Paris, 1731.
Ma santé, Madame, se rétablit tout doucement. Ma convalescence est
longue; mais ma maladie l'a été. Il n'est point surprenant que j'aie de
la peine à réparer mes forces. Vos bontés et vos voeux pour moi me font
un bien infini: je vous en remercie de tout mon coeur. Vos lettres m'ont
fait un grand plaisir; mais le chagrin de vous causer des inquiétudes
diminue ma satisfaction d'être autant aimée. En vérité, rattachement
tendre que je vous ai voué, mérite les bontés que vous avez pour moi.
Je vous aime et vous estime comme vous le méritez; c'est sans bornes.
Continuez, Madame, à me rendre heureuse; car je mourrois de douleur, si
vous cessiez d'avoir de l'amitié pour moi.
Madame _de Tencin_ est, comme vous le savez, exilée à Ablons depuis
quatre mois. Elle a été très-malade. _Astruc_ est comme _Roland_. Je ne
sais si c'est badinage, ou si c'est tout de bon; mais, ce qu'il y a de
certain, c'est que personne ne la plaint, et bien des gens disent
qu'elle n'a rien de mieux à faire qu'à mourir. Voilà de bons propos. M.
_de Saint-Florentin_ est à l'extrémité: s'il en revient, il deviendra
sage, ou il sera incorrigible. M. _de Gesvres_ et le duc _d'Épernon_
sont toujours exilés. On appelle leur conjuration, _la conspiration des
marmousets_. Tout le monde se moque d'eux. M. _de Bedevolle_ étoit un
des conjurés; il laisse une réputation qui ne flaire pas comme baume. On
dit que c'est un esprit très-dangereux, d'autant plus qu'il est fripon.
Adieu, Madame, je ne puis écrire plus long-temps, je suis trop foible.