«J'aurois cru que le précepte de Saint Paul étoit bon à suivre, sur-tout
quand il dit, qu'_il vaut mieux se marier que brûler_. C'est ce qui m'a
fait prendre la liberté de demander à votre Grandeur la permission
d'épouser mademoiselle _d'Auval_, fille d'un mérite et d'une sagesse
consommée. C'est ce que tous ceux qui la connoissent certifieront à
votre Grandeur. Cependant M. notre gouverneur m'a défendu de voir cette
demoiselle, si je ne voulois être démis de mon emploi. J'ai obéi à cette
défense; et si votre Grandeur ne trouve pas à propos ce mariage, je la
supplie très-instamment, pour le salut de mon âme, de m'en présenter une
autre, ou bien d'envoyer ordre au père _Pascal_, mon confesseur, de
m'absoudre quand je vais à confesse, ce qu'il m'a refusé: je fais tous
mes efforts pour contenter ce bon père, mais en vain, Dieu ne m'ayant
point donné à trente-huit ans le don de continence. Enfin, Monseigneur,
si vous me procurez le paradis sans femmes, et que je vienne à mourir
plutôt que votre Grandeur, je ne laisserai point Dieu en repos, qu'il ne
vous ait marqué une place digne de votre mérite, dans son paradis».
»Je suis, etc.»