La fig. 7 donne la coupe transversale de ce magnifique vaisseau, qui n'a

pas moins de 18m,60 de largeur dans oeuvre sur 88m,00 de long depuis le

porche jusqu'au sanctuaire. La coupe (fig. 7) montre, en A, les alcôves

avec la galerie supérieure B, passant par-dessus le jubé. On aperçoit au

fond les trois absides. La charpente en chêne, bien conservée, nous

donne des bois d'une longueur extraordinaire; les entraits, d'un seul

morceau, ont 21m,40; les arbalétriers et chevrons portant ferme, 19m,00.

Elle est entièrement lambrissée en berceau plein cintre légèrement

surbaissé à l'intérieur. En C, nous avons tracé l'un des chevrons

portant ferme, et en D une coupe d'une travée de charpente avec le

lambrissage et les ventilateurs E, de 0m,10 d'ouverture. Les fenêtres

latérales, à meneaux, sont disposées pour pouvoir être ouvertes du bas

jusqu'à la naissance des tiers-points, et des marches, ménagées dans

l'appui, permettent de tirer les targettes. Ce vaisseau, qui existe à

peu près intact, sauf le porche, produit un grand effet. C'est un des

plus beaux exemples de l'architecture civile de la fin du XIIIe siècle;

il n'a pas moins fallu que toute l'insistance de la _Commission des

monuments historiques_ pour obtenir de la ville de Tonnerre sa

conservation. Pourquoi la ville de Tonnerre voulait-elle démolir cet

édifice? C'est ce qu'on aurait beaucoup de peine à savoir probablement.

Pourquoi la ville d'Orléans a-t-elle démoli son ancien Hôtel-Dieu, l'un

des plus beaux édifices de la Renaissance? Combien de villes se sont

ainsi, sans raison sérieuse, dépouillées des monuments qui constataient

leur ancienneté, qui leur donnaient un intérêt particulier et qui

retenaient des étrangers dans leurs murs! Beaucoup regrettent, un peu

tardivement, ces actes de vandalisme, et s'étonnent de ce que les

voyageurs passent indifférents au milieu de leurs rues neuves,

n'accordant pas même un regard au frontispice à colonnes du palais de

justice, ou à la façade de l'hôpital nouveau que l'on confond volontiers

avec une caserne.

La disposition des lits de l'hôpital de Tonnerre, logés chacun dans une

cellule avec galerie de service supérieure, mérite de fixer notre

attention. Chaque malade, en étant soumis à une surveillance d'autant

plus facile qu'elle s'exerçait de la galerie, se trouvait posséder une

véritable chambre. Il profitait du cube d'air énorme que contient la

salle et recevait du jour par les fenêtres latérales; sa tête étant

placée du côté du mur et abritée par la saillie du balcon, il ne pouvait

être fatigué par l'éclat de la lumière. On objectera peut-être que la

ventilation de ces cellules était imparfaite; mais la salle ne contenant

que quarante lits, les fenêtres latérales pouvant être ouvertes, et le

vaisseau étant fort élevé, ventilé par les trous percés dans le

lambrissage de la charpente, on peut admettre que les conditions de

salubrité étaient bonnes.

Pour faire saisir à nos lecteurs la disposition des cellules et des

galeries de surveillance, nous présentons(8) une vue perspective d'une

des travées de la salle.

Les fenêtres de la galerie étaient garnies de vitraux en grisaille,

celles du sanctuaire en vitraux colorés. Une longue flèche en charpente

surmontait ce sanctuaire; elle était couverte de plomberie peinte et

dorée, et ne fut détruite qu'en 1793. Toute la charpente de la salle est

couverte en tuiles vernies avec faîtières en terre cuite émaillée.

Par l'escalier carré pratiqué vers le nord, à côté de l'une des deux

chapelles du chevet, on arrivait à une salle voûtée bâtie au-dessus de

cette chapelle, et servant autrefois, comme encore aujourd'hui, de

trésor et de chartrier. Le tympan de la porte principale s'ouvrant sous

le porche du côté de la rue était décoré d'un bas-relief représentant le

Jugement dernier, dont il existe encore quelques fragments[64].

Tous ceux qui s'intéressent quelque peu à nos anciens édifices ont

visité le charmant Hôtel-Dieu de Beaune, fondé en 1443 par Nicolas

Rolin, chancelier du duc de Bourgogne. Cet établissement est à peu près

tel que le XVe siècle nous l'a laissé, bien qu'il soit construit, en

grande partie, en bois. Il se compose de trois corps de logis élevés

autour d'une cour quadrangulaire. Dans le bâtiment qui donne sur la rue

est placée la grande salle, avec sa chapelle à l'extrémité, la porterie

et quelques pièces voûtées destinées aux provisions. Les deux autres

corps de logis, devant lesquels passe une galerie à deux étages,

contiennent le noviciat des soeurs, trois salles, la cuisine et la

pharmacie. De grands gâbles en charpente, vitrés, donnent du jour dans

les salles par-dessus les galeries du dehors, tandis que l'aération se

fait par les galeries mêmes et par les faces opposées (voy.

l'_Architecture civile et domestique_ de MM. Verdier et Cattois, t. I).

La cour de cet établissement, d'un aspect riant, bien proportionnée,

contenant encore son puits du XVe siècle, son lavoir et sa chaire,

donnerait presque envie de tomber malade à Beaune. La porte sur la rue

est protégée par un auvent en charpente couvert en ardoise (voy.

AUVENT).

Nous donnons (9) le plan de l'Hôtel-Dieu de Beaune, et (10) la vue de

l'angle de la cour du côté de l'escalier principal desservant les deux

étages. En A (voy. le plan) est l'entrée; en B, un passage de service;

en C, la grande salle lambrissée[65] avec sa chapelle D, maintenant

séparée de la salle; en E, le réfectoire des soeurs et le salon de la

supérieure; en F, les salles aux provisions; en G, le noviciat des

soeurs; en H, des salles de malades; en I, un passage donnant sur un

jardin; en K, la cuisine, et en L la pharmacie; le puits est placé en O,

la chaire en M, et le lavoir en P.

Examinons maintenant un de ces établissements plus modestes qui,

éloignés des grands centres, voisins de quelque abbaye ou de quelque

prieuré, étaient si fort répandus sur le sol français au moyen âge.

Entrons dans la maladrerie dite du _Tortoir_, non loin de la route qui

mène de Laon à la Fère (Aisne). Nous allons retrouver là les curieuses

dispositions intérieures de l'hôpital de Tonnerre. La maladrerie du

Tortoir date, croyons-nous, de la première moitié du XIVe siècle[66].

L'ensemble de l'établissement, compris dans un carré, contient encore

trois bâtiments de l'époque de la construction (11). A, la salle des

malades; B, une chapelle; C, un corps de logis à deux étages, pour les

religieux probablement et pour la cuisine. Les autres bâtiments qui

existent aujourd'hui dans l'enceinte sont d'une époque assez récente.

Occupons-nous de cette salle A. Ses deux extrémités sont fermées par

deux pignons avec cheminées. Sur le préau, à l'intérieur de l'enceinte,

s'ouvre une large porte, avec guichet à côté; sur cette face, pas

d'autres ouvertures que deux fenêtres relevées. Devant cette large porte

était suspendu un appentis très-saillant (si l'on en juge par ses

amorces et les entailles de la charpente), qui servait d'abri aux

chariots amenant les malades. Pour l'usage ordinaire, on se contentait

de passer par la petite porte. Sur les dehors, au contraire, cette salle

de malades était percée de deux rangs de larges fenêtres disposées de

telle façon que celles du bas éclairaient des cellules en bois,

semblables à celles de l'hôpital de Tonnerre, et celles du haut

s'ouvraient sur une galerie, à laquelle on montait par un escalier

ménagé dans la travée I (voy. le plan) dépourvue de fenêtre. À Tonnerre,

l'intervalle entre chaque cloison est de 2 toises (3m,95); même espace

entre les axes des contre-forts de la salle du Tortoir (voy., fig. 12,

un angle de la face de la salle du côté extérieur). En supposant les

cloisons des cellules de la même profondeur que celles de l'hôpital de

Tonnerre, et plaçant sept cloisons dans l'axe de chaque contre-fort, la

salle ayant dix mètres de large, il restait six mètres pour la

circulation du côté de l'entrée, en dehors des cellules (voy. le plan),

et on pouvait placer sept lits dans celles-ci, l'escalier de la galerie

prenant la place d'une cellule. Or ce nombre de sept lits est

très-fréquemment admis dans ces petits établissements de charité. Si

nous nous rappelons que les maladreries étaient spécialement réservées

aux malheureux affectés de maladies contagieuses, et que des précautions

minutieuses étaient prises non-seulement pour les séparer des

populations, mais aussi pour les isoler entre eux, nous comprendrons ici

cette disposition des cellules avec fenêtres, qui permettaient à ces

pauvres gens de voir la campagne et de se réchauffer aux premiers rayons

du soleil, car ces fenêtres donnent au levant. Elles étaient d'ailleurs

munies de volets à l'intérieur, de manière à éviter la trop grande

chaleur. Un chemin de ronde avec mâchicoulis réunissait les bâtiments et

était mis en communication, par des portes percées dans les pignons,

avec la galerie intérieure. Un fossé entourait l'enceinte, ainsi qu'on

peut le reconnaître en examinant les soubassements extérieurs de la

grande salle. On n'arrivait au sommet des quatre tourelles que par la

galerie et des échelles posées dans ces tourelles servant

d'échauguettes.

Le moyen âge montrait donc dans la composition de ces établissements de

bienfaisance l'esprit ingénieux qu'on lui accorde dans la construction

des monuments religieux. C'est un singulier préjugé, en effet, de

vouloir que ces architectes eussent été si subtils lorsqu'il s'agissait

d'élever des églises, et en même temps si grossiers lorsqu'il fallait

élever des édifices civils. Ce n'est pas leur faute si l'on a détruit,

depuis le XVIe siècle, la plupart de ces établissements de bienfaisance

divisés à l'infini, mais généralement bien disposés d'ailleurs, pour les

remplacer par des hôpitaux dans lesquels, au contraire, on a cherché,

peut-être à tort, à concentrer le plus grand nombre de malades possible.

Louis XIV, le grand niveleur de toute chose et de tout état en France, a

gratifié les hôpitaux élevés sous son règne des biens de ces nombreuses

maladreries et léproseries qui n'avaient plus guère de raison d'exister,

puisque, de son temps, il n'y avait pas de lépreux à soigner; mais ce

n'est pas à dire que les hôpitaux du XVIIe siècle soient des modèles à

suivre comme disposition, au point de vue de la salubrité, de l'hygiène,

et du respect que l'on doit avoir pour les malades pauvres. Dans le peu

d'hôpitaux du moyen âge qui nous sont restés, nous trouvons un esprit de

charité bien entendu et délicat. Ces bâtiments sont d'un aspect

monumental sans être riches; les malades ont de l'espace, de l'air et de

la lumière; ils sont souvent séparés les uns des autres, comme on peut

le constater dans les exemples précédents; leur individualité est

respectée, et certes s'il est une chose qui répugne aux malheureux qui

trouvent un refuge dans ces établissements, malgré les soins si éclairés

qu'on leur donne abondamment aujourd'hui, c'est la communauté dans de

vastes salles. Souvent alors la souffrance de chaque malade s'accroît

par la vue de la souffrance du voisin. Sans prétendre que le système

cellulaire, appliqué fréquemment dans les hôpitaux du moyen âge, fût

préférable matériellement au système adopté de notre temps, il est

certain qu'au point de vue moral il présentait un avantage. Nous tenons

à constater qu'il émanait d'un sentiment de charité très-noble chez les

nombreux fondateurs et constructeurs de nos maisons-Dieu du moyen âge.

Avant de terminer cet article, nous tenterons encore de détruire une

erreur fort répandue, touchant l'établissement des léproseries. On a

prétendu que la lèpre avait été rapportée d'Orient en Occident au moment

des croisades; mais, ainsi que nous l'avons dit plus haut, il y avait,

du temps de Mathieu Pâris, 19,000 ladreries en Europe, la plupart bâties

dans des contrées qui n'avaient eu aucun rapport avec l'Orient. De plus,

des 300,000 hommes conduits en Orient par le frère de Philippe 1er,

5,000 à peine parvinrent en Palestine, et très-peu revinrent en Europe.

De l'armée de l'empereur Conrad III, il ne resta qu'un bien petit nombre

de croisés en état de revoir leur patrie. Louis le Jeune et Richard

Coeur-de-Lion revinrent presque seuls de Palestine. Comment donc ces

armées, qui furent englouties en Orient, auraient-elles pu rapporter et

répandre la lèpre en Occident, de manière qu'on fût obligé de fonder

19,000 maisons pour soigner les lépreux? Sans entrer dans une discussion

qui ne serait pas à sa place ici, à propos de l'invasion de cette

maladie en Europe et particulièrement en France, on peut toutefois

reconnaître comme certain qu'elle existait. bien avant les

croisades[67].

Voici la liste des principaux hôpitaux fondés à Paris du VIIe au XVIe

siècle:

Hôtel-Dieu, fondé, dit la tradition. par saint Landry (VIIe siècle).

Hôpital des Haudriettes, fondé sous Clovis, et où l'on prétend que

mourut sainte Geneviève. Au XIIIe siècle, la famille Haudry

reconstruisit cet établissement.

Hôpital de Saint-Gervais, fondé par Gatien Masson, prêtre, en 1171, la

chapelle de cet hôpital ne fut dédiée qu'en 1411.

Hôpital de Sainte-Catherine, appelé primitivement de Sainte-Opportune

(1180 environ), La chapelle fut construite en 1222, puis réparée en

1479.

Hôpital de la Sainte-Trinité, rue Saint-Denis, fondé par les deux frères

Escuacol en 1202. Cet hôpital possédait une fort belle salle pour

coucher les pauvres. En 1210, on y ajouta une chapelle. Les enfants des

pauvres étaient recueillis et élevés dans l'établissement. Cet hôpital

fut successivement augmenté jusqu'en 1598.

Hôpital des Quinze-Vingts, fondé par saint Louis en 1254.

Hôpital de Saint-Marcel (anciennement de l'Oursine), fondé par

Marguerite de Provence après la mort de saint Louis.

Hôpital des Jacobins, fondé en 1263. En 1366, Jeanne de Bourbon, femme

de Charles V, l'augmenta.

Hôpital de Saint-Jacques-du-Haut-Pas, fondé par Philippe IV en 1286.

Hôpital tenant au prieuré de la Charité (Notre-Dame-des-Billettes),

fondé par le bourgeois de Paris Roger Flamming, en 1299.

Hôpital Saint-Jacques-aux-Pèlerins, rue Saint-Denis, fondé en 1315 par

Louis X. La chapelle fut terminée en 1323.

Hôpital Saint-Julien-aux-Ménétriers, fondé par deux ménétriers en 1330.

En 1334, les fondateurs augmentèrent cet hôpital par l'acquisition de

plusieurs maisons voisines.

Hôpital du Saint-Sépulcre, fondé par Philippe de Valois en 1333.

Hôpital du Saint-Esprit, fondé en 1361 pour les enfants.

Hôpital conventuel ou commanderie du Petit-Saint-Antoine, fondé en 1368,

sous Charles V.

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Illustration: Fig. 3.]

[Illustration: Fig. 4.]

[Illustration: Fig. 5.]

[Illustration: Fig. 6.]

[Illustration: Fig. 7.]

[Illustration: Fig. 8.]

[Illustration: Fig. 9.]

[Illustration: Fig. 10.]

[Illustration: Fig. 11.]

[Illustration: Fig. 12.]

[Note 48: Plutarque, l'_ie de Solon_, cap. XXXI.]

[Note 49: Justin, _Historia_, lib. XXVIII.]

[Note 50: _Collection des docum. inéd. sur l'hist. de

France_. Paris, 1850. T. I.]

[Note 51: _Le Théât. des antiq. de Paris_, 1612. L. I, p.

71.]

[Note 52: _Hist. de la ville et du dioc. de Paris_, t. I, p.

22.]

[Note 53: _Hist. de la ville et du dioc. de Paris_, t. I, 2e

partie, p. 481.]

[Note 54: «Art. 13. Donamus et legamus duobus millibus

domorum leprosorum decem millia librarum, videlicet cuilibet

earum centum solidos.»]

[Note 55: Voy. le curieux ouvrage de M. Labourt, _Recherches

sur l'origine des ladreries, maladreries et léproseries_,

Paris, 1854.]

[Note 56: Voy. _Droits et usages concern. les travaux de

construction publ. ou privées sous la troisième race des rois

de France_, par M. A. Champollion-Figeac, p. 166. Paris,

1860.]

[Note 57: _Ibidem_.]

[Note 58: Il faut reconnaître que depuis peu on a fait chez

nous de grands progrès en ce genre. L'hospice de Charenton,

ceux de Vincennes et du Vézinet, sont non-seulement

parfaitement appropriés à leur destination; mais ce sont

aussi, comme oeuvres d'architecture, des édifices faits pour

donner aux malades des idées plutôt agréables que tristes.]

[Note 59: Voy. l'_Archit. civ. et domest._ de MM. Verdier et

Cattois, t., II.]

[Note 60: Voy., pour de plus amples détails, les gravures des

_Archives des monum. hist._, publiées par les ordres du

ministre d'État; aussi l'ouvrage précédemment cité de MM.

Verdier et Cattois, t. II, p. 104.]

[Note 61: L'abbaye d'Ourscamp appartient aujourd'hui à M.

Peigné-Delacour, qui, heureusement, conserve avec un soin

particulier ces restes remarquables.]

[Note 62: _Notes hist. sur l'hôpital de Tonnerre_. Auxerre,

1853.]

[Note 63: Les comptes de 1556, d'après l'excellent travail de

M. C. Dormois cité plus haut, présentent des dépenses

occasionnées par la réfection de l'une de ces galeries.

«Payé à Jehan Desmaisons, charpentier, la somme de 91 liv. 40

s. pour la fasson de la grande gallery dudit hospital,

contenant 20 toises de long et 2 de large... À Nicolas...,

maçon, pour avoir fait la massonnerie pour soutenir les

poteaux d'icelle gallery... À Jehan et Pierre les Mathieux,

couvreurs, la somme de 8 liv. 13 s. pour avoir couvert

l'escalier de la d. gallery... À Jehan, marchand,... pour

ferrer les portes de l'hospital et les chevrons de la grande

gallery,...» etc.]

[Note 64: C'est à M. Lefort, architecte à Sens, que nous

devons un relevé minutieux de cette grande salle de l'hôpital

de Tonnerre. M. Lefort a eu l'obligeance de mettre tous ses

dessins à notre disposition.]

[Note 65: Un plafond a été établi sous la voûte en bardeau et

a détruit l'aspect grandiose de cette salle.]

[Note 66: Voy. l'_Archit. civ. et domest._ de MM. Verdier et

Cattois, t. II, p. 107.]

[Note 67: Voy. à ce sujet les _Recherches sur l'origine des

ladreries, maladreries et léproseries_, par L. A. Labourt.

Paris, 1854.]

Il existait encore, en dehors de ces établissements, dans un grand

nombre de communautés et dans les paroisses, des maisons ou salles pour

les malades, les pauvres et les pèlerins.

HÔTELLERIE. Il existait, à l'époque gallo-romaine, sur les grands

chemins, des hôtelleries à distances assez rapprochées pour que le

voyageur pût trouver un gîte à la fin de chaque journée. Ces auberges,

_mansions_, étaient de grandes hôtelleries dans lesquelles on trouvait

des chevaux de poste, un gîte, à boire et à manger. Elles servaient

d'étapes pour les soldats et étaient placées sous la surveillance

d'inspecteurs, _frumentarii_ et _curiosi_, qui veillaient à leur bonne

tenue et qui étaient chargés d'espionner les voyageurs. Les hôtelleries

devenaient ainsi des lieux utiles à la police secrète des préfets du

prétoire, et cependant, pour avoir droit de gîte dans les _mansions_, il

fallait se munir d'une sorte de carte de circulation, _diploma

tractatorium_. D'ailleurs, les _mansions_ servaient de gîte

non-seulement aux simples particuliers et aux soldats, mais aux

magistrats et préteurs en tournée, et à l'empereur lui-même lorsqu'il

voyageait. C'est dans une _mansion_ du pays des Sabins que Titus fut

pris de la fièvre dont il mourut peu de jours après. S'il fallait

montrer sa carte de circulation pour coucher dans une mansion, à plus

forte raison ne pouvait-on se procurer des chevaux de relais qu'avec des

_lettres de poste_.

Après l'invasion des barbares, cette institution des hôtelleries

impériales fut, bien entendu, entièrement ruinée. Les races germaines

pratiquaient largement l'hospitalité. Un Franc, un Bourguignon, ne

croyaient pas pouvoir refuser l'entrée de sa maison à un étranger;

aussi, dans les voyages, pendant les premiers siècles du moyen âge,

avait-on pour habitude, à chaque couchée, de demander le gîte et la

nourriture dans les habitations que l'on rencontrait sur son chemin. Si

le propriétaire auquel on s'adressait était trop pauvre ou trop à

l'étroit pour pouvoir vous satisfaire, il vous accompagnait chez un

voisin mieux partagé, et tous ensemble prenaient leur repas. «Aucune

autre nation, dit Tacite en parlant des Germains[68], n'accueille ses

convives et ses hôtes avec plus de générosité; fermer sa maison a une

personne, quelle qu'elle fût, serait un crime[69]. Selon sa fortune,

chacun reçoit l'hôte, offre un repas; et lorsque les provisions sont

épuisées, celui qui, tout à l'heure, recevait, indique un autre asile et

y conduit: ils entrent chez ce nouvel hôte sans invitation, et sont

accueillis avec une égale bonté: connus, inconnus, sont, quant aux

droits d'hospitalité, traités avec les mêmes égards.» En faisant la part

de l'exagération dans le tableau tracé par Tacite, il est certain

toutefois que les conquérants barbares des Gaules regardaient

l'hospitalité comme un devoir dont on ne pouvait s'affranchir.

Cependant, du temps de Grégoire de Tours, il existait des auberges,

puisqu'il en signale quelques-unes. Les établissements monastiques

répandus sur le sol des Gaules dès le IXe siècle exerçaient

l'hospitalité, et dans les abbayes ou prieurés des XIe et XIIe siècles

il est toujours fait mention de la maison des hôtes, bâtie proche la

porte d'entrée. Il n'en existait pas moins, au XIIe siècle, un nombre

prodigieux d'hôtelleries sur les grands chemins et dans les faubourgs

des villes, et ces hôtelleries, moins bien surveillées que ne l'étaient

celles du temps de l'Empire, étaient le refuge des voleurs, des

assassins, des femmes perdues, des joueurs et des débauchés. La légende

de l'_Enfant prodigue_ le représente toujours, à cette époque, dans une

hôtellerie, au milieu de femmes qui l'enivrent et lui dérobent son

argent. Courtois d'Arras est dépouillé dans une auberge où on lui

présente tout ce qui peut séduire un jeune homme: car les hôtelleries

alors étaient bien garnies, pourvues de bons lits _mous de plumes_, de

bon vin à foison, souvent frelaté cependant, de volaille et de venaison;

des filles étaient attachées à l'établissement et servaient d'appât pour

attirer, retenir et dépouiller les voyageurs.

Au XIIIe siècle, les hôtelleries, tavernes, étaient le refuge de la lie

des villes, et les ordonnances des rois restaient sans effet devant ces

repaires de la canaille. Sous Philippe Auguste, en 1192, et pendant la

régence de la reine Blanche de Castille, en 1229, des rixes terribles

eurent lieu entre des écoliers de l'Université et des cabaretiers de

Paris; le prévôt fut incarcéré à la suite de la première, et

l'Université renvoya les clercs à la suite de la seconde, sous le

prétexte qu'on ne leur rendait pas justice. Au XIVe siècle, ces

désordres ne firent que s'accroître; la plupart des hôteliers étaient

coupeurs de bourses, détrousseurs de passants; si bien qu'en 1315, pour

ôter aux aubergistes l'envie d'assassiner les étrangers qui s'arrêtaient

chez eux, il fut rendu une ordonnance dans laquelle il était dit que

«l'hoste qui retient les effets d'un étranger mort chez lui doit rendre

le triple de ce qu'il a retenu[70].» C'est dans une hôtellerie de la rue

Saint-Antoine, à l'enseigne de l'Aigle, que Jeanne de Divion vint

s'installer pour fabriquer les faux à l'aide desquels Robert d'Artois

prétendait s'emparer de la succession de la comtesse de Mahaut. Ce lieu,

dit M. Le Roux de Lincy, «était un petit séjour situé au bord de la

rivière et plus loin que la Grève, partie de la ville alors presque

déserte.» Les hôtelleries servaient aussi de repaire aux faux

monnayeurs, ainsi que le témoigne ce passage du _Renart contrefait[71]_:

«C'est hostel de gloutonnie

Plain de trestoute ribandie

Recept de larrons et houlliers

De bougres, de faux monnoiers.

Quant tous malvais voeullent trichier

Es tavernes se vont muchier

Hostel de bourdes et vantance

Plain de male perseverance.»

C'était aussi dans les hôtelleries que venaient discourir les fauteurs

de troubles publics, que se cachaient les espions[72].

On comprendra que ces établissements n'étaient autre chose que des

maisons, le plus souvent isolées, et n'ayant d'autre marque distinctive

qu'une enseigne pendue à la porte.

[Note 68: _Germania_, cap. XXI.]

[Note 69: La loi ripuaire faisait de l'hospitalité un devoir

impérieux, et punissait d'une amende ceux qui y

manquaient.--Les _Capitulaires_ de Charlemagne commandent

l'hospitalité sous les mêmes peines.]

[Note 70: Laurière.]

[Note 71: Manuscrit de la Bib. imp., nº 6985, f. Lancelot,

fº 32.]

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 6 - (G - H - I - J - K - L - M - N - O) · 第 7 / 32 段