Vers la fin du XIIe siècle, cependant, les serruriers cherchèrent,

parfois, d'autres combinaisons que celles données par des enroulements

de brindilles compris entre des montants et des traverses: ils

assemblèrent ensemble, avec beaucoup d'adresse, des panneaux d'ornements

formant, par leur réunion, de grands dessins. Cela toutefois ne fut

guère employé que pour des clôtures délicates et composées de fers

très-minces. M. Didron possède une très-jolie grille de ce genre, qui a

été gravée dans les _Annales archéologiques_[17], et qui appartient

certainement à la serrurerie si remarquable de la fin du XIIe siècle et

du commencement du XIIIe. Ces grilles, composées de brindilles enroulées

et seulement ornées de quelques coups de poinçons ou de gravures,

semblèrent trop pauvres aux forgerons du XIIe siècle, lorsqu'il fallut

entourer des sanctuaires, fermer certaines parties importantes des

édifices religieux ou civils; bientôt ils terminèrent ces brindilles par

des ornements enlevés à chaud au moyen d'une étampe ou matrice de fer

trempé. C'est ainsi que sont fabriquées les belles grilles dont nous

voyons encore quelques débris dans l'église abbatiale de Saint-Denis, et

dont nous donnons ici un spécimen (6). Ces grilles, qui datent de la fin

du XIIe siècle, sont forgées avec une rare perfection, et il semble

qu'entre les mains de l'ouvrier le fer avait acquis la malléabilité du

plomb. Les ornements ne sont étampés que sur une face. Notre figure est

au quart de l'exécution; en A, nous avons tracé la section d'une des

brindilles, moitié d'exécution. L'abbé Suger avait fait faire pour son

église des grilles en cuivre fondu, ainsi que le constatent les auteurs

contemporains et Dom Doublet qui les avait vues; elles ont été détruites

au commencement du dernier siècle. On observera que le système de

grilles en fer composées de panneaux d'ornements compris entre des

montants et traverses offrait en même temps beaucoup de solidité et de

légèreté; ces panneaux pouvaient être facilement montés, démontés ou

réparés, riches ou simples, très-fournis ou grêles. Il arrivait que ces

panneaux étaient parfois embrevés entre des montants munis de plaques de

fer débordant leur largeur et formant ainsi une suite de rainures.

Beaucoup de sanctuaires d'églises étaient fermés par des grilles ainsi

combinées; nous en trouvons encore un assez bel exemple dans le choeur

de l'église abbatiale de Saint-Germer[18], et, de tous côtés, des débris

qui nous font assez voir que leur emploi était fréquent, que ces sortes

d'ouvrages n'étaient point très-rares, et que les forgerons les

façonnaient sans difficulté. Des armoires contenant des objets précieux,

des tombeaux, des châsses, étaient entourés parfois de grilles d'une

extrême richesse, surtout à l'époque où l'art du forgeron nous fournit

les plus beaux exemples de serrurerie, nous voulons parler du XIIIe

siècle (voy. SERRURERIE). Ces sortes de grilles ne sont décorées que du

côté de la face extérieure, et les brindilles, au lieu d'être comprises

entre des montants et des traverses, sont souvent appliquées devant

l'armature principale. Telle est, par exemple, la belle grille en fer

qui protége le tombeau de la reine Eléonor dans le choeur de l'église

abbatiale de Westminster. Nous possédons aussi, dans les magasins de

l'église impériale de Saint-Denis, des fragments de grilles forgées et

assemblées suivant cette méthode (6 bis), qui avait l'avantage de roidir

singulièrement les châssis simples composés de montants et de traverses.

Ces enroulements de brindilles finement forgées, étampées et retouchées

au burin, rivées sur des châssis en fer, leur donnaient une grande

richesse en même temps qu'une solidité à toute épreuve.

Les grilles de défense des trésors, des sanctuaires, des riches

tombeaux, de précieux reliquaires, présentent non-seulement un obstacle

aux voleurs ou aux indiscrets, mais elles sont aussi parfois armées de

pointes et de chardons qui en rendent l'escalade périlleuse: telle est

la grille du sanctuaire de l'église de Conques (Aveyron), dont nous

donnons (6 ter) un fragment. Cette grille, qui n'a que 1m,40 de hauteur,

non compris les couronnements, présente extérieurement, au droit de

chaque montant, un appendice saillant qui ôte toute idée de tenter une

escalade; de plus, les montants eux-mêmes sont munis de fers pointus,

barbelés, forgés avec soin. Les appendices A se terminent par de petites

têtes de dragons qui semblent être les gardiens du sanctuaire. Cette

grille curieuse est décrite et dessinée en géométral dans le tome Xl des

_Annales archéologiques_ de M. Didron; elle nous paraît appartenir à la

fin du XIIe siècle ou au commencement du XIIIe.

Avant de présenter des modèles de grilles de clôture d'une époque plus

récente, il est nécessaire de dire quelques mots des grilles dormantes

et de garde scellées dans les baies vitrées, et servant à la fois de

grillage et de défense. Les fenêtres de trésors d'églises, de

rez-de-chaussée, de baies de châteaux, étaient souvent munies de ces

sortes de grilles artistement travaillées. Nous voyons encore, à

l'extérieur des baies romanes de l'église de la Brède (Gironde), des

grilles du XIIe siècle, intéressantes à étudier. Leur fabrication est

très-naïve, et cependant elles produisent un fort bon effet. Ces

fenêtres romanes n'ont pas plus de 0,26 c. de largeur sur une hauteur de

0,90 c. La défense (7) consiste en une seule barre verticale de fer

carré de 0,03 c., avec traverses A fichées comme des clavettes à travers

des renflements de la barre verticale. Ces traverses sont aplaties, 0,02

c. sur 0,007m. Des enroulements en fer plat de 0,03 c. sur 0,004m sont

également traversés et maintenus, par conséquent, au moyen des

traverses-clavettes A. La tige verticale est affûtée à sa partie

supérieure pour entrer dans un trou pratiqué dans la clef de l'arc, et

façonnée en queue de carpe à sa partie inférieure pour fournir un bon

scellement. Ici donc pas de soudures, seulement de petites pièces de

forge assemblées de la manière la plus naturelle. Nous avons vu aussi de

ces sortes de grilles de défense posées devant des fenêtres du XIIIe

siècle, et qui se composent de barres verticales en fer plat de 0,035m

sur 0,02 c., avec clavettes rivées en croix, ainsi que l'indique la fig.

8[19]. Le rivet est carré afin d'empêcher les clavettes A de tourner. Il

nous faut mentionner ici encore une fort belle grille dormante de

défense trouvée à Agen, rue Saint-Antoine[20]. Elle remplit aujourd'hui

un cintre complet de 1m,60 de diamètre, et devait, pensons-nous, garnir

une rose. Six panneaux, disposés en claveaux, composent le demi-cintre,

et sont maintenus au moyen de deux demi-cercles et de sept barres

rayonnantes (9). Nous donnons, en A, le détail de la pièce principale de

l'un de ces panneaux formés de brindilles en fer carré de 0,008m,

soudées au moyen d'embases B, suivant la méthode employée par les

forgerons des XIIIe et XIVe siècles (voy. SERRURERIE).

Revenons maintenant aux grilles de clôtures avec parties ouvrantes. La

fig. 6 nous fournit un des premiers exemples de ces sortes de grilles

avec ornements étampés; mais là, les fers sont étampés et côtelés sur le

plat; le travail était beaucoup plus difficile s'il s'agissait d'orner

les brindilles sur le champ du fer. C'est cependant ce que firent

souvent les forgerons du XIIIe siècle. On voit encore dans l'église de

Braîne, près de Soissons, des portions de grilles dormantes d'un

charmant dessin, forgées suivant cette méthode. Très-légères en

apparence, ces grilles, dont les fers se présentent de champ, ont une

grande solidité. Nous donnons (10) un des fragments de leurs panneaux.

En A est tracée la section des brindilles, grandeur d'exécution. Ces

brindilles sont étampées des deux côtés en B et C, ce qui ajoute

singulièrement à la difficulté d'exécution. L'épaisseur du champ diminue

beaucoup à l'extrémité de chaque tigette portant un ornement, de manière

à ce que ces ornements se renferment dans l'épaisseur EF.

Cependant l'art du forgeron, en France, ne restait pas stationnaire; il

cherchait des moyens nouveaux, des formes qui n'avaient pas encore été

employées. Dès le commencement du XIVe siècle, le système des grilles

composées de brindilles contournées et étampées, assemblées au moyen

d'embrasses non soudées, comme les grilles de Saint-Denis, de

Saint-Germer, de Saint-Aventin[21], de Braîne, de la cathédrale de

Reims, n'étaient plus guère usitées; on cherchait d'autres combinaisons,

on introduisait les plaques de fer battu découpées et modelées, comme

moyen décoratif, à la place des ornements étampés en plein fer. Les

forgerons voulaient produire plus d'effet avec des moyens de fabrication

plus simples. L'industrie se perfectionnait, mais l'art y perdait. Les

rivets remplaçaient les embrasses et même les soudures; on voulait

fabriquer plus vite et avec peu de dépense; il ne faut pas moins

reconnaître que les ouvriers de cette époque étaient beaucoup plus

habiles que les nôtres lorsqu'il s'agissait de manier le fer et de le

soumettre à l'action du feu. En effet, pour qui a pris la peine de se

rendre compte des procédés employés par les forgerons, ce qui doit

surprendre dans la fabrication de ces ouvrages délicats, c'est l'égalité

dans l'exécution et la malléabilité laissée au métal. Les fers de ces

anciennes grilles, bien qu'ils aient dû passer au feu un grand nombre de

fois avant d'arriver à l'achèvement de l'ouvrage, ne sont jamais brûlés;

ils conservent leur souplesse, et les soudures sont faites avec une

perfection et une liberté très-difficiles à obtenir aujourd'hui[22]. La

lime s'est chargée de rectifier les maladresses du forgeron; alors la

lime ne s'attaquait jamais aux pièces apparentes: c'était le marteau

seul qui laissait son empreinte sur le fer.

Voici un fragment d'une grille de clôture du XIVe siècle (11) qui

explique la transition entre le système des grilles avec ornements

étampés et ceux obtenus au moyen de plaques de tôle modelées, rapportées

à l'aide de rivures. Ici ce n'est pas encore la tôle rapportée, mais ce

n'est plus le fer étampé; le principe des montants et traverses

persiste, chaque brindille est façonnée ainsi que l'indique le détail A;

les feuilles découpées sont obtenues aux dépens de la brindille dont le

fer a été refoulé pour former une masse, aplatie ensuite au marteau. Au

lieu d'être attachées aux montants par des embrasses, comme dans les

grilles du XIIIe siècle, ces brindilles sont rivées latéralement en C.

Les montants passés à travers les oeils des traverses hautes sont rivées

sous les traverses basses en D; de plus, ils sont recouverts sur les

deux faces de deux plaques minces de fer battu retouchées et gravées au

burin. Ces plaques, que nous avons supprimées dans le tracé de

l'ensemble de la grille, sont figurées dans le détail E; les montants et

traverses ont 0,016m de large sur 0,025m de champ; les brindilles,

0,006m sur 0,016m de champ. La grille tout entière, d'une traverse à

l'autre, porte près d'un mètre[23].

Généralement, à la fin du XIVe siècle et au commencement du XVe, les

plaques de fer battu servant d'ornements sont soudées aux gros fers ou

aux brindilles; ce n'est que plus tard que la tôle rivée est employée

comme décoration. Il existe, dans le cloître de la cathédrale du

Puy-en-Vélay, une grille de ce genre très-habilement forgée. Nous en

donnons un ensemble (12). Chaque travée porte une accolade soudée aux

contre-forts A (voy., en K, la section sur _a b_). Le sommet de

l'accolade est rivé, en B, au montant-milieu de la travée qui est tors;

les autres montants sont à section carrée de 0,015m de gros. Les trèfles

C sont aplatis à la forge aux dépens des extrémités des redans. Les

fleurons D sont en tôle et soudés aux accolades. Entre chaque montant,

de petites plaques de tôle découpée et embrévées forment l'arcature E

(voy. le détail G). Les fleurons du couronnement sont également en tôle

et soudés avec soin aux pointes des fers. Les bases et chapiteaux des

montants, les profils des contre-forts sont façonnés au marteau, sans

trace de lime. On posait souvent alors (vers le commencement du XVe

siècle) les montants ou traverses sur l'angle, comme l'indique le dessin

ci-contre. Cela permettait parfois de maintenir les ornements de

remplissage sans avoir recours aux rivets ou aux embrasses. En voici un

exemple remarquable qui provient de la cathédrale de Constance (13). On

voit ici comment le fer diagonal A est maintenu prisonnier par les deux

entailles qui entrent dans les deux traverses B posées sur l'angle. Dans

cet exemple, les fers plats des brindilles rivées en C aux fers

diagonaux se convertissent en plaques de tôle découpée à leur pli D, et

ces tôles sont toutes variées, comme l'indiquent les divers tracés H.

Dans le cloître de cette dernière cathédrale, on voit encore une jolie

grille du XVe siècle, sans ornements de fer battu ou étampé, mais dont

la composition simple et le procédé de fabrication méritent d'être

signalés (14). De distance en distance, des contre-forts A reçoivent des

traverses B, à travers lesquelles passent les montants C posés d'angle.

Ces montants sont, de deux en deux, élégis à leur partie supérieure,

ainsi que l'indique le détail D, pour recevoir les brindilles E et leurs

rivets. Les autres montants F possèdent un tenon, qui vient s'assembler

dans la corniche supérieure, à travers les brindilles, en G.

L'ornementation inférieure présente une construction analogue. Les

brindilles se retournent le long des contre-forts, comme nous le voyons

en I, et les traverses L les fixent à ces contre-forts, ainsi que

l'indique le détail O. D'autre part, ces brindilles s'appuient le long

des évidements façonnés à la partie inférieure des lances P auxquelles

des rivets les attachent. Les montants F'passent, à travers ces

brindilles, en R, pour venir s'assembler dans la barre horizontale S. On

comprend que ce système de ferrures est fort solide; les brindilles ne

sont pas seulement attachées par des rivets, mais dépendent de la

structure principale, puisque les montants ou les traverses les arrêtent

d'une manière sûre par des tenons. Les montants sont en fer carré de

0,015m, les contre-forts en fer de 0,03 c. sur 0,025m, les traverses en

fer de 0,03 c. sur 0,02 c.

Les derniers exemples de grilles que nous venons de donner indiquent, la

plupart, des couronnements plus ou moins riches. En effet, les grilles

du moyen âge en possédaient toujours, à moins qu'elles ne fussent

disposées pour servir d'appuis. Ces couronnements prennent parfois, à

dater du XVe siècle, une grande importance, et ne sont que la

prolongation décorée des montants dépassant la traverse supérieure. Dans

les baies de la clôture du choeur de la cathédrale de Toulouse, on

remarque des grilles dormantes, très-simples d'ailleurs, fabriquées au

XVe siècle, et dont les couronnements remplissent les trilobes d'une

arcature en pierre. Voici (15) l'un d'eux. Les grilles dormantes des

fenêtres de châteaux ou de maisons sont presque toujours terminées par

des couronnements que l'on peut considérer comme un épanouissement des

montants. Nous citerons ici les grilles des fenêtres du château de

Tarascon (XVe siècle). Ces grilles se composent de montants serrés

pénétrant des traverses à oeils renflés et formant avec eux des carrés

parfaits. Les deux montants extrêmes et celui du milieu sont terminés

(16) par des fleurons de tôle soudée, tandis que les extrémités

inférieures de ces mêmes montants sont affûtées en pointes très-aiguës.

Chaque montant est scellé dans la pierre par un coude en équerre, ainsi

que l'indique le profil A. Il en est de même des traverses. Souvent les

montants de grilles dormantes de fenêtres sont terminés à la partie

supérieure et à l'extrémité inférieure par des pointes de fer

très-ouvragées qui présentent des défenses formidables; ces sortes de

grilles _épineuses_, dont nous présentons (17) un spécimen, étaient

placées devant les fenêtres des châteaux, afin d'éviter surtout les

tentatives de trahison, l'introduction d'ennemis dans une place de

guerre au moyen d'échelles, par les ouvertures donnant sur le dehors.

Ces grilles, profondément scellées au plomb à chaque traverse A et même

quelquefois à chaque montant, ne pouvaient être arrachées qu'après un

long travail. Les mesures de précaution étaient même poussées si loin

que, dans certains cas, les montants et traverses étaient assemblés de

telle façon qu'il devenait impossible soit de faire couler les montants

dans les oeils des traverses, soit les traverses dans les oeils des

montants, ces oeils étant alternativement pratiqués dans les traverses

et les montants (18). Il fallait être fort habile forgeron pour

fabriquer de pareilles grilles, car chaque oeil renflé devait être forgé

à mesure que l'on assemblait les traverses et les montants; c'est-à-dire

que la grille devait être forgée toute brandie, ce qui devait

occasionner un travail considérable. L'ouvrier devait ainsi mettre au

feu chaque maille de grille un certain nombre de fois. Mais ces hommes

semblaient se jouer avec les difficultés de main-d'oeuvre qui

aujourd'hui nous paraissent insurmontables. L'exemple que nous donnons

ici provient d'une maison de Constance. On trouve des grilles de ce

genre, c'est-à-dire à oeils alternés, à Troyes, à Strasbourg, et dans

beaucoup de localités du Nord et de l'Est. Elles datent des XIVe, XVe et

XVIe siècles. Celle-ci (fig. 18) est du commencement du XVIe siècle.

Toutefois, l'habileté des forgerons n'est pas égale dans toutes les

provinces qui composent la France de nos jours.

On travaillait beaucoup mieux le fer au nord de la Loire et dans les

provinces voisines du Rhin que dans l'Ouest et dans le Midi. Certaines

grilles appartenant à des édifices du XVe siècle, sur les bords de la

Garonne, par exemple, quoique bien composées, ne peuvent être comparées

aux ouvrages de ferronnerie de l'Île-de-France, de la Picardie ou des

Flandres. On voit encore, dans l'église Saint-Sernin de Toulouse, une

grille (19) qui clôt le choeur au droit des piles du transsept; quoique

cette oeuvre de serrurerie soit fort bien entendue, comme composition,

le travail en est des plus grossiers. Les montants en fer carré,

lourdement travaillés, se terminent par des couronnements E en fer battu

et soudés. Des frises en tôle façonnée et ajourée A et B masquent les

traverses de la grille et leurs trous renflés, ainsi que l'indique le

profil D. Les tôles de la traverse _b_, détaillées en B, se terminent

par un petit crénelage avec rosaces, dont le figuré perspectif C

explique la façon. Les tôles des traverses _ab_, AB, sont maintenues par

des rivets qui passent au-dessus et au-dessous des barres horizontales;

elles sont donc entièrement indépendantes des grilles et ne servent qu'à

la décoration de l'oeuvre. Ces grilles, qui datent de la fin du XVe

siècle, sont des premières où la tôle rapportée et rivée remplace les

plaques de fer battu et soudées. Cela simplifiait la fabrication, allait

permettre de décorer la serrurerie d'une façon très-riche, mais devait

peu à peu supprimer l'école des forgerons, si brillante pendant une

partie du XIIe siècle et tout le cours du XIIIe. Cette école, cependant,

n'était pas près de s'éteindre dans les provinces du Nord-Est, ainsi que

nous venons de le dire, et la serrurerie des XVe et XVIe siècles est,

comme oeuvre de forge, sur les bords du Rhin, dans les Flandres, en

Suisse et en Bavière, d'une exécution parfaite. Nous ne savons pas quel

fut le forgeron qui fabriqua les grilles du tombeau de Maximilien à

Insbruck; mais, comme oeuvre de serrurerie, ces grilles sont supérieures

à tout ce que nous connaissons en ce genre (voy. serrurerie). À la fin

du XVe siècle et au commencement du XVIe, on trouve assez souvent, dans

les provinces de l'Est, des grilles dont les panneaux sont façonnés

ainsi que l'indique la fig. 20. Tout le compartiment est formé d'une

seule tige de fer rond de 0,012m de grosseur, se repliant sur elle-même

et se pénétrant, comme le fait voir le tracé A. À l'article serrurerie,

nous décrivons les procédés de fabrication de ces sortes de grilles,

qu'à grand'peine, et après avoir brûlé bien des tringles de fer, nous

sommes parvenus à faire reproduire par des forgerons très-habiles.

Cependant ces sortes de grilles composées de tiges de fer se pénétrant

en tous sens sont assez communes pour que l'on doive admettre qu'on les

façonnait aux XVe et XVIe siècles sans difficultés. Elles présentaient,

quoique légères, une parfaite solidité; car ce qui aujourd'hui rend les

grilles peu solides, malgré le poids extraordinaire qu'on est obligé de

leur donner, ce sont ces tenons et ces goupilles qui font de la

serrurerie une fabrication que l'on pourrait comparer à la menuiserie.

Assembler des fers au moyen de tenons et de mortaises avec goupilles eût

paru aux forgerons du moyen âge et de la Renaissance une énormité; ce

moyen, convenable lorsqu'il s'agit de menuiserie, ne s'accorde point

avec la nature du fer et les dimensions qu'on doit donner aux parties

d'une grille. De fait, nous ne savons plus souder le fer, nous

l'assemblons; ce n'est plus là de la serrurerie; et cependant nous

croyons savoir employer les métaux propres aux bâtiments beaucoup mieux

que ne le faisaient les serruriers qui nous ont précédés de quelques

siècles. Il est clair que la grande fabrication, celle des usines, s'est

développée de notre temps d'une manière remarquable; mais il est certain

aussi que la main-d'oeuvre est tombée bien au-dessous de ce qu'elle

était il y a quelques siècles, lorsqu'il s'agit de travailler le fer. On

a fait cependant encore de fort belles grilles en France pendant les

XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles; mais la tôle repoussée et rivée joue le

rôle principal dans la décoration de ces ouvrages; on a perdu les

procédés de soudure si habilement pratiqués par les corporations de

forgerons des temps antérieurs.

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Illustration: Fig. 3.]

[Illustration: Fig. 4.]

[Illustration: Fig. 5.]

[Illustration: Fig. 6.]

[Illustration: Fig. 6. bis.]

[Illustration: Fig. 6. ter.]

[Illustration: Fig. 7.]

[Illustration: Fig. 8.]

[Illustration: Fig. 9.]

[Illustration: Fig. 10.]

[Illustration: Fig. 11.]

[Illustration: Fig. 12.]

[Illustration: Fig. 13.]

[Illustration: Fig. 14.]

[Illustration: Fig. 15.]

[Illustration: Fig. 16.]

[Illustration: Fig. 17.]

[Illustration: Fig. 18.]

[Illustration: Fig. 19.]

[Illustration: Fig. 20.]

[Note 16: Voy. Gailhabaud, _Architecture du_ Ve _au_ XVIIe

_siècle_, t. IV.]

[Note 17: T. X, p, 117.]

[Note 18: Voy. l'_Encyclopédie d'architecture_. Bance,

éditeur.]

[Note 19: Maison à Saint-Antonin (Tarn-et-Garonne).]

[Note 20: Par M. Alaux, architecte. Cette grille, ou plutôt

ce fragment de grille, est disposé aujourd'hui sous le cintre

d'une porte d'habitation dont la construction remonte à une

époque assez récente. Le centre de la grille n'existe plus,

nous le supposons rétabli.]

[Note 21: Voy. Gailhabaud, _L'Architecture du_ Ve _au_ XVIIe

_siècle et les arts qui en dépendent_, t. IV.]

[Note 22: Nous ne voulons pas paraître injuste envers notre

temps: avec un peu de persistance et de bons avis on arrive

encore aujourd'hui à faire fabriquer ces ouvrages de

ferronnerie. D'ailleurs ce ne sont jamais les ouvriers qui

nous font défaut en France. L'obstacle, c'est la routine, ce

sont les préjugés; tranchons le mot: l'ignorance des chefs,

ignorance passée à l'état de privilége inattaquable.]

[Note 23: Provenant d'une clôture, magasins de Saint-Denis.]

GRISAILLE. (Voy. VERRIÈRE.)

GUETTE, s. f. _Gaîte_. La personne chargée de guetter au sommet des

défenses des châteaux.

«Nous n'avons point de gaîte, sauriiez-vous gaitier?[24]»

La _gaîte_ était chargée non-seulement de prévenir les gens du château

de tout ce qui se passait dans la campagne, mais aussi de jouer des airs

à certains moments de la journée:

«Gautiers est demorez, s'acheta moïnel,

Grant buisine d'airain et cornet et fretel[25].»

Quelquefois le nom de _gaite_ est donné au lieu où se tient le guetteur

(voy. ÉCHAUGUETTE).

[Note 24: _Gautier d'Aupais_. Fabliau du XIIIe siècle, pub.

par Fr. Michel; 1835.]

[Note 25: _Gautier d'Aupais_. Fabliau du XIIIe siècle, pub.

par Fr. Michel; 1835.]

GUICHET, s. m. Petit vantail découpé dans le grand vantail d'une porte

et pouvant s'ouvrir séparément (voy. PORTE).

GYPSERIE, s. f. Ouvrage léger en plâtre. On a fort employé le plâtre

pendant le moyen âge, particulièrement pour enduire les intérieurs. Nous

avons vu encore, dans le palais archiépiscopal de Narbonne, une petite

rose dont les compartiments en plâtre séparaient deux salles voisines.

Cet ouvrage datait du XIVe siècle. Bon nombre de manteaux de cheminées,

dans les maisons, étaient faits en plâtre (voy. CHEMINÉE). On faisait

aussi en plâtre des cloisons, des clôtures à jour dans les intérieurs

des palais, des augets de plafond (voy. PLANCHER).

H

HALLE, s. f. Lieu enclos, couvert ou découvert, dans lequel des

marchands, moyennant une redevance payée au seigneur dudit lieu,

acquiéraient le droit de vendre certaines natures de marchandises. Dès

les Xe et XIe siècles il y avait à Paris une halle qui se tenait sur un

terrain entouré d'un fossé désigné sous le nom de _Campelli_,

_Champeaux_, à peu près sur l'emplacement du marché des Innocents. «Au

commencement du XIIe siècle, dit Sauval[26], Louis le Gros y établit un

nouveau marché pour les merciers et les changeurs... Philippe-Auguste,

en 1181, y transféra la foire de Saint-Lazare... Deux ans après il y fit

faire deux halles entourées d'une muraille _garnie de logis_ et fermée

de bonnes portes, afin que, quand il pleut, les marchands y pussent

vendre leurs marchandises et les tenir à couvert en tout temps et en

toute sûreté.» Les halles se multiplièrent singulièrement à Paris

pendant le cours des XIIIe et XIVe siècles; saint Louis en fit établir

plusieurs vers 1263. Généralement les halles, pendant le moyen âge,

n'étaient autre chose qu'un espace appartenant à un seigneur féodal ou à

la ville, sur lequel on permettait la vente de marchandises. La halle se

tenait sur une place, sous des porches d'églises, sous des portiques de

maisons, autour des beffrois, des hôtels de ville, sous des appentis.

Par le fait, la halle n'avait pas un caractère monumental qui lui fût

particulier. Il n'y a donc pas lieu de nous étendre ici sur ces

établissements. Sauval, cependant, mentionne la halle aux draps en gros

de Paris, qui, dès 1417, «consistait en vingt travées, avait six toises

de large, et était couverte d'une voûte de pierre de taille.» Mais cette

halle ayant été démolie en 1572, nous n'avons aucun renseignement sur sa

structure.

[Note 26: L. IV.]

HERSE, s. f. _Harse_, _coulisse_. Lourde claire-voie composée de pièces

de fer ou de charpente assemblées, s'engageant verticalement dans deux

rainures et formant un obstacle sous le passage d'une porte fortifiée.

La herse se relève au moyen de contre-poids et d'un treuil; elle retombe

par son propre poids. Les Romains connaissaient la herse; on la voit

figurée sur des vignettes de manuscrits dès les IXe et XIe siècles.

Toutefois, dans les édifices militaires encore debout, nous n'en

connaissons pas qui soient antérieures au XIIe siècle.

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 6 - (G - H - I - J - K - L - M - N - O) · 第 4 / 32 段