_Mademoiselle_ DE L'ENCLOS _à M._ DE SAINT-EVREMONT.
1699.
Votre lettre m'a remplie de désirs inutiles dont je ne me croyois plus
capable. Les jours se passent, comme disoit le bon homme _des Yveteaux_,
dans l'ignorance et la paresse; et ces jours nous détruisent, et nous
font perdre les choses à quoi nous sommes attachés. Vous l'éprouverez
cruellement. Vous disiez autrefois que je ne mourrois que de réflexion:
je tâche à n'en plus faire et à oublier le lendemain le jour que je vis
aujourd'hui. Tout le monde me dit que j'ai moins à me plaindre du temps
qu'un autre. De quelque sorte que cela soit, qui m'auroit proposé une
telle vie, je me serois pendue. Cependant on tient à un vilain corps
comme à un corps agréable. On aime à sentir l'aise et le repos.
L'appétit est quelque chose dont je jouis encore. Plût à Dieu de pouvoir
éprouver mon estomac avec le vôtre, et parler de tous les originaux que
nous avons connus, dont le souvenir me réjouit plus que la présence de
beaucoup de gens que je vois, quoiqu'il y ait du bon dans tout cela,
mais, à dire le vrai, nul rapport! M. _de Clérembault_ me demande
souvent, s'il ressemble par l'esprit à son père: non, lui dis-je; mais
j'espère de sa présomption qu'il croit ce _non_ avantageux, et peut-être
qu'il y a des gens qui le trouveroient. Quelle comparaison du siècle
présent avec celui que nous avons vu! Vous allez voir madame _Sandwich_;
mais je crains qu'elle n'aille à la campagne. Elle sait tout ce que vous
pensez d'elle. Madame _Sandwich_ vous dira plus de nouvelles de ce
pays-ci que moi. Elle a tout approfondi et tout pénétré. Elle connoît
parfaitement tout ce que je hante, et a trouvé le moyen de n'être point
étrangère ici.