
salle presque carrée avec cheminée, un escalier et un cabinet
postérieurs éclairés sur un jardin. Le troisième étage est divisé par
une cloison et forme deux pièces. On sent encore, dans cette habitation,
l'influence de la petite forteresse privée; c'était là un reste de ces
traditions des municipalités méridionales si fort éprouvées pendant les
guerres des Albigeois[142]. Prenons encore dans le nord une maison un
peu plus récente, de 1240 à 1250 environ; cherchons une des plus grandes
et des plus riches de cette époque; allons à Reims, et examinons la
maison dite des Musiciens, située dans la rue du Tambour. Cette maison,
dont le rez-de-chaussée est fort mutilé, a conservé intact son premier
étage sur la voie publique. Au-dessus s'élevait le toit, avec des
mansardes dont on ne trouve plus que des traces sous le comble moderne.
La façade de cette maison possède quatre fenêtres hautes et larges au
premier étage avec cinq niches dans les trumeaux; ces niches sont
décorées de figures de musiciens assis, plus grandes que nature: le
premier musicien, en commençant par la gauche, joue du tambour et d'une
sorte de clarinette; le second joue de la cornemuse, le troisième (celui
du milieu) tenait un faucon sur le poing, le quatrième joue de la harpe
et le cinquième du violon; ce dernier est coiffé d'un chapel de fleurs.
Voici (11) une travée de cette façade. Des boutiques du rez-de-chaussée
indiquées dans notre figure, il ne reste que les petits arcs et un des
pieds-droits. Une large porte cochère s'ouvre vers l'extrémité opposée
et donnait dans une cour autrefois entourée de bâtiments de la même
époque, mais dont on ne trouve que des fragments. Le bâtiment sur la rue
est simple en épaisseur, et était, paraît-il, divisé en deux salles à
peu près égales. L'escalier tenait aux bâtiments de la cour.
Cette maison appartenait peut-être à la confrérie des ménétriers de
Reims qui, au XIIIe siècle, jouissait d'une certaine réputation
non-seulement en Champagne, mais dans tout le nord. Comme on peut en
juger par l'examen de notre figure, la construction est simple,
l'ornementation riche. Les figures sont du meilleur style
champenois[143].
Les provinces avaient pour leurs bâtiments privés des écoles d'art
différentes comme pour leurs églises et leurs établissements publics;
une maison de la Bourgogne, au XIIIe siècle, ne ressemblait pas à une
maison de l'Aquitaine, de l'Île-de-France ou de la Normandie. Ainsi, par
exemple, nous ne trouvons qu'en Bourgogne ces sortes de maisons dont
l'escalier à vis est engagé dans le mur de face sur la rue et sert de
vestibule à rez-de-chaussée. À Avallon, à Flavigny, dans la petite ville
de Sémur en Auxois et même à Dijon, on voit encore des restes de maisons
qui présentent en plan la disposition que voici (12). Au milieu de la
façade est planté l'escalier A, partie en encorbellement au-dessus de la
porte d'entrée B; à gauche ou à droite, selon que gironne l'escalier,
est la porte C qui donne entrée dans la première pièce D, de laquelle on
pénètre dans la seconde E, puis dans la troisième F; ainsi à chaque
étage. De la pièce E commune, on entre dans une cour ou un petit jardin
G. En façade sur la voie publique, cette maison présente l'élévation
(13). La porte d'entrée B est abritée par la saillie de l'escalier, dont
la cage est posée sur l'about des marches formant encorbellement devant
la façade; une entrée de cave O est pratiquée sous l'allége d'une des
fenêtres du rez-de-chaussée; les caves, en Bourgogne, ont toujours été
une dépendance importante des habitations. Cette disposition simple,
économique et commode (car rien ne s'oppose à ce qu'au premier et au
second la petite pièce E ne devienne une antichambre donnant dans les
deux salles D et F), s'accordait bien avec les procédés et matériaux de
construction de la Bourgogne, qui fournit de la pierre dure excellente,
propre à monter ces cages d'escalier d'une faible épaisseur en saillie
sur l'about des marches de la première révolution.
Du reste, en examinant les habitations de cette époque qui existent
encore dans une même province, si l'on constate que certaines
dispositions générales des plans étaient adoptées par tous au même
moment, comme s'accordant avec les besoins, on signale également dans
les détails, dans la manière dont les jours sont percés, une extrême
variété. C'est que dans cette belle phase du moyen âge, le sentiment de
l'individualité n'était pas éteint; que chacun pensait plutôt à
satisfaire à ses goûts ou à ses besoins personnels qu'à imiter son
voisin et à se modeler sur un type uniforme. Aucune municipalité alors
n'aurait songé à imposer à tous les propriétaires d'une même rue une
hauteur uniforme de bandeaux et un style uniforme d'architecture, et
dans ce siècle, qu'on nous signale comme un temps d'oppression, l'idée
ne serait jamais venue à une autorité quelconque de mouler les
habitations de mille citoyens sur un même type. Chacun avait trop alors
la conscience de son individualité, de la responsabilité personnelle,
pour supposer que des hommes pussent être parqués comme des animaux d'un
jardin zoologique dans des barraques pareilles pour récréer les yeux des
promeneurs oisifs. On remarquera dans l'élévation fig. 13 la disposition
des chéneaux de pierre inclinés vers deux gargouilles extrêmes et portés
sur des corbeaux saillants. C'est encore là une disposition commune en
Bourgogne et dans la haute Champagne. Ailleurs, là où les pierres
longues et résistantes font défaut, ces chéneaux sont simplement creusés
dans une poutre ou en planches recouvertes de plomb. Dès le milieu du
XIIIe siècle en effet, en Bourgogne et en Champagne, on évite de laisser
égoutter les eaux des combles devant les façades, et on les conduit par
des chéneaux dans des gargouilles saillantes posées à l'aplomb des
jambes-étrières.
Nous avons encore vu à Vitteaux (Côte-d'Or), il y a quinze ans,
plusieurs maisons charmantes des XIIIe et XIVe siècles, presque toutes
démolies ou dénaturées aujourd'hui. L'une d'elles, datant de la seconde
moitié du XIIIe siècle, présentait en plan la disposition suivante (14)
à rez-de-chaussée.